lundi 28 mai 2012 Dernière mise à jour 01h13
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Ressources naturelles - À qui appartient le sous-sol de la paroisse ?

Alexandre Desjardins - Étudiant à la maîtrise en droit de l'environnement, Université Laval  8 août 2011  Actualités sur l'environnement
J'ai été interloqué par une lettre parue dans Le Devoir du 1er août dernier intitulée «Non à la gestion paroissiale de nos ressources naturelles» et signée par M. Michel A. Rathier à propos du projet de loi 14 proposant des modifications à la Loi sur les mines. À mon avis, l'intervention de M. Rathier était empreinte de demi-vérités et d'occultations sur la nature véritable de certaines réformes proposées par cette nouvelle tentative de réforme de la pièce maîtresse du droit minier québécois.

Au début de sa lettre, l'auteur affirme: «Peu importe qu'une PME ait investi des millions de dollars dans la recherche et l'exploration de sources minérales, ces droits sont retirés sans autre avis, discussion ou moyen d'arbitrer un geste inacceptable dans notre société démocratique.» Or, la réforme proposée n'est certainement pas aussi draconienne que l'affirme M. Rathier.

En effet, le second paragraphe de l'article 91 du projet de loi 14 dit plutôt que «les titulaires de claims situés à l'intérieur d'un territoire ainsi soustrait doivent, pour exécuter des travaux, obtenir le consentement de la municipalité locale concernée. Les conséquences qu'entraîne l'impossibilité d'exécuter les travaux en raison du défaut d'obtenir une telle autorisation ne donnent lieu à aucune indemnité de la part de l'État.»

Ainsi, si, au moment où le projet de loi est sanctionné, des claims existants sont situés dans un périmètre d'urbanisation, il y aura des négociations avec la municipalité locale. M. Rathier en est d'ailleurs conscient, puisqu'il affirme à la fin de sa lettre: «Le projet de loi 14 assujettit rétroactivement la jouissance de ces droits d'exploration acquis par des centaines de PME à une nouvelle autorisation, qui doit être obtenue d'une municipalité locale, à défaut de quoi des millions de dollars investis en travaux passés et présents seront tout simplement anéantis.»

Nous sommes donc loin d'une expropriation sauvage des droits miniers détenus par l'industrie. D'autant plus que la réforme proposée par le projet de loi comporte un mécanisme permettant de contourner l'interdiction des opérations minières dans les périmètres d'urbanisation. En effet, à la demande d'une municipalité régionale de comté, le ministre des Ressources naturelles peut «mettre fin à une telle soustraction pour tout ou partie du territoire».

La réforme proposée obligerait donc l'industrie minière à s'adresser aux acteurs locaux, ce qui n'a rien de choquant, sauf peut-être pour ceux qui n'ont jamais eu à le faire.

Une bien mince brèche

M. Rathier prétend aussi que cette réforme aurait de fâcheux effets sur les investissements à venir pour le déjà mythique Plan Nord. Or, le projet de loi 14 ne propose de soustraire aux opérations minières que les «périmètres d'urbanisation» et «tout territoire affecté à la villégiature». La principale caractéristique du Grand Nord québécois n'est-elle pas justement d'être en grande partie inhabité? Il y a bien sûr les peuples autochtones, mais ceux-ci doivent être consultés. À lire M. Rathier, on peut imaginer le peu de considération qu'il a pour ces obligations, pourtant tout à fait légales et légitimes.

Plus au sud, le territoire réel sur lequel le consentement des municipalités serait requis pour des travaux miniers est, lui aussi, limité puisque les territoires agricoles ne sont pas des «périmètres d'urbanisation». Ce constat est particulièrement vrai pour l'industrie des gaz de schiste, puisque la technique de forage horizontal, qui permet de forer dans un rayon de plusieurs centaines de mètres à partir d'un seul site, permettrait sans doute de contourner cette interdiction.

L'industrie minière, que M. Rathier représente indirectement, semble particulièrement irritée par certains éléments du projet de loi 14. En effet, à l'approche des consultations particulières sur celui-ci, l'industrie est en campagne de relations publiques. Là n'est pas le problème.

Cependant, dans le contexte législatif actuel, où l'industrie jouit d'importants privilèges souvent dérogatoires au droit commun et maintenus par le projet de loi 14 (droit d'expropriation, exceptions à l'application de la Loi sur l'accès à l'information, seuil d'assujettissement au régime d'évaluation environnementale et de participation publique très élevé, etc.), cette mince brèche dans une des prérogatives des compagnies minières n'a, à mon avis, rien de révoltant, bien au contraire!

Pourquoi les paroissiens n'auraient-ils pas, eux aussi, leur mot à dire dans la gestion de leur sous-sol?

