Crise de l'euro - Aux forceps!
À la onzième heure, les membres de la zone euro ont convenu d'accorder un prêt à la Grèce. En conséquence, cette nation évitera le défaut de paiement en mars, mais peut-être pas en juin. En effet, la stratégie du goutte-à-goutte adoptée par les puissances européennes laissent entrevoir la négociation, évidemment ardue, d'un énième plan de sauvetage plus tard cette année.
La scène décrite par les agences méritent un arrêt sur image accompagné évidemment de mots. Invité à donner son avis sur le plan d'austérité peaufiné par le gouvernement grec, le ministre allemand des Finances se dit confiant. Suit un exposé signé par le FMI. Son diagnostic? Faisant écho aux mille et une analyses confectionnées par autant d'économistes, les experts du FMI ont prédit que la Grèce n'y arrivera pas. Autrement dit que, tôt ou tard, elle sera en défaut de paiement.
Cet épisode, observé lors du sommet de Bruxelles d'avant-hier, oblige à se répéter deux fois. Un, si Angela Merkel avait adhéré au programme d'aide proposé par Nicolas Sarkozy en mars 2010, alors que la crise venait d'éclater, la Grèce aurait renoué avec la croissance économique. Deux, en 2010 la somme des problèmes grecs n'excédaient pas les 5 % du PIB. Aujourd'hui, ils avoisinent les 18 %. Cela en dit très long sur le manque de célérité des Européens ainsi que sur la protection accordée aux...
Aux intérêts particuliers. Dans un commentaire effectué ces jours-ci pour le compte du site Project Syndicate, le prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz souligne «qu'en voulant à tout prix que la restructuration soit volontaire, la Banque centrale européene essaye peut-être de limiter la part de la dette qui va être restructurée [...] En réalité, la BCE fait probablement passer l'intérêt des quelques banques [...] avant celui de la Grèce, des contribuables et des prêteurs qui ont agi prudemment en s'assurant.»
En attendant la suite du feuilleton strictement financier, la pilule austérité administrée en Grèce, en Espagne et au Portugal a produit son lot de phénomènes sociologiques. Dans des centaines de villes et villages, des employés municipaux n'ont pas perçu de salaire depuis décembre. Ici, on coupe l'électricité. Là, on laisse la moitié des autobus dans les stationnements faute de carburant. Ici, on ferme des classes parce que 10 % des professeurs ont été licenciés. Là, un inventaire jamais vu d'appartements et de maisons sont en vente ou en location avec l'espoir que les touristes... Plus grave, ici et là, on a assisté à une explosion des suicides, de la prostitution, du nombre de sans-abri, de petits trafics. On fait l'impasse sur bien d'autres réalités sociologiques pour mieux retenir ce titre du journal Le Monde: «Triple A au Nord, triple ruine au Sud».
Dans une chronique consacrée à la Grèce, Jean Pisani-Ferry, économiste et directeur de l'institut Bruegel, évoque les disputes sur les réparations imposées aux Allemands lors du traité de Versailles de 1918 et qui avait provoqué la démission de John Maynard Keynes, alors conseiller économique de la délégation britannique. Dans son ouvrage intitulé Les conséquences économiques de la paix, Keynes concluait comme suit: «Ce qui se produira [...] ne sera pas déterminé par les décisions des hommes d'État, mais par les courants inconnus qui s'écoulent sans cesse sous la surface de l'histoire politique, sans que quiconque puisse prédire où ils nous mèneront.» À méditer.
La scène décrite par les agences méritent un arrêt sur image accompagné évidemment de mots. Invité à donner son avis sur le plan d'austérité peaufiné par le gouvernement grec, le ministre allemand des Finances se dit confiant. Suit un exposé signé par le FMI. Son diagnostic? Faisant écho aux mille et une analyses confectionnées par autant d'économistes, les experts du FMI ont prédit que la Grèce n'y arrivera pas. Autrement dit que, tôt ou tard, elle sera en défaut de paiement.
Cet épisode, observé lors du sommet de Bruxelles d'avant-hier, oblige à se répéter deux fois. Un, si Angela Merkel avait adhéré au programme d'aide proposé par Nicolas Sarkozy en mars 2010, alors que la crise venait d'éclater, la Grèce aurait renoué avec la croissance économique. Deux, en 2010 la somme des problèmes grecs n'excédaient pas les 5 % du PIB. Aujourd'hui, ils avoisinent les 18 %. Cela en dit très long sur le manque de célérité des Européens ainsi que sur la protection accordée aux...
Aux intérêts particuliers. Dans un commentaire effectué ces jours-ci pour le compte du site Project Syndicate, le prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz souligne «qu'en voulant à tout prix que la restructuration soit volontaire, la Banque centrale européene essaye peut-être de limiter la part de la dette qui va être restructurée [...] En réalité, la BCE fait probablement passer l'intérêt des quelques banques [...] avant celui de la Grèce, des contribuables et des prêteurs qui ont agi prudemment en s'assurant.»
En attendant la suite du feuilleton strictement financier, la pilule austérité administrée en Grèce, en Espagne et au Portugal a produit son lot de phénomènes sociologiques. Dans des centaines de villes et villages, des employés municipaux n'ont pas perçu de salaire depuis décembre. Ici, on coupe l'électricité. Là, on laisse la moitié des autobus dans les stationnements faute de carburant. Ici, on ferme des classes parce que 10 % des professeurs ont été licenciés. Là, un inventaire jamais vu d'appartements et de maisons sont en vente ou en location avec l'espoir que les touristes... Plus grave, ici et là, on a assisté à une explosion des suicides, de la prostitution, du nombre de sans-abri, de petits trafics. On fait l'impasse sur bien d'autres réalités sociologiques pour mieux retenir ce titre du journal Le Monde: «Triple A au Nord, triple ruine au Sud».
Dans une chronique consacrée à la Grèce, Jean Pisani-Ferry, économiste et directeur de l'institut Bruegel, évoque les disputes sur les réparations imposées aux Allemands lors du traité de Versailles de 1918 et qui avait provoqué la démission de John Maynard Keynes, alors conseiller économique de la délégation britannique. Dans son ouvrage intitulé Les conséquences économiques de la paix, Keynes concluait comme suit: «Ce qui se produira [...] ne sera pas déterminé par les décisions des hommes d'État, mais par les courants inconnus qui s'écoulent sans cesse sous la surface de l'histoire politique, sans que quiconque puisse prédire où ils nous mèneront.» À méditer.
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