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Initiative palestinienne à l'ONU - Coup de poker ou acte de reddition?

Joan Deas - Chercheuse à l'Observatoire sur le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord de la Chaire Raoul Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l'UQAM  21 septembre 2011  Actualités internationales
Des Palestiniens participent à Ramallah à une manifestation de soutien à la demande du président Abbas d’une adhésion de l’«État de la Palestine» à l’ONU.<br />
Photo : Agence Reuters Mohamad Torokman
Des Palestiniens participent à Ramallah à une manifestation de soutien à la demande du président Abbas d’une adhésion de l’«État de la Palestine» à l’ONU.
En décidant de soumettre à l'examen de l'ONU la demande d'adhésion d'un «État de Palestine» le vendredi 23 septembre, l'Autorité palestinienne a fait un pari dangereux: celui de l'unilatéralisme pour sortir de l'immobilisme figeant le processus de paix. Ce mouvement de la part de l'administration de Mahmoud Abbas, coutumier d'une grande pondération et longtemps considéré comme le «bon élève» des négociations, en a pris plus d'un à contre-pied. Comment l'Autorité palestinienne, d'habitude si docile et apathique, en est-elle arrivée à prendre soudainement le risque de tenir tête à ses «partenaires» (également ses principaux bailleurs de fonds) israélien et américain?

Coup de poker audacieux

Pour comprendre ce coup de poker, penchons-nous sur la situation du processus de négociation israélo-palestinien: cela fait désormais officiellement quatre ans — en réalité presque vingt — que celui-ci est au point mort, plombé par la dissymétrie des rapports de force entre les parties en présence. D'un coté, l'Autorité palestinienne, affaiblie par des années de guerre fratricide contre le Hamas et peu soutenue par la Ligue arabe, se trouve incapable de peser dans la balance ni rassurer suffisamment Israël sur sa capacité à faire respecter un hypothétique accord de paix.

De l'autre, l'État hébreu, plus conservateur que jamais, sait que le temps joue en sa faveur et poursuit sa stratégie payante consistant à jouer la montre et profiter de la faiblesse de la partie adverse pour conserver à tout prix le statu quo. Au «milieu», les États-Unis: incapables de répondre aux impératifs de neutralité requis par leur rôle de médiateur, ni de rééquilibrer le déséquilibre de puissance entre les deux camps, ni même d'influer d'un iota sur la stratégie de leur allié israélien. En somme, tous les ingrédients d'un échec cuisant.

Pendant ce temps, la politique du fait accompli se poursuit: les colonies s'agrandissent, se rapprochant dangereusement du «seuil de non-retour» où toute initiative de démantèlement deviendrait impossible. La proximité explosive des colons avec les villages palestiniens et l'impunité relative dont ils jouissent alimentent quotidiennement une frustration immense, faisant réapparaître le spectre d'un nouveau cycle de violence.

Effet de surprise

Décrédibilisée par son incapacité à donner à sa population les résultats promis en échange des énormes efforts concédés et inquiète de la possible inspiration que les mouvements de contestations voisins pourraient insuffler à la rue palestinienne, l'Autorité palestinienne savait donc qu'elle devait rapidement trouver une nouvelle stratégie, et frapper un grand coup.

En effet, seul un coup d'éclat symbolique pouvait donner une chance à Mahmoud Abbas de reprendre la main et relancer une nouvelle dynamique qui tournerait la page du fiasco de «l'après-Oslo». Ce projet d'adhésion a sans doute été l'idée la moins mauvaise et la plus originale qui a émané des réunions de travail des stratèges palestiniens. Elle a au moins déjà réussi à provoquer ce qu'elle cherchait à créer: un effet de surprise.

Légalement et politiquement, l'idée est intéressante. En plus de redonner aux Palestiniens l'avantage psychologique de l'initiative, elle permettrait à l'Autorité palestinienne d'utiliser contre Israël un éventail beaucoup plus large d'outils de l'appareil juridique international, notamment en intégrant la Cour pénale internationale. Elle forcerait également les États-Unis à poser un embarrassant veto au Conseil de sécurité, qui viendrait porter un coup dur à leurs efforts pour conserver la main sur une région moyen-orientale qui leur échappe depuis le Printemps arabe.

Une stratégie risquée

L'initiative reste cependant très risquée et critiquable sur de nombreux points. Si tout coup de poker possède sa part de bluff, le hasard et la prise de risque sont-ils aussi efficaces et souhaités lorsqu'il s'agit de diplomatie internationale? L'Autorité palestinienne est en effet critiquée pour le manque de transparence de sa stratégie, et donne l'impression à beaucoup de partir au «front» à l'aveugle, sans réel plan B en cas de rejet de sa demande d'adhésion. Elle est également critiquée pour l'absence de consultation interne dans l'élaboration de son projet. Le Hamas, qui y voit une tentative de coup de force du Fatah, a également fait savoir qu'il ne soutenait pas l'initiative, isolant et fragilisant encore un peu plus la position de Mahmoud Abbas.