***

Alexandre Desjardins - Étudiant à la maîtrise en droit de l'environnement, Université Laval
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires  Chargement ...
  • Charles F. Labrecque - Abonné
    8 août 2011 09 h 00
    Une belle affaire
    Est-il possible qu'un étudiant en maîtrise puisse poser une question de la sorte à savoir:Pourquoi les paroissiens n'auraient-ils pas, eux aussi, leur mot à dire dans la gestion de leur sous-sol?
    Une belle affaire puisque si la paroisse cath. aurait son mot à dire alors pourquoi pas celle des témoins de Jéhovah, des évangéliste, des protestants, et tant qu'à y être pourquoi pas la St-Jean-Baptiste.
    Espérons que ces années d'étude à l'Université lui permettra de mieux comprendre la société démocratique afin qu'il comprenne la limite qui existe dans la consultation qui se résume assez bien par cette phrase Pas dans ma cour.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Sylvain Auclair - Abonné
    8 août 2011 09 h 29
    La réponse est très simple
    Depuis des siècles, le sous-sol appartient au roi. En fait, le problème n'est pas tant celui de la propriété du sous-sol que celui des nuisances qu'apporte inévitablement l'exploitation minière à la surface.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • S. Hains - Inscrit
    8 août 2011 09 h 51
    Merci M. Desjardins
    Vous exprimez bien ce que beaucoup ont pensés des propos inpertinents et alarmistes de M.Lanthier.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • celljack - Inscrit
    8 août 2011 15 h 32
    Le Démocratie
    Rien ne garantit quoi que ce soit en ce monde.

    Que vous ayez des claims garantis, une lettre signée de la main du premier ministre et que vous ayez investi des millions de bouts de papiers ornés de motifs particuliers leur conférant une valeur arbitraire ne change rien.

    Les papiers et les contrats en démocratie ça s'annule par la force du public, par les médias, par la politique ou par la rue. Le peuple est maître chez lui tant qu'il sera vivant. Chaque paroisse est un pays dans le pays où les hommes sont libres.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • JEAN-PIERRE THOMASSIN - Inscrit
    8 août 2011 18 h 48
    Étudiant en droit?? Ah bon?
    Une petite lecture de la loi vous ferait du bien monsieur.

    Oui le sous-sol appartient à l'État, mais à la province selon la Constitution canadienne. Et surtout pas à la paroisse, ni à la municipalité, encore moins au villégiateur habitant la surface.

    Et si vous lisez la loi, vous constaterez que la province peut accorder le droit d'explorer et d'exploiter le sous-sol à un tiers. Et que ce droit est un "droit réel et immobilier" selon la Loi.

    En accordant à "la paroisse", pour reprendre vos termes, le droit d'interdire les activités d'exploration que lui accorde pourtant le titre minier que vient de lui vendre le gouvernement, il s'agit non seulement d'une expropriation, mais d'une extorsion d'argent par le gouvernement.

    Car après lui avoir vendu le titre et l'avoir obliger à y investir des milliers de dollars, la province remet maintenant aux "conseils paroissiaux" le mandant de retirer ce droit à son détenteur. Quelle manque de c....

    C'est comme si après vous avoir vendu un terrain pour vous y construire (droit réel et immobilier), la ville confiait au "conseil de fabrique" le pouvoir de vous interdir l'usufruit de votre droit réel et immobilier en changeant la zonage par exemple parce que vous ne pratiquez pas la bonne religion.

    C'est exactement ce que fait actuellement le gouvernement avec les droits miniers qu'il a consenti dans le passé.

    Si le gouvernement ne veut plus d'exploration et d'exploitation minière dans les milieux habités, il n'a qu'à racheter les droits et rembourser les obligations aux détenteurs de ces titres, à qui il les a lui-même consentis dans le passé.

    Mais il fait faire cette sale job par les municipalités et MRC.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Gert - Inscrit
    8 août 2011 20 h 36
    Vive la vraie démocratie et la libertée
    Ils font les lois comme ils veulent , ces lois devraient être faite par des gens sensés et non des petis amis des partis qui font des lois pour protéger les criminels .On souhaite bien qu'un jour ça changera et que des gens comme nous prennent les rennes. S,il fallait que je conduise mes finances comme le Gouverne-ment fait , je serais en faillite et ça ferait longtemps , quand on as pas d'argent pour faire tel chose , on s'en ramasse et on le fait plus tard .ils ont trop gaspiller et ensuite on est dans la mer....... et qui dormait au gaz dans ce temps la , nous . Nous payons ajd ce que nos politiciens ont dépensé hier et nous les avons laisser faire et maintenant , c'est la haute finance qui controle tout.il faut maintenant se battre contre la grosse machine, alors battons nous tous ensemble .
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Georges LeBel - Abonné
    8 août 2011 21 h 01
    Question soulevée
    Merci à monsieur Desjardins de soulever ces questions et surtout de faire le point sur plusieurs informations juridiques relatives au projet de loi 14.
    Belle intervention pertinente.

