Le cinéaste Asghar Farhadi multiplie les points de vue
Photo : Source Métropole Films
Asghar Farhadi (à droite) et son caméraman sur le plateau d’Une séparation
Classé favori de plusieurs pour l'Oscar du meilleur film en langue étrangère, et déjà couronné dans cette catégorie aux Golden Globes, Une séparation de l'Iranien Asghar Farhadi, fascinant diptyque familial aux regards croisés, gagne enfin nos salles vendredi prochain.
Il est un remarquable tisseur d'intrigues. Sans compter qu'à l'instar de Pagnol, Asghar Farhadi excelle à creuser les particularismes d'une société en touchant les sensibilités universelles. Il démontre, s'il en fallait encore la preuve, que l'humain n'est pas si différent sous le ciel des mollahs qu'à Hollywood ou à Paris.
Son film Une séparation a remis sur le devant de la scène la cinématographie iranienne qui, après des années de gloire, s'étiolait sous le couperet des censeurs. Bien des lauriers ont jalonné sa route, dont, l'an dernier, l'Ours d'or et deux prix d'interprétation à Berlin. Ajoutez un triomphe public inespéré en France (plus de 900 000 entrées).
Une fiction aux allures de documentaire
Aujourd'hui, le cinéaste tâche de garder la tête froide au milieu de l'encens: «Le succès du film me fait comprendre que je dois demeurer intègre, proche de ma vérité.» Déjà ses deux oeuvres précédentes, La fête du feu (2007), sur une crise conjugale vue par le regard de la domestique, primé à Berlin, et le suspense psychologique À propos d'Elly (2009), mêlant drame et badinage, avaient apporté un rayonnement planétaire à son oeuvre.
Une séparation imbrique l'univers de deux familles que le pur hasard réunit. Au centre, un couple de la classe moyenne en train de se séparer, car madame (Leila Hatami) veut quitter l'Iran, où elle étouffe. Or le mari (Payman Moadi) ne peut abandonner son père, atteint de la maladie d'Alzheimer. Quant à leur adolescente, elle tente tous les rapprochements. La pieuse aide domestique embauchée après le départ de l'épouse cache son travail à son mari brutal, et tout va virer en eau de boudin devant les tribunaux.
Les classes sociales, le rapport à la religion, au système juridique, à l'amour, à la famille, les mensonges que chacun doit proférer pour survivre s'insèrent dans la trame complexe d'un scénario qui attache brillamment tous ses fils. Il appartient à cette école iranienne éprouvée par Panahi, Kiarostami, Majdi, etc., qui confère à la fiction des allures de documentaire, mais en fouillant particulièrement les sujets qu'il traite.
«Je ne pars pas de thèses à démontrer, mais d'une histoire à raconter en l'arrimant à une armature solide, explique Farhadi. Et plusieurs thèmes qui me parlent viennent s'y greffer. Ce qui m'intéresse vraiment, comme dans mon précédent La fête du feu, c'est de montrer la multiplicité des points de vue. Chaque personnage a ses mobiles, et le spectateur peut choisir d'adhérer à ceux qui trouvent un écho en lui. Dans Une séparation, je mets en scène des personnages honorables placés dans des situations qui ne sont pas à leur honneur. Ils doivent dissimuler pour survivre et en sont tourmentés. Je les montre souvent à travers leur reflet dans une vitre pour accentuer leur solitude.»
Le cinéaste déclare avoir effectué beaucoup de recherche en amont, lisant, se rendant en Cour, en constant contact avec son avocat. «Cette reconstitution minutieuse des réalités juridiques ajoute à l'aspect documentaire d'un film qui n'est que pure fiction.»
Asghar Farhadi se dit bien conscient de la force de ses figures féminines: «En Iran, dans la classe moyenne en particulier, les femmes, à cause des limitations placées sur leur chemin, sont plus fortes que les hommes, plus actives politiquement, plus scolarisées qu'eux. En Occident, on se fait souvent une idée fausse et monolithique des femmes iraniennes.»
En septembre 2010, le tournage avait pourtant été momentanément interrompu par le ministère de la Culture, quand Asghar Farhadi avait appuyé le cinéaste Jafar Panahi, condamné à de lourdes peines pour avoir voulu réaliser un film sur les manifestations entourant l'élection présidentielle de 2009. Mais il a connu le retour en grâce et l'État appuie son film aux Oscar et ailleurs. Les tracasseries, il en a l'habitude et il les contourne comme il peut. «Mon prochain film se fera en France, parce que son thème le réclame: j'y parle des Iraniens de la diaspora. Mais malgré les obstacles, je préfère tourner en Iran.»
