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Libre opinion - Les dommages collatéraux de la vertu

Jean-Simon DesRochers - Écrivain et finaliste au Grand Prix littéraire Archambault  26 novembre 2010  Livres
La décision de Gil Courtemanche de retirer son livre de la liste des finalistes du Grand Prix littéraire Archambault (GPLA) afin d'appuyer les employés en lockout du Journal de Montréal est un geste symbolique faisant foi d'une grande vertu. Cette prise de position est cohérente avec ses chroniques publiées depuis plusieurs années dans les pages du Devoir. L'écrivain Gil Courtemanche est libre de décider du sort que certains groupes corporatifs réservent à son œuvre. Il s'agit là d'une application du droit moral relatif à l'usage d'une œuvre.

Mais au-delà de ce droit moral, dans sa manoeuvre médiatique, M. Courtemanche se définit en défenseur de la liberté d'expression: «Écrire est essentiellement un geste de liberté et je ne peux accepter que mon nom ou un de mes livres soit associé à des gens qui foulent cette liberté au pied.» Puisque cette défense de la liberté d'expression se place au coeur des motivations de M. Courtemanche, je me permets de mettre en question la pertinence de son souhait que d'autres auteurs finalistes du GPLA rejoignent sa lutte symbolique.

En forçant cette prise de position subite, M. Courtemanche place les auteurs finalistes du GPLA devant une totalité binaire: soit l'auteur prend le pari de la défense de la liberté d'expression, soit il devient un complice implicite du corporatisme néolibéral liberticide. Malheureusement pour M. Courtemanche et ses élans vers un idéal de liberté, ce binarisme simpliste n'est pas sans rappeler la formule mussolinienne (reprise par George W. Bush) suggérant que «ou vous êtes avec nous, ou vous êtes contre nous».

Dans cette situation de choix obligé, qu'advient-il de la liberté d'indifférence, de non-alignement ou de neutralité? Un écrivain peut-il choisir ses causes par lui-même?

Larvée derrière ce binarisme implicite se dissimule aussi une potentielle chasse aux sorcières. Sous cette logique binaire, quel sort devrions-nous réserver aux écrivains publiés par des maisons appartenant à Quebecor Média? Est-ce que les Kim Thúy (Libre Expression), Olivia Tapiero (VLB), Dany Plourde et Danielle Fournier (L'Hexagone) seraient des apôtres du corporatisme? Est-ce que Victor-Lévy Beaulieu, qui diffuse ses livres par Sogides (propriété de Quebecor), deviendrait un ardent défenseur de la convergence? Est-ce que les lauréats du Grand Prix Quebecor du Festival international de la poésie seraient coupables d'à-plat-ventrisme devant l'empire médiatique personnalisé par Pierre Karl Péladeau?

Au-delà de ces problématiques propres au milieu littéraire, il y a la méthode employée par M. Courtemanche qui donne à ce coup médiatique une apparence étrange. Si Gil Courtemanche avait réellement voulu atteindre Quebecor Média, n'aurait-il pas fait mieux d'attendre que les finalistes soient révélés afin d'élaborer une action concertée avec certains d'entre eux? Cette question, je la pose en toute candeur, car étant en accord avec les principes énoncés pour justifier le retrait de sa candidature, je dois avouer que la validité de ses motivations et les conséquences de sa vision binaire me laissent aujourd'hui perplexe.
 
 
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  • Georges Paquet - Abonné
    26 novembre 2010 05 h 41
    Accorder son action avec ses principes.
    Il me semble qu'il ne reste qu'une voie ouverte pour M. DesRochers. Accorder son action avec ses principes.
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  • Jacques Morissette Jacques Morissette - Abonné
    26 novembre 2010 06 h 29
    À ce que je sache, Gil Courtemanche ne fait pas de politique.
    En posant son geste, Gil Courtemanche ne posait pas un geste politique, il a fait un choix personnel. D'ailleurs, comme vous dites, le geste de Gil Courtemanche n'aurait pas eu le même impact s'il avait obtenu ce prix et qu'il se serait prononcé ensuite comme il l'a fait. C'est comme s'il avait dit: "Vous m'excuserez, mais je ne veux pas être de la partie!" En plus, il n'a peut-être même pas regardé qui étaient parmi les finalistes. Et c'était son libre choix qu'il assume à part entière, j'en suis certain.
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  • Alexis Lamy-Théberge - Inscrit
    26 novembre 2010 08 h 07
    Ne pas mélanger éthique et nécessité
    Pourquoi donc certains auteurs cherchent-ils à justifier leur choix de ne pas suivre M. Courtemanche? Jean Barbe fait la même chose, en usant des mêmes arguments que M. DesRochers. Tous deux oublient que dans ce genre de cas il n'y a pas d'«indifférence» ni de «neutralité». Tout de même, refuser l'engagement n'en fait pas des parias : ils se servent de la machine médiatique de Quebecor pour accroître leur propre visibilité, ce qui entraîne par le fait même un embellissement de l'image publique de Quebecor.

    Un choix éthique n'est par définition jamais «personnel» : il dégage un jugement qui se veut applicable par tous, source de confrontations qui prouvent le caractère universel qu'on lui prête. Dans ce cas-ci, le véritable enjeu n'est pas le pouvoir dérisoire de l'écrivain mais celui démesuré du mécène, que certains ne peuvent se permettre de se mettre à dos. Pourquoi argumenter en condamnant de manière pathétique un manichéisme alors que tous comprennent que le choix ne s'est pas fait selon des paramètre moraux mais des nécessités monétaires?

