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Libre opinion - Haïti : dompter le chaos et cultiver l'espoir

Nicolas Bergeron - Président de Médecins du monde Canada et médecin psychiatre au CHUM  13 janvier 2011  Actualités internationales
Alors que l'on commémore le séisme du 12 janvier, les critiques se multiplient à l'égard de l'aide internationale et des organisations humanitaires déployées sur le terrain, particulièrement en lien avec la riposte au choléra. La perception d'une réponse insuffisante, trop lente et le sentiment d'impuissance génèrent colère et indignation mais peuvent occulter les succès, même discrets, ainsi que les progrès réalisés.

L'analyse des actions réalisées est essentielle, mais elle est inutile si elle ne se limite qu'à souligner les échecs et à assécher l'espoir. Quelles nuances peut-on donc apporter aux réflexions du bilan de la première année?

L'ampleur du tremblement de terre, en matière de décès, de blessés et de destruction, nous a tous soufflés par sa violence. Les conséquences dramatiques du séisme ne sont pas uniquement liées au phénomène naturel, mais sont aussi associées à la précarité des constructions, à la surpopulation en milieu urbain et aux conditions de vie insalubres. Avant la catastrophe, la situation sanitaire d'Haïti était très préoccupante et le système de santé, chroniquement sous-financé, ne desservait pas la moitié de la population. L'injustice sociale est certainement une des causes majeures du désastre.

Après le séisme du 12 janvier, l'ouragan Tomas, une épidémie de choléra, un chaos électoral, le pays est toujours en crise. Seules les personnes en dehors d'Haïti ont peut-être le luxe de faire un bilan après un an. De plus, pour un bon nombre, le processus de deuil n'a peut-être pas encore été engagé.

Les médias, submergés dans une culture de l'instantanéité, nous font perdre parfois la perspective du temps. Bien qu'il faille dénoncer vigoureusement un désengagement des promesses financières pour la reconstruction d'Haïti, soyons moins sévères sur ce qui n'a pas été réalisé. Il y a tant à construire. Cela prendra 30 ans.

Depuis 40 ans, l'aide humanitaire s'est hautement professionnalisée, mais les organisations déployées sur le terrain après le séisme n'avaient pas toutes les mêmes capacités et la même expertise. La coordination et la logistique, les nerfs de la guerre, ont pu être bancals. Doit-on s'en étonner avec une catastrophe d'une telle envergure dans un pays totalement désorganisé?

L'épidémie du choléra a révélé ce que l'on savait déjà: un accès inadéquat à l'eau potable et un réseau de soins communautaires inexistant. C'est à bout de souffle que les organisations humanitaires tentent de réfréner la progression de l'épidémie. Dans les circonstances, leur présence a été salutaire. Néanmoins, aucune organisation humanitaire ne peut prétendre pouvoir se substituer au rôle de l'État.

La beauté de l'action humanitaire réside dans l'engagement solidaire, politiquement désintéressé, d'une personne envers une autre. Évaluer les interventions avec l'unique perspective de la performance et de l'efficacité d'action ne rend pas justice à ce qui a été réalisé sur une autre échelle. Ne l'oublions pas, les interventions ont permis de sauver des vies et d'alléger beaucoup de souffrance.

Près de 3 milliards de dollars ont soutenu les opérations humanitaires en 2010. Cela représente plus du tiers du PIB d'Haïti. Les craintes d'aliénation de la société haïtienne deviennent de facto fondées. Une asymétrie se dessine dans le partenariat entre l'aide extérieure et les «bénéficiaires» du pays sinistré. Cette asymétrie doit être reconnue comme telle et les cadres du pouvoir, bien définis.

Médecins du monde inscrit d'emblée ses interventions d'urgence dans une logique de pérennisation. Il conduit aussi des projets de développement en coordination avec le ministère de la Santé et la communauté. Toute organisation humanitaire sérieuse intègre un renforcement des capacités locales dans ses projets. Sur les 1268 membres des équipes actuelles de Médecins du monde sur le terrain, 95 % sont Haïtiens.

La réponse au problème de la reconstruction et du développement d'Haïti ne sera jamais une réponse humanitaire. Elle est politique. Elle est sociale. Elle est haïtienne.

La reconstruction d'Haïti ne pourra s'épargner une profonde transformation sociale. Les organisations humanitaires peuvent jouer un rôle constructif en mobilisant les communautés autour de projets concrets et en stimulant le développement métissé de nouveaux modèles. Gardons à l'esprit que chaque reprise de contrôle et de pouvoir sur la vie de sa communauté, aussi petite soit-elle, ravive l'espoir de jours meilleurs.

L'état d'urgence continuel génère un état de survie qui accélère l'érosion de la cohésion sociale, prémisse essentielle au développement. Plus que jamais et maintenant, la plus grande urgence est celle d'asseoir les bases pour une stabilité sociale et permettre aux Haïtiens de trouver un sentiment de sécurité en ce qui concerne leurs besoins primaires et leur personne. La reconstruction du pays pourra alors véritablement commencer.

 
 
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  • oracle - Abonné
    13 janvier 2011 08 h 29
    Un peu de substance SVP
    Je ne vois dans cette opinion qu'une défense à peine voilée mais hélas si maladroite de "l'aide humanitaire" (sentiment d'appartenance oblige), avec comme unique argumentation l'invocation des mots succès et progrès qui resteront suspendus jusqu'à la fin de l'article sur un vide absolu.

    Voilà le type de pensum dont peuvent aisément se passer ces 80% de chômeurs haitiens en attente désespérément d'un emploi en vue de participer pleinement à la construction de leur pays en panne depuis sa fondation en 1804.

    Comment par ailleurs s'étonner de l'immobilisme de ce processus dit de reconstruction d'Haiti, alors que chaque intervenant n'est intéressé qu'à y défendre sa petite chapelle, en récitant ses propres prières ?

    Pierre-Michel Sajous
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