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C!RCA à la Tohu - Des tableaux vivants faits de chair et d'os

Isabelle Paré   17 février 2012  Cirque
Emma McGovern, crâne rasé et les talons aiguilles plantés dans la chair de son partenaire, est particulièrement poignante.<br />
Photo : Luce Tg
Emma McGovern, crâne rasé et les talons aiguilles plantés dans la chair de son partenaire, est particulièrement poignante.

À retenir

    C!RCA
    De la troupe australienne C!RCA.
    À la Tohu du 15 au 25 février.
Ballet des corps qui s'entrechoquent, chorégraphie explosive, épreuve de force et fragilité assumée: la troupe C!RCA fait la preuve par trois que l'art de la piste peut être retourné en tous sens, surtout quand des électrons libres venus d'Australie y insufflent leur ADN enflammé.

Sur le plateau nu de la Tohu, léché de lumière blanche, les artistes de C!RCA s'exposent pour la troisième fois dans la métropole — cette fois dans le cadre de Montréal en lumière —, dans une création éponyme qui traduit très bien le chemin parcouru par cette troupe atypique depuis sa première création en 2006.

La troupe de Brisbane dirigée par Yaron Lifschitz flirte une fois de plus avec les limites du corps humain, explore l'envers de la performance, furetant du côté de la douleur et de l'étrangeté. Le ton est donné en numéro d'ouverture avec les corps survoltés de sept acrobates, projetés au sol, sous l'effet d'un vaste électrochoc.

Seuls ou en groupe, les artistes tissent alors un ballet fluide qui campe entre cirque et danse contemporaine. Chaque geste, chaque corps est décortiqué, travaillé, sculpté, comme une pâte flexible et infinie, dont le metteur en scène excelle visiblement à extraire les mille possibilités.

Tantôt performatif, tantôt minimal, C!RCA oppose constamment la performance extrême à l'antiperformance, faisant alterner les numéros de «lancer de la fille dans les airs» et le main à main extrême, avec notamment un numéro muet de jeux de doigts.

Exposant leur corps sous toutes leurs coutures, les artistes venus des antipodes déconstruisent le mouvement, recherchent la prouesse dans le détail plus que l'éclat, donnant à voir une beauté écorchée vive, mais jamais feinte. C!RCA déjoue les disciplines et les rôles convenus. Les femmes supportent à répétition les corps d'hommes pétris de muscles massifs, agrippent cheveux, replis de peau et mâchoires, poussant la discipline du main à main en dehors de ses gonds.

Le numéro de trapèze donne lieu à un jeu d'épaules disloquées, le combat constant des corps imbriqués révèle la totale complicité des interprètes, comme leur douleur. C!RCA dessine des tableaux vivants, émouvants de beauté et de véracité.

Cinq hommes et deux femmes se livrent corps et âme dans cet amalgame de chair et d'os, où Emma McGovern, crâne rasé et talons aiguilles plantés dans la chair de son partenaire, est particulièrement poignante. C!RCA donne à voir effort, beauté, douleur et force, livrés sans artifices.

 
 
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