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Déroute afghane (suite et fin)

À retenir

    «Les marines ont les corps les plus propres, les esprits les plus sales, la plus grande détermination et le sens moral le plus bas de tous les groupes d'animaux que j'ai pu observer.»
    — Eleanor Roosevelt, première dame des États-Unis, en 1945 à Quantico en Virginie.
Les épisodes honteux ou inquiétants se multiplient en Afghanistan: infiltrations ennemies de plus en plus fréquentes; assassinats de soldats français par de supposés camarades de formation afghans; marines américains profanant de leur miction des cadavres d'ennemis talibans, puis immortalisant le tout pour l'édification du monde... Sans compter une explosion du nombre de demandes d'asile à l'étranger — qui égrènent le désespoir afghan — selon des chiffres de l'ONU dévoilés ce week-end: trois fois plus de requêtes en 2011 qu'en 2007.

Devant une telle enfilade de signes de morbidité voire de décadence, de plus en plus de gens concluent qu'il est grand temps que les Occidentaux, à leur onzième année consécutive de présence militaire en Afghanistan, déclarent forfait, prennent leurs cliques et leurs claques et laissent les Afghans se débrouiller. Quitte à voir reprendre de plus belle une guerre qui, en fait, n'a jamais cessé depuis l'époque de l'invasion soviétique, guerre qu'ils ont eux-mêmes relancée. Quitte aussi à voir rappliquer à Kaboul — une fois de plus — des intégristes triomphants.

C'est en substance ce qu'admettaient ces derniers jours — pour une fois d'accord — le président français Nicolas Sarkozy et son principal adversaire à l'élection d'avril, le socialiste François Hollande: «Cette mission est terminée», a dit

M. Hollande, qui lançait hier sa campagne présidentielle devant 10 000 personnes, en évoquant l'assassinat de camarades en armes par leurs supposés «alliés».

Le président en exercice, lui, a clairement laissé entendre que la date-butoir de 2014, pour le départ des soldats français (et occidentaux) d'Afghanistan, pourrait être avancée de deux ans.

***

Dans la foulée de cette tragédie des soldats français assassinés, le New York Times a republié, le même jour (20 janvier), les conclusions d'un rapport interne de l'ISAF (commandement de l'OTAN en Afghanistan) déjà déposé en juin 2011. On y expliquait qu'un nombre croissant de soldats et de militaires afghans retournent leurs armes contre les militaires étrangers de l'OTAN... avec qui ils sont censés coopérer.

Les motifs sont divers: haine, honneur, idéologie, règlements de comptes personnels... Détail capital: ces faits ne seraient pas uniquement — ni même d'abord — causés par des infiltrations de talibans. Au lieu de viser les talibans, de plus en plus de jeunes soldats afghans sans antécédents militants, recrutés pour lutter à leurs côtés, tuent leurs «alliés», leurs «professeurs» qui s'imaginaient être venus dans ce pays pour lutter d'un seul élan contre le mal terroriste et intégriste.

Selon le rapport de l'ISAF, la multiplication des incidents depuis 2007 révèle une animosité croissante des recrues afghanes contre leurs supposés sauveurs étrangers. Extrait du rapport:

«Il est clair que les altercations meurtrières ne sont ni rares ni isolées; elles reflètent une menace en hausse rapide et systématique (dont l'ampleur pourrait être sans précédent entre "alliés" dans l'histoire militaire moderne). Les dénégations sur l'étendue du mal semblent peu sincères, sinon intellectuellement profondément malhonnêtes.»

Entre mai 2007 et mai 2011, «au moins 58 soldats de l'OTAN dans 26 attaques ont été tués par des soldats et des policiers afghans». Le rapport note une nette augmentation du phénomène à compter de l'automne 2009.

Selon un colonel de l'armée afghane, cité vendredi par le New York Times, «le sentiment de haine augmente rapidement» dans les relations entre forces afghanes et américaines supposées alliées. Les soldats afghans vus par ce colonel? «Des voleurs, des menteurs et des drogués.»

Quant aux Américains, ce sont «des brutes grossières et arrogantes»... ce que laisse bien entrevoir l'épisode honteux de la profanation des cadavres d'ennemis talibans, écho de la lointaine citation d'Eleanor Roosevelt. «Je crains, conclut-il, que cela ne devienne bientôt un problème majeur dans les rangs subalternes des deux armées.»

Un diagnostic ahurissant, qui en dit long sur le désespoir ambiant et les perspectives de cette «mission» de l'Occident tout-puissant en Afghanistan, qui vire au cauchemar. Une leçon d'humilité, une de plus.

