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Libre opinion - Pour un Nouveau Parti libéral démocratique

Denis Saint-Martin - Professeur de science politique à l'Université de Montréal  12 janvier 2012  Canada
Les courses à la chefferie au Nouveau Parti démocratique et au Parti libéral du Canada ne concernent pas que les militants de ces deux partis, mais beaucoup plus largement, tous les citoyens qui rejettent les politiques corrosives de Stephen Harper. Les prochains chefs du NPD et du PLC devraient être ceux qui ont été choisis parce qu'ils ont fait campagne activement pour la fusion de leurs deux formations, en faveur de la création d'un Nouveau Parti libéral démocratique. Il doit y avoir une solution de rechange rassembleuse et crédible aux conservateurs lors des prochaines élections. L'enjeu est au-delà de la politique partisane. Il en va de l'avenir de la démocratie libérale et de la justice sociale au Canada.

Mais l'union du centre et de la gauche ne se produira pas si la direction du NPD et du PLC demeure dans les mains des mêmes apparatchiks qui les ont toujours contrôlés dans le passé. Le PLC et le NPD ne fusionneront pas s'ils ne sont pas forcés de le faire de l'extérieur, par les pressions des citoyens et de l'opinion publique. Laissés à eux-mêmes, ils vont préférer la continuité et la ligne de parti plutôt que le renouvellement et l'expérimentation. Avec l'élection probable de Brian Topp et le retour de Sheila Copps chez les libéraux, tout indique que la vieille garde se maintient au pouvoir. Si cela se confirme, néodémocrates et libéraux vont continuer à se diviser le vote et ainsi garantir une autre fois l'élection des conservateurs lors du prochain scrutin.

Les citoyens opposés au gouvernement Harper devraient s'investir massivement au sein du NPD et du PLC. Ils devraient prendre leur carte de membre et déstabiliser le pouvoir des élites dirigeantes, le temps au moins de choisir un prochain chef fusionniste. Avec un ancien libéral qui veut devenir chef du NPD (Thomas Mulcair), et un ancien néodémocrate aspirant à devenir chef du PLC (Bob Rae), l'alignement des astres semble particulièrement favorable. Il y a une occasion à saisir pour tous ceux et celles qui veulent unifier l'opposition politique au régime conservateur.

Mais les partis politiques sont des structures bureaucratiques résistantes au changement. C'est ce que montre avec force l'actuelle course au sein du NPD. Le défenseur de l'orthodoxie socialiste, un technocrate issu de l'intérieur du parti, est celui qui reçoit le plus d'appui chez les militants. Plutôt que de s'ouvrir au changement, le parti se replie sur sa base militante et idéologique.

Brian Topp mène une campagne de gauche comme s'il croyait que la nouvelle force de son parti venait d'un vote de gauche en mai dernier. Or, ceci n'est vraisemblablement pas le cas au Québec. En votant pour le NPD et en rejetant le Bloc comme ils l'ont fait aux dernières élections fédérales, la plupart des Québécois n'ont pas voté pour le socialisme. «Travaillons ensemble», disait l'habile slogan de Jack Layton. Ce message était une invitation claire à un gouvernement de coalition, une option que les Québécois avaient déjà largement appuyée en 2008 lors de la prorogation du Parlement. Aux dernières élections, Stephen Harper a sommé les électeurs de choisir entre les conservateurs et la coalition «broche à foin». C'est exactement entre ces deux options que les Québécois ont fait leur choix.

En votant pour le NPD, les électeurs du Québec ont choisi de renouer avec la politique fédérale canadienne, mais de le faire via un nouveau parti fédéraliste, et non plus via le Parti libéral, en qui ils n'ont plus confiance depuis le scandale des commandites. Les Québécois ont mis le PLC au banc des punitions pour un temps indéfini. Mais ceci a pour effet de laisser le centre politique inoccupé sur l'échiquier fédéral. C'est cet espace que les Québécois ont voulu combler en votant pour le NPD.

En politique fédérale, les Québécois ont été habitués à voter pour le centre, d'où l'attachement historique au Parti libéral. Ils ont aussi parfois appuyé les progressistes-conservateurs, mais ce type de conservatisme était très centriste comparativement à celui de Stephen Harper.

