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L'Europe en récession - La peste austérité

Serge Truffaut   20 février 2012  Europe
Le rendez-vous annoncé vient de s'avérer: l'Europe est en récession. D'accord, c'est officieux et non pas officiel. Reste que les chiffres communiqués ces jours-ci par Eurostat laissent entrevoir une autre contraction du PIB ce trimestre, après celle observée au terme du précédent. Signe particulier? Cette récession est une contradiction de la théorie économique: on y entre alors que le taux de chômage est déjà élevé.

On tient à le répéter: dans un contexte normal, on entre en récession lorsqu'il y a eu surchauffe de l'économie. Lorsque le taux de chômage est bas, lorsqu'il y a poussée inflationniste sur les prix et les salaires. Il est extrêmement rare que la lèpre économique s'installe et s'étende quand le nombre de sans-emploi avoisine les 11 %, comme c'est le cas aujourd'hui dans la zone euro. Une moyenne qui cache le 23 % de l'Espagne, le 20 % de la Grèce et autres. Une moyenne qui fait paravent au décalage qu'il y a entre les pays du nord et du sud. Et encore là, le nord...

Prenons l'Allemagne. De prime abord, la situation en cette matière est aussi lisse et harmonieuse, symboliquement causant, qu'un village de Haute-Bavière. En effet, sur la vitrine de ce pays, il est écrit que le taux de chômage se situe à 7,8 %. Mais lorsqu'on lève le voile de l'opacité, on réalise que la situation est plus grave, car à l'instar de Tony Blair en son temps, le gouvernement de Merkel est passé maître dans le maquillage des chiffres. À preuve...

À preuve, après une enquête menée l'automne dernier par le journal Die Welt, le ministre allemand du Travail a été dans l'obligation de faire un acte de contrition: 57 % (!) des seniors au chômage ont été gommés des statistiques. L'épidémie de chômage partiel n'est pas prise en compte, alors qu'elle touche au-delà de 26 % des salariés. Quoi d'autre? La nation de Karl Marx a «inventé» une nouvelle classe sociale: les travailleurs pauvres. Soit ces travailleurs qui perçoivent un salaire mensuel de 470 $. Tenez-vous bien, ils représentent 20 % de la population active.

Le contre-pied que l'Europe vient d'accomplir aux dépens, si l'on ose dire, de la théorie économique a été concocté avec le recours généralisé aux plans d'austérité. On le sait, dans la foulée des décotes décrétées par les agences de notation, la médecine de cheval a été imposée de l'Irlande au Portugal en passant par l'Espagne, de la Grèce à la France en passant par l'Italie, afin de satisfaire à tous égards les créanciers. Le temps de le dire, le maître mot des politiciens s'est formulé ainsi: rembourser tout de suite. Même un pays comme le Royaume-Uni, qui dispose toujours de ses leviers monétaires, a opté pour l'austérité tous azimuts.

Cette obsession pour l'austérité sans plan de croissance, cette inclination pour l'austérité absolue qui trouve son origine en Allemagne annonce des lendemains désenchantés. En effet, les cures imposées au plus grand nombre des individus s'est traduit naturellement par une diminution des échanges commerciaux entre membres de l'Union européenne, et pas seulement de la zone euro. De fait, on s'attend que les nations du centre de l'Europe et de l'est soient égratignées, pour rester très modéré, dans le courant de la présente année. Déjà, les finances de la Hongrie sont dans un état, pour le dire en termes polis, tristounet.

Le Vieux Continent en est là parce qu'il observe avec fanatisme toutes les obligations inhérentes à l'austérité, mais aussi parce que les concepteurs de la monnaie unique ont bâclé le travail. Dans une très longue analyse du sujet parue récemment dans le New York Times, le prix Nobel d'économie Paul Krugman raconte que dans les années 1990, des économistes rattachées à la Commission européenne avaient signé des commentaires dans lesquels il faisaient l'inventaire des pour et des contre l'euro. Le tout augmenté des gestes politiques que la création de la monnaie unique imposait, notamment l'intégration fiscale et la coordination des politiques économiques. Et alors? Ces travaux ont été volontairement écartés au profit des commentaires strictement favorables. Autrement dit, les élus ont nourri une vision romantique de l'euro. Ils ont péché par romantisme, au lieu de donner prise au principe tout simple, tout bête qu'on appelle le principe de réalité.
 
 
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  • Pierre Bellefeuille - Inscrit
    20 février 2012 09 h 41
    Une ou deux questions
    « Ils ont péché par romantisme, au lieu de donner prise au principe tout simple, tout bête qu'on appelle le principe de réalité. »

    Je dois comprendre ici que l’euro était voué à l’échec dès le départ, car le travail a été bâclé par ses concepteurs.

    À propos du principe de réalité freudien, on mentionne ici la critique qu’Herbert Marcuse en faisait : « Il forge le concept de « sublimation non répressive » et dénonce le caractère déshumanisant et irrationnel du principe de rendement. Le principe de rendement est le principe de réalité d'une société capitaliste fondée sur la résignation, la falsification des instincts et la répression des potentialités humaines. » Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Herbert_Marcuse

    Qu’est-ce que la réalité? Qui saurait la décrire dans son entièreté objectivement? Qui a le temps de faire cet exercice sans se plonger dans les questions épistémologiques? Nous avons tous des filtres!