    Le drame anonyme est celui de la dépendance de l'écrivain envers les maîtres de l'opinion. Et, malgré ce que nous apprend la Bible et ses 2000 réincarnations annuelles made in Hollywood, l'individu isolé ne vainc pas l'Empire : le fait même d'y penser n'est que le symptôme du véritable cynisme. Croire que la liberté n'engage que soi-même ne conduit qu'à une liberté qui n'engage plus à rien.
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  • Pierre Rousseau - Inscrit
    26 novembre 2010 11 h 18
    Liberté d'agir
    Un autre article qui voir le monde en noir et blanc... Ce que M. Courtemanche offrait aux autres auteurs mis en lice pour le prix en question c'était la liberté de dire non à PKP mais rien ne laissait entendre que s'ils ne disaient pas non, ils étaient automatiquement du côté de PKP. Il était question de la liberté d'agir et non pas de l'obligation pour les uns et les autres d'être pour ou contre PKP. À suivre la logique de M. DesRochers, on ne pourrait jamais inviter d'autes personnes à protester, de peur que le tout se termine en noir et blanc.
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  • Yves Claudé - Inscrit
    26 novembre 2010 18 h 27
    Le prix de l'honneur !

    Monsieur Jean-Simon DesRochers,

    Étant écrivain, donc au coeur des grandes tensions de la vie des individus, vous devriez savoir que l'honneur n'a pas de prix, que c'est une dimension fondamentale de l'existence pour les humains qui se tiennent debout, face aux marais de l'indifférence et à ceux en expansion d'une voracité amorale qui semble être le fer de lance des nouvelles doctrines économiques et sociales.

    La qualité de vie, c'est aussi celle de sa conscience, et dans cette atmosphère de déliquescence de l'éthique, pour ceux et celles qui veulent plutôt réussir leur vie que réussir dans la vie, il y a des décisions qui s'imposent, et il ne s'agit même pas de courage mais d'un minimum vital en dehors duquel la vie ne mérite pas d'être vécue !

    Monsieur Jean-Simon DesRochers, assumez votre choix sans vous plaindre, vivez avec votre conscience et personne d'autre que vous ne peut introduire le doute dans votre esprit sur ce qu'il est bon et bien de faire. Ayez l'élégance de ne pas agiter lourdement l'épouvantail du fascisme, fut-il "mussolinien" ... : c'est d'ailleurs la manière la plus efficace de délégitimer vos propres propos ... ou de "se tirer dans le pied" pour employer une expression de l'imagerie populaire.

    Sachez cependant que, comme amoureux de la littérature, assez au fait des enjeux de la fiction pour ne pas tomber naïvement sous le charme de théâtralités à vocation urbaines qui jouent un peu trop facilement dans la performance néo...hyperréaliste..., mon attention et mon affection se portent spontanément et radicalement vers les écrivains qui vivent et ont vécu debout !

    Avec mes respects

    Yves Claudé - Solidaire des 253 employés du Journal de Montréal
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  • Merelle - Abonnée
    26 novembre 2010 18 h 56
    Et pendant ce temps...
    des gens meurent du choléra, des femmes sont mutilées, des viols ont lieu en Afrique et partout sur la terre... Nos soldats meurent en Afghanistan...

    S'cusez mais, je pense que M. Courtemanche a fait ce qu'il devait faire et je ne vai spas chercher de midi à 14 heures s'il a voulu ou pas voulu que les autres écrivains nominés s'alignent sur je ne sais quel principe.

    Pendant ce temps des enfants meurent partout dans le monde et nos ours polaires n'arrivent plus à trouver une banquise sur laquelle se reposer!
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  • Bilbon - Inscrit
    27 novembre 2010 11 h 43
    Pourquoi tant de haine...
    Et si on revenait à la base de ce conflit de travail, en essayant de comprendre pourquoi tant de gens au Québec ont développé une haine quasi viscérale envers Québécor et PKP.

    Le premier conflit a eu lieu à Québec. Les travailleurs ont été longtemps dans la rue, et on produit un journal papier, qu'ils distribuaient gratuitement. À Montréal, les travailleurs ont préféré créer un site Web.

    Avec cette stratégie, les travailleurs se sont maintenus dans l'oeil de l'actualité, et ils ont profité du soutien naturel de leurs collègues des autres médias concurrents, trop heureux de l'opportunité qui leur était offerte...

    Mais disons-le franchement : qui lisait et appréciait le Journal de Montréal?

    Allez, avouez... Ça m'étonnerait que les lecteurs du Devoir (ou de La Presse) étaient des ardents défenseurs du travail de ces journalistes avant le début de ce conflit.

    Pourquoi sont-ils tout à coup devenus des saints martyrs?

    Pourquoi ces travailleurs seraient-ils plus importants que les autres travailleurs en conflit de travail ailleurs?

    Pourquoi faudrait-il que les écrivains appuient leur cause à eux plus qu'une autre?

    Dans l'entreprise privée, des tas de gens perdent leur emploi, parce que leur compagnie a décidé de procédé à une restructuration. Ils n'ont pas de syndicats, ne peuvent faire la grève, ne peuvent médiatiser leur perte d'emploi, et doivent espérer se trouver du travail. C'est horrible. Mais pas plus ou moins que les employés du Journal de Montréal, qui ont heureusement un fond de grève pour subsister.

    La haine que provoque PKP m'intrigue. Je me demande si le vieux fond catholique ne l'explique pas en partie. Il est riche, il n'est certainement pas vertueux, et il n'ira pas au ciel. ;-) Il est puissant, et ses entreprises sont partout. Il aide autant qu'il nuit, on dirait. Mais dans la balance, je crois que Québécor fait plus de bien que de mal au Québec.
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