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Concerts classiques - La tragédie de la musique

Christophe Huss   20 février 2012  Musique

À retenir

    ARION. Commedia dell'arte. Oeuvres de Boccherini, Heinichen, Vivaldi, Wassenaer et Pergolèse. Dmitri Sinkovski (violon), Jaap ter Linden (direction). Salle Bourgie, vendredi, 17 février. Concert donné dans le cadre de Montréal en lumière
Le concert s'appelait Commedia dell'arte. Il aurait dû s'intituler Tragedia della musica. Je l'ai fui à la pause, car il y a des limites à ce qu'on peut endurer. Ce compte rendu m'a coûté beaucoup.

D'abord l'essence pour me rendre à la salle de concert. Chaque millilitre de pétrole utilisé à cette fin était du gaspillage. Il m'a aussi fallu payer de ma personne, afin de rester poli.

J'admire Arion. En fait, j'admire de plus en plus Arion. Remplir trois salles de 400 places, alors que I Musici fait deux demi-salles et qu'un superbe récital de Pro Musica, avec des pointures internationales, plafonne entre 250 et 600 spectateurs à Montréal, c'est vraiment très fort! Arion a réussi à se bâtir une réputation d'excellence dans le domaine de la musique baroque à Montréal. Un peu comme Lorraine Vaillancourt et le NEM sont des mètres-étalons de la contemporaine. La comparaison n'a pas lieu d'être: elle est très désobligeante pour Lorraine Vaillancourt, dont l'éthique musicale repose sur un souci quasi obsessionnel de la précision et de la qualité d'exécution.

Vendredi, au concert d'Arion, les quatre oeuvres sur sept que j'ai eu à subir étaient toutes entachées de problèmes d'intonation: marginaux (Concerto pour cordes n° 2 de Wassenaer), quasi endémiques (les cors naturels dans Heinichen), grossiers (Concerto pour violon RV 242 de Vivaldi) ou insupportables (le quintette de Boccherini, où les instruments n'étaient même pas accordés).

Elizabeth Wallfisch, qui devait diriger la soirée, avait été remplacée par Jaap ter Linden. En tout cas officiellement. Car Wallfisch étant violoniste et ter Linden violoncelliste, il a fallu engager un violon solo. Et figurez-vous: la meilleure idée qui a traversé la tête de la direction artistique d'Arion a été de réinviter Dmitri Sinkovski. Ce goujat musical avait pourtant déjà fait ses preuves, si j'ose dire, à Montréal. Si Arion l'a réinvité, cela veut dire qu'Arion l'a trouvé bon. Voilà qui fait naître les plus extrêmes doutes sur les critères d'excellence en vigueur au sein de cet orchestre.

Sur la scène, donc, à droite, au violoncelle, ter Linden, opinait du chef pour communiquer à l'orchestre le pouls de la musique. Face à lui, dans le rôle de premier violon, Sinkovski ondulait de tout le haut du corps. Qui dirigeait? Peu importe, mais la scène était amusante. Ce qui est bien moins drôle, c'est la grossièreté musicale de Sinkovski. En solo, il savonne et cultive un à-peu-près permanent, prenant de grands airs inspirés. Ce n'est pas de la musique, c'est du cirque, et du très mauvais cirque.

La Ritirata de Madrid, fameux quintette de Boccherini, un pur massacre, semblait s'efforcer d'imiter les effets du duo Kraemer-Savall, mais en les ratant tous. La fausseté du tandem Sinkovski-Rémillard y fut l'une des choses les plus effrayantes que j'aie eu à endurer dans une salle de concert depuis mon arrivée à Montréal, il y a neuf ans. Le seul moment heureux de musique fut de scruter l'accompagnement très fin d'Arion dans le Concerto RV 242 de Vivaldi. Peut-être que Sinkovski jouant le gougnafier à l'avant-scène, ter Linden a-t-il pu faire un peu de musique avec ses estimables collègues?
 
