Cinéma - Vivre l'invivable de l'intérieur
Photo : Source Métropole Films
Socha, le petit voleur qui s’humanise peu à peu
À retenir
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In Darkness (Sous terre)
Réalisation: Agnieszka Holland. Scénario: David F Shamoon, d'après In the Sewers of Lvov de Robert Marshall. Avec Robert Wieckiewicz, Beno Fürmann, Agnieszka Grochowska, Maria Schrader, Herbert Knaup. Image: Jolanta Dylewska. Montage: Michal Czarnecki. Musique: Antoni Komasa-Lazarkiewicz. 145 min.
En nomination pour l'Oscar du meilleur film en langue étrangère, immense succès en son pays, In Darkness de la Polonaise Agnieszka Holland porte parfaitement son titre puisqu'il nous entraîne dans les égouts profonds de la ville de Lvov, où se cachait un groupe de Juifs sous l'occupation allemande. Cinéaste au long cours, Agnieszka Holland est une voix majeure de son pays, qui nous a livré entre autres Europa Europa, également sur fond de Shoah.
Que cette douloureuse et horrible plaie du XXe siècle ait été traitée au cinéma jusqu'à plus soif, de Spielberg à Polanski en passant par cent autres, ne l'empêche pas d'avoir de nouvelles ressources narratives à offrir sur un langage cinématographique inédit.
C'est le cas, en grande partie, d'In Darkness, basé sur un fait vécu, qui nous plonge au pro-pre et au figuré dans le noir, car la majorité du film fut tournée avec une caméra Red dans des égouts. Par son thème, le film ne peut évacuer totalement l'impression de déjà-vu, mais il propose des pistes nouvelles: il ne met pas en scène, comme souvent, des bons et des méchants, mais des êtres pétris de contradictions. À commencer par Leopold Socha, petit voleur, également inspecteur des égouts, catholique, antisémite, à la solde d'un officier ukrainien qui le charge de trouver les Juifs terrés dans les égouts de Lvov (ville polonaise aujourd'hui en Ukraine). Avec un comparse, il s'affairera à maintenir ceux-ci dans leur trou contre rançon hebdomadaire, avant de s'humaniser au fil du temps.
Dans ces corridors humides, noirs, fétides et hantés par les rats, un microcosme social se recrée. Avec ses classes sociales, ses traîtrises, son serrage de coudes, ses amours souterraines, etc. Une scène poignante nous montre l'accouchement d'une femme et ses conséquences dramatiques. Une échappée vers le ciel apporte un éclat de lumière, alors qu'une des deux enfants du groupe, dépressive, est entraînée quelques secondes à respirer l'air hors de la bouche d'égout, au mépris du danger.
Leopold (bien joué par Robert Wieckiewicz), sautant de l'ombre à la lumière, devient le passeur entre deux rives, qui développe une conscience humanitaire sous le choc de l'horreur quotidienne. Il a vu, entre autres choses, des femmes juives nues abattues dans la forêt et ne peut plaider l'ignorance. Ici, le dehors et le dedans forment de saisissants con-trastes, avec des jeux de caméra sensibles qui confèrent au film une dimension métaphorique. Sans prestations époustouflantes d'acteurs, la partition chorale sonne juste.
Agnieszka Holland et son scénariste sont parvenus à créer de vrais personnages, tous unis dans la peur, la saleté, la douleur, les menaces du monde extérieur qui parfois pénètre dans leur terrier. L'émotion est au poste, malgré une musique trop insistante, et le rythme ne s'alanguit jamais. In Darkness possède cette touche de vérité, accentuée par l'utilisation de plusieurs langues, qui nous fait vivre l'invivable de l'intérieur, en une énième variation sur le terrible épisode, mais combien vibrante.
Que cette douloureuse et horrible plaie du XXe siècle ait été traitée au cinéma jusqu'à plus soif, de Spielberg à Polanski en passant par cent autres, ne l'empêche pas d'avoir de nouvelles ressources narratives à offrir sur un langage cinématographique inédit.
C'est le cas, en grande partie, d'In Darkness, basé sur un fait vécu, qui nous plonge au pro-pre et au figuré dans le noir, car la majorité du film fut tournée avec une caméra Red dans des égouts. Par son thème, le film ne peut évacuer totalement l'impression de déjà-vu, mais il propose des pistes nouvelles: il ne met pas en scène, comme souvent, des bons et des méchants, mais des êtres pétris de contradictions. À commencer par Leopold Socha, petit voleur, également inspecteur des égouts, catholique, antisémite, à la solde d'un officier ukrainien qui le charge de trouver les Juifs terrés dans les égouts de Lvov (ville polonaise aujourd'hui en Ukraine). Avec un comparse, il s'affairera à maintenir ceux-ci dans leur trou contre rançon hebdomadaire, avant de s'humaniser au fil du temps.
Dans ces corridors humides, noirs, fétides et hantés par les rats, un microcosme social se recrée. Avec ses classes sociales, ses traîtrises, son serrage de coudes, ses amours souterraines, etc. Une scène poignante nous montre l'accouchement d'une femme et ses conséquences dramatiques. Une échappée vers le ciel apporte un éclat de lumière, alors qu'une des deux enfants du groupe, dépressive, est entraînée quelques secondes à respirer l'air hors de la bouche d'égout, au mépris du danger.
Leopold (bien joué par Robert Wieckiewicz), sautant de l'ombre à la lumière, devient le passeur entre deux rives, qui développe une conscience humanitaire sous le choc de l'horreur quotidienne. Il a vu, entre autres choses, des femmes juives nues abattues dans la forêt et ne peut plaider l'ignorance. Ici, le dehors et le dedans forment de saisissants con-trastes, avec des jeux de caméra sensibles qui confèrent au film une dimension métaphorique. Sans prestations époustouflantes d'acteurs, la partition chorale sonne juste.
Agnieszka Holland et son scénariste sont parvenus à créer de vrais personnages, tous unis dans la peur, la saleté, la douleur, les menaces du monde extérieur qui parfois pénètre dans leur terrier. L'émotion est au poste, malgré une musique trop insistante, et le rythme ne s'alanguit jamais. In Darkness possède cette touche de vérité, accentuée par l'utilisation de plusieurs langues, qui nous fait vivre l'invivable de l'intérieur, en une énième variation sur le terrible épisode, mais combien vibrante.
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