Pour une histoire des maisons hantées
Stéphanie Sauget prouve que ces lieux bizarres sont loin de constituer un objet d'étude futile
À retenir
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Histoire des maisons hantées
- Stéphanie Sauget
- Paris
- Tallandier, 2011, 252 pages
Une façade délabrée, des volets qui craquent, des cris stridents, une silhouette floue à la fenêtre... La maison hantée peuple notre imaginaire commun et constitue une intarissable source d'inspiration littéraire et cinématographique. Tout en soulignant la méfiance des spécialistes de la période contemporaine envers cet étrange lieu, Stéphanie Sauget, spécialiste du XIXe siècle, montre de convaincante manière «qu'une histoire des maisons hantées est possible et sans doute même fructueuse».
En analysant leurs significations philosophiques, sociales et politiques, Sauget confère aux maisons hantées le statut d'objet d'histoire culturelle. Elle les étudie, notamment sous l'angle du surnaturel, des superstitions, du spiritisme et de la science telle qu'elle se faisait en France, au Royaume-Uni et aux États-Unis entre 1750 et le début du XXe siècle. À travers une démarche rigoureuse, elle développe une approche compréhensive qui permet de documenter autrement «les phénomènes connus de redéfinition des limites entre science, pseudo-science et croyance».
Pour les gens de l'époque, les maisons hantées permettaient d'aborder d'incontournables questions: la survie de l'âme après la mort, les limites entre l'humain et son environnement matériel, le rapport aux lieux et aux frontières entre divers éléments tels le matériel et l'immatériel, la superstition et le savoir. Véritable problème à résoudre pour les scientifiques du XIXe siècle, dont Camille Flammarion, elles occupèrent le centre de débats passionnés avant d'être progressivement renvoyées à une marge discréditée aujourd'hui.
Contrairement aux idées reçues, les maisons hantées du long XIXe siècle ne répondaient pas à une typologie définie. Certes, la littérature gothique les représente comme un château médiéval abandonné, une abbaye, en tout cas un lieu biscornu habité par le diable. D'autres sources, tels des ouvrages religieux, scientifiques et juridiques, et surtout la presse, évoquent plutôt des lieux calmes où de paisibles fantômes visitaient les vivants.
Cela dit, les maisons hantées ont incarné l'envers du «Home sweet home», écrit Sauget. Au cours du XIXe siècle, les normes de confort ainsi que le rôle de la femme au foyer se précisèrent. À la maison rangée de la ménagère modèle s'opposa «la folle du logis» de la maison hantée. En ce sens, cet essai se veut aussi une contribution à l'histoire des genres et à celle des femmes.
Le phénomène des maisons hantées a été marqué par l'évolution des croyances et des imaginaires. Par cette contribution à une «histoire de l'insolite», Stéphanie Sauget prouve que ces lieux bizarres sont loin de constituer un objet d'étude futile et dérisoire.
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Collaborateur du Devoir
En analysant leurs significations philosophiques, sociales et politiques, Sauget confère aux maisons hantées le statut d'objet d'histoire culturelle. Elle les étudie, notamment sous l'angle du surnaturel, des superstitions, du spiritisme et de la science telle qu'elle se faisait en France, au Royaume-Uni et aux États-Unis entre 1750 et le début du XXe siècle. À travers une démarche rigoureuse, elle développe une approche compréhensive qui permet de documenter autrement «les phénomènes connus de redéfinition des limites entre science, pseudo-science et croyance».
Pour les gens de l'époque, les maisons hantées permettaient d'aborder d'incontournables questions: la survie de l'âme après la mort, les limites entre l'humain et son environnement matériel, le rapport aux lieux et aux frontières entre divers éléments tels le matériel et l'immatériel, la superstition et le savoir. Véritable problème à résoudre pour les scientifiques du XIXe siècle, dont Camille Flammarion, elles occupèrent le centre de débats passionnés avant d'être progressivement renvoyées à une marge discréditée aujourd'hui.
Contrairement aux idées reçues, les maisons hantées du long XIXe siècle ne répondaient pas à une typologie définie. Certes, la littérature gothique les représente comme un château médiéval abandonné, une abbaye, en tout cas un lieu biscornu habité par le diable. D'autres sources, tels des ouvrages religieux, scientifiques et juridiques, et surtout la presse, évoquent plutôt des lieux calmes où de paisibles fantômes visitaient les vivants.
Cela dit, les maisons hantées ont incarné l'envers du «Home sweet home», écrit Sauget. Au cours du XIXe siècle, les normes de confort ainsi que le rôle de la femme au foyer se précisèrent. À la maison rangée de la ménagère modèle s'opposa «la folle du logis» de la maison hantée. En ce sens, cet essai se veut aussi une contribution à l'histoire des genres et à celle des femmes.
Le phénomène des maisons hantées a été marqué par l'évolution des croyances et des imaginaires. Par cette contribution à une «histoire de l'insolite», Stéphanie Sauget prouve que ces lieux bizarres sont loin de constituer un objet d'étude futile et dérisoire.
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