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Louky Bersianik - Sortir de l'oubli

Josée Boileau   6 décembre 2011  Actualités culturelles
Sur le site Sisyphe.org, on trouve quelques extraits de L'Euguélionne, l'ouvrage déroutant, magnifique et imposant que Louky Bersianik a publié en 1976 et qui n'a plus, depuis très longtemps, place dans les librairies. Le message, pourtant, n'en est pas dépassé: «Femmes de la Terre, femmes modernes et géniales de la Terre, n'êtes-vous pas fatiguées d'être des Égéries, dit l'Euguélionne?»

Prendre sa place, parler, se nommer, sortir de l'ombre, «déplacer le monde de quelques millimètres vers le côté féminin», est un combat sans fin. Dans les lieux de pouvoir que sont la finance ou la politique, les femmes sont rares quand on atteint les plus hauts sommets. Dans tant de pays, la liberté même des femmes est si facilement menacée. Quant à l'univers culturel, où on les croit plus nombreuses, ce sont encore des femmes interprètes quue l'on parle le plus, pas de celles qui créent: parolières, cinéastes, peintres, musiciennes...

Louky Bersianik elle-même n'échappe pas au lot. Elle est morte samedi, et son décès passe inaperçu alors qu'elle fait partie des grands noms de notre littérature. Son Euguélionne, d'une provocante intelligence, fut le premier grand ouvrage féministe du Québec, mais c'est un livre important, point. L'auteure y refait le monde à partir d'un regard de femme, exercice qui sera repris dans un autre de ses livres, Le pique-nique sur l'Acropole, en 1979.

C'est une approche qui dépasse l'intimisme, qui a du souffle et qui — même si on voit la lignée avec le célébrissime Deuxième sexe de Simone de Beauvoir, paru en 1949 — est alors unique en son genre. L'Américaine Marilyn French, que son roman Toilettes pour femmes rendit célèbre à la même époque, attendra le milieu des années 80 pour se mettre à explorer, dans une succession d'essais, la condition féminine à travers les âges.

Louky Bersianik n'aura pas eu les millions de lectrices d'une Marilyn French, mais au Québec, son impact fut immense. Enfin, on pouvait ajouter une voix d'ici aux Marie Cardinal, Benoîte Groult, Betty Friedan, Germaine Greer... En plus, cette voix traversait les temps en se jouant des mots, inventant des métaphores pleines d'humour, et de colère, et de poésie! C'était jouissif et terriblement inspirant.

Tout ce talent, pourtant, n'a pas empêché Mme Bersianik d'être oubliée, réalité bien féminine. Combien de lauréates aux 11 Prix du Québec cette année? Une seule. Combien de funérailles d'État pour une femme? Jamais. Et la relève qu'on vante, qu'il s'agisse d'entrepreneurs, de réalisateurs, de chefs d'orchestre ou en cuisine, est toujours masculine.

Louky Bersianik, pourtant, a continué de travailler, signant des textes splendides, comme la très belle Chanson pour durer toujours interprétée par Richard Séguin. Mais son temps était passé: la mode des écrits féministes n'a pas été si longue.

Pour réparer l'oubli, il faut rééditer L'Euguélionne. D'autant que cette mort coïncide avec l'anniversaire, aujourd'hui, de la tragédie de Polytechnique. Pouvoir relire avec quelle fougue Louky Bersianik invitait le monde à l'égalité serait aussi une contribution à la lutte contre la violence faite aux femmes.
 
 
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  • France Marcotte - Abonnée
    6 décembre 2011 05 h 48
    Il faut relire ces femmes
    Ne sentez-vous pas le besoin d'elles?
    Le besoin que le monde a d'elles?

    On dit, bah, les femmes sont partout maintenant, tout est réglé...

    Partout mais jamais au sommet, jamais en haut de la pyramide où les plus graves décisions sur l'humanité se prennent.

    Il manque au monde tout là-haut la présence des femmes.
    Ne le voyez-vous pas?
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  • France Marcotte - Abonnée
    6 décembre 2011 06 h 00
    Ou bien...
    Il faut que les femmes fassent s'effondrer ces pyramides, que les sommets rejoignent la Terre, que le pouvoir s'étire à l'horizontal.
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  • Andrée Ferretti - Abonnée
    6 décembre 2011 06 h 29
    Une pensée qui ne peut que renaître
    Comme elle a enrichi le Québec d’une de ses rares œuvres véritablement philosophiques, la pensée de Louky Bersianik, comme toute pensée révolutionnaire, malgré ses inévitables éclipses, ne cessera jamais d'éclairer les luttes féministes, de les fonder incontestablement.

    Merci, chère Josée Boileau, de contribuer aussi magnifiquement à une de ses nécessaires renaissances.

    Andrée Ferretti.
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  • Gilbert Paquette - Abonné
    6 décembre 2011 06 h 35
    attention visibilité réduite
    Comme tant d'autres oui, j'en sens le besoin et comme tant d'autres je constate douloureusement l'absence des femmes au sommet comme dans l'espace public.
    Nous faisons le monde ...littéralement, et demeurons invisibles.

