À la recherche de Sophie Beaudet
Photo : Marc Montplaisir
Ambrotype au collodion humide de Sophie Beaudet réalisé par le photographe montréalais Marc Montplaisir.
À retenir
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GARÇONNE
Sophie Beaudet
GSI Musique
Finalement. Garçonne est en magasin mardi prochain. C'est le titre, écrit en tout petit sur la pochette: Garçonne. Je l'aurai attendu, ce premier album de Sophie Beaudet. Quatre ans, presque.
À la finale interprètes de Ma première Place des Arts, en mai 2008, j'étais déjà impatient. La première impression avait été si profondément imprimée, cette percussionniste-choriste encouragée à chanter par Luc De Larochellière me semblait toucher d'instinct le coeur vivant des chansons, porter et transporter à volonté. Elle avait chanté Alexandre Désilets, Zazie, Jeanne Cherhal, Damien Robitaille, tout lui allait, c'était patent le talent. «On en voudrait tout un disque, de telles interprétations, écrivais-je alors. Avec le beau timbre grave qu'elle a, la sobre maîtrise des effets qu'elle affiche, ça ne saurait tarder.»
Vite un album? Ça doit les faire rigoler, Sophie, Marc Pérusse le réalisateur, Pierre Lachance le gérant (et patron de GSI Musique) qui ont porté le projet avec patience et persistance. Ou ça ne les fait pas rigoler du tout. J'ai suivi de près le processus, impliqué comme je le suis rarement avant le produit fini, il fallait que ce disque jette par terre ou rien, fallait que ce soit au moins aussi rentre-dedans que lorsqu'elle avait chanté J'échoue d'Alexandre Désilets au concours. J'avais une Monique Leyrac en devenir, j'allais pas la lâcher. Mon exigence augmentait à mesure que le temps passait, je le disais à Pierre, qui me disait que c'était pas évident, trouver les bonnes chansons. Trouver Sophie non plus.
J'écoute l'album en boucle depuis une semaine, et je la cherche encore. C'est-à-dire que je cherche la Sophie Beaudet qui s'était si naturellement imposée il y a quatre ans. La Sophie de Garçonne n'impose rien, elle invite à la rejoindre dans l'espace tout doux et discret où elle est. Je la reconnais dans Carrousels, une chanson de Pierre Flynn, un peu dans Partir, paroles de François Vigneault, musique de Mario Peluso. Autrement, c'est quelqu'un d'autre. Qui est peut-être, qui est sans doute la vraie Sophie Beaudet.
Déçu? Même pas. Interloqué. Je ne saurais dire si ce disque est bon, tellement il est éloigné de ce que j'imaginais. C'est de la chanson pop acoustique de qualité, sûr et certain, je crois bien qu'il y a des succès potentiels dans le lot, Où vont-ils?, À quoi tu penses, Mais les autres? C'est intimiste jusqu'à l'effacement, c'est comme si la chanteuse se cachait à l'intérieur des chansons. À moins que ce ne soit précisément le but, à moins que Sophie Beaudet n'existe véritablement que par en dedans.
Dans la chanson-titre, Luc De Larochellière lui met ces mots en bouche: «On m'a fait bien des fois / Comme en fait je n'suis pas...» Pierre Lachance, à qui j'ai longuement parlé en début de semaine, me dit qu'il avait entendu la même Sophie que moi au concours, et qu'avec Marc, ils ont essayé des chansons «plus lyriques» où elle ouvrait la machine, donnait de la voix. Et que ça n'allait pas. Territoire Céline, Lara, ça grinçait. Petit à petit, à travers plus de 250 chansons et mille et une prises, une Sophie Beaudet s'est définie. «Ça y est aujourd'hui je crois / Savoir ce que je n'suis pas / Ou tout c'que je suis...» Peut-être la fille du concours, trop capable de chanter n'importe quoi, était-elle tout le monde sauf Sophie Beaudet. Idéalement, il faudrait que tout commence maintenant, découvrir Sophie en même temps que son disque. Allez écouter la chanson fournie en exemple sur le site, décidez. Trop tard pour moi? J'écoute, je réécoute, et non, je n'arrive pas à m'ôter l'idée qu'on a perdu quelque chose en chemin. Désolé.