***

François Brousseau est chroniqueur d'information internationale à Radio-Canada. On peut l'entendre tous les jours à l'émission Désautels à la Première Chaîne radio et lire ses textes à l'adresse http://blogues.radio-canada.ca/correspondants
 
 
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  • Patrick Lépine - Inscrit
    23 janvier 2012 07 h 37
    Qui était aux ordres de qui?
    Ça fait longtemps que la population d'ici n'était plus convaincue des bienfaits de cette mission, hors nos politiciens en accord avec on ne sait qui, se sont obstinés à envoyer des fonds, des soldats, et des armes dans ce coin du monde qui avait déjà tout l'équipement nécessaire pour faire boucherie. Gracieuseté des russes et des américains! Sans compter les traficants qui avaient tous les ateliers nécessaire pour alimenter n'importe quel trafic. C'est simple, les cultivateurs ou agriculteur du coin doivent apprendre avant que de commencer leur carrière, à faire du déminage! Ici les jeunes n'ont même pas la chance ou l'occasion de jouer avec des pétards!

    Il faut tout de même dire à leur décharge, qu'ici ils ont l'occasion de conduire dès 16 ans des véhicules dangereux qui contiennent plusieurs gallons de matières dangereuses inflammables.
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  • Jean Tremble - Inscrit
    23 janvier 2012 09 h 04
    Terriblement perspicace…
    Et dire que le Bloc de monsieur Duceppe appuyait la mission canadienne en Afghanistan
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  • Kris13104 - Inscrit
    23 janvier 2012 09 h 17
    Les faits sont têtus...
    Parler du peuple afghan n'est pas légitime. En fait, ce pays est un conglomérat de peuples différents qui ne parlent pas tous la même langue, qui ont des traditions différentes, mais qu'un royaume avait réuni par la force, évidemment. À la disparition de celui-ci, les forces centrifuges se sont activées comme en Irak et en ex-Yougoslavie.
    Il est clair que le gouvernement afghan contrôle mal son armée et le recrutement de celle-ci, Dans un pays où les trafics et les «combinaziones» sont prépondérants en politique, les services de renseignement sont essentiels et donc l'infiltration de l'armée nationale ne peut être que connue, mais mal combattue.
    Par ailleurs, est-ce une guerre? Dans l'affirmative, tous les moyens doivent tendre à l'éradication de l'adversaire - c'est d'ailleurs ce que font les talibans - et non de parer les coups de ce dernier. Si ce n'est pas une guerre, les afghans assureront le maintien de l'ordre dans leur pays.
    Dans une guerre, on détruit le danger que représente l'ennemi avec la plus grande efficacité, voire violence et non, comme c'est le cas, on pare les coups de celui-ci.
    Que les talibans infiltrent aussi facilement l'armée nationale, rend absurde une coopération en formation, parce que celle-ci contribue à la formation d'adversaire et parce la confiance indipensable disparait.
    Alors soit, la cause en vaut la peine et les afghans démontrent leur volonté d'en finir avec ces talibans, ce qui impliquent des mesures efficaces de contrôle de leur armée, ainsi que l'application de méthodes adaptées à ce conflit, soit les détachements de l'OTAN se retirent au plus tôt, laissant les américains qui ont voulu cette guerre, continuer à subir leur nullité stratégique.
    Les français ont raison de ne pas accepter que leurs soldats soient tués par des éléments «incontrolés» de leurs soit-disant alliés
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  • Alexis Lamy-Théberge - Inscrit
    23 janvier 2012 09 h 21
    Peut-on se surprendre?
    On l'a dit et redit, nous étions prévenus, mais puisque Cassandre est maintenant considérée comme antipatriotique, ses mises en garde sont jetées dans le panier des délires puériles et marginaux. Nos citoyens sont naïfs et idéalistes, entendions-nous, ils ne comprennent pas que la mort des autres est nécessaire au bien-être de nos familles. On voulait aussi nous faire croire que nos conquérants seraient accueillis avec des fleurs et des chants. Alors on se remit à encenser nos soldats, pour les préparer à recevoir les louanges des nouveaux libérés.

    Ah! nos soldats : glorieux, courageux, vertueux, prêts au sacrifice pour une noble cause. Surtout, des hommes et des femmes disciplinés, à qui on enseigne très tôt à ne pas réfléchir, à ne pas poser de jugement, à simplement jouer leur rôle, écrit pas d'autres, dans le «théâtre des opérations». Mais l'humanité, la réflexion critique, ne disparaît pas toujours si facilement, c'est pourquoi il faut leur enseigner à haïr, à craindre l'ennemi, pour désirer l'éradiquer.

    Pour les simples soldats que j'ai rencontrés, se soûlant la veille du départ et hurlant à qui voulait l'entendre qu'ils allaient «buter des Talibans», l'Afghanistan était une aventure, qui rime toujours avec violence, testostérone, domination, sexe. Des gamins obéissants, jouant aux durs pour épater le sergent. Et qui reviennent désabusés, idiots ou paranoïaques. Qui cherchent autant que possible à oublier, à ne pas se poser de questions.

