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Libre opinion – Tunisie: un tournant historique?

Samir Saul - Professeur d'histoire, Université de Montréal  18 janvier 2011  Actualités internationales
En moins d'une semaine, la situation a changé d'allure en Tunisie. La révolte contre les prix élevés et le chômage («pour le pain») s'est muée en une contestation du régime. Renforcé par la répression, le mouvement a fait tache d'huile. L'effet étant le contraire de celui qu'il désirait, le président a changé de ton et a cherché à concilier l'opinion publique. Trop tard. Un pouvoir apparemment stable à l'intérieur et bien soutenu par le monde occidental (États-Unis et France, en particulier) s'est désintégré. Sont tombés un ministre, puis le gouvernement, enfin le président.

Que signifient ces événements? À première vue et au premier degré, un soulèvement «de la faim» circonscrit à la Tunisie. Mais, à y regarder de plus près, ce qui se passe en Tunisie comporte des nouveautés pleines de sens pour qui s'intéresse à l'histoire récente. Les événements qui déboulent annoncent peut-être de nouvelles tendances et d'importants virages dans l'évolution du monde arabe. En Tunisie, l'histoire ressurgit alors qu'on pouvait l'avoir perdue de vue.

Les révoltes qui surprennent

D'abord, les révoltes populaires sont presque toujours inattendues. Le jeune qui s'est immolé au centre de la Tunisie en décembre n'avait pas planifié un soulèvement national, encore moins des changements politiques. Un acte spontané éveille un écho parce que les conditions s'y prêtent. Si le feu prend, c'est que les matériaux combustibles sont déjà présents. Les périodes d'accalmie ne sont pas éternelles et la solidité apparente d'un régime n'est pas garante de sa pérennité.

Située dans son contexte, la révolte tunisienne acquiert une signification qui dépasse la seule Tunisie. Depuis trois ou quatre décennies, la dichotomie dans le monde arabe était entre des régimes autoritaires et les oppositions islamistes. L'Occident, États-Unis en tête, si prompt à promouvoir la liberté, la démocratie, soutient chez ses protégés des régimes peu conformes aux valeurs occidentales, mais parés de l'aura de remparts contre l'avancée de l'islamisme. Naturellement, ces régimes se moulent volontiers dans ce rôle.

Le monde arabe et le monde musulman en général sont entrés, il y a une génération, dans une phase de leur histoire où la contestation du statu quo a été prise en charge par les courants islamistes. C'était une transformation radicale, car, du XIXe siècle aux années 1970, les principaux courants réformateurs s'inspiraient d'idées, non pas proprement occidentales, mais qui sont apparues en Occident: liberté, nationalisme, droit à l'autodétermination, indépendance nationale, progrès social, socialisme, etc.

Tout cela a subi un coup d'arrêt il y a une génération, en raison des insuffisances et des insuccès des mouvements réformateurs, mais aussi de l'hostilité, voire de l'opposition armée, de l'Occident. Le statu quo n'était pas plus accepté pour autant par les populations concernées, et les islamistes se firent alors les porte-parole de la contestation. Le recul des courants nationalistes, modernistes et laïcs a permis à l'islamisme d'occuper la place comme alternative. C'est là où en sont le monde arabe et le monde musulman.

Nouveauté tunisienne

Or, dans le soulèvement actuel en Tunisie, on cherche en vain les islamistes ou l'islamisme. Le réflexe du pouvoir a été de tenter de repérer une main islamiste. En France, le gouvernement, appelé à se prononcer, s'est montré fort embarrassé, car il est habitué à redouter l'avènement d'un régime islamiste. À leur décharge, il faut reconnaître qu'en effet, à la suite de l'essoufflement des courants laïcs, les islamistes ont été les agents les plus actifs du changement dans les pays arabes et le monde musulman.

Pourtant, et voilà la surprise, les Tunisiens expriment des revendications s'inspirant des idées modernistes, laïques, progressistes et démocratiques. Dominante jusque-là, la dichotomie entre les pouvoirs en place et l'islamisme n'est pas opérante. La portée de ce développement n'est pas négligeable. Le soulèvement tunisien renoue-t-il avec les tendances réformistes séculaires? Annonce-t-il la fermeture d'une «parenthèse» ouverte il y a trois ou quatre décennies et marquée par le reflux des courants progressistes laïcs et la montée de l'islamisme?

Les grands tournants de l'histoire ont cette singulière habitude de s'enclencher au moment où l'on ne les attend pas ou plus. Songeons enfin au fait que la hausse actuelle des prix alimentaires dans le monde touche et touchera d'autres pays que la Tunisie.
 
 
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  • Marc Lemieux - Inscrit
    18 janvier 2011 07 h 58
    Tunisie : une tournante historique ?
    Tunisie : un tournant historique ? Plutôt une tournante historique du pouvoir, le nouveau gouvernement mettra en place un despote du même genre. Ce sont des révolution d'opérette, on ne décide pas la démocratie, on aboutit et appliquer un modèle ne suffit pas, sauf en économie dans l'hypothèse où le modèle soit réalisable, comme en Chine.
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  • Gravelon - Inscrit
    18 janvier 2011 16 h 32
    Monsieur Lemieux
    La Tunisie n'est pas une république de banane, aucun despote ne prendra le pouvoir dans ce pays. Ce qui s'y passe constitue un tournant historique et un saut qualitatif. D'ailleurs, les citoyens veillent au grain, ils viennent de mettre à la porte le 1er ministre intérimaire, ainsi que les ministres de l'ancien parti au pouvoir, la locomotive de l'histoire s'est remis en marche dans l,ensemble des pays de la région. Il faut comprendre que les médias commencent à peine à s'intéresser à ce qui se passe dans cette région. Mais pour les gens bien informés, des signes avant coureurs étaient déjà là depuis quelques années, notamment en Algérie, au Maroc, en Jordanie et en Egype. Observez ce qui s'y passer dans les mois et les années à venir. Ces pays ont une identité bien ancrée, des référence avec une civilisation qui a inspiré le monde pendant des siècles, pourquoi n'auraient-ils pas le droit à une période de lumière?
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  • Alain Robert - Inscrit
    18 janvier 2011 18 h 45
    De l'or??
    Y parait que l'épouse de Ben Ali est passer par la banque avant de quitter la Tunisie, sa à l'air que la valise était pesante, ouin tsé les lingots c pas léger...
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  • Bernard Terreault - Abonné
    19 janvier 2011 13 h 54
    J'espère
    J'espère que M. Samir Paul a raison. Ou peut-être que ce sera raté cette fois, mais que ça reprendra plus tard avec succès, peut-être ailleurs dans le monde arabe, ou en Afrique, ou en Birmanie, ou au Honduras, ou en Russie ou en Chine. Et j'espère que cette fois-ci, même si, dans leur zèle réformiste, certains nouveaux dirigeants osent toucher un tant soit peu aux intérêts économiques de l'Occident, celui-ci n'aura pas le réflexe idiot de contrer ces réformistes en encourageant les forces les plus rétrogrades at anti-démocratiques de ces pays. Soyons optimistes : depuis 50 ans la démocratie a progressé au moins en Amérique latine, en Asie et en Europe de l'Est. Dommage qu'elle ait une certaine tendance à se dégrader en Occident, simplememt par négligence et par paresse ─ on laisse simplement faire les démagogues, les monopoles médiatiques (à la CTV, CNN, Fox, Quebecor, Power) et les Harper de ce monde.
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