dimanche 27 mai 2012 Dernière mise à jour 23h06
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Libre opinion - Préserver la dignité des oeuvres et des créateurs

Collectif d'auteurs  23 mars 2011  Actualités culturelles
Plus d'une quarantaine d'exceptions à la Loi sur le droit d'auteur, voilà ce que propose le projet de loi C-32: élargissement de la notion d'utilisation équitable à l'éducation, possibilité de créer une œuvre nouvelle à partir d'œuvres existantes sans consentement ou rémunération de l'auteur, reproduction à des fins privées sans extension des redevances, obligation d'avoir recours à des verrous numériques pour protéger son œuvre sur Internet, déresponsabilisation des fournisseurs de services Internet, etc. Autant de situations où disparaît le respect de la propriété intellectuelle. Avec le projet de loi C-32, l'exception ne confirme plus la règle, elle l'abolit.

Nous discernons également à travers ce projet de loi un profond mépris pour les créateurs et un refus obstiné de reconnaître leur contribution au progrès de notre société. Nos livres sont le fruit d'un travail auquel nous avons consacré notre temps et pour lequel nous avons développé des compétences et du savoir-faire, un travail qui mérite rémunération et respect, à l'égal de celui des enseignants, des avocats ou de tout autre travailleur qui consacre ses journées à contribuer au mieux-être de la société.

Or, le projet de loi C-32 préconise tout le contraire. À l'heure où notre gouvernement est prêt à engloutir des sommes défiant la raison pour développer son arsenal militaire, il s'émeut de ce que verse le milieu de l'éducation aux créateurs pour l'utilisation de leurs oeuvres; à l'heure où notre gouvernement prétend que les Canadiens sont prêts à payer chacun un dollar par semaine pour se protéger, il affirme aussi que ces mêmes Canadiens n'ont pas les moyens de payer un sou de plus pour rétribuer les artistes qui fournissent le contenu de leurs supports numériques. Cette règle du deux poids, deux mesures démontre combien la culture est tenue pour peu de choses au-delà du discours électoraliste.

Nous dénonçons catégoriquement ce projet de loi qui refuse aux créateurs le droit de recevoir le traitement qui est dû à tous ceux qui exercent un métier. Nous sommes outrés par les justifications fallacieuses fournies par les tenants de l'exception pédagogique, à savoir que la gratuité des contenus en éducation participe de l'intérêt public. Quel intérêt y a-t-il à enseigner à notre jeunesse que la créativité et l'originalité n'ont aucune valeur? Il s'agit là d'une vision à très court terme et qui ne servira en rien le grand objectif de ce projet de loi, à savoir (dit-on) le positionnement du Canada dans la nouvelle économie numérique.

Tout aussi préoccupant est ce nouvel article qui permet à n'importe qui de s'approprier une oeuvre et de la dénaturer afin d'en créer une nouvelle. Cette disposition, surnommée «exception YouTube», consacre la banalisation du travail créateur tout en légitimant le pillage et la défiguration des oeuvres. Une telle exception constitue une atteinte sans précédent à l'intégrité du travail des créateurs et, une fois de plus, bafoue leur dignité et leur droit d'être fiers du fruit de leur labeur. Elle n'existe nulle part ailleurs au monde, et pour cause. Alors que nous sommes à quelques semaines d'une nouvelle campagne électorale, il est nécessaire de mettre en garde tant la population que ceux qui aspirent à la gouverner contre les effets pervers que ce projet de loi et l'idéologie obscurantiste qui le sous-tend ne manqueront pas d'avoir sur la culture et le savoir.

Il est de notre devoir de dire non à ce qui ne pourra être qu'un tragique gâchis, non seulement pour les créateurs, mais aussi pour tous ceux qui bénéficient de leur travail.

***

Collectif d'auteurs

***

Ont signé ce texte les écrivains suivants: François Barcelo, Jean-François Beauchemin, Camille Bouchard, André Brochu, Normand Chaurette, Normand De Bellefeuille, Denise Desautels, Jean-Marc Desgent, Sylvie Desrosiers, Hélène Dorion, Christiane Duchesne, Danielle Fournier, Louis Gauthier, Jacques Godbout, Sergio Kokis, Robert Lalonde, Monique LaRue, Suzanne Lebeau, André Major, Hélène Monette, Pierre Nepveu, Pierre Ouellet, Fernand Ouellette, Michel Pleau, Jacques Poulin, Danielle Simard, David Solway, Michel Tremblay, Sylvain Trudel, Kim Thuy et Perrine Leblanc.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires  Chargement ...
  • Nicolas Tetreault - Abonné
    23 mars 2011 05 h 47
    Pas sûr de bien comprendre...
    En réponse à votre lettre, j'aimerais vous dire que je ne vous suis pas trop avec votre résonnement, surtout lorsque vous vous présentez comme la victime d'une incompréhension quant à la valeur de votre travail. En fait, les produits de la créativité des non-artistes sont utilisés sans arrêt gratuitement si son utilisation est faite aussi à but non lucratif. La différence majeure est que les artistes n'ont pas d'autre rémunération que les redevances à l'achat et à l'utilisation ce qui n'est pas le cas des autres créateurs. Prenons l'exemple des fruits de la création scientifique. Les résultats de recherche issue de nouvelles idées, de créations de nouvelles méthodes ou instruments d'analyse, peuvent être utilisés en éducation, à la télévision, sur l'internet, etc. sans avoir à verser de redevances. Pour suivre votre résonnement, les fruits de cette même création peuvent aussi être utilisés par d'autres chercheurs et les résultats publiés pourvu que la nouvelle publication présente une certaine originalité et créativité.

