Lettres - La lecture au secondaire, un défi de taille
J'ai récemment lu dans Le Devoir un article portant sur la lecture au secondaire et j'ai parcouru les nombreuses réactions que celui-ci a provoquées sur le site Internet du journal. En tant que professeure de français au secondaire, je me suis sentie interpellée et je ne peux m'empêcher de faire quelques réflexions.
- Avant, c'était si parfait?
Je suis issue de la génération Passe-Partout et mes enseignants étaient tous de vieux loups ayant fait le fameux cours classique. Pourtant, je serais rouge de honte si on m'obligeait à faire lire ne serait-ce qu'une seule oeuvre qu'on m'a imposée à l'adolescence. Je me vois en effet très mal présenter Sydney Sheldon ou Mary Higgins Clark à mes élèves...
- Sait-on vraiment de quoi on parle?
J'enseigne dans une merveilleuse école publique et mes élèves sont d'excellents lecteurs. Je ne me gêne donc pas pour leur faire lire Balzac, Boris Vian, Victor Hugo et certains romans contemporains qui méritent qu'on s'y attarde, mais mes collègues dont les élèves présentent des difficultés majeures en lecture ne peuvent se permettre d'aller si loin; quand un jeune n'a aucune chance de réussite, il réagit comme tout être humain, il décroche. On ne passe pas de la Courte échelle à Dostoïevski en criant lapin, et si Patrick Senécal peut empêcher des raccrocheurs de déserter les classes, vive Patrick Senécal, vive la lecture qui en entraîne d'autres!
- Et s'il existait une suite?
On a tendance à faire de longs procès à nos enseignants. Pourtant, ce sont eux les professionnels. Ce sont eux qui se lèvent le matin et qui affrontent mille et un défis, dont celui de rester là, de tenir bon pendant que plusieurs de leurs collègues, trop essoufflés, abandonnent la carrière. Ce sont eux qui doivent composer avec des classes hétérogènes, des cas particuliers, des jeunes ayant tout récemment appris le français. Ce sont eux qui se trouvent sur le plancher des vaches pendant que le reste de la population s'amuse à réformer en imagination un monde qu'elle connaît trop peu. Rappelons que l'école, c'est un tremplin et non une fin; chaque professeur de français nourrit l'espoir que les jeunes qu'il a en face de lui n'arrêteront pas de lire une fois le bal terminé... et ça demeure un défi de taille!
***
Isabelle Aubé - Professeure à l'école Joseph-François-Perrault, Montréal, le 6 décembre 2011
- Avant, c'était si parfait?
Je suis issue de la génération Passe-Partout et mes enseignants étaient tous de vieux loups ayant fait le fameux cours classique. Pourtant, je serais rouge de honte si on m'obligeait à faire lire ne serait-ce qu'une seule oeuvre qu'on m'a imposée à l'adolescence. Je me vois en effet très mal présenter Sydney Sheldon ou Mary Higgins Clark à mes élèves...
- Sait-on vraiment de quoi on parle?
J'enseigne dans une merveilleuse école publique et mes élèves sont d'excellents lecteurs. Je ne me gêne donc pas pour leur faire lire Balzac, Boris Vian, Victor Hugo et certains romans contemporains qui méritent qu'on s'y attarde, mais mes collègues dont les élèves présentent des difficultés majeures en lecture ne peuvent se permettre d'aller si loin; quand un jeune n'a aucune chance de réussite, il réagit comme tout être humain, il décroche. On ne passe pas de la Courte échelle à Dostoïevski en criant lapin, et si Patrick Senécal peut empêcher des raccrocheurs de déserter les classes, vive Patrick Senécal, vive la lecture qui en entraîne d'autres!
- Et s'il existait une suite?
On a tendance à faire de longs procès à nos enseignants. Pourtant, ce sont eux les professionnels. Ce sont eux qui se lèvent le matin et qui affrontent mille et un défis, dont celui de rester là, de tenir bon pendant que plusieurs de leurs collègues, trop essoufflés, abandonnent la carrière. Ce sont eux qui doivent composer avec des classes hétérogènes, des cas particuliers, des jeunes ayant tout récemment appris le français. Ce sont eux qui se trouvent sur le plancher des vaches pendant que le reste de la population s'amuse à réformer en imagination un monde qu'elle connaît trop peu. Rappelons que l'école, c'est un tremplin et non une fin; chaque professeur de français nourrit l'espoir que les jeunes qu'il a en face de lui n'arrêteront pas de lire une fois le bal terminé... et ça demeure un défi de taille!
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Isabelle Aubé - Professeure à l'école Joseph-François-Perrault, Montréal, le 6 décembre 2011
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