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Loi sur le patrimoine culturel - Le patrimoine immatériel enfin reconnu

Collectif d'auteurs  2 novembre 2011  Actualités culturelles
Plusieurs savoir-faire artisanaux sont à préserver, comme celui du tissage.<br />
Photo : Agence Reuters David Mercado
Plusieurs savoir-faire artisanaux sont à préserver, comme celui du tissage.
La Loi sur le patrimoine culturel adoptée et sanctionnée le 19 octobre, qui remplacera la Loi sur les biens culturels, contient une avancée majeure par l'inclusion du patrimoine dit «immatériel» dans les types d'héritages communs reconnus au Québec.

Ce patrimoine, aussi appelé «patrimoine vivant», correspond à diverses pratiques transmises de génération en génération, le plus souvent de façon orale ou par imitation. Les arts comme la chanson, la musique, la danse ou le conte traditionnels — exercés pour le loisir ou de façon professionnelle — en font notamment partie, de même que plusieurs savoir-faire artisanaux toujours pratiqués, comme le tissage au doigt de la ceinture fléchée ou le travail du forgeron par exemple. Ces activités, techniques et contenus culturels légués par nos prédécesseurs possèdent généralement la caractéristique d'appartenir à tous en droit (res communis) et d'être ainsi partageables à l'envi.

À l'instar des 137 États qui ont ratifié la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel adoptée à l'UNESCO en 2003 (dont le Canada n'est pas signataire), le Québec souhaite encourager la pérennité de son riche mais fragile héritage, au creuset de la diversité culturelle nationale et mondiale. Nous souhaitons féliciter la ministre de la Culture, Madame Christine St-Pierre, ainsi que toute son équipe, pour avoir mis de l'avant une telle loi marquant un progrès réel dans la reconnaissance de richesses populaires trop longtemps négligées par les pouvoirs et institutions publics.

Objectifs de la loi

L'un des objectifs premiers de la Loi sur le patrimoine culturel (LPC) vise à favoriser la continuité de la pratique des éléments du patrimoine immatériel pour les Québécois du présent et du futur, dans une optique de développement durable et selon l'intérêt public. Les générations futures, tout comme les précédentes, en adapteront le contenu en fonction de leurs besoins et sensibilités; elles auront accès à ces pratiques vivantes, et donc le loisir de choisir.

La LPC, qui entrera en vigueur dans un an, prévoit notamment l'octroi de statuts de reconnaissance pour des éléments du patrimoine vivant ainsi cautionnés par les communautés et groupes concernés sur le territoire du Québec. Un processus officiel de «désignation» par le ministère de la Culture (MCCCF) et d'«identification» par les municipalités sera mis en place afin de favoriser la mise en valeur des éléments culturels ciblés. La LPC prévoit également la capacité pour le ministre de soutenir financièrement les projets de «mise en valeur», de «transmission» et de «connaissance» du patrimoine immatériel. La formation, l'enseignement, la promotion, la diffusion et la recherche représentent en effet les moyens les plus sûrs pour sauvegarder et développer des pratiques traditionnelles vivantes.

Dans un contexte de déclin de la transmission au sein de la famille et de quasi-absence du patrimoine immatériel dans les structures formelles d'enseignement, il apparaîtra en effet avisé de soutenir, selon de nouveaux modes de passation, des initiatives de formation ou de création de matériel pédagogique. Il est actuellement possible, à titre d'exemple, d'étudier 20 ans en musique, du primaire au conservatoire, sans jamais avoir entendu ou étudié ne serait-ce qu'une seule fois une pièce instrumentale du répertoire traditionnel québécois ni jamais avoir pu observer les techniques propres aux virtuoses de ce domaine. La musique traditionnelle constitue pourtant l'un des fleurons de notre patrimoine, qui peut enrichir considérablement un apprentissage artistique.

Il sera également utile dans ce contexte de combler le manque évident de données socio-économiques dans le secteur, afin de mieux comprendre les structures liées aux diverses disciplines qui en font partie et de mesurer la place que celles-ci occupent dans la société, voire dans les collectivités concernées. Un tel état des lieux permettra de fournir une appréciation juste de la pratique des différents éléments du patrimoine immatériel et d'évaluer en fonction de comparables les mesures publiques déployées à cet égard. En effet, bien davantage que par des statuts officiels, la reconnaissance gouvernementale en matière culturelle passe par un soutien adéquat ainsi que par une présence dans le système d'éducation.

La plupart des éléments du patrimoine vivant n'ont pas fait partie de façon significative, jusqu'à présent, des choix opérés par le Québec à cet égard, malgré les demandes répétées du milieu depuis plusieurs décennies. C'est pourquoi une politique conséquente assortie de programmes spécifiques, dirigés vers les médiateurs du patrimoine vivant ainsi que vers les structures qui les représentent, qui ont recours à leurs services ou qui les forment, devra suivre l'entrée en vigueur de la LPC.

Les retombées sociales et économiques engendrées par le travail des divers acteurs du milieu du patrimoine vivant sont importantes pour le Québec. Il en va de la diversité culturelle de toute la communauté, de sa mémoire intergénérationnelle et de son identité. Il en va également de l'essor national et international d'un secteur d'activité dynamique et créatif. La nouvelle Loi sur le patrimoine culturel constitue un excellent premier pas vers un tel développement et nous espérons qu'elle donnera lieu à des mesures concrètes pour atteindre ses objectifs.

***

Collectif d'auteurs

Ont signé ce texte: Normand Legault, président du Conseil québécois du patrimoine vivant; Antoine Gauthier, directeur général du Conseil québécois du patrimoine vivant; Pierre Chartrand, Centre Mnémo; Jean-Pierre Chénard, Centre ès trad; Cassandre Lambert-Pellerin, ethnologue et musicienne; Cyril Simard, Réjean Tardif, Société des entreprises ÉCONOMUSÉE; Richard Savoie, festival Couleurs du monde et Les danseurs de Sainte-Marie; Lisan Hubert, Centre régional d'animation du patrimoine oral; Andrée Fortin, centre d'arts textiles La Maison Routhier; Jean Du Berger, ethnologue; Gilbert Guérin, agent culturel; Jean-Louis Chouinard, Musée de la mémoire vivante; Serge Mathon, Réseau Québec folklore; Nicole Deutsch, Métiers et traditions; André Gladu, cinéaste; Lise Sirianni, Danse traditionnelle Québec; Véronic Massé, Centre du patrimoine vivant de Lanaudière; Carole Painchaud, Arrimage; Robert Bouthillier, ethnologue, conteur et chanteur; Nicolas Rochette, Regroupement du conte au Québec; Yvette Michelin, flécherande; Gilles Garand, Société pour la promotion de la danse traditionnelle québécoise; Raynald Ouellet, Carrefour mondial de l'accordéon et Musée de l'accordéon de Montmagny; Jimmy Di Genova, Centre de documentation Marius-Barbeau; Sophie Pomerleau, Jeunes musiciens du monde.
 
 
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