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Rapport annuel 2003 du Devoir - Les forces et les fragilités d'un journal indépendant

Bernard Descôteaux - Directeur du Devoir  27 mai 2004 
Informer est une fonction sociale des médias dont l'objet premier est la participation des citoyens au débat public. Les entreprises de presse doivent assumer cette responsabilité, mais elles ont aussi une vocation commerciale et poursuivent donc à ce titre un objectif de rentabilité. Il y a là un équilibre délicat qui, dans un marché qui se fait de plus en plus concurrentiel, semble parfois difficile à atteindre. L'information peut, si on n'y prend garde, devenir un produit de consommation jetable où les événements les plus insignifiants feront la manchette. Le sens de l'orientation du citoyen, dont on ne sait parfois plus trop s'il est citoyen ou simple consommateur, peut alors être mis à rude épreuve.

L'année 2003 a été intense sur le plan de l'actualité. Simultanément au déclenchement de la guerre en Irak par les États-Unis, les Québécois ont été appelés à choisir un nouveau gouvernement. Ces deux événements auront remis en cause bien des certitudes. Ils auront provoqué d'intenses débats qui se poursuivront pendant plusieurs années encore. De telles circonstances interpellaient les médias, qui avaient le devoir non seulement d'informer mais aussi d'aider nos concitoyens à trouver un sens à ces événements.

Au Devoir, nous avons tenté d'être un point de référence afin de permettre au lecteur de s'y retrouver et de comprendre. À cet égard, notre première responsabilité était de bien informer, geste préalable à la réflexion et au débat pour lesquels nos pages furent ouvertes à tous. Nous croyons avoir bien joué notre rôle puisque, en 2003, un plus grand nombre de nos concitoyens se sont tournés vers nous. Nos lecteurs ont sans doute eu la même impression. Tant au chapitre de la diffusion qu'à celui du lectorat, les dernières données objectives dont nous disposons sont des plus encourageantes. Ainsi, à l'automne 2003, l'étude Statmédia réalisée par la firme Jolicoeur et associés attribuait au Devoir 106 000 lecteurs en semaine et 172 000 lecteurs le week-end. Sur le plan financier, le contexte dans lequel nous avons eu à oeuvrer a toutefois été difficile.

Les résultats financiers

L'année 2003 s'est conclue avec une perte qui s'élève à 327 937 $ avant intérêts et amortissements et à 481 069 $ après intérêts et amortissements. Nos revenus en 2003 auront été légèrement inférieurs à ceux de 2002. Ils ont été de 14 367 225 $. Nos dépenses ont augmenté de 3,1 % pour atteindre 14 695 162 $. Les intérêts et les amortissements ont pour leur part représenté une somme de 153 132 $.

La perte enregistrée en fin d'année tient essentiellement au fait que les revenus publicitaires prévus n'ont pas été atteints en raison de la conjoncture évoquée plus tôt. Ainsi, une croissance économique moins forte a mené à une diminution des placements publicitaires dans quelques secteurs, tout particulièrement celui des finances. En ce qui a trait au changement de gouvernement à Québec, il a entraîné une révision à la baisse de l'ensemble des budgets gouvernementaux de publicité. Au total, nos revenus publicitaires auront été de 6,8 millions pour l'année, en baisse de 5 % par rapport à l'année précédente.

Au chapitre de la diffusion, nos résultats ont en revanche augmenté de 5 % pour atteindre 7,2 millions en revenus. Cette hausse s'explique d'abord par l'augmentation du tirage, qui s'est poursuivie en 2003 en dépit d'un contexte hautement compétitif sur le marché montréalais. Il faut par ailleurs souligner que l'abonnement électronique lancé au cours du printemps 2003 a été accueilli de façon plus que positive.

Pour compenser la baisse de nos revenus publicitaires, nous n'avons eu d'autre choix que de revoir le prix de vente du journal, ce que nous n'avions pas fait depuis huit ans. L'automne dernier, nous avons augmenté de 25 ¢ le prix en kiosque de l'édition du samedi et ajusté la grille de tarifs d'abonnement. Ces hausses ont été bien accueillies par les lecteurs, dont le nombre a continué d'augmenter, et permettront de consolider la situation financière de l'entreprise.

Au chapitre des dépenses, nous avons maintenu un contrôle serré tout en assumant par ailleurs des dépenses extraordinaires liées à l'actualité. Ainsi, la guerre en Irak et les élections au Québec ont entraîné des dépenses supérieures à nos prévisions, du côté tant de la rédaction que de l'impression.

Nous avons par ailleurs renégocié les conventions collectives qui nous lient à nos deux plus importants groupes d'employés syndiqués, soit les employés de bureau et les journalistes. Ces négociations se sont déroulées dans un climat serein. Nous avons conclu des ententes d'une durée de quatre ans et de trois ans respectivement, à la satisfaction des parties.

Nous avons d'autre part renouvelé en 2003 le contrat de distribution du journal avec Les Messageries Dynamiques, une entreprise du groupe Quebecor Média, un partenaire commercial important et apprécié depuis près de 20 ans. La distribution d'un journal est une activité complexe, soumise à de multiples aléas, tant humains que technologiques et météorologiques. En collaboration étroite avec Les Messageries Dynamiques, des efforts importants ont été faits pour améliorer la qualité du service à nos lecteurs. En outre, ce nouveau contrat permettra de stabiliser les coûts liés à la distribution du journal.

