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Libre opinion - Pas de progrès pour les femmes cinéastes

Lettre ouverte au premier ministre du Québec

Lucette Lupien - Ex-conseillère de Réalisatrices équitables  4 août 2011  Cinéma
Monsieur le Premier Ministre, Comme beaucoup de Québécoises, je suis très heureuse des politiques en faveur de l'équité que vous avez adoptées au gouvernement du Québec. Ces politiques sont importantes, d'abord pour les bienfaits directs qu'elles apportent aux femmes, mais aussi comme exemple à suivre pour l'ensemble des autres décideurs de notre société.

Cependant, ce ne sont pas tous les ministères du gouvernement — ni les institutions qui en relèvent — qui appliquent ces politiques d'équité.

En effet, la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) qui finance, au nom du Québec, la production de films et d'émissions, vient de publier la liste des oeuvres retenues: pour l'année courante, un seul long métrage de fiction de langue française sera réalisé sous la direction d'une femme sur 11 longs métrages. Si l'on compte les longs métrages de langue anglaise et la coproduction minoritaire, c'est à peine 14 % des longs métrages qui seront confiés à des réalisatrices. En 1995-1996, les femmes ont réalisé 18 % des films financés par la SODEC. Ce qui indique clairement qu'il n'y a eu aucun progrès vers l'équité pour les réalisatrices du Québec en 15 ans. Et pourtant, s'il est un domaine qui permet de présenter des modèles d'équité au public, c'est bien celui du cinéma et de la télévision.

Rien ne change

Le groupe Réalisatrices équitables a présenté un rapport sur ces données en 2007 à la ministre Christine St-Pierre, dont le ministère regroupe sous sa gouverne à la fois le dossier de la Culture, celui des Communications et celui de la Condition féminine, trois domaines qui concernent de très près les réalisatrices. Depuis ce temps, rien ne semble avoir changé à la SODEC, bras financier de l'État dans la production audiovisuelle et institution dont madame St-Pierre est responsable.

Les femmes représentent la moitié des étudiants en audiovisuel dans les universités. Quel avenir leur offrons-nous? En 2011, pourquoi n'ont-elles pas droit à leur juste part des fonds de l'État dédiés à la production d'oeuvres audiovisuelles?

Elles ne demandent pas que des projets moins bons soient choisis au détriment des meilleurs, mais si les projets de femmes ne sont jamais retenus, elles ne pourront jamais prendre leur place.

Lorsque la SODEC s'est rendu compte il y a quelques années que les jeunes réalisateurs ne pouvaient concurrencer les réalisateurs expérimentés, elle a créé un programme spécifique d'aide à la production pour que ces jeunes prennent de l'expérience. On a aussi créé, selon les besoins, toutes sortes de programmes pour aider les autochtones, les communautés culturelles, les régions, etc., à accéder aux fonds de l'État.

Pourquoi ne pas en faire autant pour favoriser les films de femmes comme on le fait pour toutes ces autres catégories de la population alors que les femmes ne sont pas une minorité; elles représentent 50,5 % de la population québécoise.

Monsieur le Premier Ministre, je demande votre intervention pour que nous n'ayons pas à attendre un siècle pour voir des oeuvres de femmes sur nos écrans, pour faire place à des imaginaires et des points de vue qui vont changer notre vision du monde et nous faire progresser vers l'égalité entre les hommes et les femmes du Québec.

Note: De plus, les femmes sont absentes de la réalisation des publicités audiovisuelles. Et pourtant, la ministre St-Pierre avait bien indiqué, en 2007, vouloir inciter ses collègues ministres à faire en sorte que des femmes soient choisies pour réaliser les publicités gouvernementales. Or, même la dernière campagne de pub de son propre ministère concernant la violence faite aux femmes a été réalisée par un homme. Le gouvernement est un client des agences de publicité, il peut et même doit exiger l'équité.

***

Lucette Lupien - Ex-conseillère de Réalisatrices équitables
 
 
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  • Yvan Dutil - Inscrit
    4 août 2011 08 h 26
    Quel est le ratio des demandes?
    D'accords, il y a une petite fraction des fonds accordés à des réalisatrices, mais quelle est la fraction de réalisatrice dans l'ensemble des demandeurs? 10-15-20%?

    De plus, les nombre mis en jeu sont tellement petits que je serais curieux de voir les chiffres sur quelques années? Est-ce qu'il y avait 2 films l'an passé donc >20% des films?
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  • voltaire - Inscrit
    4 août 2011 08 h 36
    rapport peu crédible
    Comment peut-on accorder de la crédibilité au rapport des Réalisatrices équitables, rapport qui a été commandée à l’Institut de recherches et d’études féministes (IREF) de l’UQAM...
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  • Hermil LeBel - Inscrit
    4 août 2011 11 h 29
    L'égalité à géomérie variable
    Plusieurs se demande encore où peut bien loger le Conseil du Statut de l'Homme ?

    L'égalité, en autant que les mots aient encore une signification, implique une équation réversible et réciproque.

    À défaut, la situation équivaut à du sexisme institutionnel.

