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Les 30es Rendez-vous du cinéma québécois sont lancés

L'édition anniversaire sera marquée par les grands questionnements existentiels

Odile Tremblay   15 février 2012  Cinéma
Bestiaire, un documentaire signé Denis Côté, ouvre les Rendez-vous du cinéma québécois.<br />
Photo : Funfilm distribution
Bestiaire, un documentaire signé Denis Côté, ouvre les Rendez-vous du cinéma québécois.
Grand coup d'envoi ce soir des 30es Rendez-vous du cinéma québécois au bel Impérial. Place à Bestiaire de Denis Côté, regard clinique sur des animaux du parc Safari, captés sans a priori, en laissant le spectateur projeter sur mufles et naseaux ses hantises, ses affections, ses révoltes, ses espoirs. De ces bêtes dessinées par des humains aux animaux empaillés, la vie dans la cage, protégée ou enfermée, nous renvoie à nous-mêmes. Sur des cadrages souvent déconstruits et des sons parfois affolants, quel bel exemple de septième art en liberté!

À l'autre bout du spectre, le 26 février, le documentaire Over My Dead Body de la comédienne et metteure en scène Brigitte Poupart clôturera la marche, en suivant au fil des mois la maladie du merveilleux chorégraphe Dave St-Pierre, en attente d'une greffe de poumons.

Par-delà les 310 films au menu tout au long de la manifestation, dont 90 primeurs surtout documentaires, c'est l'esprit des Rendez-vous qui semble se greffer aux grands cycles de l'existence. Même le court métrage d'ouverture, Le grand ailleurs et le petit ici, de Michèle Lemieux, constitue une incursion métaphorique dans la vie au sein de l'univers, dans sa mémoire et sa finitude.

Il semble loin, le temps où, en guise de morceau d'ouverture, les Rendez-vous du cinéma québécois nous servaient des productions commerciales comme Cadavres, Ma fille, mon ange, etc. Depuis trois ans, on croit sentir un resserrement plus cinéphilique, plus profond, particulièrement sensible cette année.

Ségolène Roederer, présidente des Rendez-vous, assure que ces choix organiques n'augurent pas un virage définitif pour l'avenir. «Ça tombe bien, pour le 30e, de dire: "Oui, le cinéma, c'est un art", mais pas question de se renfermer. Les Rendez-vous servent d'abord à présenter les films de l'année, par exemple Starbuck, en donnant au public l'occasion de rencontrer le cinéaste Ken Scott.»

En voyant Bestiaire, elle dit avoir éprouvé un vrai coup de coeur. «Le film n'est ni une fiction, ni un documentaire, plutôt un essai cinématographique sur l'art de dessiner des animaux en langage cinéma. La proposition est radicale par son côté contemplatif, mais le film n'en demeure pas moins accessible, comme une série de tableaux.» Même coup de coeur de Ségolène Roederer pour le film de clôture, qui l'a bouleversée et inspirée.

Cette année, les Leçons de cinéma des RVCQ livrent des propositions très cinéphiliques, sous la patte du directeur de la programmation Dominique Dugas. Le libre et exigeant Robert Morin vient rencontrer le public, également deux Françaises de haute qualité: la cinéaste Claire Denis (Beau travail, 35 rhums, etc.) et la directrice photo Agnès Godard, derrière tant de films de Claire Denis, entre autres. «On dirige un festival national. "Pourquoi inviter des gens d'ailleurs?", me demande-t-on parfois, révèle Ségolène Roederer. C'est afin de créer l'étincelle entre les gens d'ici et les créateurs étrangers. Mais oui, les Leçons de cinéma s'adressent avant tout aux cinéphiles. Il y a un choix éditorial, particulièrement pointu cette année.» Les cycles, la vie, la maladie, la mort sont abordés par-delà l'ouverture et la clôture, dans des oeuvres comme Séances de Danic Champoux sur des cancéreux en traitement, Elle rôde: cinq regards de jeunes cinéastes posés sur la mort, Les tortues ne meurent pas de vieillesse sur trois octogénaires marocains abordant leur finitude. Ajoutez Gordon Sheppard ou l'art de bien mourir, dans lequel Francine Pelletier suit de sa caméra l'artiste pluridisciplinaire Sheppard jusqu'à son lit de mort. Fernand Dansereau, à 83 ans, se demande de son côté comment vieillir dans Le vieil âge et le rire.

Et même si un lot de comédies, de films politiques, d'animations, d'oeuvres expérimentales avec survol de la production 2011 sont au menu, on retient en fil rouge les grands questionnements existentiels qui jalonnent cette édition anniversaire, signe de nos années agitées où les cinéastes s'interrogent ferme.
 
 
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  • arcenciel - Abonné
    15 février 2012 08 h 36
    Bestiaire jusqu'à plus soif
    Si je comprends bien Bestiaire est un film de mononcle. Un mononcle qui aurait passé 8-9 jours avec sa caméra à filmer les animaux du Parc Safari. Un film de voyage sans traitement comme tous les mononcles imposent à leur famille. Ou encore un film un peu comme un des sempiternels documentaires animaliers que l'on peut voir sur les chaîne télés. Sauf qu'ici c'est de l'art. A l'image de certains peintres non-figuratifs cheapo. Les critiques sont tellement contents d'avoir un "local" à Berlin, à Sundance ou au Rendez-vous. Et Berlin et Sundance tellement contents d'avoir un colon baveux qui filme des animaux et qui dit au monde regardez-vous! Shocking my dear! Very shocking"

    A voir par vous même http://www.youtube.com/watch?v=KWzpppZa4pI

    Gérard Côté
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  • Felix Faucher - Inscrit
    15 février 2012 15 h 13
    Un zoo le jour
    Je ne connais pas encore le cinéma de Denis Côté. Par contre, je connais les films de mononcle, et j'en ai jamais vu un cadrer de la sorte, faire une aussi longue prise sur trépied et garder le silence afin de simplement donner à voir (je parle ici de la bande-annonce).

    Parmi les films québecois qui donnent à voir des animaux le premier qui me revient en tête est "Un zoo la nuit" de Jean-Claude Lauzon. On pourait le réduire à une pâle copie d'un thriller américain de série B (si une telle chose existe), mais on ne peut pas en fait.

    Si parfois la médiatisation de l'art peut sembler une surenchère construite autour d'une insignifiance, je crois que l'on doit quand même respecter le droit des artistes à expérimenter, car je crois que plutôt que de dénoncer l'empereur nu, on nourrit le cynisme. Une oeuvre doit être expérimentée dans son entièreté et dans les conditions pour lesquelles elle est produite (une salle de cinéma) avant d'être réduite à une insignifiance, et avant de réduire l'interpretation de ceux qui l'ont apprécié à du snobisme vide.
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