Libre opinion - Des géants qui nous parlent de nous
Claude Léveillée n'a pas eu droit à des funérailles nationales. La ministre de la Culture, Christine St-Pierre a été formelle là-dessus. Mais pas particulièrement convaincante quand il s'est agi d'expliquer la décision. Elle a dit que c'est au protocole du ministère des Relations internationales de déterminer quelles personnalités auront des funérailles publiques. Elle a ensuite ajouté qu'elle voulait préserver la mémoire du musicien en nommant un des lieux de la Place des Arts en son honneur. «Moi, je veux qu'on souligne la mémoire de M. Léveillée à long terme, pas une journée seulement, à la Place des Arts, parce qu'il a été premier artiste à se produire à la Place des Arts. Je pense que de lui rendre hommage de façon pérenne, et non temporaire, c'est un beau geste.» Il ne semble pas avoir traversé l'esprit de la ministre qu'on pouvait fort bien faire les deux.
Mais c'est le fait qu'une telle décision soit confiée au protocole du ministère des Relations internationales qui devrait faire sursauter quiconque a le moindre sens de l'équité et du simple bon sens. Claude Léveillée faisait partie de ce groupe d'auteurs-compositeurs-interprètes qui a défini et marqué le Québec à un tournant important de son histoire. Félix Leclerc a été le premier et un peu le père du mouvement.
J'ai rencontré Félix au milieu des années 1960; je vivais alors dans le nord de l'Ontario et il était venu y donner un tour de chant. Il m'a dit que depuis longtemps, c'était cinq heures du matin au Québec, mais qu'enfin le soleil commençait à se lever. Les gens se voyaient et se reconnaissaient dans cette nouvelle lumière. Pour moi, c'était lui ce soleil et déjà il n'était plus seul à éclairer le Québec. La lumière foisonnait de partout et s'appelait Jacques Blanchet, Raymond Lévesque, Gilles Vigneault, Claude Léveillée, Jean-Pierre Ferland, Claude Gauthier, Pierre Létourneau et Robert Charlebois. Entre autres.
Chacun à leur façon, ces géants nous ont parlé de nous. J'ai entendu un jour Félix dire en entrevue qu'il avait allumé un cierge, que Vigneault avait suivi avec un fanal, qu'avec Ferland on arrivait à la lampe électrique et qu'avec Charlebois, c'était le néon. Peu importe, a-t-il ajouté, pourvu qu'on ait de la lumière.
Ces êtres extraordinaires ont marqué le Québec. Aucun politicien de ce temps ou depuis, à l'exception de René Lévesque, ne pourrait en dire autant. En fait, l'attitude condescendante et bureaucratique de la ministre est un exemple parfait de ce qui ne va pas chez la classe politique. Au-delà des scandales et des chicanes internes, ce qui caractérise nos politiciens, c'est un manque criant d'envergure et de vision. On nous parle de politiques, de programmes, de plans stratégiques, de groupes d'étude, de rapports et d'évaluations, en somme de tout sauf de ce qui compte vraiment.
Lorsque Mme St-Pierre affirme que c'est au protocole du ministère des Relations internationales de déterminer quelles personnalités auront des funérailles publiques, elle parle comme un quelconque bureaucrate et non comme une ministre responsable qui connaît et respecte le peuple qu'elle gouverne et son histoire.
Le Québec a su produire des êtres extraordinaires qui ont fait connaître son nom et sa culture partout dans le monde. Tout ce qui lui reste maintenant, c'est de se donner des chefs à la hauteur de ce qu'il mérite. Malheureusement, ça ne semble pas être pour demain.
***
Eugene Sauvé - Gatineau
Mais c'est le fait qu'une telle décision soit confiée au protocole du ministère des Relations internationales qui devrait faire sursauter quiconque a le moindre sens de l'équité et du simple bon sens. Claude Léveillée faisait partie de ce groupe d'auteurs-compositeurs-interprètes qui a défini et marqué le Québec à un tournant important de son histoire. Félix Leclerc a été le premier et un peu le père du mouvement.
J'ai rencontré Félix au milieu des années 1960; je vivais alors dans le nord de l'Ontario et il était venu y donner un tour de chant. Il m'a dit que depuis longtemps, c'était cinq heures du matin au Québec, mais qu'enfin le soleil commençait à se lever. Les gens se voyaient et se reconnaissaient dans cette nouvelle lumière. Pour moi, c'était lui ce soleil et déjà il n'était plus seul à éclairer le Québec. La lumière foisonnait de partout et s'appelait Jacques Blanchet, Raymond Lévesque, Gilles Vigneault, Claude Léveillée, Jean-Pierre Ferland, Claude Gauthier, Pierre Létourneau et Robert Charlebois. Entre autres.
Chacun à leur façon, ces géants nous ont parlé de nous. J'ai entendu un jour Félix dire en entrevue qu'il avait allumé un cierge, que Vigneault avait suivi avec un fanal, qu'avec Ferland on arrivait à la lampe électrique et qu'avec Charlebois, c'était le néon. Peu importe, a-t-il ajouté, pourvu qu'on ait de la lumière.
Ces êtres extraordinaires ont marqué le Québec. Aucun politicien de ce temps ou depuis, à l'exception de René Lévesque, ne pourrait en dire autant. En fait, l'attitude condescendante et bureaucratique de la ministre est un exemple parfait de ce qui ne va pas chez la classe politique. Au-delà des scandales et des chicanes internes, ce qui caractérise nos politiciens, c'est un manque criant d'envergure et de vision. On nous parle de politiques, de programmes, de plans stratégiques, de groupes d'étude, de rapports et d'évaluations, en somme de tout sauf de ce qui compte vraiment.
Lorsque Mme St-Pierre affirme que c'est au protocole du ministère des Relations internationales de déterminer quelles personnalités auront des funérailles publiques, elle parle comme un quelconque bureaucrate et non comme une ministre responsable qui connaît et respecte le peuple qu'elle gouverne et son histoire.
Le Québec a su produire des êtres extraordinaires qui ont fait connaître son nom et sa culture partout dans le monde. Tout ce qui lui reste maintenant, c'est de se donner des chefs à la hauteur de ce qu'il mérite. Malheureusement, ça ne semble pas être pour demain.
***
Eugene Sauvé - Gatineau
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

