dimanche 27 mai 2012 Dernière mise à jour 21h26
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Présidentielle française - Peut-on imaginer une élection sans Marine Le Pen?

Christian Rioux   11 février 2012  Europe
La candidate du Front nationale à Paris en décembre dernier.<br />
Photo : Agence France-Presse Fred Dufour
La candidate du Front nationale à Paris en décembre dernier.
Paris — À deux mois du premier tour de l'élection présidentielle, le président Nicolas Sarkozy a choisi d'accélérer son entrée en campagne en accordant une entrevue au Figaro Magazine dans laquelle il se positionne clairement à droite. Lutte contre l'immigration illégale, obligation pour les chômeurs d'accepter un emploi ou une formation, rappel des fondamentaux sur la famille, ces thèmes qui font la une du magazine publié ce week-end sont étrangement les mêmes que ceux que la candidate Marine Le Pen doit aborder dimanche dans une grande assemblée populaire à Strasbourg, un des bastions du vote d'extrême droite.

Si le président chasse ainsi sur les terres du Front national, c'est que, malgré un certain tassement dans les sondages, la popularité de sa candidate ne se dément pas et que le spectre d'un 21 avril à l'envers hante toujours la droite française. En 2001, Jean-Marie Le Pen s'était en effet hissé au second tour en damant le pion au socialiste Lionel Jospin. Cette fois, c'est à droite que la menace plane, ainsi que le démontre la cote de popularité toujours élevée de Marine Le Pen qui semble accrochée autour de 18 %.

Mais, pour en arriver là, encore faudra-t-il que le FN réunisse d'ici le 16 mars prochain les 500 parrainages d'élus permettant à son candidat de se présenter. Car, après celui du 21 avril, c'est le spectre d'une élection sans Marine Le Pen qui plane aujourd'hui sur la présidentielle.

Les 500 signatures

Même si elle est plus populaire que jamais, Marine Le Pen dit avoir la plus grande difficulté à réunir les 500 signatures d'élus essentielles à sa candidature. Le constat qu'elle a fait établir par un huissier cette semaine montre qu'elle n'en aurait pour l'instant que 346. C'est pourquoi elle en a appelé au Conseil constitutionnel afin que celui-ci autorise les élus qui soutiennent une candidature à conserver l'anonymat. Nombre d'élus hésitent en effet à soutenir publiquement la candidate du FN par peur de représailles ou de ternir leur réputation. Or, la loi stipule que leurs noms doivent être obligatoirement publiés deux semaines avant le premier tour.

Si Marine Le Pen devait être déboutée, il est donc possible qu'elle ne puisse pas réunir les parrainages nécessaires. À l'UMP et au PS, on affirme évidemment que la candidate ne fait que bluffer, pour mieux dénoncer l'ostracisme dont le FN serait l'objet. Son père avait déjà usé de ce stratagème. Mais, on ne peut rien exclure. Après tout, Jean-Marie Le Pen n'avait rassemblé que 533 signatures en 2002, et à peine 507 en 2007.

La «surprise»?

«C'est peut-être là la "surprise" sur laquelle compte Nicolas Sarkozy», écrivait récemment l'ancien directeur du journal Le Monde Jean-Marie Colombani, aujourd'hui éditorialiste du site Slate.fr. Car, si le FN n'était pas au premier tour, tous les sondages montrent que le jeu serait alors complètement ouvert pour le président sortant. Le PS et l'UMP seraient pratiquement ex aequo au premier tour. Même si les socialistes étaient toujours favoris au second, cela permettrait à Nicolas Sarkozy de créer une dynamique nouvelle. Quant aux électeurs du FN, 40 % se réfugieraient dans l'abstention.

À gauche comme à droite, on attend donc impatiemment la décision du Conseil constitutionnel qui devrait tomber avant le 22 février et qui pourrait donc décider du sort de cette élection. Selon les sondages, 70 % des Français considérerait choquant qu'un parti qui représente une partie aussi importante de l'électorat ne puisse présenter un candidat. Si tel devait être le cas, l'éditorialiste du Nouvel Observateur Laurent Joffrin estime que, malgré leurs divergences avec le FN, les dirigeants de l'UMP et du PS devraient encourager leurs élus à parrainer Marine Le Pen afin de «maintenir la norme républicaine». Nul doute qu'à droite comme à gauche, on aura beaucoup de réticences à briser un tel tabou. Le PS de l'ère Mitterrand a longtemps été accusé d'instrumentaliser le FN pour mieux diviser la droite. À l'UMP, soutenir la candidature de Marine Le Pen serait considéré comme suicidaire.

