Libre opinion - Pas de progrès pour les femmes cinéastes
Lettre ouverte au premier ministre du Québec
Monsieur le Premier Ministre, Comme beaucoup de Québécoises, je suis très heureuse des politiques en faveur de l'équité que vous avez adoptées au gouvernement du Québec. Ces politiques sont importantes, d'abord pour les bienfaits directs qu'elles apportent aux femmes, mais aussi comme exemple à suivre pour l'ensemble des autres décideurs de notre société.
Cependant, ce ne sont pas tous les ministères du gouvernement — ni les institutions qui en relèvent — qui appliquent ces politiques d'équité.
En effet, la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) qui finance, au nom du Québec, la production de films et d'émissions, vient de publier la liste des oeuvres retenues: pour l'année courante, un seul long métrage de fiction de langue française sera réalisé sous la direction d'une femme sur 11 longs métrages. Si l'on compte les longs métrages de langue anglaise et la coproduction minoritaire, c'est à peine 14 % des longs métrages qui seront confiés à des réalisatrices. En 1995-1996, les femmes ont réalisé 18 % des films financés par la SODEC. Ce qui indique clairement qu'il n'y a eu aucun progrès vers l'équité pour les réalisatrices du Québec en 15 ans. Et pourtant, s'il est un domaine qui permet de présenter des modèles d'équité au public, c'est bien celui du cinéma et de la télévision.
Rien ne change
Le groupe Réalisatrices équitables a présenté un rapport sur ces données en 2007 à la ministre Christine St-Pierre, dont le ministère regroupe sous sa gouverne à la fois le dossier de la Culture, celui des Communications et celui de la Condition féminine, trois domaines qui concernent de très près les réalisatrices. Depuis ce temps, rien ne semble avoir changé à la SODEC, bras financier de l'État dans la production audiovisuelle et institution dont madame St-Pierre est responsable.
Les femmes représentent la moitié des étudiants en audiovisuel dans les universités. Quel avenir leur offrons-nous? En 2011, pourquoi n'ont-elles pas droit à leur juste part des fonds de l'État dédiés à la production d'oeuvres audiovisuelles?
Elles ne demandent pas que des projets moins bons soient choisis au détriment des meilleurs, mais si les projets de femmes ne sont jamais retenus, elles ne pourront jamais prendre leur place.
Lorsque la SODEC s'est rendu compte il y a quelques années que les jeunes réalisateurs ne pouvaient concurrencer les réalisateurs expérimentés, elle a créé un programme spécifique d'aide à la production pour que ces jeunes prennent de l'expérience. On a aussi créé, selon les besoins, toutes sortes de programmes pour aider les autochtones, les communautés culturelles, les régions, etc., à accéder aux fonds de l'État.
Pourquoi ne pas en faire autant pour favoriser les films de femmes comme on le fait pour toutes ces autres catégories de la population alors que les femmes ne sont pas une minorité; elles représentent 50,5 % de la population québécoise.
Monsieur le Premier Ministre, je demande votre intervention pour que nous n'ayons pas à attendre un siècle pour voir des oeuvres de femmes sur nos écrans, pour faire place à des imaginaires et des points de vue qui vont changer notre vision du monde et nous faire progresser vers l'égalité entre les hommes et les femmes du Québec.
Note: De plus, les femmes sont absentes de la réalisation des publicités audiovisuelles. Et pourtant, la ministre St-Pierre avait bien indiqué, en 2007, vouloir inciter ses collègues ministres à faire en sorte que des femmes soient choisies pour réaliser les publicités gouvernementales. Or, même la dernière campagne de pub de son propre ministère concernant la violence faite aux femmes a été réalisée par un homme. Le gouvernement est un client des agences de publicité, il peut et même doit exiger l'équité.
***
Lucette Lupien - Ex-conseillère de Réalisatrices équitables
Cependant, ce ne sont pas tous les ministères du gouvernement — ni les institutions qui en relèvent — qui appliquent ces politiques d'équité.
En effet, la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) qui finance, au nom du Québec, la production de films et d'émissions, vient de publier la liste des oeuvres retenues: pour l'année courante, un seul long métrage de fiction de langue française sera réalisé sous la direction d'une femme sur 11 longs métrages. Si l'on compte les longs métrages de langue anglaise et la coproduction minoritaire, c'est à peine 14 % des longs métrages qui seront confiés à des réalisatrices. En 1995-1996, les femmes ont réalisé 18 % des films financés par la SODEC. Ce qui indique clairement qu'il n'y a eu aucun progrès vers l'équité pour les réalisatrices du Québec en 15 ans. Et pourtant, s'il est un domaine qui permet de présenter des modèles d'équité au public, c'est bien celui du cinéma et de la télévision.
Rien ne change
Le groupe Réalisatrices équitables a présenté un rapport sur ces données en 2007 à la ministre Christine St-Pierre, dont le ministère regroupe sous sa gouverne à la fois le dossier de la Culture, celui des Communications et celui de la Condition féminine, trois domaines qui concernent de très près les réalisatrices. Depuis ce temps, rien ne semble avoir changé à la SODEC, bras financier de l'État dans la production audiovisuelle et institution dont madame St-Pierre est responsable.
Les femmes représentent la moitié des étudiants en audiovisuel dans les universités. Quel avenir leur offrons-nous? En 2011, pourquoi n'ont-elles pas droit à leur juste part des fonds de l'État dédiés à la production d'oeuvres audiovisuelles?
Elles ne demandent pas que des projets moins bons soient choisis au détriment des meilleurs, mais si les projets de femmes ne sont jamais retenus, elles ne pourront jamais prendre leur place.
Lorsque la SODEC s'est rendu compte il y a quelques années que les jeunes réalisateurs ne pouvaient concurrencer les réalisateurs expérimentés, elle a créé un programme spécifique d'aide à la production pour que ces jeunes prennent de l'expérience. On a aussi créé, selon les besoins, toutes sortes de programmes pour aider les autochtones, les communautés culturelles, les régions, etc., à accéder aux fonds de l'État.
Pourquoi ne pas en faire autant pour favoriser les films de femmes comme on le fait pour toutes ces autres catégories de la population alors que les femmes ne sont pas une minorité; elles représentent 50,5 % de la population québécoise.
Monsieur le Premier Ministre, je demande votre intervention pour que nous n'ayons pas à attendre un siècle pour voir des oeuvres de femmes sur nos écrans, pour faire place à des imaginaires et des points de vue qui vont changer notre vision du monde et nous faire progresser vers l'égalité entre les hommes et les femmes du Québec.
Note: De plus, les femmes sont absentes de la réalisation des publicités audiovisuelles. Et pourtant, la ministre St-Pierre avait bien indiqué, en 2007, vouloir inciter ses collègues ministres à faire en sorte que des femmes soient choisies pour réaliser les publicités gouvernementales. Or, même la dernière campagne de pub de son propre ministère concernant la violence faite aux femmes a été réalisée par un homme. Le gouvernement est un client des agences de publicité, il peut et même doit exiger l'équité.
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Lucette Lupien - Ex-conseillère de Réalisatrices équitables
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