lundi 28 mai 2012 Dernière mise à jour 01h13
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Théâtre - Quand les morts rêvent leur vie

Christian Lapointe clôt son cycle de la disparition avec Sepsis

Philippe Couture   7 janvier 2012  Théâtre

À retenir

    Sepsis
    De Christian Lapointe
    Productions Recto-Verso et Théâtre Péril
    Du 10 au 14 janvier à la salle Multi de la Coopérative Méduse, à Québec
    Du 17 au 21 janvier au Théâtre La Chapelle (Montréal)
Quelque chose ne tourne pas rond, me suis-je dit, quand Christian Lapointe a pris une grande respiration et prononcé les mots fatidiques: «C'est l'histoire d'un gars...». Quoi? L'histoire d'un gars? Il a ri, puis il a repris. «En fait, je dirais que ce qui est mis en jeu, c'est comment de petites narrations individuelles, qui, au contact les unes des autres, créent un fil narratif qui est plus grand que ceux qui le fabriquent, et qui leur échappent.» J'ai retrouvé contenance. Et j'ai écouté la suite.

Il est vrai que, dans C.H.S., le premier spectacle d'une tétralogie que Lapointe a intitulée «Le cycle de la disparition», il nous racontait l'histoire d'un gars qui allait acheter de l'essence. Dans la mesure où on prend en considération la quantité de discours sous-entendus dans cette histoire, c'était quand même «l'histoire d'un gars».

Lapointe n'a pas l'habitude du réalisme et de la narration linéaire: ses textes sont cérébraux, tissés d'une pensée complexe et orientés vers la recherche d'une communion des âmes dans la pensée, dans un certain au-delà. Dans la vie, il peut avoir les deux pieds sur terre. Mais dans son oeuvre, il plane. Du moins dans ses spectacles les plus symbolistes (ceux du cycle, comme Anky ou la fuite et Trans(e), mais également ses mises en scène orientalisantes de l'oeuvre de William Butler Yeats).

Sepsis n'échappera pas à la règle, mais questionne tout de même la narrativité et cherche du sens à travers de petits récits qui, au départ, s'inscrivent dans la quotidienneté. «Je veux mettre en scène, précise-t-il, des gens qui revivent leur vie à travers la mort, dans une sorte d'espace-temps suspendu où sont mises en jeu leurs petites destinées. Au contact les unes des autres, ces petites destinées créent un récit presque mystique. Ce sont des morts qui rêvent leur vie à nouveau.»

Une spiritualité laïque

Ce n'est pas la première fois que Christian Lapointe place la mort au centre de son travail. Dernier tabou de notre société, presque devenue au fil du temps la seule étape de vie nous inspirant des élans rituels, il en a fait un objet de réflexion constant, au centre d'une esthétique épurée, faite d'éclairages clairs-obscurs et d'une parole découpée, déréalisante, qui adopte le rythme de l'écriture (ou de la pensée) plutôt que celui de la conversation. Il cherche par là à retrouver une sorte d'élévation spirituelle, un sens commun qui n'aurait rien à voir avec celui qui nous propose les structures sociales collectives ou les grandes religions. Une «spiritualité laïque» quoi.

Dans Sepsis, il dit travailler exactement cette idée-là, et s'intéresse à la mort comme manière de reprendre contact avec l'esprit du vivant et de reconnecter à la collectivité. Rien de moins. «Je crois, ajoute-t-il, que mes shows ont cette dimension sacrée, qui est de l'ordre du rituel, mais aussi de l'ordre du manège, du revirement, du bousculement.»

La caméra-masque


On peut s'attendre, comme souvent chez Lapointe, à un certain immobilisme des acteurs, mais surtout à un rapport particulier avec l'espace. «Cette fois, la scénographie et la mise en scène sont vraiment plus intimement liées que jamais. On fait un travail de désaxage du point de vue du spectateur: on cherche à positionner symboliquement le spectateur à l'endroit où, dans l'imaginaire collectif, devraient être ceux qu'on regarde et qui sont morts. Comme si, quelque part, on se retrouvait dans la mort.» Le metteur en scène travaille aussi plus que jamais avec la vidéo, qu'il dit utiliser comme un masque. «L'acteur, derrière un masque, est soucieux de la précision de son mouvement pour que l'image soit juste — il arrête de croire qu'il est conscient de ce qu'il dégage. Le masque nous ramène à cet état brut, celui de ne pas savoir ce qui émane de nous. J'utilise la caméra dans cette optique: c'est la caméra comme masque.»

Pas étonnant, à entendre ces paroles, que Christian Lapointe ait été choisi comme codirecteur artistique des productions Recto-Verso, à Québec, avec le dramaturge Daniel Danis et la chorégraphe Line Nault. Tous trois vont donc prendre en charge une partie de la programmation de la coopérative Multi, haut lieu de l'interdisciplinarité de la Capitale. «Je rêve d'une véritable programmation interdisciplinaire annuelle, dit-il, quelque chose qui ressemblerait à ce que fait Jack Udashkin à La Chapelle à Montréal. Dans une ville comme Québec, ça pourrait avoir un impact formidable sur le milieu des arts vivants.» Et ils sont nombreux, dans la Capitale, à rêver avec lui...

***

Collaborateur du Devoir
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Pour en savoir plus
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012