En se déplaçant vers le centre, l'opposition au régime Harper peut élargir ses appuis et devenir plus forte. [...]

Les libéraux n'ont plus de soutien ni d'organisation, mais ils savent comment gouverner. C'est pour cette raison qu'ils ont été perçus comme la véritable opposition depuis la dernière rentrée parlementaire. Le NPD jouit d'un fort soutien populaire, mais il n'a pas de compétence ni d'expérience en matière de gouvernance. Une union avec le PLC permettrait de combler ce déficit et de défaire les conservateurs aux prochaines élections.

***

Denis Saint-Martin - Professeur de science politique à l'Université de Montréal
 
 
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  • GLabelle - Abonné
    12 janvier 2012 01 h 01
    quelle idée
    vous n'aviez pas besoin d'étayer autant. La seule manière d'en finir avec les politiques rétrogrades du Canada, c'est l'indépendance.
    D'ici là, notre implication dans le fédéral est absurde. C'est pourquoi je vote Rhinocéros!
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  • Gilles Théberge - Abonné
    12 janvier 2012 07 h 12
    Libre opinion
    Libre opinion en effet que de croire que «En votant pour le NPD, les électeurs du Québec ont choisi de renouer avec la politique fédérale canadienne». Re-nouer avec la politique fédérale ?

    Voter pour quelqu'un dont vous n'avez même pas une représentation physique, vous appelez-ça renouer avec la politique fédérale ? En allant à la messe cela démontre-t-il que l'on croit à tous les bobards des calotins ?

    Quand on nous entre de force dans la gorge un système politique, comme c'est le cas ici, il est bien possible que les gens fassent comme si...

    Je ne connais personne qui s'émeuve beaucoup à la pensée d'avoir un gouvernement fédéral. La plupart des gens que je connais et c'est mon cas aussi, s'accomodent de la situation. Sans plus.
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  • Michaël Lessard (micles.biz) - Abonné
    12 janvier 2012 13 h 20
    C'est impossible de fusionner le NPD et le PLC
    Désolé, mais les cultures politiques de ces deux partis sont trop différentes, quoique le NPD pourrait devenir de plus en plus comme le PLC dans quelques années.

    Le NPD a une culture de défense des gens non propriétaires, donc les gens en général, alors que le PLC est davantage lié aux intérêts des propriétaires et des investisseurs (les Conservateurs le sont d'autant plus, ça saute aux yeux). Je suis désolé, c'est ainsi. Je n'ai pas inventé le triste fait que les gens tirent la couverture de leur côté.

    Dans une fusion, les carriéristes, les opportunistes, les vendus, les électoralistes et d'autres très habiles à monter l'échelle sociale seront détruire le NPD de l'intérieur et en faire un autre parti du pouvoir institutionnalisé.

    Je ne dis pas que le PLC n'a aucune qualité, par exemple il défend les libertés et dénonce des violations des droits, mais c'est un parti de droite au sens normal du terme comme je viens de le décrire (donc rien à voir avec l'extrême droite). Une fusion indiquerait que le NPD n'est plus.

    Attention, de nombreuses personnes progressistes parmi les Libéraux se joignent au NPD, mais elles sont la tendance progressiste, social-démocratie ou simplement très démocrate du PLC. En ce sens, il y a une forme de fusion, mais au sein du NPD dans sa culture propre.

    Merci, sans rancune, je comprends très bien votre espoir.
    __

    nb: je suis membre du NPD, mais aucunement influent. Je suis surtout un humaniste qui souhaite une démocratie plus sincère, celle à venir du 21e siècle, et un reporteur indépendant pour les droits humains.
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  • Bernard Gadoua - Inscrit
    12 janvier 2012 18 h 30
    Un scénario amusant!
    Si Thomas Mulcair est élu à la tête du NPD, lui un ancien ministre libéral provincial et Bob Rae à la tête du Parti Libéral du Canada, lui un ancien premier ministre provincial néodémocrate, peut-être les discussions seraient plus faciles pour une fusion des partis de centre et de centre-gauche.... Avouons que cette situation est quelque peu cocasse....
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  • Russellfan - Inscrit
    12 janvier 2012 20 h 23
    Un gouvernement de destruction massive
    Très bon texte.