    Je crois que votre résonnement est biaisé par le fait que vous attribuez la création qu'aux artistes ce qui est très très loin d'être le cas.

    De mon côté, je suis très inquiet pour vous du fait de "l'obligation d'avoir recours à des verrous numériques pour protéger son œuvre sur Internet". Ces verrous ne font qu'augmenter la difficulté d'utilisation des consommateurs qui achètent vos oeuvres tandis que les pirates trouvent toujours une façon de les enlever. Vous êtes ensuite en compétition avec eux non seulement pour le prix, mais aussi au niveau de la facilité d'utilisation... bonne chance!
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Stephanie L. - Inscrite
    23 mars 2011 10 h 47
    Créateurs de l'ombre
    Dans ce débat, il est courant d'entendre dire que les artistes comme les chanteurs et les musiciens n'ont pas à se plaindre avec toutes les subventions qui leur pleuvent supposément dessus et les sommes mirobolantes qu'ils amassent en faisant des spectacles et en vendant des albums.

    On oublie trop souvent que les auteurs et compositeurs de chansons ou de pièce musicale ne sont pas nécessairement ceux qui les interprètent. Plusieurs créateurs proposent leurs oeuvres à des artistes qui les interprètent ensuite. Il n'existe aucune subvention pour les créateurs de l'ombre, les seuls revenus qu'ils tirent de leur oeuvres proviennent des diverses redevances.

    Même si le nom de l'auteur/compositeur d'une pièce apparaît dans le livret du boitier d'un album, les gens achètent de moins en moins de CD, préférant télécharger des chansons à la pièce. Dans un fichier acheté sur le web, seul le nom de l'interprète apparaît. Le créateur devient donc de plus en plus invisible.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • camelot - Inscrit
    23 mars 2011 13 h 05
    Rien d'étonnant
    Venant des conservateurs, cela n'étonne guère. Les artistes, ces parias, ces libres-penseurs, ces éternels insoumis ne méritent pas de vivre dans le "plus meilleur pays". Le Roc s'en fout, sauf lorsqu'ils en ont besoin comme chien savant pour montrer aux visiteurs.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Mario Plourde - Inscrit
    25 mars 2011 18 h 28
    moi vs l'artiste vs la structure de l'industrie.
    De même qu'on ne peut breveter une idée, une personne morale ou ses héritiers physiques ne devraient pas vivre éternellement pour une seule idée.

    Je suis seul à déterminer mon usage de ma connexion internet. La pitié pour le disquaire est sans doute louable, mais j'ai toujours été libre d'y entrer et je m'opposerais toujours, par tous les moyens légaux d'aujourd'hui et de demain, à quiconque voudra me forcer à le faire vivre. Subventionner Céline Dion n'aidera pas l'artiste quêtant de la monnaie au coin de la rue. Si nos vaches sacrées québécoises ont du talent, qu'elles le prouvent en produisant plus et de meilleure qualité en fonction du monde contemporain.

    L'artiste populaire attirera toujours des spectateurs à son show et l'auteur réellement significatif sera toujours obligatoire à l'école. Il faut plutôt subventionner de nouveaux mécanismes pour faire émerger les artistes réellement innovateurs. De même, il sauf s'assurer que la voie légale soit toujours améliorée afin qu'il soit plus facile et plus stimulant de consommer une œuvre en échange d'argent. La piraterie n'a pas d'équipe travaillant 40h semaine pour mettre en valeur un produit, l'offre légale devrait en avoir une.

    Ce qui est réellement tragique dans la situation actuelle c'est le risque d'oubli des auteurs qui pourrait redevenir pertinent. En verrouillant tout, on ne prend pas le risque de télécharger un mauvais livre, on ne se donne aucune chance de faire des tests. Si l'argent donne une valeur aux choses, c'est aux biens les plus à la mode, à Hollywood ou aux best-sellers du mois. Combien de livres des années 80 vont disparaitre, ne seront pas réédités, faute d'un coût équivalent à ce qu'ils vaillent généralement aujourd'hui pour le public, c'est-à-dire 0$ ?



    C'est en travaillant sur l'idée de copy-left et en soutenant les nouveaux petits artistes que la situation des artistes s'améliorera de façon générale.


    .
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
4 réactions
2 votes Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Pour en savoir plus
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012