Feu vert au plan pour sauver la Grèce
Photo : Agence Reuters Antti Aimo-Koivisto
Tenant de la ligne dure contre la Grèce et d'ordinaire prudent, le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, s'est d'entrée de jeu dit «confiant» quant au fait de trouver «une solution viable, capable de remettre la Grèce sur les rails à long terme».
Les Européens ont accouché dans la souffrance, dans la nuit d'hier, d'un nouveau plan de sauvetage censé sauver la Grèce de la faillite.
Les ministres des Finances des 17 pays de la zone euro (Eurogroupe) ont eu besoin de toute la journée et d'une partie de la nuit pour boucler, à Bruxelles, en Belgique, ce nouveau plan comprenant 130 milliards d'euros de financement public et plus de 100 milliards d'euros d'effacement partiel de la dette grecque détenue par des créanciers privés.
Le gouvernement grec s'était présenté à la réunion en ayant répondu aux conditions qui lui avaient été posées par les autres (nouveau plan d'économie de 3,3 milliards d'euros et engagements écrits des deux chefs de partis de la coalition au pouvoir).
La réunion de l'Eurogroupe s'est ouverte dans l'optimisme. Tenant de la ligne dure contre la Grèce et d'ordinaire prudent, le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, s'est d'entrée de jeu dit «confiant» quant au fait de trouver «une solution viable, capable de remettre la Grèce sur les rails à long terme».
Les choses se sont compliquées après le dévoilement d'un rapport de la troïka (Union européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international) révélant, qu'en dépit du vaste plan de sauvetage échafaudé jusque-là, la Grèce était en voie de rater la cible de ramener sa dette publique de 160 % à 120 % de son produit intérieur brut (PIB) à l'horizon de 2020 et que le mieux qu'elle pourrait faire serait 129 %. S'en est suivi un autre sprint de négociations entre Athènes, les autorités européennes et les créanciers privés de la Grèce, comme cette crise en a connu tellement depuis deux ans. La rumeur d'une entente a commencé à circuler quelques minutes avant trois heures du matin.
Un dernier petit effort de chacun
Une partie de la solution semblait devoir venir d'accords de principe sur une réduction des taux d'intérêt des prêts qui seront consentis à la Grèce ainsi que sur la participation des banques centrales nationales de la zone euro à un échange de dettes. Les créanciers privés de la Grèce semblaient être prêts à faire un autre bout du chemin en acceptant que leurs titres obligataires soient dépréciés de quelques points de pourcentage de plus que les 50 % déjà convenus. La Banque centrale européenne (BCE) se serait aussi montrée ouverte à faire un petit effort en cherchant un moyen de remettre à Athènes les «profits» qu'elle pourrait éventuellement tirer de son propre lot d'obligations grecques. On aurait également convenu que la dette publique grecque pourrait être ramenée en 2020 à 120,5 % du PIB, plutôt qu'à 120 % (!).
Un plan d'effacement de la dette grecque devait théoriquement être conclu et lancé avant demain pour éviter à la Grèce de sombrer dans la faillite d'ici au 20 mars, date à laquelle le pays doit rembourser 14,5 milliards d'euros.
Des économistes n'ont pas caché hier leur scepticisme quant aux chances de succès à long terme de ce qu'ils qualifiaient d'exercice de «gymnastique arithmétique». Selon certains observateurs, il faudra bien dix ans avant que la Grèce ne vienne à bout des problèmes budgétaires et économiques qui l'accablent. Selon d'autres, tous ces efforts ne font que retarder un peu une inévitable faillite et sortie du pays de la monnaie unique européenne.
Plusieurs milliers de Grecs manifestaient encore leur colère devant le parlement dimanche contre la médecine de cheval qui leur est imposée. L'économie grecque s'est contractée de 7 % en rythme annualisé au dernier trimestre.
Appel à l'aide du G20
La crainte des répercussions que pourrait avoir la crise européenne sur l'économie mondiale incite de plus en plus de voix à réclamer une aide concertée de toutes les grandes puissances de la planète. Les pays membres du G20 ont opposé une fin de non-recevoir lors de leur sommet de l'automne dernier à Cannes, estimant que les Européens disposaient déjà de toutes les ressources nécessaires pour se sauver eux-mêmes.
On s'attend toutefois à ce que ces derniers reviennent à la charge, le week-end prochain, à la réunion des ministres des Finances du G20 à Mexico. On voudrait notamment que les autres puissances ajoutent 300 milliards $US aux 200 milliards $US que les Européens sont déjà prêts à mettre dans un fonds de secours qui serait administré par le Fonds monétaire international (FMI) et qui serait destiné aux gouvernements européens à court de sources de financement. Le G20 ne serait pas près de se laisser convaincre toutefois.
Impact au Québec
Les difficultés de la Grèce et de la zone euro ont un impact jusqu'au Québec, a rappelé hier le Mouvement Desjardins dans une mise à jour de ses prévisions économiques.
Bien que les négociations des dernières semaines aient contribué à dissiper certaines inquiétudes, l'entrée en récession de la zone euro semble se confirmer avec la baisse de 1,3 % en rythme annualisé de son PIB au dernier trimestre de 2011, notent ses prévisionnistes. Les performances «encourageantes» enregistrées ces derniers mois par l'économie américaine devraient surtout profiter aux exportateurs des provinces de l'Ouest et de l'Ontario, pense-t-on, le Québec faisant les frais de ses liens commerciaux privilégiés avec l'Europe.
Ces facteurs — ainsi que d'autres, liés au ralentissement de la consommation intérieur — incitent Desjardins à réviser à la baisse ses prévisions de croissance du mois dernier: de 2,1 % à 2 %, en 2012, et de 2,5 % à 2,2 %, en 2013 au Canada; et de 1,7 % à 1,4 %, cette année, et de 2,3 % à 1,9 %, l'année prochaine au Québec.