Le Devoir et Internet

Il y a sept ans, Le Devoir faisait son entrée sur Internet. Nous avons été parmi les premiers quotidiens à faire l'expérience de ce média. Sept ans plus tard, nous pouvons nous vanter d'avoir dépassé le seuil de rentabilité, ce que bien peu ont réussi. Notre stratégie a toujours consisté à limiter les frais d'exploitation de notre site afin de ne pas imposer à l'entreprise des coûts que celle-ci ne pouvait pas assumer. Nous avons résisté à la tentation de nous lancer dans les multiples avenues qu'ouvre Internet, évitant ainsi des aventures ruineuses. Cette façon de faire s'est révélée bénéfique. Cas unique parmi les journaux au Canada, croyons-nous, notre site non seulement fait ses frais, ce qui est déjà un exploit, il dégage un bénéfice net suffisamment important pour contribuer à nos revenus.

Notre site nous permet de rejoindre un vaste public qui, autrement, n'aurait pas l'occasion de se familiariser avec Le Devoir. En 2003, la fréquentation

de ledevoir.com a augmenté de 60 % pour atteindre à la fin de l'année plus de 400 000 visiteurs uniques par mois, augmentant d'autant la diffusion du journal.

Le succès le plus remarquable est l'intérêt qu'a suscité la formule d'abonnement électronique au journal. Où que l'on soit au Québec, au Canada ou dans le monde, on peut télécharger la version électronique du Devoir, qu'on peut lire en format PDF à l'écran de son ordinateur. En neuf mois à peine, tout près de 1000 nouveaux lecteurs avaient choisi ce service, ce qui nous place en tête du petit groupe de journaux au Canada qui se sont aventurés dans cette voie. La version électronique du journal n'est pas près de remplacer l'édition papier, mais elle répond à un nouveau besoin. Au cours des prochains mois, nous allons explorer de nouvelles avenues sur Internet afin de tirer tous les avantages de cet outil et d'en faire bénéficier nos lecteurs.

Perspectives d'avenir

Ces dernières années, des efforts importants ont été consacrés à l'amélioration de notre édition du week-end. Plusieurs cahiers et suppléments sont venus l'enrichir. Les lecteurs y trouvent à la fois profondeur et diversité à travers les cahiers Perspectives, Économie, Samedi, Culture et Livres ainsi que L'Agenda, sans oublier les pages d'actualités et les cahiers spéciaux que nous publions régulièrement. Ces dernières années, nous avons délibérément concentré nos énergies sur l'amélioration de cette édition. Ce choix était le bon puisque, depuis 1998, la diffusion du journal de fin de semaine a augmenté de 17 % pour atteindre 42 817 exemplaires au cours du semestre terminé le 31 mars dernier. Ceci témoigne du fait que Le Devoir joue bien son rôle.

Le succès de notre édition du week-end a eu un effet d'entraînement appréciable sur notre lectorat en semaine qui, depuis deux ans, est aussi en hausse. Si les lecteurs y trouvent une information de qualité, il nous faut toutefois accroître l'offre de contenu. En 2002, nous avons revu l'édition du vendredi. En 2003, nous avons entrepris d'enrichir l'édition du mercredi qui, de façon régulière, devrait compter quatre cahiers.

Les difficultés financières auxquelles nous avons dû faire face en 2003 témoignent de la fragilité qui est celle d'un journal indépendant. Pour se développer, un tel journal doit compter d'abord sur les ressources que lui apportent lecteurs et annonceurs. Ce sont les plus importants partenaires de l'entreprise. Leur soutien est apprécié. Grâce à eux, les résultats de 2004 s'annoncent positifs.

Des appuis indéfectibles

Publier Le Devoir apporte de grandes satisfactions. La plus grande est toujours de constater que notre travail est apprécié des lecteurs, qui sont toujours nombreux à nous le dire et à nous encourager. Même les critiques qu'ils nous font sont amicales. Il y a toujours eu, entre ce journal et ses lecteurs, une relation particulière faite d'attachement, d'exigence et d'engagement qui fait en sorte que nous pouvons toujours compter sur l'appui de nos amis.

Un de ces amis du Devoir dont il faut souligner la contribution est Roger Boisvert, qui nous quittera bientôt après 12 ans de présence bénévole à la Fondation du Devoir et au conseil d'administration. Il faut lui dire merci pour sa fidélité remarquable. Nombreux sont ceux qui nous apportent ainsi leur soutien au conseil d'administration sous la présidence de Me Yves L. Duhaime. Au fil des années, ce réseau d'amis nous a permis de progresser et de bien servir la société québécoise. Nous leur devons beaucoup.

Cet esprit d'engagement est partagé par les artisans du Devoir. Quelle que soit leur fonction, les employés du journal sont toujours disposés à donner le meilleur d'eux-mêmes. En 2003, cela a été vrai dans tous les services mais particulièrement à la rédaction où, malgré des ressources limitées, nous avons pu non seulement préserver mais aussi améliorer la qualité du journal. Cette contribution doit être soulignée, tout comme celle de l'équipe de direction, qu'on me permettra de remercier de sa constance dans l'effort. Jean-Robert Sansfaçon, Catherine Laberge, Jules Richer, Nicole Calestagne, Daniel Bazinet et Germain Haeck sont des collaborateurs remarquables.
 
 
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