À la finale interprètes de Ma première Place des Arts, en mai 2008, j'étais déjà impatient. La première impression avait été si profondément imprimée, cette percussionniste-choriste encouragée à chanter par Luc De Larochellière me semblait toucher d'instinct le coeur vivant des chansons, porter et transporter à volonté. Elle avait chanté Alexandre Désilets, Zazie, Jeanne Cherhal, Damien Robitaille, tout lui allait, c'était patent le talent. «On en voudrait tout un disque, de telles interprétations, écrivais-je alors. Avec le beau timbre grave qu'elle a, la sobre maîtrise des effets qu'elle affiche, ça ne saurait tarder.»
Vite un album? Ça doit les faire rigoler, Sophie, Marc Pérusse le réalisateur, Pierre Lachance le gérant (et patron de GSI Musique) qui ont porté le projet avec patience et persistance. Ou ça ne les fait pas rigoler du tout. J'ai suivi de près le processus, impliqué comme je le suis rarement avant le produit fini, il fallait que ce disque jette par terre ou rien, fallait que ce soit au moins aussi rentre-dedans que lorsqu'elle avait chanté J'échoue d'Alexandre Désilets au concours. J'avais une Monique Leyrac en devenir, j'allais pas la lâcher. Mon exigence augmentait à mesure que le temps passait, je le disais à Pierre, qui me disait que c'était pas évident, trouver les bonnes chansons. Trouver Sophie non plus.
J'écoute l'album en boucle depuis une semaine, et je la cherche encore. C'est-à-dire que je cherche la Sophie Beaudet qui s'était si naturellement imposée il y a quatre ans. La Sophie de Garçonne n'impose rien, elle invite à la rejoindre dans l'espace tout doux et discret où elle est. Je la reconnais dans Carrousels, une chanson de Pierre Flynn, un peu dans Partir, paroles de François Vigneault, musique de Mario Peluso. Autrement, c'est quelqu'un d'autre. Qui est peut-être, qui est sans doute la vraie Sophie Beaudet.
Déçu? Même pas. Interloqué. Je ne saurais dire si ce disque est bon, tellement il est éloigné de ce que j'imaginais. C'est de la chanson pop acoustique de qualité, sûr et certain, je crois bien qu'il y a des succès potentiels dans le lot, Où vont-ils?, À quoi tu penses, Mais les autres? C'est intimiste jusqu'à l'effacement, c'est comme si la chanteuse se cachait à l'intérieur des chansons. À moins que ce ne soit précisément le but, à moins que Sophie Beaudet n'existe véritablement que par en dedans.
Dans la chanson-titre, Luc De Larochellière lui met ces mots en bouche: «On m'a fait bien des fois / Comme en fait je n'suis pas...» Pierre Lachance, à qui j'ai longuement parlé en début de semaine, me dit qu'il avait entendu la même Sophie que moi au concours, et qu'avec Marc, ils ont essayé des chansons «plus lyriques» où elle ouvrait la machine, donnait de la voix. Et que ça n'allait pas. Territoire Céline, Lara, ça grinçait. Petit à petit, à travers plus de 250 chansons et mille et une prises, une Sophie Beaudet s'est définie. «Ça y est aujourd'hui je crois / Savoir ce que je n'suis pas / Ou tout c'que je suis...» Peut-être la fille du concours, trop capable de chanter n'importe quoi, était-elle tout le monde sauf Sophie Beaudet. Idéalement, il faudrait que tout commence maintenant, découvrir Sophie en même temps que son disque. Allez écouter la chanson fournie en exemple sur le site, décidez. Trop tard pour moi? J'écoute, je réécoute, et non, je n'arrive pas à m'ôter l'idée qu'on a perdu quelque chose en chemin. Désolé.
Sophie Beaudet: Où vont-ils
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