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Romans, mes amours

Catherine Lalonde   11 février 2012  Livres
Au rendez-vous obligé de la Saint-Valentin, l'amour se doit d'être convoqué, quitte à s'y trouver au garde-à-vous. Le cahier Livres du Devoir n'échappe pas au rancard et collige, un peu au hasard, quelques bouquins qui ont accéléré le sang de leurs lecteurs.

«Anna Karénine, a lancé le chef de ces pages, et Manon Lescaut!», commençant cette collecte par les chefs-d'oeuvre de Léon Tolstoï et de l'abbé Prévost. De l'autre côté de la table fuse un «Belle du Seigneur, d'Albert Cohen, mais je ne suis jamais arrivé à le finir...» À cet aveu de défaite suivent Clair de femme de Romain Gary, La centaine d'amour de Pablo Neruda, «mê-me si c'est de la poésie», avant que les titres ne s'accumulent jusqu'au désordre.

Pour le nouvelliste, penseur et directeur littéraire des éditions L'Instant même, Gilles Pellerin, «c'est en ayant à indiquer quels sont mes romans d'amour préférés que je constate que je n'en ai pour ainsi dire jamais lu. Je retiens Le grand Meaulnes d'Alain-Fournier, que je relis tous les dix ans. J'étais adolescent, la première fois, au milieu d'une bande d'ados tous éperdument amoureux de l'héroïne, Yvonne de Galais. Est-ce un roman d'amour? d'amitié? d'aventure? Toutes ces réponses.»

L'écrivain poursuit. «Vient ensuite le coup de poing, la dévastation complète: Les souffrances du jeune Werther de Goethe, lu au milieu de la préparation d'un examen de mathématiques, où je me suis présenté exsangue, cerné, désormais membre à part entière du Grand Ordre des romantiques inconsolables.»

La poétesse Hélène Dorion nomme quant à elle Pascal Quignard parmi les écrivains de l'amour, lui qui décloisonne l'essai, le roman, le fragment méditatif. «Tous les titres de Quignard sont pour moi des livres d'amour, mais je retiens Terrasse à Rome [Gallimard], histoire du graveur du XVIIe siècle Meaune, qui est repoussé par Nanni, cette femme qu'il aime et espère avec passion. Malgré le pire qui lui arrive, il ne cessera pour autant de l'aimer jusqu'à la mort, et c'est à son art qu'il se vouera corps et âme.»

Hélène Dorion nomme L'amour au temps du choléra, de Gabriel García Márquez, où Florentino attend plus de cinquante ans avant de pouvoir enfin vivre avec Fermina, dont il est amoureux fou depuis sa jeunesse, mais qui en a épousé un autre. «Rien n'aura mis fin à son attente patiente ou affaibli sa foi dans cet amour qui brûle en lui.» Ensuite, Joue-nous «España», prix Femina 1980, et Les bonheurs, de Jocelyne François. Deux fem-mes y «vivent un a-mour dit impossible, qui bouscule les conventions et remuent les tabous».

La poétesse pense également aux lettres d'amour, intenses, de Victor Hugo à Juliette Drouet — «Te perdre, c'est mourir! Ne me tue pas, attends-moi!» — et à celles de Rainer Maria Rilke à Lou Andreas-Salomé, mais aussi à «Marina Tsvetaieva et Boris Pasternak, en ces lieux où l'amour et l'amitié s'interpellent».

Les lettres ont aussi marqué l'ex-patronne de la Grande Bibliothèque, Lise Bissonnette. «Pour moi, la plus grande histoire d'amour est celle d'Héloïse et Abélard. Tout y est: la séduction, la passion, la lâcheté, la colère, l'abandon, l'espérance et la désespérance, l'éloignement, la clandestinité, la transgression, la punition, le désir et l'assouvissement du désir, et les déserts de l'absence.» L'ancienne directrice du Devoir nomme également Adieu mon unique (Gallimard), d'Antoine Audouard, publié en 2000, roman qui revisite justement l'histoire d'Héloïse et Abélard. «Le lien entre la tête et le coeur: c'est le sens même de cette rencontre qui brise et unit deux intellectuels, mais aussi de la réception que nous pouvons en faire puisqu'elle est devenue, à travers les âges, un magnifique et inépuisable objet d'érudition.»
 
 
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