 
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  • Jean-Pierre Audet - Abonné
    20 février 2012 14 h 29
    Voilà qui réjouit de nous en être abstenus
    Veillez excuser l'hilarité que votre frustration a provoquée en moi. Mais c'est la hauteur de votre verbe et la justesse de l'expression émotive qui me réjouissent, comme les cordes d'un violon bien ajusté. Merci.
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  • Jacques-André Houle - Abonné
    20 février 2012 16 h 58
    Tant pis pour vous!
    Dommage que vous vous soyez abstenus, Monsieur Audet, car vous aurez manqué un concert qui dimanche après-midi a réjoui (le concurrent (?) de M. Huss) Arthur Kaptainis de la "Gazette".
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  • Jean-Pierre Contant - Abonné
    20 février 2012 20 h 15
    relaxe
    Que je suis heureux de n'être qu'un piètre mélomane, je peux apprécié la belle musique sans en faire un travail.
    Un abonné depuis près de 10 ans à Arion et 20 ans à l'OSM
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  • Philippe Gervais - Inscrit
    21 février 2012 14 h 40
    Moderato!
    Je ne sais pas comment Arion a joué vendredi, mais ce que j'ai entendu samedi était excellent.

    Le critique a droit à son opinion, c'est entendu.
    Mais pour le plaisir d'un bon mot, n'est-il pas injuste de qualifier un concert que vous n'avez vu qu'à moitié de "tragédie"? Ce soliste que votre collègue de la Gazette a trouvé époustouflant (et qui a de nombreux disques à son actif, très bien reçus de la presse) méritait-il vraiment qu'on le traite de bouffon et de goujat? Sous prétexte de "rigueur classique", vous vous permettez des exagérations et des insultes comme on n'en verrait jamais dans des critiques de spectacles d'humour ou de musique populaire.
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  • Pierre Bellefeuille - Inscrit
    21 février 2012 15 h 50
    Je n’entends pas là un goujat musical!
    http://www.youtube.com/watch?v=iMzwtS05Gr4

    http://www.youtube.com/watch?v=fA8D--liixo

    Il joue sur un violon baroque, avec des cordes en boyaux. Il est beaucoup plus difficile de conserver la justesse avec ce genre de cordes, et en Amérique du Nord le climat ne pardonne pas trop à ce niveau-ci. C’est une sonorité très différente de ce qu’on a l’habitude d’entendre avec les jeux de cordes contemporains.

    Peut-être êtes-vous juste mal tombé cette soirée en particulier.

    En musique baroque, il y a beaucoup moins de vibratos, ils étaient considérés à l’époque comme un effet comique! De plus dans le répertoire baroque les sons sont davantage liés que détachés. L’absence de vibratos peut donner un air plus froid à la musique en raison des habitudes culturelles contemporaines.

    Pour ce qui est des mouvements du soliste, peut-être en fait-il trop, ce n’est pas à moi de juger, mais je sais pertinemment que ces mouvements aident à libérer les tensions néfastes. N’oubliez pas que ces musiciens pour se maintenir à ce niveau doivent pratiquer entre 5 à 8 heures par jour, et s’ils le faisaient de manière statique, au bout de quelques années seulement, ils auraient plusieurs problèmes physiques, possiblement davantage de tendinites, etc. À ne pas perdre de vue.

    Cela dit, je vous trouve très dur dans votre critique!
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  • FrancoisMartin - Inscrit
    21 février 2012 15 h 58
    Ras-le-bol
    J'étais au concert et j'ai adoré ma soirée, comme près de 400 personnes qui, ma foi, ne peuvent quand même pas tous être des abrutis.

    Je ne peux m'empêcher d'être fâché de la mauvaise foi détestable et irrespectueuse qui émane de votre critique.
    Nous parler de millilitres d'essence de pétrole gaspillés, vraiment? En quittant lâchement à l'entracte, vous vous serez sûrement consolé en économisant quelques sous au parcomètre !
    Par respect pour son travail, pour ses lecteurs, et pour faire un compte-rendu juste, un critique digne de ce nom reste jusqu'au bout.

    Ras-le-bol des critiques frustrés!
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