    L. Fontaine, Montréal
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Alexandre Desjardins - Abonné
    9 août 2011 09 h 00
    Réponse à M. Thomassin
    Je vous remercie, M. Thomassin, pour ces précieuses informations sur le régime minier québécois. Par contre, si vous aviez bien lu mon texte, vous auriez compris que mon propos n’était pas d’affirmer que le sous-sol appartient aux paroissiens, mais de fournir mon analyse sur le projet de loi 14. D’ailleurs, bien sûr que les industries peuvent «acheter le droit d’explorer et d’exploiter le sous-sol». Ce que je soulève accessoirement, c’est que cette (ces) transaction entre le gouvernement et un tiers se fait sans même consulter le propriétaire superficiaire qui, lui aussi, détient un droit de propriété réel et immobilier. «Leur sous-sol» désigne l’espace sous leurs pieds et non la propriété sur celui-ci. J’aurais pu écrire «le sous-sol de leur propriété qui, en vertu du principe de divisibilité et du régime minier québécois, ne leur appartient pas», mais vous conviendrez que ce segment n'a pas sa place dans un article de journal.

    Effectivement, certains droits miniers pourraient être rétroactivement mis en péril sur des périmètres urbanisés. Cependant, j’ai des doutes quant aux effets désastreux d’une telle mesure, puisque les gisements miniers sont situés au Nord, zone peu habitée. De plus, vous serez heureux d’apprendre en lisant le projet de loi 14 que 1- ces droits pourraient êtres conservés avec l’accord de la municipalité et que 2- le ministre (sans même devoir consulter les paroissiens) a le pouvoir de passer outre cette interdiction, et ce en ne considérant que des éléments économiques. Il s’agit, je crois, d’une forme de compromis qui n’a rien de scandaleux, et qu’on pourrait même qualifier de faible.

    Enfin, il me semble qu’un dialogue constructif entre les divers usagers d’un territoire pourrait permettre d’en arriver à des solutions concertées et plus acceptables pour tous, ce à quoi tend le P.L. 14. Libre à vous de ne pas être de cet avis, mais SVP essayez de comp
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • JEAN-PIERRE THOMASSIN - Inscrit
    9 août 2011 16 h 54
    Il y a des gisements miniers partout, pas juste au Nord.....
    ....comme vous et le premier ministre semblez le croire!

    Les États-Unis et le Mexique sont d'importants producteurs miniers. C'est donc faux de prétendre qu'il y a des gisements miniers qu'au Nord. Au Québec, les Appalaches et le Grenville sont des territoires géologiques qui renferment un potentiel minéral important. La preuve, on y a décerné des dizaines de milliers de titres miniers.

    Je rappellerais aussi qu'en Abitibi, les titres miniers ont été attribués à leurs détenteurs bien AVANT les titres fonciers. Ce sont donc les propriétaires de surface qui se sont installés au mauvais endroit (avec la permission de leur municipalité et sans aucune consultation avec les détenteurs de titres miniers).

    Et on fait maintenant la même chose avec les "zones de villégiature". On les installe sur les titres miniers sans aucune consultation préalable avec les détenteurs de ces derniers.

    Oui, je suis d'accord avec le dialogue. Mais quand quelqu'un vient s'installer sur mon titre, jaimerais aussi qu'il me demande la permission!!

    En droit, un titre réel et immobilier (comme le titre minier) est tout aussi important que le titre foncier, qui est lui aussi un droit réel et immobliier.

    D'égal à égal, on peut discuter, mais ce que le gouvernement fait actuellement nous est imposé SANS DISCUSSION.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • crompre - Abonné
    10 août 2011 12 h 56
    @M.Thomassin
    Je suis partiellement d'accord avec vous M.Thomassin. Le dialogue doit se faire de manière respectueuse des attentes de tous les acteurs. Cependant, je suis davantage d'accord avec l'analyse posée de M.Desjardins. La loi sur les mines ne pose pas le dialogue comme étant obligatoire du tout. Les compagnies minières disposent d'une latitude qui serait jugée comme beaucoup trop grande dans la plupart des démocratie.

    Le Québec a l'un des régimes les plus permissif du monde industrialisé, beaucoup plus que les États-Unis que vous citez d'ailleurs. Ce n'est pas pour rien que l'industrie cote sans arrête la province comme étant dans le top des endroits où il fait bon investir. Je crois que le projet de loi est un pas dans la direction d'un rapport de force plus sain entre les compagnies minières et les citoyens qui doivent vivre avec elles.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
10 réactions
17 votes Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Pour en savoir plus
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012