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Lettres - La lecture au secondaire, un défi de taille

Isabelle Aubé - Professeure à l'école Joseph-François-Perrault  8 décembre 2011  Livres
J'ai récemment lu dans Le Devoir un article portant sur la lecture au secondaire et j'ai parcouru les nombreuses réactions que celui-ci a provoquées sur le site Internet du journal. En tant que professeure de français au secondaire, je me suis sentie interpellée et je ne peux m'empêcher de faire quelques réflexions.

- Avant, c'était si parfait?

Je suis issue de la génération Passe-Partout et mes enseignants étaient tous de vieux loups ayant fait le fameux cours classique. Pourtant, je serais rouge de honte si on m'obligeait à faire lire ne serait-ce qu'une seule oeuvre qu'on m'a imposée à l'adolescence. Je me vois en effet très mal présenter Sydney Sheldon ou Mary Higgins Clark à mes élèves...

- Sait-on vraiment de quoi on parle?

J'enseigne dans une merveilleuse école publique et mes élèves sont d'excellents lecteurs. Je ne me gêne donc pas pour leur faire lire Balzac, Boris Vian, Victor Hugo et certains romans contemporains qui méritent qu'on s'y attarde, mais mes collègues dont les élèves présentent des difficultés majeures en lecture ne peuvent se permettre d'aller si loin; quand un jeune n'a aucune chance de réussite, il réagit comme tout être humain, il décroche. On ne passe pas de la Courte échelle à Dostoïevski en criant lapin, et si Patrick Senécal peut empêcher des raccrocheurs de déserter les classes, vive Patrick Senécal, vive la lecture qui en entraîne d'autres!

- Et s'il existait une suite?

On a tendance à faire de longs procès à nos enseignants. Pourtant, ce sont eux les professionnels. Ce sont eux qui se lèvent le matin et qui affrontent mille et un défis, dont celui de rester là, de tenir bon pendant que plusieurs de leurs collègues, trop essoufflés, abandonnent la carrière. Ce sont eux qui doivent composer avec des classes hétérogènes, des cas particuliers, des jeunes ayant tout récemment appris le français. Ce sont eux qui se trouvent sur le plancher des vaches pendant que le reste de la population s'amuse à réformer en imagination un monde qu'elle connaît trop peu. Rappelons que l'école, c'est un tremplin et non une fin; chaque professeur de français nourrit l'espoir que les jeunes qu'il a en face de lui n'arrêteront pas de lire une fois le bal terminé... et ça demeure un défi de taille!

***

Isabelle Aubé - Professeure à l'école Joseph-François-Perrault,  Montréal, le 6 décembre 2011
 
 
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  • Guillaume L'altermontréaliste Blouin-Beaudoin Guillaume L'altermontréaliste Blouin-Beaudoin - Inscrit
    8 décembre 2011 02 h 34
    est-ce que les jeunes d'aujourd'hui lisent plus que ceux des 1980?
    Je crois que le développement d'internet, un médium essentiellement lu, a fait augmenter l'importance de la lecture au 21e siècle.

    Est-ce que ça augmente la diversité des types de lectures? : potentiellement et idéalement. Est-ce que ça augmente la qualité de la langue? pas toujours. Est-ce que les jeunes lisent plus que dans les 1980s? Définitivement.

    Voila pourquoi votre choix des mot "défi de taille" sont plus judicieux que "problème insoluble"