    En plus de dévaster un pays, une société, nous avons créé ces machines humaines dont il faudra se méfier chez nous. À quand notre désarmement?

    Alexis Lamy-Théberge
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  • André Goyette - Abonné
    23 janvier 2012 10 h 22
    Eleanor Roosevelt, citation
    Il semble que la citation exacte soit :
    "The Marines I have seen around the world have the cleanest bodies, the filthiest minds, the highest morale, and the lowest morals of any group of animals I have ever seen. Thank God for the United States Marine Corps."
    Ce qui, à mon avis, est encore pire car "la madame" en question semble vouloir cautionner ces "animaux" !
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  • gilbert troutet - Inscrit
    23 janvier 2012 12 h 19
    Il n'y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir
    On savait tout ça depuis longtemps... C'est pourquoi je suis entièrement d'accord avec les propos d'Alexis Lamy-Théberge. Nos politiciens le savaient aussi, comme les militaires américains, canadiens, et les chefs de l'OTAN. Déjà à l'époque de la guerre d'Algérie, le général De Bollardière avait démissionné en concluant : «Une armée ne peut pas se battre contre un peuple». Les Afghans ne sont peut-être pas un peuple très uni, mais beaucoup partagent aujourd'hui la haine de l'envahisseur, quel qu'il soit.
    Entre-temps, dix ans de présence militaire en Afghanistan ont permis d'écouler nos surplus de chars d'assaut, de canons et de bombes en tous genres, ce qui fait bien l'affaire des marchands d'armes.
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  • Roland Berger - Abonné
    23 janvier 2012 21 h 34
    Les marchands d'armes
    Bien oui, peu de dirigeants politiques ont cru à la possibilité d'amener les Afghans à adopter la démocratie traditionnelle, elle-même malmenée en Europe et en Amérique. Mais ils ont envoyé des troupes, des troupes qu'il fallait armer, pour un enrichissement sans limite des marchands d'armes. Ces derniers, comme les criminels à cravate, ne seront jamais importunés. Ils gouvernent.
    Roland Berger
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  • Michaël Lessard (micles.biz) - Abonné
    23 janvier 2012 22 h 06
    Rappelons aux Conservateurs qu'ils/elles nous accusaient de ne pas appuyer les soldats
    Quand on critiquait la mission, on nous accusait de ne pas appuyer les soldats ou d'indifférence envers les gens en Afghanistan, ou encore de manquer de patriotisme.

    Donner une mission vouée à l'échec et des ordres dénués de sagesse, cela est le réel manque de respect envers nos soldats et les gens en Afghanistan.

    Maintenant, ils/elles nous disent que ne pas appuyer l'achat de plusieurs dizaines de chasseurs-bombardiers furtifs longue portée, c'est ne pas appuyer les soldats. Quelle malhonnêteté grave d'utiliser les soldats, que n'ont pas le droit de contredire le gouvernement, pour promouvoir cette entente commerciale farfelue.

    Quand des soldats sont empoisonnés à l'uranium appauvri, car nos alliés britannique et étasunien s'en sont servi allégrement, les gouvernements font semblant que cela n'existe pas et abandonnent les militaires sans aide. Ce n'est qu'un exemple, mais ils sont prêts à sacrifier leurs propres soldats sur l'autel de l'efficacité militaire et économique de l'uranium appauvri.

    Je présume que nos militaires voient cette hypocrisie. Tant d'emplois seront coupés pour sauver 2 milliards, alors qu'on pourrait acheter quelques F-35 de moins (!!!). Nos soldats souhaitent de meilleurs équipements, qui coûtent bien moins cher.

    Je crois que c'est Roosevelt aussi qui a dit que le meilleur soldat est celui qui souhaite la paix.
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  • Gravelon - Inscrit
    25 janvier 2012 10 h 22
    Arrogance
    Imbus par leur superiorité militaire, les alliés la pensaient pas mal facile. Mais on a oublié que les soviétiques et avant eux les britanniques se sont cassés les dents en Afgahnistan. Leçon d'humilité dîtes-vous monsieur Brousseau, peut-être. Il reste que l'arrogance possède cette malencontreuse caractéristique de raccourcir la mémoire, ne salive-t-on pas déjà à l'idée de recommencer en Iran?
    Qu'est ce qui a changé pour les Afghan? rien, si ce n,est la détérioration de leur qualité de vie. Pas d'amélioration au niveau du développement économique, l'insécurité va en augmentant, le nombre des morts de civiles dûs au bombardement de l'OTAN (dommages collatéraux) est faramineux, le comportement psychopathe des militaires occidentaux est connu de tout le monde, bref, rien qui vienne améliorer la situation. Poursuivre cet engagement est tout simplement stupide.
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