    Ce gouvernement conservateur, inspiré par le parti républicain, est incompétent et dangereux.

    Il nous a replongé dans les déficits. Il gouverne sans écouter les experts. Il se comporte en ¨bully¨, en intimidateur. Il n'a aucun projet de société et ne recherche pas le bien commun.

    Nous ne pouvons accepter plus de 4 autres années de ce régime autoritaire et populiste.

    La priorité est de s'en débarrasser à tout prix dans quatre ans.

    La souveraineté n'est pas envisageable ni envisagée par une majorité de québécois à court terme.

    Il y a urgence à travailler à planifier un grand ménage
    à Ottawa dans 4 ans. Fusion du NPD et du PLC? Entente pour remporter le plus de comtés possibles et éventuellement former une coalition?

    Une fois ce grand ménage fait, il faudra veiller à mettre en place des mesures pour éviter le retour au pouvoir des conservateurs.

    1)Élections uninominales à deux tours pour permettre aux progressistes de bloquer l'élection des conservateurs dans une majorité de comtés

    2)Imposer le financement public des partis politiques pour éviter que les plus riches et les plus enragés n'influencent trop les politiques publiques au détriment de l'ensemble de la société

    3)Interdire les publicités des partis politiques entre les périodes électorales, afin d'éviter les ravages des techniques raffinées de propagande

    4)Envisager d'interdire complètement les publicités des partis politiques en misant plutôt sur du temps d'antenne gratuit pour permettre d'exposer les différents programmes politiques.

    Une fois cela fait, rien n'empêcherait les militants des différents partis (NPD,PLC,Bloc,Parti Vert) de se concentrer sur leur programme respectif.

    Les canadiens ont un devoir moral de se débarrasser de ce gouvernement incompétent qui nous appauvri , nous isole des autres nations, nous divise, et qui contribue à la détérioration de l'environnement.
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  • Simon Guertin-Armstrong - Abonné
    12 janvier 2012 22 h 23
    Une question de stratégie
    Une question de stratégie : fusion ou alliance?

    Si les personnes engagés dans le NPD et le PLC ont un raisonnement corporatiste (ou "partisan", dans le sens le plus abject du terme), il ne peuvent effectivement concevoir un projet de fusion que comme un jeu à somme nulle. L'un des deux partis doit nécessairement perdre.

    Or, je pense que le projet de fusion est une réponse adéquate à la nouvelle configuration de l'échiquier politique pancanadien avec l'arrivée ET le maintien au pouvoir du nouveau parti qu'est le PCC. La croissance démographique des vingt dernières années donne un avantage à l'Ouest. La division de l'opposition est LE facteur qui permet aux Conservateurs d'occuper le pouvoir. Les chiffres des 4 dernières élections fédérales le démontrent. En ce sens, il ne s'agit pas d'un jeu à somme nulle : les centristes et progressistes doivent changer de jeu pour être en mesure de ravir le pouvoir au PCC.

    Si le projet d'alliance me semble être une option plausible, je ne crois pas qu'il soit adapté au changement structurel que représente la fusion du Reform et du Alliance. Ma lecture de la scène politique me laisse croire que les citoyens qui votent pour le NPD et le PLC ont plus en commun que ceux qui votent pour le PCC, auquel cas la fusion me semble être avantageuse à long terme. Mais peut-être que je me trompe. Peut-être que certains libéraux opteraient pour le PCC dans l'éventualité d'une fusion.

    Personnellement, je ne ferais pas des partis et des organisations existantes un fétiche. Les organisations doivent tomber lorsque leur raison d'être disparaît. Un parti est constitué pour remporter des élections, non? Le PLC et le NPD ne peuvent plus remplir leur objectif fondamental, du moins pour la prochaine décennie (on voit mal comment...).

    La stratégie doit primer. La fusion semble être la meilleure décision à prendre pour terminer le cauchemar conservateur.
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