Le prix à payer de cette stratégie semble également élevé sur le terrain. En plus de l'absence d'améliorations concrètes des conditions de vie de sa population, l'initiative de Mahmoud Abbas risque en effet de relancer un énième cycle de violence. Le commandement israélien a immédiatement réagi à l'appel du chef palestinien invitant son peuple à «descendre en masse dans les rues» pour soutenir le projet, prévenant qu'il réprimera toute manifestation «potentiellement dangereuse pour la sécurité d'Israël».

L'armée israélienne a de plus d'ores et déjà entrepris d'entraîner spécifiquement les colons en prévision des événements des prochaines semaines. Tout le monde se prépare donc à un regain de violence, et au vu du ratio blessés/participants lors des manifestations non violentes défiant l'armée israélienne tous les vendredis dans certains villages palestiniens, il y a de bonnes raisons de s'inquiéter. Un tel appel paraît également imprudent de la part du chef palestinien, qui sait parfaitement quelles seront les conséquences humaines d'un tel mouvement de foule. Utiliser sa population comme arme médiatique et psychologique peut être une stratégie s'avérant payante, elle n'en reste pas moins dangereuse et éthiquement très discutable.

Victoire pour le camp israélien


L'opposition des deux principaux acteurs à la stratégie palestinienne n'aidera enfin en rien la situation à évoluer favorablement. Les arguments utilisés par Israël et les États-Unis pour justifier leur opposition, à savoir que «seules des négociations directes sont légitimes pour aboutir à une solution à deux États», représentent cependant un summum d'hypocrisie politique. Ce geste aurait en effet maintes fois pu être évité si Israël avait été plus enclin à s'investir dans de véritables négociations.

Le gouvernement de M. Nétanyahou peut néanmoins se réjouir: l'initiative palestinienne, cherchant de son propre chef la légitimation d'un État au rabais, défiguré, ingouvernable et obsolète, signe dans tous les cas une victoire pour le camp israélien. En légitimant leur projet de séparation ethnoreligieuse et acceptant de facto les ravages laissés par le statu quo, le camp palestinien semble en effet bien signer ici un véritable acte de reddition.

***

Joan Deas - Chercheuse à l'Observatoire sur le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord de la Chaire Raoul Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l'UQAM
 
 
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  • michel lebel - Inscrit
    21 septembre 2011 06 h 22
    Un déblocage à espérer
    Voici une situation bien complexe et délicate. Vu de l'extérieur, je me réjouis de cette initiative de l'Autorité palestinienne. Les choses doivent bien bouger un jour. Mais il devra aussi nécessaiement avoir un jour des négociations sérieuses avec les Israéliens. Il faut bien que les choses débloquent. Espérons de tout coeur que ce déblocage à l'ONU ne donnera pas lieu à des effusions de sang. Beaucoup trop de sang a déjà coulé en cette terre si belle et historique du Moyen-Orient.
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  • Bernard Gadoua - Inscrit
    21 septembre 2011 07 h 49
    Abbas bluffe
    En s'obstinant à vouloir présenter son projet au Conseil de sécurité en sachant très bien que non seulement les Américains y opposeraient leur veto mais feraient du «tordage de bras» pour que le vote n'obtienne pas les deux tiers nécessaire à l'usage du veto, Abbas a montré qu'il n'avait nullement l'intention de faire avancer la reconnaissance de l'État palestinien. Sinon, il aurait été directement devant l'Assemblée générale et aurait obtenu un large appui international. Bien sûr, le statut d'État observateur aurait moins grand que celui d'État à part entière, mais il aurait effectivement eu au moins le mérite de permettre aux Palestiniens d'avoir recours à la Cour pénale internationale.
    Or, Abbas a préféré bluffer, c'est à peu près tout ce qu'il peut et sait faire, pour obtenir du Conseil de sécurité une promesse d'accueillir la résolution pour discussion ultérieure après des négociations. Autrement dit, Abbas a pris un long détour pour échapper à sa déclaration de principe qu'il n'y aurait pas de négociations sans un arrêt de la colonisation.
    Mais, personnellement, je crois qu'il s'agit d'une très bonne chose, car en réalité il n'y a plus aucune possibilité de réaliser la «solution à deux États» que prônaient les Accords d'Oslo. Le territoire palestinien ayant été grugé et quadrillé à un point tel qu'aucune unité territoriale n'y est plus possible.
    Il n'y aura qu'un seul État, dépouillé de son caractère ethnique et religieux, qui en font un régime d'apartheid raciste, un État laïque où tous auront des droits égaux. Peut-être que le mouvement civique des classes moyennes israéliennes est aussi l'embryon de ce changement de paradigme dans la mentalité des protagonistes. Mais ils devront faire vite, le réveil arabe a déjà entrepris un marathon ...

