Jazz - Les résidences de Charles Lloyd
Photo : Source Ecm Records
Le pianiste Jason Moran, Maria Farantouri et Charles Lloyd.
Le sujet du jour a pour origine une photographie prise à Athènes cette semaine. Sur le cliché en question, saisi lors d'une manifestation contre le plan d'austérité, on voit deux vieux bonshommes ayant résisté contre les nazis, ensuite contre la dictature des colonels, et aujourd'hui contre la rigidité économique du couple franco-allemand. Ils ont été souvent emprisonnés et tout autant torturés. Ils s'appellent Manolis Glézos et Mikis Theodorakis, célèbre compositeur à qui l'on doit notamment la bande sonore de Zorba le Grec.
Quel rapport avec le jazz? Un rapport énorme! Le saxophoniste Charles Lloyd, qui lui a lutté pour les droits civiques et manifesté contre la guerre au Vietnam, dans les années 60, a publié il y a quelques mois un album simplement intitulé Athens Concert sur étiquette ECM. À l'occasion du palmarès des meilleurs disques de l'année, on avait consacré cette publication «numéro 1». Mais voilà, rédiger un palmarès revenant à consacrer fort peu de mots à chacune des galettes retenues, on s'est dit que la dramatisation accélérée de la crise grecque au cours des récentes semaines commandait un retour prolongé sur ce qu'il faut bien appeler un chef-d'oeuvre. Bien.
Alliances diverses
Ce double album a été enregistré au pied de l'Acropole sous la protection bienveillante, pour reprendre les mots de Lloyd, de Socrate, Platon, Aristote, Pythagore et Hippocrate, qui ont fait davantage pour la démocratie que la philosophie allemande. Ce double album, c'est le quartet actuel de Lloyd augmenté de trois musiciens grecs.
Le quartet? C'est Lloyd, évidemment, flanqué d'un pianiste au style aussi bouillant qu'empreint de retenue, soit Jason Moran, d'un contrebassiste qui touille les notes graves de manière saisissante, soit Reuben Rogers, d'un batteur qui s'avère l'exécuteur testamentaire du style forgé par le regretté Billy Higgins, soit Eric Harland, soit un maître des cymbales.
Les musiciens grecs? C'est d'abord et avant tout une chanteuse grave à souhait. Une chanteuse en phase avec le drame que vivent depuis cinq ans maintenant, cinq ans de récession, des millions de Grecs. Elle s'appelle Maria Farantouri. S.V.P., retenez son nom. C'est aussi Socratis Sinopoulos à la lyre et Takis Farazis au piano, qui font le pont entre deux univers musicaux géographiquement très lointains.
Le programme? Il mérite, voire exige, d'être détaillé parce qu'il détonne énormément des productions jazz, si tant est que ce vocable s'applique à ce qui s'est joué à l'ombre de l'Acropole. Toujours est-il que ce programme, c'est l'alliance de la poésie, de musiques antiques, de chants de la résistance et des compositions signées Lloyd.
Toujours est-il (bis) qu'on entend les vers de George Seferis, Prix Nobel de littérature, mis en musique par Theodorakis, les chants de résistance de ce dernier, un vieil hymne byzantin (!), des folklores de la région de Smyrne, des îles du Dodécanèse, de l'Épire et de la mer Noire. Faute de pouvoir retenir tous les mots, on a retenu les suivants de Theodorakis: «In the dry soil of my heart / a cactus has grown / it's been more than twenty years ago / since I dreamed of jasmine.»
Dans la longue histoire du jazz, on sait que The Art Ensemble of Chicago avait établi un pont musical avec l'Afrique du Sud, que Julius Hemphill l'avait fait avec l'empire des Dogons, que le clarinettiste John Carter l'avait fait avec le Ghana, mais que le chef-d'oeuvre, voire le canon fixé en matière de métissage du jazz avec les musiques de pays très étrangers aux nôtres, fut le fait de l'immense Randy Weston avec son Spirit of Our Ancestors publié en 1991.
Avec cet Athens Concert, le shaman Charles Lloyd vient d'écrire le deuxième chapitre du travail amorcé par Weston. Signe particulier? Ce double compact, c'est le chef-d'oeuvre de la résistance.
En rafales
Cobb à l'Upstairs. Souvenez-vous de ces dates: les 24 et 25 février. De quoi s'agit-il? Le grand batteur Jimmy Cobb occupera la scène de l'Upstairs en compagnie de l'excellent mais très mal baptisé groupe The Chateauguay Tenors. Au cas où on l'aurait oublié, Cobb a accompagné Miles Davis, John Coltrane, Sarah Vaughan, Cannonbal Adderley et bien d'autres de cette catégorie.
Yves Léveillé au Dièse Onze. Yves Léveillé, pianiste fin et excellent compositeur, se produira ce soir au Dièse Onze en compagnie d'un saxophoniste convaincant, Roberto Murray, du très solide Adrian Vedady à la contrebasse et d'Alain Bastien à la batterie.