    Guillaume Blouin-Beaudoin
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  • prof fr - Inscrite
    8 décembre 2011 02 h 38
    "Pourtant, ce sont eux les professionnels."
    Madame Aubé,
    Quel plaisir de lire vos commentaires! Pour avoir enseigné le français au secondaire, je suis en total accord avec vous
    Souvent confrontés au tribunal de plusieurs élèves avec de sérieux problèmes de comportement et autres difficultés dans la classe jour après jour, les enseignants doivent se présenter au tribunal de certains parents peu respectueux et parfois même agressifs envers eux. Je ne généralise pas ici car beaucoup de parents font montre d'une grande collaboration. Si un groupe turbulent déborde d'élèves en difficultés de toutes sortes, les enseignants deviennent trop souvent la cible, la personne responsable de "cette situation" qu'ils affrontent courageusement à chaque jour et cela avec très peu d'aide. Malheureusement, il arrive aussi que certaines directions d'écoles, débordées devant l'ampleur de ces problèmes, "convoquent" à leur tour des enseignants devant le "tribunal de la direction." MON RESPECT AUX BÂTISSEURS DE L'ÉDUCATION
    DES JEUNES! Francine Beaudoin, Gatineau
    Francine Beaudoin, Gatineau
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  • Lacroix Yannick - Inscrit
    8 décembre 2011 07 h 21
    Bonjour
    J'aime beaucoup votre phrase: "pendant que le reste de la population réforme en imagination ce qu'elle connait trop peu". Ça m'a fait penser à Legault.
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  • Stephanie L. - Inscrite
    8 décembre 2011 07 h 56
    Le rôle le plus important.
    Le problème avec la lecture c'est qu'on s'est imaginé que parce que l'école apprend à lire aux enfants, elle seule a le pouvoir de susciter l'amour de la lecture et surtout qu'elle seule a un rôle à jouer dans le développement de l'habileté à lire. Ce sont pourtant les parents qui ont le rôle le plus important à jouer dans ce domaine.

    Ma mère me lisais des histoires le soir et dès que j'ai su lire, on ne pouvait plus m'enlever un livre des mains et à 8 ans, je lisais comme une adulte. L'école m'a appris à lire mais c'est en lisant les livres que ma mère m'offrait que j'ai appris à aimer lire et que c'est devenu de plus en plus facile.

    Si on se contente de s'assurer que son enfant fasse ses lectures et exercices d'écriture obligatoires, il risque d'associer cela à une corvée et de ne jamais maîtriser la méthode de lecture rapide (celle qui consiste à "glisser sur les mots" plutôt qu'à les déchiffrer péniblement), condition essentielle pour lire de façon fluide et éprouver du plaisir à le faire!

    Attention, si aujourd'hui, je lis l'ensemble d'un mot instantanément, sans avoir à le déchiffrer, je suis tout de même pour le retour de la méthode syllabique pour l'apprentissage de la lecture. La méthode consistant à reconnaître les mots comme s'il s'agissait de symboles, abandonnée depuis longtemps dans plusieurs pays européens, ne fait qu'augmenter le nombre d'enfants éprouvant des difficultés de lecture et plus tard le nombre de décrocheurs.
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  • Suzanne Richard - Abonné
    8 décembre 2011 08 h 24
    Merci!
    Votre texte de ce matin me réjouis Madame Aubé! Les trois questions posées sont en effet très pertinentes :
    1. Étais-ce si parfait "avant"? - avant quoi, d'ailleurs?...;
    2. Sait-on vraiment de quoi on parle? - plusieurs affirmations sont fausses et non fondées dans le "plaidoyer" publié il y a quelques semaines;
    2. S'il existait une suite? - pourquoi ne pas faire confiance aux enseignantes et aux enseignants sur le "terrain", en leur donnant toutefois des outils et en leur offrant de la formation continue pour qu'ils puissent continuer à trouver des pistes intéressantes pour faire découvrir la littérature à nos jeunes.
    Les enseignantes et les enseignants comme vous, qui croient aux élèves et à l'école, devraient plus souvent prendre la parole. Nous avons besoin de vous entendre. Ça fait du bien! Merci!
    Suzanne Richard, didacticienne du français et présidente de l'Association québécoise des professeurs de français (AQPF)
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  • Suzanne Richard - Abonné
    8 décembre 2011 09 h 22
    Erratum...
    Dans mon enthousiasme à répondre rapidement au texte de Mme Aubé, j'ai laissé des "s" s'imposer à deux de mes verbes conjugués à la 3e personne! Une erreur impardonnable et gênante pour la présidente de l'AQPF! ;-)

    Veuillez m'en excuser et lire plutôt :

    "Votre texte de ce matin me réjouit Madame Aubé!"

    et

    1. Était-ce si parfait "avant"?

    Encore une fois, mille excuses.

