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Danse - Mon pays, ce n'est pas un pays, c'est la danse

Catherine Lalonde   11 février 2012  Danse
Une scène de Straight Right ou l’art d’être Nulle Part Ailleurs<br />
Photo : Nicolas Ruel
Une scène de Straight Right ou l’art d’être Nulle Part Ailleurs

À retenir

    Straight Right ou l'art d'être Nulle Part Ailleurs
    De Louise Bédard, Martin Bélanger, Anders Christiansen et Dominique Porte. Avec Ève Garnier et Victoria May. Une présentation de Danse-Cité à l'Espace Go, du 16 au 22 février.
Elles ont chacune quitté la maison pour aller danser. Les pointes en baluchon, elles ont dès la fin de l'adolescence suivi compagnies et contrats, se sont retrouvées en Europe et dans les pays nordiques, et, quelque vingt ans plus tard, à Montréal. Les danseuses Ève Garnier et Victoria May invitent maintenant quatre chorégraphes à poser un regard sur leurs vies nomades, le temps d'un spectacle.

Straight Right ou l'art d'être Nulle Part Ailleurs est le deuxième spectacle de la saison 30e anniversaire de Danse-Cité. Une saison qui met les femmes à l'honneur. Ici, ce sont deux danseuses qui, par le volet Traces-Interprètes, deviennent directrices artistiques.

Ève Garnier vient de la France, un pays qu'elle a quitté vers 17 ans pour se retrouver au Danemark à danser à l'Opéra Royal et au Mancopy Dansekompani. De passage à Montréal pour explorer des possibilités de diffusion et d'échanges, elle intègre de 2009 à 2011 la compagnie Marie Chouinard et reste depuis ici.

Victoria May, de Winnipeg, est partie de chez elle à 14 ans pour aller étudier le ballet, «un parcours qui semble normal dans le monde du ballet, mais qui ne l'est pas en dehors, où à cet âge tu n'es encore qu'un enfant, explique-t-elle en anglais de sa voix toute douce. J'ai vécu depuis ce que de l'extérieur on pourrait appeler une vie de gipsie, avec la danse au centre, à me faire des tournées d'auditions sac au dos, avec les pointes et les vêtements d'entraînement, à recommencer plusieurs fois à zéro. La danse me groundait. Même si j'étais sortie la veille, j'allais en classe le matin pour me préparer et me réchauffer, je courais après les directeurs de compagnie pour leur donner ma cassette vidéo démo — c'était l'époque des grosses cassettes VHS —, pour tenter d'avoir une audition. Et si j'en obtenais une, c'était galère sans Internet; dans un pays étranger, il fallait trouver le bon studio, téléphoner quand tu te perdais, courir à travers la ville. C'était le Moyen Âge des auditions, mais, Dieu merci, il y avait les fax!»

Ève Garnier et Victoria May se sont rencontrées au Danemark en 1998, travaillant dans le même édifice pour des chorégraphes différents, dans une communauté danse très petite. Leur spectacle porte «sur la migration parce que, bêtement, c'est ce qu'on connaît, indique Ève Garnier. Quand on part, c'est qu'on décide aussi de ne pas rester. Pas nécessairement parce qu'on n'est pas bien. Est-ce pour s'autoriser à se montrer d'une façon différente? Toutes deux, on a fini dans des pays scandinaves, alors qu'on n'a pas du tout le physique des Danoises ou des Suédoises. C'est sûr alors qu'on se démarque. Ça pousse à la fois à assumer qui on est, à se retrancher de temps en temps. Au début, dans un nouveau pays, il y a une excitation: toutes tes impressions sont en technicolor, c'est exaltant. Il faut dire aussi qu'on a été dans des pays qui ne sont ni anglophones ni francophones. C'est autre chose. Et qu'on est restées très longtemps au Danemark, jusqu'à faire partie de la société.»

La cantatrice chauve

Pour chacune des quatre pièces du spectacle, les danseuses-directrices artistiques ont zoomé sur un ou deux aspects précis de la migration, qui ont marqué ce qu'elles appellent «leurs démarches nomadiques».

La chorégraphe Louise Bédard, qui avait travaillé avec Victoria May dans sa dernière pièce, Enfin vous zestes, lui signe un solo. «Avec Louise, ça commence toujours par le mouvement. C'est une improvisation très structurée sur les frustrations et les joies d'être dans un nouvel environnement, en ayant du mal à communiquer. J'ai puisé dans des souvenirs accumulés que j'avais oubliés, qui sont ressortis. Comme ma première classe de danois: il nous faillait mémoriser deux phrases, sans en savoir la signification: "Je travaille dans une usine et j'habite dans cette banlieue", un stéréotype total de l'immigrant au Danemark, alors que j'étais une danseuse qui travaillait au centre-ville. Ça m'a enragée quand mes amis m'ont traduit ça.»

Martin Bélanger compose pour Ève Garnier un solo sur «l'attente pour les papiers, et cette tension spéciale dans les salles d'attente, les heures passées pour obtenir ses permis, où on se demande si on a bien compris, si on est fou ou si c'est le système, avec cette impression que c'est sur ta vie qu'on te juge et qu'on peut te refuser.»

Dominique Porte, Française établie désormais ici, pond un duo où les danseuses se risquent à la parole. «On a ce lien avec Dominique, celui de voyager, de déménager pour la danse, pour le travail.» Du Danemark, Anders Christiansen, «le chorégraphe qui finalement nous connaît le mieux et depuis le plus longtemps», propose aussi un duo, sur «les choses qu'on laisse derrière soi lorsqu'on repart». Tandis que ce Nulle Part Ailleurs de spectacle est une des choses qu'Ève Garnier et Victoria May posent dans leur nouveau chez-soi.
Une scène de Straight Right ou l’art d’être Nulle Part Ailleurs<br />
Le deuxième spectacle de la saison 30e anniversaire de Danse-Cité met les femmes à l’honneur.<br />
 
 
 
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