    Pourquoi alors dans un contexte de déficit budgétaire, le gouvernement du Québec engloutit des fonds publics à faire la promotion de la déviance ?
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  • Gilles Roy - Abonné
    4 août 2011 14 h 41
    Casser du sucre...
    Surprenant ce plaisir que plusieurs hommes ont à casser du sucre sur le dos de madame Lupien. Certes, je leur concède qu'il se peut que les gars soumettent de meilleurs scénarios que les filles, tout comme je leur concéderais qu'il se peut également qu'une des difficultés des cinéastes féminins consiste à attirer le public féminin dans les salles (pourquoi les femmes devraient-elles préférer le hockey féminin à celui du CH, et pourquoi devraient-elles assister à des films féministes plutôt qu'à des films qui font davantage l'évènement?). N'empêche que de ne pas soutenir l'explosion du regard féminin mène à nous cantonner à une vision (dominante) du monde qui nous entoure, ce qui, à terme, risque de se révéler très peu enrichissant.
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  • Sylvio Le Blanc - Abonné
    4 août 2011 16 h 56
    Réponse à Camelot
    Oui, Kathryn Bigelow a reçu un Oscar pour son excellent film «The Hurt Locker».
    http://www.filmofilia.com/oscar-2010-winners-13817
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  • Sylvio Le Blanc - Abonné
    4 août 2011 17 h 57
    Le lien précédant a été amputé. Voici ce que j'avais laissé:
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  • Estrella - Abonné
    4 août 2011 19 h 18
    Brouiller et s'embrouiller
    "Ce qui est demandé est justement de choisir des projets de femmes parce que ce sont des projets de femmes, le contraire de l'équité. Tout comme les revendications des femmes pour devenir autonomes...tout en conservant la pension alimentaire à vie", lit-on dans le premier commentaire faisant suite à la lettre de Madame Lupien. Pour répondre à ce monsieur qui cherche visiblement à brouiller les enjeux dont il est ici question et à faire dévier ce que dénonce Madame Lupien vers je ne sais trop quelle sorte de théorie basée sur du vent et complètement hors contexte, ce qui est demandé par Madame Lupien serait plutôt selon moi de s'ouvrir les yeux sur une réalité encore bien présente, chiffres à l'appui: au Québec, en 2011, les femmes n'ont toujours pas les mêmes OPPORTUNITÉS de réaliser des films que les hommes. Parce qu'au-delà du "talent", encore faut-il avoir l'opportunité de le démontrer, ce talent. Et si les gens de la SODEC qui sélectionnent les projets à être financés n'ont pas intérêt à ce que les femmes et les hommes aient accès aux mêmes privilèges, soit celui d'avoir le budget pour réaliser un film, ces gens ne font que reproduire l'infernale société patriarcale dans laquelle nous vivons et que confirme encore le commentaire qui suit: "Comment peut-on accorder de la crédibilité au rapport des Réalisatrices équitables, rapport qui a été commandée à l’Institut de recherches et d’études féministes (IREF) de l’UQAM..." Mis à part faire la promotion de la haine contre les femmes et les féministes, à quoi sert ce commentaire? En quoi est-il pertinent mais surtout, crédible? En quoi fait-il avancer le débat dont il est question dans la lettre de Madame Lupien? En quoi sans cesse dénigrer les femmes et chercher systématiquement à occulter les inégalités quant aux opportunités de se réaliser qu'ont les femmes et les hommes dans notre société, ici et maintenant, fait-il avancer les choses?
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  • camelot - Inscrit
    5 août 2011 00 h 31
    Hors propos
    À M. Le Blanc, Catherine Bigelow est la partenaire de monsieur Cameron. Elle n'est pas Québécoise. Elle a profité du film "Avatar" pour financer son film américain.

    Autre culture, autre mœurs.
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  • Estrella - Abonné
    5 août 2011 12 h 52
    Arguments réfractaires
    À Camelot: Catherine Bigelow n'est justement plus la conjointe de Monsieur Cameron. Ainsi, suivant votre logique implacable, serait-ce dire que son talent de réalisatrice a enfin été reconnu au moment où elle est sortie de l'ombre de son conjoint?

    À Voltaire: La réelle prétention qui se cache derrière vos arguments (non seulement sur cette page, mais aussi tous ceux que vous laissez un peu partout sur ce site) est de faire le procès du féminisme. Voilà un moyen d'éviter les les débats sociaux que soulèvent les féministes et leur remise en question des rapports de domination inhérents à notre société patriarcale. Et cette stratégie de victimisation dont vous parlez émane en réalité de vos propos, qui détournent constamment les rapports sociaux de sexe en les sortant du politique pour les ramener vers l'individuel, comme si notre société était neutre. Cette société est encore bel et bien sexiste, elle rejette les réalisations des femmes (on le voit très bien sur cette page, notamment via les commentaires de Camelot et de Voltaire qui s'acharnent à refuser les statisiques révélées par Madame Lupien dans sa lettre). On rejette les réalisation des femmes parce qu'elles osent proposer un regard différent de la mentalité dominante, parce qu'elles osent dénoncer les inégalités entre les femmes et les hommes, parce qu'elles dérangent l'ordre établi, qui privilégie les hommes au détriment des femmes. Votre tentative acharnée de discréditer les propos de Madame Lupien (et derrière elle, des Réalisatrices Équitables et des féministes en général) révèle en fait votre résistance au changement, liée à la peur de perdre vos privilèges d'hommes et de les partager avec les femmes.
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  • Le  Devoir Le Devoir - Auteur
    5 août 2011 14 h 48
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    Veuillez noter qu'il n'est désormais plus possible de commenter ce texte.
    Merci.
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