    Je sculpte pour nous rendre visibles

    Claire Aubin
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  • Jean-Pierre Audet - Abonné
    6 décembre 2011 09 h 10
    Hélas vite oubliée
    Dommage qu'une telle pionnière de la réflexion sur la condition féminine soit si peu reconnue chez nous au lendemain de son décès. Je me souviens de l'effet profond qu'avait fait sur moi la lecture de l'Euguélionne. Ce livre n'était en effet pas seulement féministe ou du terroir québécois. C'était une réflexion universelle à laquelle nous devrions encore nous référer à voir la situation actuelle de l'humanité. L'humour et la légèreté ont hélas plus d'audience que la profondeur. Je ne peux cependant m'empêcher, comme homme, de m'inquiéter de la situation actuelle des femmes et de ce que l'on voit poindre à l'horizon, surtout là où les islamistes prennent de plus en plus d'importance. Dès qu'un être humain est méprisé, qu'il soit homme ou femme, il y a lieu de s'alarmer. La lutte pour l'égalité est plus nécessaire que jamais.
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  • Jeannot Duchesne - Abonné
    6 décembre 2011 12 h 33
    Nous subissons les personnes superficielles, nous manquons les vraies.
    Madame Boileau, c'est un très beau portrait d'une écrivaine surtout méconnue et oubliée du Québec, pour ne pas dire niée. Merci aussi d'avoir mentionné où nous pouvons lire quelques extraits de l'Eugélionne. C'est la première chose que j'ai fait à la suite de votre texte, lire ces extraits et je me suis régalé du déterminisme et de l'aplomb de cette écriture. Elle ne niaisait pas avec la "puck". Elle ne courrait pas les tribunes politiques et elle avait surtout quelque chose à dire; parce qu'avant tout elle les vivait et y croyait. Ce n’était pas une recherche de publicité personnelle sous le couvert d’une cause.

    À mon avis, l'Eugélionne, serait un très bon livre à être utilisé dans l'enseignement du français et par surcroît ce serait un excellent moyen de reconnaître et de valoriser un partenariat, une contribution féminine à tous les niveaux de la société. Un partenariat, une contribution, pas une compétition entre les sexes que les revendications ne perpétueraient que le modèle machisme et archaïque de la gestion et la perception des choses.

    Rien ne différenciait le pouvoir de Margaret Thatcher de celui de ses prédécesseurs masculins; elle a même été plus inhumaine qu'eux. Quel a été l'apport féminisme de Condoleezza Rice comme Secrétaire d'État Américain et que fait de si différent Hillary Clinton à part d'observer l'exécution d'une mort en direct? Qu'a de si différent Angel Merkel, de ses vis-à vis masculins.

    J'ai compris des extraits de l'Eugélionne que le féminisme est autre chose que la simple récupération d'un pouvoir machiste archaïque. Notre société manque bien plus de Marie Curie pour son génie et de Pierre Curie pour la reconnaissance de ce génie.

    Souvent, les gens vrais nous ne les connaissons pas ou nous les oublions très vite.
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  • Mouky - Inscrite
    6 décembre 2011 13 h 12
    Nous avons perdu la parole!
    Et combien de fois nous a-t-on dit de nous taire depuis la sortie de L'Euguélionne de cette grande écrivaine qui a créée cette oeuvre pour nous en 1976, tout juste un an après que l'ONU ait décrété 1975 comme étant l'Année internationale de la Femme. Année durant laquelle, d'ailleurs, les vendeurs de t-shirts ont eu la bonne et lucrative idée de mettre quelques mots au féminin sur des gaminets que nous portions fièrement en attendant que l'ONU se penche sur le rôle de la Femme dans le monde. En fait, on nous donnait ce cadeau pour faire taire la colère des femmes. Riche de ses mots, Madame Bersianik poursuivait, avec ses soeurs d'arc et de plumes de combat, une lutte qu'on finirait par annihiler à coup de top modèles qui ressemblaient à des poireaux et de produits de beauté qui nous promettaient l'amour. Nous avons troqué notre tête contre de la guimauve, des verres roses et notre corps à bichonner et embellir jusqu'à la fin de nos jours. «N'envoie pas ta fille à l'université, elle ne trouvera pas de mari si elle est trop intelligente», a dit un sadique curé à mon père. Mais nous avons tenu bon en vraies têtes de pioche. Aujourd'hui, nous regardons nos filles jouer à la superwoman que nous avons inventée subrepticement, à la crinière trop longue et coincées entre être, avoir et faire femme de tête ou femme de coeur et nous nous penchons vers leurs petits enfants non encore robotisés par la techno, en espérant que l'homme et la femme seront un jour égaux dans leurs différences, complémentaires et frères. Des hommes soeurs... Merci à vous Madame Louky de nous avoir ouvert le chemin et puisse une de vos descendantes prendre le relais, car il reste tant de choses à faire et à défaire. Et surtout, il reste à retrouver l'élan pour descendre dans la rue et crier nos injustices, au féminin et au masculin.
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  • Normand Choinière - Inscrit
    6 décembre 2011 15 h 26
    L'objectif doit être plus haut!
    Les femmes doivent viser la domination! Et pour un bon bout de temps mais pas pour toujours. Ça se justifie facilement car le rattrapage est énorme. Je ne sais pas si cela sera mieux mais je sais que ce sera différent. Et c'est de cette différence, de ce nouveau régime dont nous avons, hommes et femmes, affreusement besoin.
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  •  
  • Jean-Pierre Audet - Abonné
    6 décembre 2011 17 h 49
    Merci Mouky
    Vous avez tout à fait raison : vous avez perdu la PAROLE. Et c'est tellement dommage. Tout pour se faire aimer des garçons : voilà ce que recherchent nos jeunes filles à peine pubères. Et les voilà qui se «bitchent» à qui mieux mieux entre elles sur Internet. Mais que faisaient leurs mères au temps chaud ? Les voilà frileuses maintenant. Il faudra bien qu'un jour les femmes réalisent ce que leur propose, du moins passagèrement, Normand Choinière : viser la domination. Mais surtout pas des plus faibles d'entre elles !
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  • Notsag - Abonné
    6 décembre 2011 20 h 07
    Mesdames, il faudrait commencer par être plus solidaire entre vous!
    Françoise David n'est-elle pas une vrai féministe qui s'acharne à faire progresser cette cause?

