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Théâtre - 25 ans et encore tant à faire!

Michel Bélair   14 février 2012  Théâtre
Québec — Le Réseau indépendant des diffuseurs d'événements artistiques unis (RIDEAU) a 25 ans: bravo! C'est dire que depuis 25 ans, contre vents et marées souvent, et en période de crise permanente puisque la culture est loin de susciter l'unanimité ou d'être considérée ici comme un service essentiel, les diffuseurs du réseau se battent pour amener les arts vivants jusque dans les coins les plus reculés du territoire québécois. Il y a même encore de nombreuses régions où ni le théâtre ni la danse n'ont jamais mis le bout du pied, mais ça...

Ce n'est pas étonnant quand on considère que les sommes consacrées à la culture par le gouvernement québécois plafonnent à peine à 1 % du budget de l'État qui investit toutefois 45 % de ses dépenses dans la santé... mais c'est là aussi un tout autre débat. Souvenons-nous toutefois que la politique de diffusion des arts de la scène, mise en place en 1996 par Louise Beaudoin, ne disposait alors — et ne dispose toujours! — que d'un budget annuel d'un peu plus de trois millions de dollars. Ce qui est presque ridicule. Lors d'un atelier de travail lundi matin à RIDEAU, le collègue Alexandre Cadieux soulignait d'ailleurs à quel point l'on a toujours un peu tiré la patte dans ce dossier en faisant l'historique des premières tournées de spectacles, la plupart anglophones et américains, qui sillonnaient les villes du Québec au XIXe siècle.

Tous les diffuseurs de spectacles vivants sont bien conscients du fait que cette crise de financement est étroitement liée au dépeuplement et à la dimension du territoire québécois, mais le problème prend un sens tout autre au moment où une foule de nouvelles données viennent redéfinir encore la donne. Les bribes d'ateliers auxquels j'ai pu assister hier dressaient un éventail impressionnant des nouvelles préoccupations qui absorbent les diffuseurs. Soulignons par exemple les nouvelles technologies et les possibilités qu'elles font miroiter de rejoindre directement les publics potentiels ou encore les préoccupations écologiques dans la présentation d'événements artistiques écoresponsables. Partout et toujours, c'est toutefois la qualité du lien établi entre le diffuseur et le public qui définit d'abord le succès de l'opération; à ce chapitre, les participants d'un autre atelier ont pu prendre connaissance des initiatives les plus stimulantes et des partenariats les plus productifs des vingt-cinq dernières années, de la création des Voyagements et de l'expérience de Sainte-Camille jusqu'à la mise en place toute récente du réseau Petits bonheurs.

Mais la question de la définition même de la culture est préoccupante. On en a entendu plusieurs hier qui impliquent d'abord le risque de la création, l'ouverture et la remise en question des formes comme des idées: la culture comme ferment de vie, comme manifestation diversifiée de l'âme de plus en plus multiple de la collectivité québécoise. Yeah! Toutes ces définitions pourtant soulignaient aussi une même dérive présente partout: celle de la culture qui se vend, la plupart du temps à gros prix, comme de la barbe à papa, et dont on est souvent forcé de se servir pour que tout le reste soit possible.

On a aussi souligné un problème fort préoccupant qui touche les petites structures administratives de niveau municipal ou communal, celles avec lesquelles les gens sont le plus en contact en région surtout et hors des grands centres. À ce niveau, la culture est devenue un tel fourre-tout que l'on y met à peu près n'importe quoi de l'apprentissage du pipeau à la chorale paroissiale en passant par le yoga et les cours de poterie! Quand on s'entête à confondre l'animation culturelle et le divertissement avec les arts vivants, cela engendre une confusion telle que la culture est perçue comme un luxe sans aucune légitimité. Le temps est peut-être venu de coordonner les actions d'un peu tout le monde et de donner les moyens à ceux qui diffusent les arts vivants de les rendre enfin accessibles à tout le territoire québécois.

25 ans de RIDEAU et encore tant à faire!

Prix hommage

Puisque l'essentiel de cette chronique est consacré à RIDEAU, signalons que l'organisme rendait dimanche soir au théâtre Capitole un hommage tout spécial à Jean-Pierre Leduc en lui décernant le prix Reconnaissance 2012. C'est la ministre Christine St-Pierre qui en a fait l'annonce devant plus de 300 professionnels des arts de la scène réunis pour l'ouverture de la 25e Bourse RIDEAU. Jean-Pierre Leduc, qui est l'un des fondateurs de RIDEAU et qui y travaille depuis 35 ans est lui-même diffuseur de spectacle à Salaberry-de-Valleyfield; il recevra officiellement son prix le jeudi au Capitole de Québec lors de la Soirée des prix RIDEAU qui clôturera la Bourse RIDEAU 2012.

Soulignons aussi qu'en novembre dernier, Leduc se voyait également remettre le prix Reynald-Piché, décerné par le Conseil culturel de la MRC de Beauharnois-Salaberry en reconnaissance de son travail dans la région. Le conseil d'administration de RIDEAU lui remet le Prix Reconnaissance 2012 pour son apport extraordinaire à l'avancement et au rayonnement de la diffusion des arts de la scène.

En vrac

Cartes blanches. Lundi prochain la Petite Licorne accueillera la Dizaine de la Manufacture. À 19h, ce sera la «Soirée carte blanche à Maxime Denommée» qui a préparé une soirée d'extraits de pièces de théâtre et de musique avec plusieurs de ses complices, dont Kathleen Fortin, Maxim Gaudette, Maude Guérin, Roger La Rue, Benoît McGinnis et Dominique Quesnel. Puis, mercredi à 19h toujours, «Soirée carte blanche à Mathieu Quesnel» intitulée 666 personnages en quête de hauteur et formée de courts monologues, de courtes scènes, de scènes de groupe et d'une chanson. Enfin, jeudi 23 février, place à Olivier Landreville qui revisitera ses maquettes au cours d'une soirée intitulée Viens voir un scénographe. Le tarif régulier est fixé à 10 $ la soirée et à 5 $ pour les abonnés de La Licorne. On se renseigne au 514 523-2246.

Sur le plateau du docteur Crête. Vous avez encore quelques semaines pour vous y préparer mentalement, mais l'on vous en parle tout de suite d'autant que le spectacle n'aura lieu que deux soirs, les 1er et 2 mars au Studio de l'Espace libre. D'ailleurs, quelque chose nous dit que peut-être vaudrait-il mieux vous assurer de réserver vos billets au plus vite... Il s'agit bien sûr d'une curiosité; le troisième volet de La tétralogie de l'impossible des Productions à suivre qui porte le titre d'Une galaxie spirale dans la chevelure de Bérénice. François Marquis signe le texte et la mise en scène du spectacle. On y retrouvera, entre autres comédiens, Dany Boudreault, Alexia Burger, Stéphane Crête et Éric Forget. La pièce se déroule sur un plateau de télévision où l'on tourne une émission de la série Le docteur Crête reçoit. Le bon docteur discute avec son invité de l'impossibilité d'éviter l'érosion et de quelques autres sujets. L'aventure se terminera en juin avec la présentation du quatrième volet: L'insurrection qui vient. On se renseigne au 514 521-4191.

***

Michel Bélair est à Québec à l'invitation de RIDEAU.
 
 
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