... et Yannick Rieu au Lion d'or. Le 24 février au Lion d'or, le saxophoniste Yannick Rieu présentera son nouveau projet intitulé Spectrum 3. En compagnie de Rémi-Jean LeBlanc à la contrebasse et de Samuel Joly à la batterie, Rieu va décliner un programme fait uniquement de compositions du groupe Uzeb.
Quel rapport avec le jazz? Un rapport énorme! Le saxophoniste Charles Lloyd, qui lui a lutté pour les droits civiques et manifesté contre la guerre au Vietnam, dans les années 60, a publié il y a quelques mois un album simplement intitulé Athens Concert sur étiquette ECM. À l'occasion du palmarès des meilleurs disques de l'année, on avait consacré cette publication «numéro 1». Mais voilà, rédiger un palmarès revenant à consacrer fort peu de mots à chacune des galettes retenues, on s'est dit que la dramatisation accélérée de la crise grecque au cours des récentes semaines commandait un retour prolongé sur ce qu'il faut bien appeler un chef-d'oeuvre. Bien.
Alliances diverses
Ce double album a été enregistré au pied de l'Acropole sous la protection bienveillante, pour reprendre les mots de Lloyd, de Socrate, Platon, Aristote, Pythagore et Hippocrate, qui ont fait davantage pour la démocratie que la philosophie allemande. Ce double album, c'est le quartet actuel de Lloyd augmenté de trois musiciens grecs.
Le quartet? C'est Lloyd, évidemment, flanqué d'un pianiste au style aussi bouillant qu'empreint de retenue, soit Jason Moran, d'un contrebassiste qui touille les notes graves de manière saisissante, soit Reuben Rogers, d'un batteur qui s'avère l'exécuteur testamentaire du style forgé par le regretté Billy Higgins, soit Eric Harland, soit un maître des cymbales.
Les musiciens grecs? C'est d'abord et avant tout une chanteuse grave à souhait. Une chanteuse en phase avec le drame que vivent depuis cinq ans maintenant, cinq ans de récession, des millions de Grecs. Elle s'appelle Maria Farantouri. S.V.P., retenez son nom. C'est aussi Socratis Sinopoulos à la lyre et Takis Farazis au piano, qui font le pont entre deux univers musicaux géographiquement très lointains.
Le programme? Il mérite, voire exige, d'être détaillé parce qu'il détonne énormément des productions jazz, si tant est que ce vocable s'applique à ce qui s'est joué à l'ombre de l'Acropole. Toujours est-il que ce programme, c'est l'alliance de la poésie, de musiques antiques, de chants de la résistance et des compositions signées Lloyd.
Toujours est-il (bis) qu'on entend les vers de George Seferis, Prix Nobel de littérature, mis en musique par Theodorakis, les chants de résistance de ce dernier, un vieil hymne byzantin (!), des folklores de la région de Smyrne, des îles du Dodécanèse, de l'Épire et de la mer Noire. Faute de pouvoir retenir tous les mots, on a retenu les suivants de Theodorakis: «In the dry soil of my heart / a cactus has grown / it's been more than twenty years ago / since I dreamed of jasmine.»
Dans la longue histoire du jazz, on sait que The Art Ensemble of Chicago avait établi un pont musical avec l'Afrique du Sud, que Julius Hemphill l'avait fait avec l'empire des Dogons, que le clarinettiste John Carter l'avait fait avec le Ghana, mais que le chef-d'oeuvre, voire le canon fixé en matière de métissage du jazz avec les musiques de pays très étrangers aux nôtres, fut le fait de l'immense Randy Weston avec son Spirit of Our Ancestors publié en 1991.
Avec cet Athens Concert, le shaman Charles Lloyd vient d'écrire le deuxième chapitre du travail amorcé par Weston. Signe particulier? Ce double compact, c'est le chef-d'oeuvre de la résistance.
En rafales
Cobb à l'Upstairs. Souvenez-vous de ces dates: les 24 et 25 février. De quoi s'agit-il? Le grand batteur Jimmy Cobb occupera la scène de l'Upstairs en compagnie de l'excellent mais très mal baptisé groupe The Chateauguay Tenors. Au cas où on l'aurait oublié, Cobb a accompagné Miles Davis, John Coltrane, Sarah Vaughan, Cannonbal Adderley et bien d'autres de cette catégorie.
Yves Léveillé au Dièse Onze. Yves Léveillé, pianiste fin et excellent compositeur, se produira ce soir au Dièse Onze en compagnie d'un saxophoniste convaincant, Roberto Murray, du très solide Adrian Vedady à la contrebasse et d'Alain Bastien à la batterie.
... et Yannick Rieu au Lion d'or. Le 24 février au Lion d'or, le saxophoniste Yannick Rieu présentera son nouveau projet intitulé Spectrum 3. En compagnie de Rémi-Jean LeBlanc à la contrebasse et de Samuel Joly à la batterie, Rieu va décliner un programme fait uniquement de compositions du groupe Uzeb.
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