    Malheureusement, on voit trop souvent des femmes dire qu'elle est trop çi, ou pas assez cela, etc...

    Vous vous tirez dans le pied.

    Vous dites qu'il n'y a pas assez de femmes en politique, mais vous semblez incapable de vous mobiliser lorsque qu'une femme compétente et militante se présente.
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  • France Marcotte - Abonnée
    6 décembre 2011 20 h 13
    M.Choinière
    Je ne crois pas que les femmes cherchent la domination du monde, il y a d'autres modèles de rayonnement et d'influence.
    Le pouvoir de prôner l'équité, le partage, par exemple.

    Les femmes, ensemble et avec ceux qui leur ressemblent, ne reproduiraient pas les erreurs du pouvoir patriarcal qui mène à la guerre et à la destruction.
    Elles seraient bien plus égalitaires et respectueuses de la vie sous toutes ses formes.
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  • France Marcotte - Abonnée
    7 décembre 2011 08 h 42
    Notsag
    Saisissez-vous toute la condescendance et l'incompréhension de ce dont on parle que démontre votre commentaire ou faut-il vous l'expliquer comme à un petit garçon?
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  • Notsag - Abonné
    7 décembre 2011 09 h 42
    Condescendant:NON, Incompréhension: Possible, Provocateur:OUI
    @France Marcotte:

    "Saisissez-vous toute la condescendance et l'incompréhension de ce dont on parle que démontre votre commentaire"

    Pas vraiment. Mon commentaire s'est voulu plus provocateur, que condescendant.

    "... ou faut-il vous l'expliquer comme à un petit garçon?"

    Allez-y! Éduquez moi.

    Malheureusement, vous ne répondez pas à l'essence de mon commentaire. Essentiellement, je dis que si la cause des femmes n'avance plus, ou recule, c'est peut-être par manque de solidarité entre elles.

    Si vous n'êtes pas d'accord, alors dites-le. Nullement besoin de prendre un ton condescendant pour dire que je n'y comprend rien.

    Attaquez vous au message, plutôt qu'au messager.
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  •  
  • Jean Le May - Inscrit
    12 décembre 2011 08 h 44
    De quoi on parle?
    Moi j'y lis que l'on parle de la place qui n'est pas faite aux femmes dans tous les aspects de la vie et de la lumiêre qu'apporte Louky Bersianik, (que j'ai le plaisir de découvrir), de la lumiêre dont ont encore soif certaines femmes et certains hommes.
    "déplacer le monde de quelques millimètres du côté féminin" écrivait-elle. Et elle avait raison car cela ferait toute la différence au monde et pour le vrai; bien plus, oui bien plus, que l'accès à la domination par les femmes comme invoquée dans les commentaires.
    On a un filon de lumière et des femmes le suivront.
    Certains hommes comprendront un peu plus, moi le premier
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  • Pierrette Boulianne - Inscrite
    13 décembre 2011 11 h 36
    «prendre sa place, parler, se nommer, sortir de l'ombre»
    Félicitations Josée Boileau.
    C'est plus facile d'ëtre invisible...
    Nous en avons deux présentement, en politique, qu'il faudrait soutenir; Pauline Marois et Françoise David. Malheureusement, les hommes parlent plus fort et on les suit...
    Pierrette Boulianne
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