    La science économique n’est pas aussi uniforme et pure que certains pourraient le croire, Joseph E. Stiglitz, aussi prix Nobel d’économie apporte des nuances importantes dans ses ouvrages.

    Voici deux questions pour lesquelles je n’ai pas les réponses :

    - L’euro aurait-il été en si mauvaise posture si les banques centrales n’avaient pas été saturées ou inondées d’actifs toxiques d'abord émis par de grandes banques centrales privées des États-Unis?

    - Depuis 1980, si les emplois n’avaient pas été délocalisés par dizaines de millions vers la Chine, pour ne nommer qu’un seul pays, aurait-on un taux de chômage aussi élevé dans plusieurs pays associés à l’euro?

    - Qui aurait des intérêts à voir tomber l’euro?

    En réalité, la réalité n’est pas une chose simple!
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  • Pierre Bellefeuille - Inscrit
    20 février 2012 10 h 39
    Régulation des marchés financiers
    Si on avait une plus grande régulation des marchés financiers, en serait-on là en 2012 partout dans le monde?
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  • Michel Gaudette - Inscrit
    20 février 2012 10 h 55
    L'argent pousse-t-il dans les arbres en Europe ?
    Il faut bien contenir la mentalité de paniers percés des Européens, dont spécialement la France, qui croit peut-être que l'argent pousse dans les arbres.
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  • Alain Deloin - Inscrit
    20 février 2012 14 h 01
    M. Bellefeuille l'euro est une création politique
    qui vient d'être rattrapée par la réalité économique.

    Stiglitz peut raconter ce qu'il veut, sans intégration fiscale et économique ce projet ne pouvait que péricliter.


    Pour répondre à vos questions:

    -le problème vient (a) de l'endettement des états providence européens. En France 40 ans de déficits, de relance par la consommation, d'embauche de milliers de fonctionnaires, un état obèse qui prélève 45-46% du PIB et qui dépense 56% du PIB. Intenable ! Le Canada de la fin des 80s probablement.
    Ce n'est pas mieux chez nos voisins belges, espagnols, portugais, grecs, .... Vous ne pouvez pas construire une zone économique solide là-dessus surtout en l'absence d'intégration fiscale, de transferts, et d’une gouvernance économique comme évoqué plus haut.
    (b) des dettes crées par l'adoption de l'euro: on a construit des châteaux en Espagne, des infrastructures magnifiques en Grèce (mauvaise allocation de capital) on a vendu des Mercedes aux Espagnols, aux Grecs, ...., en "échange" les banques du Nord: Allemagne, France sont truffées d'obligations pourries (junk bonds) et dangereusement sous capitalisées. Ces banques seront en faillite si les pays du sud font défaut, ca commence avec la Grèce.

    -les emplois ont été délocalisés en Chine ici aussi, je ne vois pas le $ canadien attaqué et en perte de vitesse, mais plutôt comme une valeur refuge.

    -personne n'a intérêt à un éclatement de la zone euro. En ce moment, plus aucune banque de la zone ne peut trouver des dollars sur les marchés: la FED prête des dollars à la BCE pour essayer de sauver ce qui peut encore l'être. A terme les grandes banques centrales: FED, Chine, Angleterre, .... essaieront d’aider une désagrégation lente de la zone sans impact désastreux pour l'économie mondiale.
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  • Pierre Bellefeuille - Inscrit
    20 février 2012 14 h 46
    @ Monsieur Deloin
    Merci d’avoir tenté d’avoir donné des éléments de réponse.

    La création de la dette ne vient-elle pas en partie du fait que dès 1973 en France par exemple, le gouvernement ne pouvait plus créer de la monnaie, mais devait emprunter aux banques privées?

    Vous parlez d’intégration fiscale et économique. Quelles auraient été les bonnes mesures d’intégrations fiscales? Et la régulation de la finance internationale dans tout ça, ici comme ailleurs, on en fait quoi, probablement trop peu? Je peux comprendre qu’entre l’offre et la demande, la spéculation est à peu près inévitable, mais la quantité de produits dérivés a été telle qu’elle a créé un gouffre immense, emportant presque tout sur son passage. Que dire des paradis fiscaux à l'abri de toute redevance aux divers gouvernements? Qui dirige l’État à la fin?

    Aux États-Unis, plus de 50 % de leur budget va à l’économie de guerre, ce qui créé tout un débalancement économique. Si je ne m’abuse, la Grèce avait aussi un problème similaire.

    Einstein disait, ce n’est pas tant les réponses qui comptent, on doit toujours poser des questions.
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  • Pierre Bellefeuille - Inscrit
    20 février 2012 14 h 49
    Les États providence
    Monsieur Deloin,

    Vous parlez aussi du problème des États providence. Mais, ce qu’on a vu de plus en plus depuis les trente dernières années, ce sont des États providence des grandes entreprises, où l’État donnait toutes les garanties à travers des PPP, où finalement ça coûtait toujours plus cher à l’État ayant de plus en plus de difficulté à soutenir des programmes sociaux décents.
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  • Roland Berger - Abonné
    20 février 2012 22 h 32
    Un État pour les citoyens
    Un État pour les citoyens voit à ce que la richesse engendrée soit répartie avec justesse. La droite appelle ça un État providence et crie sur tous les toits qu'il doit être aboli partout où il exerce encore une certaine influence. À bas la société juste !, clame-t-elle. Seuls les riches savent ce qui est bon pour le peuple.
    Roland Berger
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