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Berlin contre Cannes

Martin Bilodeau   17 février 2012  Cinéma
Le Devoir à Berlin - Les films allemands sont rarement programmés en compétition à Cannes. J'avais l'habitude, comme beaucoup de mes collègues, de mettre ça sur le compte de la bonne vieille rivalité franco-allemande. À Berlin, j'ai compris la vraie raison: le festival dirigé par Dieter Kosslick programme un très large éventail de films allemands (83 cette année, tous formats confondus), ce qui automatiquement les disqualifie pour la sélection officielle cannoise. Les distributeurs et producteurs allemands ont compris le jeu et préfèrent viser pour leurs productions la bienveillante Berlinale plutôt que de prendre le risque de se faire rejeter par les maudits Français de Cannes. Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras.

En bavardant avec Dieter Kosslick cette semaine, j'ai du coup mis le doigt sur la raison pour laquelle la Berlinale est aussi peu friande de notre cinéma en sélection officielle. «Nous avons des problèmes pour la compétition parce que le Festival international du film de Toronto montre presque tout ce qui se fait au Canada. Il ne nous en reste plus beaucoup», reconnaît le directeur du festival.

Il fut un temps où un film pouvait avoir sa première mondiale dans son propre pays, le festival à l'étranger se targuant d'obtenir sa première «internationale». Mais les règles se sont resserrées, la compétition entre les événements s'est intensifiée. Toronto, du reste, n'est pas un événement national. La presse mondiale s'y rue, les articles sur les films paraissent dans tous les grands journaux professionnels (Variety, Screen International, The Hollywood Reporter, IndieWire, etc.), si bien que leur secret est éventé aux yeux et aux oreilles du reste du monde. «Avant que Toronto ne prenne la décision de programmer un large éventail de films canadiens, nous en avions beaucoup plus souvent en compétition», rappelle Kosslick, qui compte cinq ou six têtes chercheuses au Canada.

Ne l'embêtez pas avec le Festival de Cannes, un événement auquel la Berlinale se fait toujours comparer désavantageusement par la presse. À tort ou à raison. «J'ai arrêté de commenter la rivalité avec Cannes parce que tout le monde me harcelait sur le sujet et ça me rendait fou. Nous sommes à Berlin, nous avons ici le plus grand festival public au monde», dit-il avant de signaler la singularité de son organisation où chaque section possède son propre directeur artistique, et d'ajouter que sept films inscrits en compétition l'année dernière sont en nomination aux Oscar. Parmi lesquels A Separation, de l'Iranien Farhadi, Ours d'or l'an dernier et principal concurrent de Monsieur Lazhar dans la course à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère.

Cette année, Kosslick a pris une décision inédite depuis son arrivée à la gouvernance en 2001: il a programmé un film québécois en compétition officielle, en l'occurrence Rebelle, de Kim Nguyen, projeté aujourd'hui en première mondiale (voir entrevue). La dernière participation d'un cinéaste canadien à la compétition remontait à 1999 avec Emporte-moi de Léa Pool, de l'époque où Moritz De Hadeln dirigeait l'événement.

Un beau coup, parce que les producteurs de la plupart des films québécois et canadiens en chantier présentement ou tout juste terminés visent Cannes. L'échéancier de production est conçu de façon à ce qu'ils soient prêts, ou quasiment, au moment de la venue en février des programmateurs des différentes sections cannoises. Rebelle ne faisait pas exception et devait être en postproduction en février et mars. Jusqu'à ce que, écoutant les conseils de distributeurs européens à qui la productrice Marie-Claude Poulin avait «pitché» le film lors de l'événement Cinéma du Québec à Paris en novembre, la maison de production Item7 a changé de cap et, du coup, fait accélérer le calendrier afin que le film soit prêt pour Berlin. Aujourd'hui, tout le monde est d'accord pour dire que Rebelle est, par son sujet, sa facture, sa stature, approprié pour la Berlinale, davantage que pour Cannes. Mais personne n'aurait pu le concevoir aussi clairement en amont.

«L'année dernière, Café de Flore était LE film attendu, dit Marie-Claude Poulin, qui l'a produit. Cette année, c'est Laurence Anyways de Xavier Dolan [produit par Lyla Films et MK2]. Rebelle arrive de nulle part, c'est une belle surprise», dit-elle.

***

Un mot sur la compétition officielle de la Berlinale. Seize des dix-huit films de la compétition ont été vus jusqu'à maintenant, 17 si j'inclus Rebelle, que j'ai pu voir en début de semaine. Mais, embargo oblige, je n'ai pas le droit de vous dire tout le bien que j'en pense avant demain. Je peux cependant vous parler d'un de ses plus sérieux rivaux: Just the Wind, du Hongrois Bence Fliegauf, ancien assistant de Miklos Jancso. Cette oeuvre âpre et inquiétante nous raconte le quotidien des Roms en Hongrie, à travers une journée dans la vie d'une mère, de sa fille adolescente et de son garçon de 12 ans, dans un climat de peur causé par le meurtre récent d'une famille voisine et l'attente d'un exil prochain vers le Canada, où le père les attend. La caméra en mouvement continu, les cadrages serrés sur les corps et les visages des acteurs non professionnels rendent le hors-champ terrifiant et contribuent à composer un tableau d'une grande puissance dramatique.

Mercy, dernier film allemand de la compétition qui en compte trois (avec Home for the Weekend et Barbara), a quant à lui déçu malgré ses superbes images d'hiver éternel au nord du cercle polaire, où l'action est campée. Appâté par un contrat dans une raffinerie, un ingénieur pétrolier y emménage en compagnie de sa femme infirmière, avec qui rien ne va plus, et leur fils adolescent, dans l'espoir d'un nouveau départ. Rentrant du travail à la noirceur, madame heurte ce qu'elle croit être un chien. Mais la victime s'avère être une jeune fille, retrouvée morte le lendemain. Le couple n'en souffle mot à personne et, sous le poids du remords et de la culpabilité, se ressoude. Matthias Glassner exploite le territoire avec une ardeur et une fascination inversement proportionnelle à l'attention qu'il accorde à son scénario inutilement étiré, qui multiplie les bavardages et épilogue pendant 30 minutes.
 
 
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  • Sylvio Le Blanc - Abonné
    18 février 2012 23 h 19
    Et «Madame Brouette» ?
    J'ai lu ailleurs qu'après le film de Léa Pool présenté en compétition officielle à Berlin, en 1999, il y a eu un autre film québécois, «Madame Brouette», en 2003.
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