Des voix essentielles

Car, si Nicolas Sarkozy chasse si souvent sur les terres du FN, c'est qu'il peut difficilement songer à la réélection sans ces précieuses voix. Pour la plupart des observateurs, les polémiques que lance régulièrement le ministre de l'Intérieur Claude Guéant sur l'identité nationale, l'immigration ou, plus récemment l'égalité des «civilisations», n'ont pas d'autre but. Guéant est pour ainsi dire l'amiral de campagne de Nicolas Sarkozy chargé d'enfoncer les positions du parti populiste que le président avait presque réussi à réduire à néant en 2007.

Mais, la tâche est autrement plus ardue en 2012. Il y a cinq ans, le FN était en effet dirigé par un leader vieillissant. Nicolas Sarkozy était donc parvenu, selon son expression, à «siphonner» ses voix, tout en allant chercher celles du centre droit et des libéraux. En promettant de réduire le chômage, d'augmenter le pouvoir d'achat, de réduire l'immigration illégale et de combattre l'insécurité, il était allé chercher le vote des milieux ouvriers et populaires traditionnellement acquis au FN.

Or, sur ces quatre questions, le président a plus que déçu ces électeurs qui ne se gênent pas pour le lui reprocher: le chômage est aujourd'hui au plus haut, le pouvoir d'achat n'a évidemment pas augmenté et les statistiques les plus fiables montrent que l'immigration reste stable alors que les agressions contre les personnes ont même progressé.

Or, Marine Le Pen est justement populaire chez ceux qui travaillent ou ont été récemment mis au chômage. Un sondage de l'Humanité montrait récemment qu'elle recueillait 24 % des intentions de vote des salariés et des chômeurs ayant déjà travaillé, devant Nicolas Sarkozy, qui devait se contenter de 18 %, mais derrière le socialiste François Hollande qui atteignait 27 %.

Une campagne politique

Quelle que soit la décision du Conseil constitutionnel, la campagne de Marine Le Pen a depuis peu atteint un plateau. En effet, son programme économique qui propose une sortie concertée de la France de l'euro ne rejoint qu'une minorité de Français puisque 80 % d'entre eux souhaitent conserver la monnaie européenne. À Strasbourg, la candidate devrait donc recentrer son discours sur ses fondamentaux: l'immigration et la sécurité.

Or, ce sont là justement les thèmes que vient de ressusciter Nicolas Sarkozy. Les opinions sur cette stratégie sont partagées. À l'UMP, on estime qu'elle permettra d'aller chercher les précieuses voix qui manquent au président pour rattraper François Hollande au premier tour. Mais plusieurs analystes, comme Jean-Marie Colombani, pensent au contraire que relancer cette thématique conduit «inévitablement à nourrir de nouveau le vote pour l'extrême droite».

En remettant l'immigration au coeur de la campagne, Nicolas Sarkozy pourrait ainsi mousser la campagne de celle qui ne rêve que de prendre sa place au second tour. Si, bien sûr, elle est présente au premier...

***

Correspondant du Devoir à Paris
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires  Chargement ...
  • jeames47 - Inscrit
    11 février 2012 03 h 22
    de l'acharnement
    de toutes façons,si Marine Lepen n'ai pas présente aux élections présidentielles,je ne voterais pas,avec l'actuel président la France se transforme peu à peu en Stalag,il parle comme un kapo et veut rétablir le S.T.O
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Bernard Gadoua - Inscrit
    11 février 2012 06 h 54
    L'angle mort de la présidentielle: Mélanchon
    Le Front de gauche a doublé ses appuis depuis décembre et menace maintenant la troisième place que détenait confortablement Le Pen il y a peu. Il fait maintenant 15% et c'est nettement le candidat qui a le plus le vent dans les voiles. Non pas qu'il l'emportera, mais d'ici mai, il a le temps de faire beaucoup plus de dégâts chez les trois premiers. Désormais, Mélanchon est la cible de Le Pen car il vient chercher chez les électeurs du Front national ceux qui sont attirés par le discours anti-élite et anti-système-ENA de la classe politique française. Il est significatif que monsieur Rioux fasse silence sur ce phénomène nouveau. Mélenchon dérange et ses meetings sont les plus courus de toute la France, 9000 à Montpellier jeudi! Il fait de plus en plus apparaître Hollande pour ce qu'il est, c'est-à-dire un centriste, acquis aux vertus du néolibéralisme «civilisé» si tant est qu'une telle politique est encore possible après 2008.

