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Libre opinion - L'orme des Dominicains survivra-t-il?

Marcel Junius, urbaniste émérite, ancien président de la Commission des biens culturels du Québec*  22 juillet 2011  Actualités culturelles
Depuis 2007, des citoyens de Québec n'ont cessé d'alerter les diverses autorités sur le mauvais choix du monastère des Dominicains comme site du futur agrandissement du Musée national des beaux-arts du Québec. Peine perdue!

Ces citoyens se sont efforcés tout particulièrement de convaincre la ministre de la Culture que l'emplacement choisi ne convenait pas pour les fins prévues. Ils ont aussi fait remarquer que la propriété gouvernementale québécoise sur les plaines d'Abraham offrait des possibilités d'aménagement et des avenues bien plus intéressantes. En vain!

La décision fort critiquée et de mauvais goût de détruire inutilement le monastère, qui était l'une des parties d'un «ensemble urbain de haute valeur patrimoniale», tel que l'a décrit la Commission des biens culturels du Québec, n'a pas sensibilisé la ministre, qui a préféré le choix plus costaud des partisans du bulldozer. Le monastère est aujourd'hui réduit à rien et l'ensemble architectural homogène est déséquilibré. Comble de cynisme, les conifères en bouquet ornant la cour intérieure de l'ensemble conventuel ont été abattus.

L'orme en sursis

L'impact du mauvais emplacement pour construire le nouveau pavillon se corse encore davantage lorsqu'il met en péril l'orme gigantesque des Dominicains sur la Grande Allée. L'arbre bicentenaire a vécu la naissance de la paroisse Saint-Dominique, la construction de l'ensemble architectural, l'incendie du monastère et sa reconstruction. Il a aussi vu sa démolition honteuse.

L'orme magnifique est notre histoire et il y ajoute l'esthétique d'une ramure monumentale. L'ampleur de la voûte de l'orme vénérable est l'élégance même. Dernièrement, des experts en arboriculture, en foresterie urbaine, en architecture et en urbanisme ont démontré, plans en main, que la future construction, par son avancée, créera une plaie béante en défonçant la cime du géant.

L'orme majestueux est l'un des derniers spécimens de cette envergure dans notre ville. Sa notoriété l'a placé en couverture d'un ouvrage consacré aux arbres remarquables de la capitale (1). Il n'est pas admissible que la construction projetée brise l'arabesque fine des branches qui seront à jamais mutilées. En outre, le système racinaire sera ravagé par la proximité immédiate des travaux d'aménagement de l'entrée du Musée. Ces nuisances accumulées causeront la dégénérescence de cet arbre-monument situé dans l'artère la plus prestigieuse de notre ville. La situation est grave. La maladie hollandaise de l'orme n'est pas loin.

Que faire?

Si le gouvernement du Québec laisse faire, l'orme impressionnant disparaîtra. S'il est sérieux, il annoncera que ce «paysage patrimonial» étant en voie de perdition, il déterminera un périmètre non aedificandi pour cause d'intérêt public afin de préserver ce patrimoine vert exclusif. Par la suite, le gouvernement établira une zone de recul à la construction envahissante pour que la ramure, les racines de l'orme magnifique vivent librement. Sans entrave. L'homme-constructeur doit s'effacer pour assurer la protection de l'orme olympien. C'est ainsi qu'il reconnaîtra la valeur émotive de l'esthétique qui se dégage de cet arbre historique.

Pendant ce temps à Québec, c'est le silence parfait des ministres concernés et des commissions gouvernementales et municipales en tous genres, qui restent sourds et aveugles à l'appel de détresse de l'orme magnifique qui est «l'arbre-emblème de Québec» depuis 1991. Désolant!

*Appuyé par: Jean Bousquet, professeur titulaire de foresterie à l'Université Laval; Michel Bonnette, urbaniste; Jean Cimon, urbaniste émérite; Johanne Elsener, présidente de Québec Arbres; Suzanne Hardy, phytotechnicienne, botaniste; Marcel Masse, ancien ministre; Louis Parrot et Louis Rousseau, anciens professeurs à la Faculté de foresterie de l'Université Laval.

(1) Nos champions: les arbres remarquables de la capitale, Suzanne Hardy, coédition, éditions Berger et CCNQ (2009).

***

Marcel Junius, urbaniste émérite, ancien président de la Commission des biens culturels du Québec*
 
 
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  • Léonce Naud - Inscrit
    22 juillet 2011 06 h 11
    Lord Dufferin n'eût pas été étonné
    Lord Dufferin était un fin connaisseur de Québec :

    «Québec est l’une des villes les plus belles et pittoresque du monde, non seulement du fait de sa localisation, mais également de par le diadème que constituent les murs et tours qui l’encerclent. Cependant, ses misérables habitants, tous d’insignifiants boutiquiers, aplaniraient volontiers leur antique cité pour la transformer en une ville américaine quadrangulaire et monotone. » Lord Dufferin, 1874

    "Quebec is one of the most picturesque and beautiful cities in the World, not only from its situation, but also from the diadem of walls and towers by which it is encircled. Its wretched inhabitants, however, who are all of them pettifogging shopkeepers, would willingly flatten out their antique city into the quadrangular monotony of an American town. » Lord Dufferin, 1874.
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  • Jeannot Duchesne - Abonné
    22 juillet 2011 10 h 24
    M. Dufferin a sauvé notre patrimoine culturel contre nous-mêmes
    Bien d'accord avec vous Monsieur Naud mais Monsieur Dufferin était un anglais avec de la culture.

    Qu'on ait déjà passé le bulldozer dans les jardins du monastère et qu'on s'apprête à le raser, je n'en reviens pas. Une décision contre culturel pour un projet culturel, vraiment anachronique; et le Musée national des beaux-arts du Québec a entériné cela. Ils ont peut-être raison, la culture et le patrimoine doivent être conservés dans un musée, que ce dernier soit un Bunker ou pas.

    J'en ai vu coupé de ces ormes, centenaires pour plusieurs, sur le parc Des Champs de Bataille au plus fort de la maladie hollandaise dans les années 80.

    Pour contempler ces ormes majestueux d'Amérique, il ne nous restera qu'aller voir Ombres d'été et quelques autres tableaux de Marc-Aurel Fortin au Musée national des beaux-arts du Québec. Ce sera une raison de plus de nous y faire entrer pour cause de ne trouver que du béton à l'extérieur.

    C'est une très mauvaise note pour le Musée national des beaux-arts du Québec; je crois qu'ils doivent avant tout protéger le patrimoine à l'extérieur de leurs murs avant tout.
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  • Jeannot Duchesne - Abonné
    22 juillet 2011 12 h 03
    Ormes quasi centenaires
    Je dois corriger mon commentaire car le Parc des Champs de Bataille a été fondé en 1908 à l'occasion du 300 ème anniversaire de Québec. beaucoup de ces ormes ont été plantés dans ces années.
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  • camelot - Inscrit
    22 juillet 2011 12 h 47
    Incompréhensible !
    Que des experts en art, des conservateurs dont la mission est de préserver notre patrimoine aient choisi cette voie est inacceptable, choquant et rétrograde. Ils méritent un gros zéro.
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