Concerts classiques - La tragédie de la musique
À retenir
-
ARION. Commedia dell'arte. Oeuvres de Boccherini, Heinichen, Vivaldi, Wassenaer et Pergolèse. Dmitri Sinkovski (violon), Jaap ter Linden (direction). Salle Bourgie, vendredi, 17 février. Concert donné dans le cadre de Montréal en lumière
Le concert s'appelait Commedia dell'arte. Il aurait dû s'intituler Tragedia della musica. Je l'ai fui à la pause, car il y a des limites à ce qu'on peut endurer. Ce compte rendu m'a coûté beaucoup.
D'abord l'essence pour me rendre à la salle de concert. Chaque millilitre de pétrole utilisé à cette fin était du gaspillage. Il m'a aussi fallu payer de ma personne, afin de rester poli.
J'admire Arion. En fait, j'admire de plus en plus Arion. Remplir trois salles de 400 places, alors que I Musici fait deux demi-salles et qu'un superbe récital de Pro Musica, avec des pointures internationales, plafonne entre 250 et 600 spectateurs à Montréal, c'est vraiment très fort! Arion a réussi à se bâtir une réputation d'excellence dans le domaine de la musique baroque à Montréal. Un peu comme Lorraine Vaillancourt et le NEM sont des mètres-étalons de la contemporaine. La comparaison n'a pas lieu d'être: elle est très désobligeante pour Lorraine Vaillancourt, dont l'éthique musicale repose sur un souci quasi obsessionnel de la précision et de la qualité d'exécution.
Vendredi, au concert d'Arion, les quatre oeuvres sur sept que j'ai eu à subir étaient toutes entachées de problèmes d'intonation: marginaux (Concerto pour cordes n° 2 de Wassenaer), quasi endémiques (les cors naturels dans Heinichen), grossiers (Concerto pour violon RV 242 de Vivaldi) ou insupportables (le quintette de Boccherini, où les instruments n'étaient même pas accordés).
Elizabeth Wallfisch, qui devait diriger la soirée, avait été remplacée par Jaap ter Linden. En tout cas officiellement. Car Wallfisch étant violoniste et ter Linden violoncelliste, il a fallu engager un violon solo. Et figurez-vous: la meilleure idée qui a traversé la tête de la direction artistique d'Arion a été de réinviter Dmitri Sinkovski. Ce goujat musical avait pourtant déjà fait ses preuves, si j'ose dire, à Montréal. Si Arion l'a réinvité, cela veut dire qu'Arion l'a trouvé bon. Voilà qui fait naître les plus extrêmes doutes sur les critères d'excellence en vigueur au sein de cet orchestre.
Sur la scène, donc, à droite, au violoncelle, ter Linden, opinait du chef pour communiquer à l'orchestre le pouls de la musique. Face à lui, dans le rôle de premier violon, Sinkovski ondulait de tout le haut du corps. Qui dirigeait? Peu importe, mais la scène était amusante. Ce qui est bien moins drôle, c'est la grossièreté musicale de Sinkovski. En solo, il savonne et cultive un à-peu-près permanent, prenant de grands airs inspirés. Ce n'est pas de la musique, c'est du cirque, et du très mauvais cirque.
La Ritirata de Madrid, fameux quintette de Boccherini, un pur massacre, semblait s'efforcer d'imiter les effets du duo Kraemer-Savall, mais en les ratant tous. La fausseté du tandem Sinkovski-Rémillard y fut l'une des choses les plus effrayantes que j'aie eu à endurer dans une salle de concert depuis mon arrivée à Montréal, il y a neuf ans. Le seul moment heureux de musique fut de scruter l'accompagnement très fin d'Arion dans le Concerto RV 242 de Vivaldi. Peut-être que Sinkovski jouant le gougnafier à l'avant-scène, ter Linden a-t-il pu faire un peu de musique avec ses estimables collègues?
D'abord l'essence pour me rendre à la salle de concert. Chaque millilitre de pétrole utilisé à cette fin était du gaspillage. Il m'a aussi fallu payer de ma personne, afin de rester poli.
J'admire Arion. En fait, j'admire de plus en plus Arion. Remplir trois salles de 400 places, alors que I Musici fait deux demi-salles et qu'un superbe récital de Pro Musica, avec des pointures internationales, plafonne entre 250 et 600 spectateurs à Montréal, c'est vraiment très fort! Arion a réussi à se bâtir une réputation d'excellence dans le domaine de la musique baroque à Montréal. Un peu comme Lorraine Vaillancourt et le NEM sont des mètres-étalons de la contemporaine. La comparaison n'a pas lieu d'être: elle est très désobligeante pour Lorraine Vaillancourt, dont l'éthique musicale repose sur un souci quasi obsessionnel de la précision et de la qualité d'exécution.
Vendredi, au concert d'Arion, les quatre oeuvres sur sept que j'ai eu à subir étaient toutes entachées de problèmes d'intonation: marginaux (Concerto pour cordes n° 2 de Wassenaer), quasi endémiques (les cors naturels dans Heinichen), grossiers (Concerto pour violon RV 242 de Vivaldi) ou insupportables (le quintette de Boccherini, où les instruments n'étaient même pas accordés).
Elizabeth Wallfisch, qui devait diriger la soirée, avait été remplacée par Jaap ter Linden. En tout cas officiellement. Car Wallfisch étant violoniste et ter Linden violoncelliste, il a fallu engager un violon solo. Et figurez-vous: la meilleure idée qui a traversé la tête de la direction artistique d'Arion a été de réinviter Dmitri Sinkovski. Ce goujat musical avait pourtant déjà fait ses preuves, si j'ose dire, à Montréal. Si Arion l'a réinvité, cela veut dire qu'Arion l'a trouvé bon. Voilà qui fait naître les plus extrêmes doutes sur les critères d'excellence en vigueur au sein de cet orchestre.
Sur la scène, donc, à droite, au violoncelle, ter Linden, opinait du chef pour communiquer à l'orchestre le pouls de la musique. Face à lui, dans le rôle de premier violon, Sinkovski ondulait de tout le haut du corps. Qui dirigeait? Peu importe, mais la scène était amusante. Ce qui est bien moins drôle, c'est la grossièreté musicale de Sinkovski. En solo, il savonne et cultive un à-peu-près permanent, prenant de grands airs inspirés. Ce n'est pas de la musique, c'est du cirque, et du très mauvais cirque.
La Ritirata de Madrid, fameux quintette de Boccherini, un pur massacre, semblait s'efforcer d'imiter les effets du duo Kraemer-Savall, mais en les ratant tous. La fausseté du tandem Sinkovski-Rémillard y fut l'une des choses les plus effrayantes que j'aie eu à endurer dans une salle de concert depuis mon arrivée à Montréal, il y a neuf ans. Le seul moment heureux de musique fut de scruter l'accompagnement très fin d'Arion dans le Concerto RV 242 de Vivaldi. Peut-être que Sinkovski jouant le gougnafier à l'avant-scène, ter Linden a-t-il pu faire un peu de musique avec ses estimables collègues?
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

