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Une onde de choc dans les télécommunications

Du morse au texto, une exposition branchée au Musée Berliner de Montréal

Certains mariages technologiques se sont avérés de véritables prouesses en leur temps, comme celui de la calculatrice et du traitement de texte, représenté par les premiers micro-ordinateurs.<br />
Photo : Annik MH De Carufel - Le Devoir
Certains mariages technologiques se sont avérés de véritables prouesses en leur temps, comme celui de la calculatrice et du traitement de texte, représenté par les premiers micro-ordinateurs.

À retenir

    • Du morse au texto, les vendredis, samedis et dimanches de 14h à 17h, jusqu'au 18 décembre 2012. Au Musée des ondes Émile Berliner, 1050, rue Lacasse, Montréal. 514 932-9663
Le fracas d'un bruit métallique a retenti. Une voix satisfaite s'est aussitôt exclamée: «Le rouleau est comme il faut!» Lors de l'inauguration de l'exposition Du morse au texto, un ancien technicien en télécommunication a replacé le papier à l'intérieur d'un télétype, aussi nommé téléscripteur, datant du milieu des années 1940. «Je ne sais pas combien de rouleaux j'ai changés dans ces machines-là», s'est-il ensuite enorgueilli, tout en se rappelant avec amusement «le tapage» dans les pièces remplies d'une centaine de ces appareils.

Ce télétype de la grosseur d'un petit bureau, muni d'un clavier de machine à écrire, d'un fil de presse et d'un cadran, mais «dont il manque la poignée sur le côté», était prisé dans les salles de nouvelles d'une autre époque. Il traduisait un message dactylographié en une suite de perforations — en code Baudot — se transformant à leur tour en signaux électriques transmis par ligne téléphonique.

«Dans notre collection, il y avait deux appareils qui étaient pour moi mystérieux: les télétypes», confie Martin Boucher, directeur du Musée Berliner. Pour les montrer au grand public, un survol de l'évolution des télécommunications, permettant du même coup de sortir d'autres objets rarement présentés, s'est presque imposé de lui-même.

Une idée pas du tout déconnectée. Cette année, au fond, on célébrera le centenaire du naufrage du Titanic. La tragédie avait sensibilisé la planète entière à l'utilité des communications sans fil.

Et puis, si Émile Berliner, installé à Montréal à partir de 1900, fut d'abord l'inventeur du gramophone, il demeure aussi l'un des principaux artisans du succès du téléphone.

Alors qu'Alexander Graham Bell commençait à présenter sa création, M. Berliner, agacé par la piètre clarté du message retransmis, y avait ajouté par la suite un transmetteur de qualité, fabriquant ainsi le premier microphone digne de ce nom breveté en 1877.

Une portion de l'exposition enfile, à juste titre, les téléphones: à cornet, à cadran, de campagne, militaire ou de plastique transparent, et jusqu'aux cellulaires qui envoient maintenant des messages-textes, un rôle dévolu au massif télétype il y a moins de 50 ans.

Un voyage sur une échelle inférieure à 150 ans. Des appareils qui n'ont cessé de s'amalgamer et de se miniaturiser. L'exposition du Musée Berliner s'amorce avec un magnifique récepteur télégraphique à fil datant du XIXe siècle. S'ensuit une tonne d'instruments, certains à l'allure bric-à-brac, d'autres au design raffiné, dont les fonctions sont aujourd'hui presque toutes intégrées dans un seul téléphone intelligent.

«C'est la grande conclusion quand on regarde l'histoire des télécommunications: on est parti d'efforts isolés qui ont mené aujourd'hui à des appareils combinant toutes les inventions du XXe siècle», dit avec fascination Michel Forest, commissaire de l'exposition.

Si le numérique semble poser le jalon d'un nouveau cycle, Du morse au texto permet de mieux constater les legs, voire l'ADN de l'ancien attirail, toujours présents dans nos outils sophistiqués. Michel Forest a tapoté l'écran de son iPhone devant le télétype pour démontrer que, «sur nos claviers, les lettres sont dans le même ordre».

Une disposition pourtant élaborée afin d'éviter que les marteaux ne se croisent et se coincent trop souvent dans les machines à écrire. «Notre technologie est super moderne, mais elle est directement en lien avec ce qui se faisait il y a 100 ans», a-t-il commenté. Tout de même, l'exposition ne boude pas notre malicieux plaisir de redécouvrir des engins dont l'existence s'est révélée éphémère, comme ce lecteur de films... sur disque vinyle.

Le musée adresse un clin d'oeil à d'autres grands disparus: les réparateurs de radios et de téléviseurs. «On n'a plus d'appareils qui étaient faits pour durer et maintenant, on est dans le prêt-à-jeter», constate Michel Forest. En fin de parcours, les enseignes, lampes et fers à souder viennent rendre hommage à un métier en voie d'extinction, en cette ère d'obsolescence planifiée.

«En 2013, j'espère que le musée sera fermé pour des rénovations», dit Martin Boucher. Depuis quelque temps, le Musée des ondes Berliner projette de s'agrandir sur l'emplacement de l'ancienne usine RCA Victor.

Le projet Berliner Cité des ondes tentera de réunir un resto-bar, le studio d'enregistrement Victor, une réserve à aire ouverte, une allée de sculptures sonores ainsi qu'un espace d'exposition trois fois plus grand permettant d'abriter une exposition permanente.

L'ancienne directrice générale de la Cinémathèque québécoise, Yolande Racine, vient tout juste se joindre à l'équipe et se consacre à temps plein au développement de ce pôle d'attraction. «J'espère que cette exposition est la dernière avant l'ouverture de la Cité des ondes», admet le directeur.
 
 
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