    Suzanne Richard
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  • France Marcotte - Abonnée
    8 décembre 2011 13 h 24
    Spécialistes de l'école
    Ce qu'il y a de bien avec l'école, c'est que tout le monde est allé, au moins quelques années, ce qui fait de tous des spécialistes, chacun à sa façon.
    L'école n'est pas née d'hier et le goût de la lecture non plus; parfois c'est par miracle que celui-ci nous prend, l'exemple d'un ami, un livre oublié sur un banc, qui guérit du supplice d'un mauvais enseignant. Pour ce qui est du plancher des vaches, on peut y être pour toutes sortes de raisons autres que l'enseignement, par exemple, façonner le monde de ses mains et de son entêtement.
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  • Henri Marineau - Inscrit
    8 décembre 2011 14 h 34
    Un petit truc!
    Un petit truc que j'utilisais parfois auprès des élèves qui éprouvaient de la difficulté à accrocher aux propositions de livres de lecture à mes élèves consistait à inviter ces jeunes à lire des articles de revue sur un sujet qui les intéressait, quitte à les amener petit à petit à monter de niveau de lecture...en fait, l'idée étant de développer le goût de la lecture d'abord!

    Vous avez, madame, la chance d'exercer le plus beau métier du monde, soit d'enseigner notre langue maternelle à la jeunesse québécoise...aussi, je vous encourage à continuer de le faire avec autant d'ardeur que votre article le laisse percevoir!

    D'un ex-professeur de français qui n'oubliera jamais les bienfaits de l'atmosphère d'une classe!

    Henri Marineau
    Québec
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  • Nelson - Inscrit
    8 décembre 2011 17 h 15
    Intéressant le petit truc de M.Martineau ''lire des articles de revue sur un sujet qui les intéressait''.
    Je suppose que les professeurs le font, commencer avec des sujets que les intéressent, en revues, journaux, écran ordinateur, et des livres d'aventures comme Harry Potter, Le seigneur des Agneaux, la vie et nouvelles des chanteurs que les intéressent. et les best sellers parmi les ados.

    Il peut aussi aider de les faire écouter des livres, pour réveiller l'intérêt d'abord, des émotions, des plaisirs, et ensuite les amener à les lire.

    Dans la mesure du possible ils devraient tous avoir un PC portable,donc, accès aux nouvelles, et grand quantité de livres gratis, et les faire aller voir chaque fois qu'un étudiant nomme quelque chose que l'intéresse.

    Peut être commencer par des extraits que réveillent des vives émotions d'abord, même si sont dans la moitié ou la fin du libre, et en étant interessés avec l'histoire, ils vont aller chercher le reste.
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  • Yvon Bureau - Abonné
    8 décembre 2011 17 h 29
    Journée des profs
    À quand la Journée québécoise des professeurs?

    Pour leur exprimer notre gratitude et notre admiration.
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  • François Paquet - Abonné
    8 décembre 2011 21 h 55
    Valoriser l'éducation : Un projet de société
    Tout à fait d'accord avec vous madame Aubé. Parent impliqué durant 15 ans en éducation, j'ai un énorme respect pour les enseignants et autres intervenants du monde de l'éducation. Et je trouve déplorable le dénigrement systématique de notre système public d'éducation par certains gérants d'estrade assoiffés de capital politique.

    Était-ce mieux avant ? 10 % des gens entraient au secondaire en 1959 année de ma naissance. Maintenant 88 % ont un diplôme secondaire ou professionnel à 25 ans, une des meilleures performances au monde. Et on dénigre au lieu de valoriser...

    Que met-on dans la tête de nos jeunes par ce dénigrement ? Que l'école est pourrie et que ça ne vaut pas la peine d'y aller ?

    Bien sûr le système n'est pas parfait, il mérite d'être amélioré. Mais pas de le détruire. Un meilleur appui aux professionnels sur le terrain, un mot d'encouragement à tous les jours pour nos jeunes et ça fait des miracles.

    Continuez votre magnifique travail madame Aubé
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  • M. Miclot - Inscrit
    16 décembre 2011 06 h 51
    Souvenirs souvenirs...
    Johnny s'en vient d'où le titre .