    @BGadoua
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Dominique Beaulieu - Inscrit
    11 février 2012 16 h 33
    Ce serait horrible
    Ce serait horrible une élection sans Marine, car elle seule propose des mesure pour renverser le déclin de la France pour lui redonner toute sa gloire, sa grandeur, son prestige et son rayonnement.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Jean-Pierre Ducon - Inscrit
    11 février 2012 20 h 23
    Pas une grande perte
    @ M. Beaulieu: on s'en fout de la "gloire" et de la "grandeur" de la France! Marine ne va qu'accentuer notre "déclin" en donnant l'image d'une vielle France frileuse et recroquevillée sur elle-même! Assez des mentalités rétrogrades des "nous autres les Français" contre "eux autres les étrangers!"
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • André Michaud - Inscrit
    12 février 2012 09 h 51
    représentative
    Elle représente les français qui craignent la montée de l'intégrisme musulman en France, et les citoyens qui veulent que les immigrés se joignent aux valeurs françaises...en ce sens elle a un rôle à jouer dans l'expression démocratique.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Jean Tremble - Inscrit
    12 février 2012 11 h 31
    @Jean-Pierre Ducon

    << (…) Marine ne va qu'accentuer notre "déclin" en donnant l'image d'une vielle France frileuse et recroquevillée sur elle-même! Assez des mentalités rétrogrades des "nous autres les Français" contre "eux autres les étrangers!" >>

    Allez donc vous balader dans la couronne Nord de Paris, ce qui vous permettrait sans nul doute de tenir le rôle de <<l’étranger>>…
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Roland Berger - Abonné
    12 février 2012 11 h 58
    Deux mondes
    Sarkozy veut forcer les chômeurs à accepter un travail ou une formation pour un retour au travail. Dans son monde, ça va de soi. Quant à lui, s'il perd la présidentielle, pas question de travailler. Il occupera ses journées à potiner dans les officines du pouvoir, qu'il soit de droite ou de gauche.
    Roland Berger
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • eric turenne - Abonné
    12 février 2012 13 h 53
    Les Idées
    De toutes façon Sarkome lui piques ces idées et les appliques lentement.
    Alors non je ne crois pas qu'elle soit essentielle dans le débat présentement.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Christian PHILIPPE - Inscrit
    12 février 2012 16 h 07
    DEMOCRATIE DEMOCRATIE SVP
    Droite gauche en haut en bas dedans dehors..... à partir du moment ou un seul et unique citoyen veut voter librement pour une personne, celle ci a les mêmes droits que les autres.
    Il faut rester accroché aux droits égaux de chacun!
    Donc LIBERTE EGALITE et ajoutez un peu de FRATERNITE républicaine n'a jamais fait de mal à personne, non plus!
    C'est le vote final qui met tout le monde d'accord!
    L'étonnant par contre, est cette question des 500 signatures qui relève plus de conception bourgeoise conservatrice de la Monarchie de Juillet que d'une République moderne ouverte. Le FN a maintes fois démontré qu'il avait régulièrement l'approbation de certains Français et on n'a pas à se demander ni pourquoi ni comment? Il n'y a donc aucunement besoin de ces génuflexions corporatistes humiliantes.
    Ils ont failli avoir un Strauss Khan et personne n'a demandé à récolter des signatures à Pigalle ou dans tout le Bois de Boulogne tout de même.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Dominique Beaulieu - Inscrit
    12 février 2012 22 h 36
    Marine Le Pen notre nouvelle Jeanne d'Arc
    @Jean-Pierre Ducon
    "on s'en fout de la "gloire" et de la "grandeur" de la France"
    Ah bon! Vous vous en foutez! Vous préférez une France vassalisée par les États-Unis au travers de l'Union europééenne! Bravo! Pendant le régime de Vichy, vous auriez été le candidat idéal à la collaboration! Bravo! Belle leçon de patriotisme!
    Ce que vous souhaitez vous, c'est un président qui gouverne pour les étrangers et les multinationales au lieu de gouverner pour les Français.
    Je crois que vous auriez intérêt à vous renseigner sur les discrous de Marine avant de juger et de diaboliser le FN.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Torquemada - Inscrit
    13 février 2012 04 h 26
    Sans Carl Lang
    Le véritable scandale est que l'élection se déroule sans Carl Lang, boycotté par la presse et par les firmes de sondages. On écarte la compétition, on favorise carrément Marine Le Pen. Le but de l'opération étant d'aider à élire Hollande, le choix des élites.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Christian PHILIPPE - Inscrit
    13 février 2012 08 h 14
    On naît comme on est
    @ Jean Pierre Ducon
    dans toute sa "gloire" et sa "grandeur"
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Jean-Pierre Audet - Abonné
    21 février 2012 09 h 57
    S'il faut Marine
    ... pour déloger ce petit Napoléon vendu aux visées germaniques, alors qu'on lui obtienne ses 500 approbations, vieux résidu de la noblesse régnante.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
13 réactions
23 votes Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Pour en savoir plus
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012