Pierre Juneau, 1922-2012 - Un grand serviteur de l'État s'éteint
Photo : La Presse canadienne (photo) Tobin Grimshaw
Pierre Juneau en décembre 2003. L’ancien président du CRTC et de Radio-Canada, en l’honneur de qui ont été nommés les prix Juno, est décédé hier.
Pierre Juneau s'est éteint hier à l'âge de 89 ans. Au terme de sa longue carrière de «serviteur de l'État», il aura marqué le monde des médias et du cinéma par son travail acharné et parfois controversé.
Né à Verdun en 1922, Pierre Juneau fait son cours classique à Montréal avant de se consacrer deux ans à la Jeunesse étudiante catholique, où il forge sa vision de la culture et de la société canadienne.
Après des études en philosophie à l'Institut catholique à Paris, il arrive à l'Office national du film (ONF) en 1949. Il participe à la création du programme français, alors que tout se faisait jusque-là en anglais, dans le monde du cinéma. «Le programme français a donné lieu à une cinématographie qui a énormément contribué à la construction identitaire québécoise, explique Monique Simard, qui occupe aujourd'hui le siège où l'a précédé M. Juneau, à la direction générale du Programme français à l'ONF. C'était l'époque de Claude Jutra, Michel Brault, Gilles Groulx, Gilles Carle, Marcel Carrière...»
Selon Jacques Godbout, qui a réalisé des films aux tout débuts du service français, la motivation de Pierre Juneau à faire avancer les cinéastes francophones était d'ordre culturel. «C'était le besoin d'exister. [Pierre Juneau] était au tout début des balbutiements des cinéastes, et vouloir qu'ils cessent de balbutier pour faire des phrases complètes, c'était naturel.»
En 1966, Pierre Juneau est recruté pour devenir le vice-président de ce qui allait devenir le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) deux ans plus tard. La mise en place du CRTC, qu'il a présidé, aura été sa plus grande réalisation, selon le professeur au Département d'information et de communication à l'Université Laval, Florian Sauvageau. «Il a dû s'assurer que [toutes les chaînes] qui étaient américaines étaient rachetées par des intérêts canadiens, et ensuite, il a fait des règles pour imposer du contenu canadien.» Les nouvelles règles créent un tollé chez les anglophones, qui sont attachés à leurs émissions et chansons américaines. Une révolution effrayante pour certains.
Mais il n'aura fait pratiquement aucune concession à ses opposants. «C'était un homme très dynamique, certains diront autoritaire, ajoute M. Sauvageau. Quand il avait une idée en tête, les gens qui travaillaient près de lui ne pouvaient pas facilement le faire changer d'idée. Heureusement, il a le plus souvent eu de bonnes idées!»
Pour marquer sa contribution à la diffusion des productions canadiennes, un nouveau gala de prix aux artisans de la musique adopte son nom en 1971: les fameux prix Juno.
En 1975, Pierre Juneau fait le saut en politique lorsque le premier ministre Pierre Elliot Trudeau le nomme ministre des Communications, mais il n'arrive pas à se faire élire lors d'une élection partielle. Il deviendra trois ans plus tard sous-ministre, avant de prendre la tête de Radio-Canada en 1982.
Deux ans plus tard, les conservateurs de Brian Mulroney arrivent au pouvoir. Clairement étiqueté comme un libéral, le président de la société d'État subit d'énormes pressions pour quitter son poste. «C'était une période de compressions et les gens se disaient que s'il restait là, ça nuirait à Radio-Canada, explique l'ancien vice-président principal des Services français, Sylvain Lafrance. Mais pour lui, l'indépendance politique de Radio-Canada était plus importante que tout.» Il a aussi poursuivi la canadianisation de la grille horaire.
Tout ça depuis Ottawa. «Avant son arrivée, tout se décidait à Montréal et Toronto», raconte l'auteur Yves Lever, qui a rencontré M. Juneau à plusieurs reprises pour rédiger sa biographie, dont la rédaction vient de se terminer. «Mais Juneau, dans sa perspective de fédéralisme centralisateur, a rapatrié beaucoup de pouvoirs à Ottawa.» Plusieurs n'étaient pas d'accord.
Sa longue carrière dans la fonction publique s'est officiellement terminée en 1989. «Il a été un retraité actif, ajoute M. Lever. Il a eu plusieurs petits postes, fait du bénévolat, donné des conférences. Il a aussi réalisé le rapport Juneau [sur l'avenir de Radio-Canada] en 1996.»