    Je me souviens de l'époque où il ne fallait pas trop lire car la lecture abîmait la vue . Sommeil pas sommeil, au lit à 9 h et c'est là enfermés dans notre chambre que nous développions le goût de la lecture en voilant la lumière pour rester dans la clandestinité. Nous lisions tout ce qui nous tombait sous la main surtout les livres déconseillés par nos enseignants. Pas de télé aussi à l'époque pour meubler les heures creuses, les livres étaient notre télé et ils le sont restés pour bien de mes contemporains.
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  • Suzanne Barbeau - Inscrit
    22 décembre 2011 15 h 41
    Solidarité
    Oui, pour reprendre le commentaire précédent les livres étaient notre télé.
    Aujourd'hui la télé c'est souvent dépassé. Le jeune participe aux blogs, il dialogue au virtuel.
    Mais la lecture des romans? L'Épopée était devenue trop longue à lire aux temps de Poe ou de Baudelaire, qui ont voulu la rétrécir, créer des poèmes plus courts. Le roman est encore lu, surtout par ceux qui approfondissent les auteurs d'une manière systématique dans la culture lycéenne. Mais le roman n'est plus lu comme au XIXe siècle, lorsque Balzac vendait ses fascicules et ses suite au prochain numéro et que la lecture du roman était l'unique passe-temps de la famille bourgeoise : l'école publique avait rendu à peu près tout le monde lettré, et la lecture était le seul divertissement sédentaire, fort apprécié.
    Les défis sont en effets mille et un et j'en sais quelque chose car j'enseigne le français deuxième langue dans les lycées et écoles secondaires professionnelles d'Italie.
    Pierre Teilhard de Chardin avait prédit cette communication globale dans sa théorie de la Noosphère, et nous y sommes maintenant.
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  • Isabelle A - Inscrit
    3 janvier 2012 10 h 35
    Réponse aux commentaires
    Merci à tous pour vos réactions! M. Blouin-Beaudoin, oui, les jeunes ont de nombreuses opportunités de lectures qui nous étaient autrefois impossibles à imaginer. Même s'il nous paraît désormais difficile à imaginer un adolescent faisant une lecture "interdite" à la lueur de sa lampe de poche, on peut tout de même aisément l'imaginer discutant de ses lectures avec d'autres lecteurs à travers le monde, et ce, grâce aux nouvelles technologies. Et Stéphanie L. a raison d'affirmer que les parents jouent un rôle majeur dans l'éducation de leur enfant (je suis née à l'époque de la télé, mais c'était sacrilège chez nous de rester planté devant celle-ci quand le soleil brillait de tous ses rayons... par contre, un livre lu sous un arbre n'avait rien de malsain pour mon père, qui aimait nous répéter que tout ce qu'il savait, il l'avait appris grâce aux livres, lui qui avait dû arrêter l'école à 12 ans pour des raisons familiales). M. Paquet, vous avez raison, valoriser l'éducation et lui accorder l'importance qu'elle mérite est le plus beau cadeau que l'on puisse faire à nos enfants. Souhaitons que le jour viendra où nos élus s'interrogeront sur de vraies questions pédagogiques au lieu de manipuler les chiffres de manière à faire croire bon nombre de sottises aux électeurs. Mme Marcotte, votre commentaire m'a semblé moins sensé... Vous prétendez que votre seul vécu en tant qu'élève a fait de vous une spécialiste de l'éducation, au même titre que l'enseignant ayant complété au minimum une formation universitaire de premier cycle et qui ne pourra la plupart du temps se dire "à l'aise" avant d'avoir acquis cinq ans d'expérience... Eh bien moi, je ne suis pas aussi douée pour apprendre de manière aussi passive. La preuve: je suis allée chez le coiffeur toute ma vie, mais je n'arrive pas à couper adéquatement les cheveux de mes fils, et je suis allée voir le dentiste trop souvent à mon goût. Pourtant, ne me
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  • Isabelle A - Inscrit
    3 janvier 2012 11 h 24
    (suite)
    ...demandez pas de vous arracher une dent.

    Isabelle Aubé
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