***
Avec l'Agence France-Presse, The Guardian, The Globe and Mail et Reuters
Les ministres des Finances des 17 pays de la zone euro (Eurogroupe) ont eu besoin de toute la journée et d'une partie de la nuit pour boucler, à Bruxelles, en Belgique, ce nouveau plan comprenant 130 milliards d'euros de financement public et plus de 100 milliards d'euros d'effacement partiel de la dette grecque détenue par des créanciers privés.
Le gouvernement grec s'était présenté à la réunion en ayant répondu aux conditions qui lui avaient été posées par les autres (nouveau plan d'économie de 3,3 milliards d'euros et engagements écrits des deux chefs de partis de la coalition au pouvoir).
La réunion de l'Eurogroupe s'est ouverte dans l'optimisme. Tenant de la ligne dure contre la Grèce et d'ordinaire prudent, le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, s'est d'entrée de jeu dit «confiant» quant au fait de trouver «une solution viable, capable de remettre la Grèce sur les rails à long terme».
Les choses se sont compliquées après le dévoilement d'un rapport de la troïka (Union européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international) révélant, qu'en dépit du vaste plan de sauvetage échafaudé jusque-là, la Grèce était en voie de rater la cible de ramener sa dette publique de 160 % à 120 % de son produit intérieur brut (PIB) à l'horizon de 2020 et que le mieux qu'elle pourrait faire serait 129 %. S'en est suivi un autre sprint de négociations entre Athènes, les autorités européennes et les créanciers privés de la Grèce, comme cette crise en a connu tellement depuis deux ans. La rumeur d'une entente a commencé à circuler quelques minutes avant trois heures du matin.
Un dernier petit effort de chacun
Une partie de la solution semblait devoir venir d'accords de principe sur une réduction des taux d'intérêt des prêts qui seront consentis à la Grèce ainsi que sur la participation des banques centrales nationales de la zone euro à un échange de dettes. Les créanciers privés de la Grèce semblaient être prêts à faire un autre bout du chemin en acceptant que leurs titres obligataires soient dépréciés de quelques points de pourcentage de plus que les 50 % déjà convenus. La Banque centrale européenne (BCE) se serait aussi montrée ouverte à faire un petit effort en cherchant un moyen de remettre à Athènes les «profits» qu'elle pourrait éventuellement tirer de son propre lot d'obligations grecques. On aurait également convenu que la dette publique grecque pourrait être ramenée en 2020 à 120,5 % du PIB, plutôt qu'à 120 % (!).
Un plan d'effacement de la dette grecque devait théoriquement être conclu et lancé avant demain pour éviter à la Grèce de sombrer dans la faillite d'ici au 20 mars, date à laquelle le pays doit rembourser 14,5 milliards d'euros.
Des économistes n'ont pas caché hier leur scepticisme quant aux chances de succès à long terme de ce qu'ils qualifiaient d'exercice de «gymnastique arithmétique». Selon certains observateurs, il faudra bien dix ans avant que la Grèce ne vienne à bout des problèmes budgétaires et économiques qui l'accablent. Selon d'autres, tous ces efforts ne font que retarder un peu une inévitable faillite et sortie du pays de la monnaie unique européenne.
Plusieurs milliers de Grecs manifestaient encore leur colère devant le parlement dimanche contre la médecine de cheval qui leur est imposée. L'économie grecque s'est contractée de 7 % en rythme annualisé au dernier trimestre.
Appel à l'aide du G20
La crainte des répercussions que pourrait avoir la crise européenne sur l'économie mondiale incite de plus en plus de voix à réclamer une aide concertée de toutes les grandes puissances de la planète. Les pays membres du G20 ont opposé une fin de non-recevoir lors de leur sommet de l'automne dernier à Cannes, estimant que les Européens disposaient déjà de toutes les ressources nécessaires pour se sauver eux-mêmes.
On s'attend toutefois à ce que ces derniers reviennent à la charge, le week-end prochain, à la réunion des ministres des Finances du G20 à Mexico. On voudrait notamment que les autres puissances ajoutent 300 milliards $US aux 200 milliards $US que les Européens sont déjà prêts à mettre dans un fonds de secours qui serait administré par le Fonds monétaire international (FMI) et qui serait destiné aux gouvernements européens à court de sources de financement. Le G20 ne serait pas près de se laisser convaincre toutefois.
Impact au Québec
Les difficultés de la Grèce et de la zone euro ont un impact jusqu'au Québec, a rappelé hier le Mouvement Desjardins dans une mise à jour de ses prévisions économiques.
Bien que les négociations des dernières semaines aient contribué à dissiper certaines inquiétudes, l'entrée en récession de la zone euro semble se confirmer avec la baisse de 1,3 % en rythme annualisé de son PIB au dernier trimestre de 2011, notent ses prévisionnistes. Les performances «encourageantes» enregistrées ces derniers mois par l'économie américaine devraient surtout profiter aux exportateurs des provinces de l'Ouest et de l'Ontario, pense-t-on, le Québec faisant les frais de ses liens commerciaux privilégiés avec l'Europe.
Ces facteurs — ainsi que d'autres, liés au ralentissement de la consommation intérieur — incitent Desjardins à réviser à la baisse ses prévisions de croissance du mois dernier: de 2,1 % à 2 %, en 2012, et de 2,5 % à 2,2 %, en 2013 au Canada; et de 1,7 % à 1,4 %, cette année, et de 2,3 % à 1,9 %, l'année prochaine au Québec.
***
Avec l'Agence France-Presse, The Guardian, The Globe and Mail et Reuters
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