Voit-il briller quelque flamme d'espoir pour la liberté créatrice dans son pays? «Je crois que le monde entier se dirige vers plus de liberté humaine», répond, philosophe, Asghar Farhadi.
Il est un remarquable tisseur d'intrigues. Sans compter qu'à l'instar de Pagnol, Asghar Farhadi excelle à creuser les particularismes d'une société en touchant les sensibilités universelles. Il démontre, s'il en fallait encore la preuve, que l'humain n'est pas si différent sous le ciel des mollahs qu'à Hollywood ou à Paris.
Son film Une séparation a remis sur le devant de la scène la cinématographie iranienne qui, après des années de gloire, s'étiolait sous le couperet des censeurs. Bien des lauriers ont jalonné sa route, dont, l'an dernier, l'Ours d'or et deux prix d'interprétation à Berlin. Ajoutez un triomphe public inespéré en France (plus de 900 000 entrées).
Une fiction aux allures de documentaire
Aujourd'hui, le cinéaste tâche de garder la tête froide au milieu de l'encens: «Le succès du film me fait comprendre que je dois demeurer intègre, proche de ma vérité.» Déjà ses deux oeuvres précédentes, La fête du feu (2007), sur une crise conjugale vue par le regard de la domestique, primé à Berlin, et le suspense psychologique À propos d'Elly (2009), mêlant drame et badinage, avaient apporté un rayonnement planétaire à son oeuvre.
Une séparation imbrique l'univers de deux familles que le pur hasard réunit. Au centre, un couple de la classe moyenne en train de se séparer, car madame (Leila Hatami) veut quitter l'Iran, où elle étouffe. Or le mari (Payman Moadi) ne peut abandonner son père, atteint de la maladie d'Alzheimer. Quant à leur adolescente, elle tente tous les rapprochements. La pieuse aide domestique embauchée après le départ de l'épouse cache son travail à son mari brutal, et tout va virer en eau de boudin devant les tribunaux.
Les classes sociales, le rapport à la religion, au système juridique, à l'amour, à la famille, les mensonges que chacun doit proférer pour survivre s'insèrent dans la trame complexe d'un scénario qui attache brillamment tous ses fils. Il appartient à cette école iranienne éprouvée par Panahi, Kiarostami, Majdi, etc., qui confère à la fiction des allures de documentaire, mais en fouillant particulièrement les sujets qu'il traite.
«Je ne pars pas de thèses à démontrer, mais d'une histoire à raconter en l'arrimant à une armature solide, explique Farhadi. Et plusieurs thèmes qui me parlent viennent s'y greffer. Ce qui m'intéresse vraiment, comme dans mon précédent La fête du feu, c'est de montrer la multiplicité des points de vue. Chaque personnage a ses mobiles, et le spectateur peut choisir d'adhérer à ceux qui trouvent un écho en lui. Dans Une séparation, je mets en scène des personnages honorables placés dans des situations qui ne sont pas à leur honneur. Ils doivent dissimuler pour survivre et en sont tourmentés. Je les montre souvent à travers leur reflet dans une vitre pour accentuer leur solitude.»
Le cinéaste déclare avoir effectué beaucoup de recherche en amont, lisant, se rendant en Cour, en constant contact avec son avocat. «Cette reconstitution minutieuse des réalités juridiques ajoute à l'aspect documentaire d'un film qui n'est que pure fiction.»
Asghar Farhadi se dit bien conscient de la force de ses figures féminines: «En Iran, dans la classe moyenne en particulier, les femmes, à cause des limitations placées sur leur chemin, sont plus fortes que les hommes, plus actives politiquement, plus scolarisées qu'eux. En Occident, on se fait souvent une idée fausse et monolithique des femmes iraniennes.»
En septembre 2010, le tournage avait pourtant été momentanément interrompu par le ministère de la Culture, quand Asghar Farhadi avait appuyé le cinéaste Jafar Panahi, condamné à de lourdes peines pour avoir voulu réaliser un film sur les manifestations entourant l'élection présidentielle de 2009. Mais il a connu le retour en grâce et l'État appuie son film aux Oscar et ailleurs. Les tracasseries, il en a l'habitude et il les contourne comme il peut. «Mon prochain film se fera en France, parce que son thème le réclame: j'y parle des Iraniens de la diaspora. Mais malgré les obstacles, je préfère tourner en Iran.»
Voit-il briller quelque flamme d'espoir pour la liberté créatrice dans son pays? «Je crois que le monde entier se dirige vers plus de liberté humaine», répond, philosophe, Asghar Farhadi.
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