Roms et juifs : égarement moral et mémoriel
Depuis une semaine, le débat sur les Roms fait rage en France. La population est divisée, la gauche accuse le gouvernement de faire le jeu du Front national et le malaise se fait maintenant sentir jusque dans les rangs de la majorité présidentielle, pourtant acquise à la politique sécuritaire du chef de l'État.
En effet, Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères, a songé à démissionner, Jean-Pierre Raffarin, sénateur et ancien premier ministre, critique la radicalisation de son propre parti et Christine Boutin, ex-ministre du Logement, relance la réflexion sur l'alliance entre son Parti chrétien-démocrate et l'UMP au pouvoir.
Ce malaise au sein de la droite n'est sans doute pas étranger à la prise de position du clergé français, qui a vivement dénoncé les dérives sécuritaires du gouvernement.
Mgr Le Gall, archevêque de Toulouse, est allé plus loin en comparant la situation actuelle des Roms à la rafle du Vélodrome d'hiver en 1942 qui mena à la déportation des Juifs sous le régime de Vichy. Dans son article du 30 août, Jean-Claude Leclerc, chroniqueur du Devoir, a cautionné d'une certaine façon ce parallèle très douteux, en se demandant notamment si le gouvernement conservateur de Stephen Harper allait renouer, au sujet des «visas dissuasifs» envers les Roms, «avec la politique de refoulement des Juifs sous le cabinet libéral de Mackenzie King».
Inutile d'insister sur le fait que cette politique immorale menée par le premier ministre libéral de l'époque a empêché l'immigration de milliers de Juifs au Canada, les condamnant ainsi à rester en Europe, à la merci de la volonté génocidaire du régime nazi. Mais aujourd'hui, où sont les Pétain, les Laval et les Bousquet? Où sont les camps de concentration? Il n'en existe pas, nous rassure l'enseignant et journaliste Leclerc. Ouf!
Alors, à quoi bon établir ces analogies fausses, sinon pour prendre une posture moralisatrice qui finit par alimenter une surenchère verbale et ainsi paralyser un débat pourtant nécessaire? Ici, on ne peut que répéter les mots de François Fillion, premier ministre français, qui a qualifié la comparaison de l'archevêque de Toulouse de «faute grave, faute au regard de l'histoire et faute au regard de la communauté juive elle-même». Elie Wiesel, Prix Nobel de la paix et ancien rescapé d'Auschwitz, a quant à lui qualifié avec raison ce parallèle «d'inacceptable».
Faut-il rappeler que la grande majorité des Roms, en situation irrégulière (sans ressource ni travail), ont été reconduits de manière volontaire? Et que c'est à la Roumanie, membre de l'Union européenne, d'intégrer tout d'abord sa propre minorité. Si on peut déplorer la théâtralisation de la politique sécuritaire du président Sarkozy, qui répond évidemment à des fins politiques (faire oublier l'affaire Bettencourt-Woerth, la réforme des retraites, etc.), il n'en demeure pas moins qu'elle est aussi ancrée solidement dans l'un des principes fondamentaux de la République: faire respecter la loi. Peut-on alors parler véritablement de stigmatisation?
Comparer l'incomparable, c'est non seulement commettre une erreur historique, qui banalise la mémoire du génocide, mais c'est aussi pervertir le sens du débat, devenu opaque à la compréhension des enjeux réels liés à la question des Roms.
En effet, Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères, a songé à démissionner, Jean-Pierre Raffarin, sénateur et ancien premier ministre, critique la radicalisation de son propre parti et Christine Boutin, ex-ministre du Logement, relance la réflexion sur l'alliance entre son Parti chrétien-démocrate et l'UMP au pouvoir.
Ce malaise au sein de la droite n'est sans doute pas étranger à la prise de position du clergé français, qui a vivement dénoncé les dérives sécuritaires du gouvernement.
Mgr Le Gall, archevêque de Toulouse, est allé plus loin en comparant la situation actuelle des Roms à la rafle du Vélodrome d'hiver en 1942 qui mena à la déportation des Juifs sous le régime de Vichy. Dans son article du 30 août, Jean-Claude Leclerc, chroniqueur du Devoir, a cautionné d'une certaine façon ce parallèle très douteux, en se demandant notamment si le gouvernement conservateur de Stephen Harper allait renouer, au sujet des «visas dissuasifs» envers les Roms, «avec la politique de refoulement des Juifs sous le cabinet libéral de Mackenzie King».
Inutile d'insister sur le fait que cette politique immorale menée par le premier ministre libéral de l'époque a empêché l'immigration de milliers de Juifs au Canada, les condamnant ainsi à rester en Europe, à la merci de la volonté génocidaire du régime nazi. Mais aujourd'hui, où sont les Pétain, les Laval et les Bousquet? Où sont les camps de concentration? Il n'en existe pas, nous rassure l'enseignant et journaliste Leclerc. Ouf!
Alors, à quoi bon établir ces analogies fausses, sinon pour prendre une posture moralisatrice qui finit par alimenter une surenchère verbale et ainsi paralyser un débat pourtant nécessaire? Ici, on ne peut que répéter les mots de François Fillion, premier ministre français, qui a qualifié la comparaison de l'archevêque de Toulouse de «faute grave, faute au regard de l'histoire et faute au regard de la communauté juive elle-même». Elie Wiesel, Prix Nobel de la paix et ancien rescapé d'Auschwitz, a quant à lui qualifié avec raison ce parallèle «d'inacceptable».
Faut-il rappeler que la grande majorité des Roms, en situation irrégulière (sans ressource ni travail), ont été reconduits de manière volontaire? Et que c'est à la Roumanie, membre de l'Union européenne, d'intégrer tout d'abord sa propre minorité. Si on peut déplorer la théâtralisation de la politique sécuritaire du président Sarkozy, qui répond évidemment à des fins politiques (faire oublier l'affaire Bettencourt-Woerth, la réforme des retraites, etc.), il n'en demeure pas moins qu'elle est aussi ancrée solidement dans l'un des principes fondamentaux de la République: faire respecter la loi. Peut-on alors parler véritablement de stigmatisation?
Comparer l'incomparable, c'est non seulement commettre une erreur historique, qui banalise la mémoire du génocide, mais c'est aussi pervertir le sens du débat, devenu opaque à la compréhension des enjeux réels liés à la question des Roms.
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