Au royaume de la vanité
Photo : Source Films Séville
James D’Arcy et Andrea Riseborough dans W.E. de Madonna
À retenir
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W.E.
Réalisation: Madonna. Scénario: Madonna, Alek Keshishian. Avec Andrea Riseborough, James D'Arcy, Abbie Cornish, Oscar Isaac. Image: Hagen Bogdanski. Montage: Danny Tull. Musique: Abel Korzeniowski. Grande-Bretagne, 2011, 119 min.
La gloire planétaire n'a jamais suffi à calmer la vanité de Madonna. Ses ambitions d'actrice et maintenant de cinéaste sont bien connues; à défaut de célébrer son talent en ces domaines, on peut souligner sa détermination.
Disons-le d'emblée: son deuxième effort de réalisatrice, W.E., est plus achevé que le premier, ce consternant Filth and Wisdom. L'intérêt de la chanteuse pour Wallis Simpson, cette Américaine deux fois divorcée qui allait fragiliser malgré elle la monarchie britannique en aimant Edouard VIII, une idylle qui devait le pousser à renoncer à sa couronne en 1936, relève de l'évidence. Voilà le profil d'une femme par qui le scandale éclate mais qui ne l'aurait pas vraiment cherché; Madonna pose sans doute sur elle le même constat.
Elle aurait pu se cantonner dans le registre de la biographie linéaire et respectueuse des faits, mais a plutôt préféré la posture de «l'auteur songé» en offrant un récit en deux temps. Aux amours tumultueuses de Wallis (Andrea Riseborough) et celui que les rares intimes nommaient David (James D'Arcy), elle superpose la quête d'émancipation d'une de ses admiratrices, Wally (Abbie Cornish, une beauté diaphane à la Nicole Kidman), déambulant parmi les souvenirs du couple lors d'une vente aux enchères chez Sotheby's à New York en 1998. Pour cette épouse d'un célèbre psychiatre, rongée par un pressant désir d'enfant et insatisfaite auprès de son mari absent (et violent), ces escapades la rapprochent toujours plus de son idole, d'une manière à faire rigoler Ingmar Bergman, ainsi que d'un gardien de sécurité (Oscar Isaac) vite séduit par cette cliente pas comme les autres.
Madonna affiche ici une élégance qui convient à l'univers sophistiqué de ce couple maudit, grâce aussi au talent de l'actrice anglaise Andrea Riseborough qui aurait pu porter sur ses seules épaules cette biographie tronquée. Mais la «material girl» cède une fois encore à sa propension au vampirisme de la culture populaire, et ici du cinéma. Souvent incapable de faire confiance à la générosité de ses interprètes, émerveillée par la beauté des lieux chics où elle plante sa caméra, elle s'adonne à l'esbroufe cinématographique. C'est ce qui explique, à défaut de justifier, ses clins d'oeil aux ralentis de Wong Kar-wai (In the Mood of Love) ou aux contrepoints musicaux de Sofia Coppola (Marie-Antoinette), emprunts parmi d'autres d'une spécialiste du recyclage médiatique.
Au final, affiche-t-elle un point de vue clair, net et assumé sur ces deux destinées? Leur salut semble passer par la bague au doigt, des gants de grande valeur et la présence rassurante d'un homme de goût. On aura compris que W.E. brille par son éclat, pas par son audace.
***
Collaborateur du Devoir
Disons-le d'emblée: son deuxième effort de réalisatrice, W.E., est plus achevé que le premier, ce consternant Filth and Wisdom. L'intérêt de la chanteuse pour Wallis Simpson, cette Américaine deux fois divorcée qui allait fragiliser malgré elle la monarchie britannique en aimant Edouard VIII, une idylle qui devait le pousser à renoncer à sa couronne en 1936, relève de l'évidence. Voilà le profil d'une femme par qui le scandale éclate mais qui ne l'aurait pas vraiment cherché; Madonna pose sans doute sur elle le même constat.
Elle aurait pu se cantonner dans le registre de la biographie linéaire et respectueuse des faits, mais a plutôt préféré la posture de «l'auteur songé» en offrant un récit en deux temps. Aux amours tumultueuses de Wallis (Andrea Riseborough) et celui que les rares intimes nommaient David (James D'Arcy), elle superpose la quête d'émancipation d'une de ses admiratrices, Wally (Abbie Cornish, une beauté diaphane à la Nicole Kidman), déambulant parmi les souvenirs du couple lors d'une vente aux enchères chez Sotheby's à New York en 1998. Pour cette épouse d'un célèbre psychiatre, rongée par un pressant désir d'enfant et insatisfaite auprès de son mari absent (et violent), ces escapades la rapprochent toujours plus de son idole, d'une manière à faire rigoler Ingmar Bergman, ainsi que d'un gardien de sécurité (Oscar Isaac) vite séduit par cette cliente pas comme les autres.
Madonna affiche ici une élégance qui convient à l'univers sophistiqué de ce couple maudit, grâce aussi au talent de l'actrice anglaise Andrea Riseborough qui aurait pu porter sur ses seules épaules cette biographie tronquée. Mais la «material girl» cède une fois encore à sa propension au vampirisme de la culture populaire, et ici du cinéma. Souvent incapable de faire confiance à la générosité de ses interprètes, émerveillée par la beauté des lieux chics où elle plante sa caméra, elle s'adonne à l'esbroufe cinématographique. C'est ce qui explique, à défaut de justifier, ses clins d'oeil aux ralentis de Wong Kar-wai (In the Mood of Love) ou aux contrepoints musicaux de Sofia Coppola (Marie-Antoinette), emprunts parmi d'autres d'une spécialiste du recyclage médiatique.
Au final, affiche-t-elle un point de vue clair, net et assumé sur ces deux destinées? Leur salut semble passer par la bague au doigt, des gants de grande valeur et la présence rassurante d'un homme de goût. On aura compris que W.E. brille par son éclat, pas par son audace.
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