Libre opinion - L'ère de glace
Mathieu-Robert Sauvé - Président de l'Association des communicateurs scientifiques du Québec
9 décembre 2010
Actualités sur l'environnement
Alors que le ministre de l'Environnement du Canada, John Baird, parle de changements climatiques au Mexique avec ses homologues du reste du monde, les chercheurs fédéraux sont encore sous le coup d'une procédure administrative qui les empêche de répondre directement aux journalistes. Ils doivent obtenir l'approbation du «quartier général des relations avec les médias» en vertu d'une procédure appliquée en 2008 par le gouvernement Harper. Celle-ci a été dénoncée par les chercheurs, furieux, qui voient leur expertise mise en tutelle. Ils se considèrent muselés par leur employeur.
Le 15 septembre dernier, la revue Nature réclamait un retour aux anciennes procédures en matière d'accès aux médias pour les scientifiques fédéraux. Dénonçant les interventions «encombrantes et propagandistes» que l'administration fédérale impose aux scientifiques sous son autorité, l'auteure Kathryn O'Hara (présidente de l'Association canadienne des rédacteurs scientifiques et professeure à l'Université Carleton) a lancé un appel à la transparence. Les recherches menées par les chercheurs sur des sujets comme les changements climatiques doivent être présentées au public sans l'intervention des censeurs, dit-elle en substance.
Margaret Munroe, journaliste au Ottawa Citizen, a présenté un cas témoignant des effets pervers de cette directive imposée à des hommes et des femmes de science, non seulement lorsqu'ils se penchent sur les sables bitumineux de l'Athabaska ou sur les plantations d'OGM, mais aussi quand ils étudient des événements survenus il y a 13 000 ans, durant l'ère de glace. Le chercheur Scott Dallimore a publié en avril dernier les résultats de ses travaux sur une inondation survenue à cette époque quand un immense barrage a cédé. Bien que spécialisée, cette étude a suscité l'intérêt de journalistes britanniques qui ont voulu lui parler. Pas question, ont dit les fonctionnaires.
Recourant à la Loi sur l'accès à l'information, la journaliste du Citizen a obtenu la transcription des nombreux échanges entre relationnistes, conseillers politiques, personnel politique et autres gestionnaires du ministère qui ont finalement autorisé M. Dallimore à répondre aux questions... avec une semaine de retard. «Orwellien», a commenté un collègue du géomorphologue, à l'Université de Victoria.
«L'accès aux expertises scientifiques qui informent le public n'est pas un luxe. C'est une part essentielle de notre droit de savoir», écrit Mme O'Hara dans son texte paru le 29 septembre.
Comme l'a démontrée une rencontre sur les rapports entre la science et la politique, tenue à Montréal le printemps dernier par l'Association des communicateurs scientifiques du Québec, le Canada voit son étoile pâlir sur la scène internationale quand l'une des plus prestigieuses revues scientifiques lui reproche sa frilosité en matière de financement de la recherche. Pointant les recherches nordiques, Nature titrait en janvier 2010: «Call for a biger vision». La vision doit non seulement être plus large; elle doit être plus limpide. La liberté d'expression est un droit fondamental et, en matière de communication scientifique, elle est l'outil par lequel la population prend conscience des grands enjeux de notre temps.
En entretien téléphonique, Mme O'Hara dit douter que sa lettre n'atteigne un seul des responsables ministériels chargés de l'information au gouvernement fédéral. En riant, elle rappelle que des ministres affichent sans gêne leur adhésion aux thèses créationnistes.
L'Ère de glace, c'est un film pour enfants dont la deuxième partie s'intitule La Fonte. Souhaitons que le réchauffement planétaire adoucisse ce climat de méfiance entre les membres de la classe politique et leurs experts. Sinon, on se dirige droit vers L'Aube des dinosaures (ou L'Ère de glace 3).
Le 15 septembre dernier, la revue Nature réclamait un retour aux anciennes procédures en matière d'accès aux médias pour les scientifiques fédéraux. Dénonçant les interventions «encombrantes et propagandistes» que l'administration fédérale impose aux scientifiques sous son autorité, l'auteure Kathryn O'Hara (présidente de l'Association canadienne des rédacteurs scientifiques et professeure à l'Université Carleton) a lancé un appel à la transparence. Les recherches menées par les chercheurs sur des sujets comme les changements climatiques doivent être présentées au public sans l'intervention des censeurs, dit-elle en substance.
Margaret Munroe, journaliste au Ottawa Citizen, a présenté un cas témoignant des effets pervers de cette directive imposée à des hommes et des femmes de science, non seulement lorsqu'ils se penchent sur les sables bitumineux de l'Athabaska ou sur les plantations d'OGM, mais aussi quand ils étudient des événements survenus il y a 13 000 ans, durant l'ère de glace. Le chercheur Scott Dallimore a publié en avril dernier les résultats de ses travaux sur une inondation survenue à cette époque quand un immense barrage a cédé. Bien que spécialisée, cette étude a suscité l'intérêt de journalistes britanniques qui ont voulu lui parler. Pas question, ont dit les fonctionnaires.
Recourant à la Loi sur l'accès à l'information, la journaliste du Citizen a obtenu la transcription des nombreux échanges entre relationnistes, conseillers politiques, personnel politique et autres gestionnaires du ministère qui ont finalement autorisé M. Dallimore à répondre aux questions... avec une semaine de retard. «Orwellien», a commenté un collègue du géomorphologue, à l'Université de Victoria.
«L'accès aux expertises scientifiques qui informent le public n'est pas un luxe. C'est une part essentielle de notre droit de savoir», écrit Mme O'Hara dans son texte paru le 29 septembre.
Comme l'a démontrée une rencontre sur les rapports entre la science et la politique, tenue à Montréal le printemps dernier par l'Association des communicateurs scientifiques du Québec, le Canada voit son étoile pâlir sur la scène internationale quand l'une des plus prestigieuses revues scientifiques lui reproche sa frilosité en matière de financement de la recherche. Pointant les recherches nordiques, Nature titrait en janvier 2010: «Call for a biger vision». La vision doit non seulement être plus large; elle doit être plus limpide. La liberté d'expression est un droit fondamental et, en matière de communication scientifique, elle est l'outil par lequel la population prend conscience des grands enjeux de notre temps.
En entretien téléphonique, Mme O'Hara dit douter que sa lettre n'atteigne un seul des responsables ministériels chargés de l'information au gouvernement fédéral. En riant, elle rappelle que des ministres affichent sans gêne leur adhésion aux thèses créationnistes.
L'Ère de glace, c'est un film pour enfants dont la deuxième partie s'intitule La Fonte. Souhaitons que le réchauffement planétaire adoucisse ce climat de méfiance entre les membres de la classe politique et leurs experts. Sinon, on se dirige droit vers L'Aube des dinosaures (ou L'Ère de glace 3).
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