Il aura toujours cru à l'importance des services publics et toute sa carrière aura été cohérente à cet égard. «Pierre Juneau incarne cette expression de grand serviteur de l'État», résume Florian Sauvageau.
Né à Verdun en 1922, Pierre Juneau fait son cours classique à Montréal avant de se consacrer deux ans à la Jeunesse étudiante catholique, où il forge sa vision de la culture et de la société canadienne.
Après des études en philosophie à l'Institut catholique à Paris, il arrive à l'Office national du film (ONF) en 1949. Il participe à la création du programme français, alors que tout se faisait jusque-là en anglais, dans le monde du cinéma. «Le programme français a donné lieu à une cinématographie qui a énormément contribué à la construction identitaire québécoise, explique Monique Simard, qui occupe aujourd'hui le siège où l'a précédé M. Juneau, à la direction générale du Programme français à l'ONF. C'était l'époque de Claude Jutra, Michel Brault, Gilles Groulx, Gilles Carle, Marcel Carrière...»
Selon Jacques Godbout, qui a réalisé des films aux tout débuts du service français, la motivation de Pierre Juneau à faire avancer les cinéastes francophones était d'ordre culturel. «C'était le besoin d'exister. [Pierre Juneau] était au tout début des balbutiements des cinéastes, et vouloir qu'ils cessent de balbutier pour faire des phrases complètes, c'était naturel.»
En 1966, Pierre Juneau est recruté pour devenir le vice-président de ce qui allait devenir le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) deux ans plus tard. La mise en place du CRTC, qu'il a présidé, aura été sa plus grande réalisation, selon le professeur au Département d'information et de communication à l'Université Laval, Florian Sauvageau. «Il a dû s'assurer que [toutes les chaînes] qui étaient américaines étaient rachetées par des intérêts canadiens, et ensuite, il a fait des règles pour imposer du contenu canadien.» Les nouvelles règles créent un tollé chez les anglophones, qui sont attachés à leurs émissions et chansons américaines. Une révolution effrayante pour certains.
Mais il n'aura fait pratiquement aucune concession à ses opposants. «C'était un homme très dynamique, certains diront autoritaire, ajoute M. Sauvageau. Quand il avait une idée en tête, les gens qui travaillaient près de lui ne pouvaient pas facilement le faire changer d'idée. Heureusement, il a le plus souvent eu de bonnes idées!»
Pour marquer sa contribution à la diffusion des productions canadiennes, un nouveau gala de prix aux artisans de la musique adopte son nom en 1971: les fameux prix Juno.
En 1975, Pierre Juneau fait le saut en politique lorsque le premier ministre Pierre Elliot Trudeau le nomme ministre des Communications, mais il n'arrive pas à se faire élire lors d'une élection partielle. Il deviendra trois ans plus tard sous-ministre, avant de prendre la tête de Radio-Canada en 1982.
Deux ans plus tard, les conservateurs de Brian Mulroney arrivent au pouvoir. Clairement étiqueté comme un libéral, le président de la société d'État subit d'énormes pressions pour quitter son poste. «C'était une période de compressions et les gens se disaient que s'il restait là, ça nuirait à Radio-Canada, explique l'ancien vice-président principal des Services français, Sylvain Lafrance. Mais pour lui, l'indépendance politique de Radio-Canada était plus importante que tout.» Il a aussi poursuivi la canadianisation de la grille horaire.
Tout ça depuis Ottawa. «Avant son arrivée, tout se décidait à Montréal et Toronto», raconte l'auteur Yves Lever, qui a rencontré M. Juneau à plusieurs reprises pour rédiger sa biographie, dont la rédaction vient de se terminer. «Mais Juneau, dans sa perspective de fédéralisme centralisateur, a rapatrié beaucoup de pouvoirs à Ottawa.» Plusieurs n'étaient pas d'accord.
Sa longue carrière dans la fonction publique s'est officiellement terminée en 1989. «Il a été un retraité actif, ajoute M. Lever. Il a eu plusieurs petits postes, fait du bénévolat, donné des conférences. Il a aussi réalisé le rapport Juneau [sur l'avenir de Radio-Canada] en 1996.»
Il aura toujours cru à l'importance des services publics et toute sa carrière aura été cohérente à cet égard. «Pierre Juneau incarne cette expression de grand serviteur de l'État», résume Florian Sauvageau.
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