    Bernard Gadoua
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  • arabe - Inscrit
    21 septembre 2011 07 h 51
    Article au vocabulaire inutilement activiste
    D'abord, Israel n'est pas un "état hébreu", mais un état juif. Le terme "hébreu" nous reporte directement à l'époque où l'antisémitisme était prédominant dans nos sociétés. A cette époque infâme, le mot "juif", considéré comme répugnant, était remplacé par des mots moins susceptibles d'irriter les antisémites: des mots comme "hébreu" ou "israélite". Nous ne sommes plus à cette époque, Mme Deas; il n'est plus nécessaire de courber l'échine devant les antisémites qui eux, justement, ne se gênent pas pour nommer Israel "état hébreu" ou "état sioniste", et abhorrent le terme "état juif", pourtant consacré par la résolution 181 de 1947.

    Ensuite, Mme Deas désinforme en nous parlant de "colonies" (et de "colons") pour décrire des localités ou villages situés en banlieue de Tel Aviv et Jérusalem. Une personne objective se doit de réserver le terme “colonie” pour des territoires:

    a) situés à des centaines ou des milliers de km de distance de la mère-patrie,

    b) et qui n’ont historiquement rien à voir avec la mère-patrie.

    Or les localités qu'elle nomme abusivement "colonies" sont situées en pleine Judée et en pleine Samarie! Rappel: le mot “Judée” vient de Juif. Ou plutôt, les mots Judée et Juif viennent de Juda, fils de Jacob. Et “Samarie” vient de Samaritains. Les Samaritains sont des juifs aussi.
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  • Helpaul - Inscrit
    21 septembre 2011 09 h 32
    Bonne analyse madame Deas
    Pourtant, je differe sur un point: et si Abbas allait au Conseil de Sécurité pour perdre et ensuite obtenir un siege d'observateur a l'ONU?
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  • arabe - Inscrit
    21 septembre 2011 09 h 58
    Pas de paix sans "reddition"
    Mais encore une fois, quel vocabulaire négatif, Mme Deas! Vous auriez du remplacer "véritable acte de reddition" par "véritable acte d'acceptation des faits sur le terrain" Cela aurait été beaucoup plus positif et beaucoup plus porteur de paix. Cela aurait été, surtout, plus objectif.

    Il n'y a absolument rien de négatif à accepter les faits sur le terrain. On nomme cela composer avec le réel. Les faits sur le terrain sont les suivants, entre autres:

    1) la présence d'un état juif au Proche-Orient; un état qui sépare physiquement l'Afrique musulmane de l'Asie musulmane.

    2) la présence d'une population juive considérable dans certaines régions de Judée et de Samarie. Cette présence entraine naturellement, pour les Palestiniens, la perte des territoires de Judée-Samarie dont la population juive dépasse 50 %.

    Les Palestiniens doivent:

    1) renoncer au terrorisme.

    2) renoncer au nettoyage ethnique qu'ils envisagent. Si un état israélien sait respecter une minorité arabe, l'état palestinien devrait aussi être capable de respecter une minorité juive. S'il n'en est pas capable, il ne mérite pas un état.

    4) accepter un état palestinien démilitarisé.
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  • lephilosophe - Inscrit
    21 septembre 2011 12 h 30
    @arabe
    Je pense qu'il serait acceptable d'avoir une Palestine démilitarisée qu'à la condition d'avoir un Israêl démilitarisé également. C'est toute la région qui pourrait enfin envisager l'avenir autrement que sous la menace des drones et des bombes au phosphore blanc des gouvernements israéliens successifs.
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  • lephilosophe - Inscrit
    21 septembre 2011 12 h 49
    @arabe
    La semaine derniêre, Israêl annonçait le 'transfert' de 30000 Bédouins du Neguev dans de 'nouveaux villages sécurisés'. La raison? La croissance démographique des Bédouins risquent de rompre l'équilibre démographique qui a cours au Neguev, selon la langue de bois qu'on nous sert depuis au moins trente ans. Traduction: il faut déplacer les populations car elles mettent en cause la suprématie des juifs dans la région. On ne parle pas ici de 'territoires occupées', on parle bel et bien de déportation de populations à l'intérieur même d'Israêl.
    Alors, lorsque vous parlez de 'nettoyage ethnique' planifié par les Palestiniens vous ne trompez plus personne. Le 'nettoyage ethnique' dont vous parlez a commencé dès la Nakba pour ne pas dire plus avant!
    Au moins votre argumentation a le mérite de rendre caduque toute les prétentions antérieures des sionistes à l'effet qu'il y avait là une terre sans peuple pour un peuple sans terre. Cette expression a vécue!

    Bernard Gadoua
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