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Turbulences pour un F-35

Manon Cornellier   15 février 2012  Canada
Accuser ses critiques d'être contre la veuve, l'orphelin, les victimes de crime, les militaires et j'en passe est devenu une habitude du gouvernement Harper. Une manie qui évacue tout débat sérieux sur des enjeux pourtant cruciaux.

Ainsi, peu importe qu'à peu près tous les pays qui envisagent d'acheter des chasseurs F-35 manifestent aujourd'hui des doutes, le gouvernement Harper attribue ceux de l'opposition à une aversion générale pour tout ce qui est achat militaire. Au député néodémocrate Peter Julian qui demandait si «le premier ministre [allait] enfin réévaluer la participation du Canada au fiasco des F-35», l'invitant à «faire marche arrière», le ministre du Patrimoine, James Moore, lui répondait au nom du premier ministre lundi que «le NPD ne croit tout simplement pas qu'il est nécessaire de s'assurer que les Forces canadiennes disposent de l'équipement dont elles ont besoin pour mener à bien les missions qui leur sont confiées par le Parlement».

De retour de la Chine, Stephen Harper a évité de s'aventurer sur ce terrain hier quand la chef intérimaire du NPD, Nycole Turmel, l'a interrogé sur la flambée possible des coûts: «Il y a un budget pour cela. Le gouvernement a été clair. Il opérera à l'intérieur de ces limites budgétaires et nous allons nous assurer que nos hommes et nos femmes en uniforme aient le meilleur équipement lorsque nos avions actuels atteindront la fin de leur vie utile.»

***

Voilà qui n'avance guère le débat. Tous les partis aux Communes veulent que les forces armées aient l'équipement approprié à leurs missions, mais à un prix acceptable. Ils ne sont pas convaincus que le F-35 répond à ces deux conditions.

Et dans le contexte actuel, il faut se demander si le gouvernement est une véritable autruche ou s'il refuse tout simplement de faire preuve de transparence et de partager avec les Canadiens et le Parlement sa réflexion sur le sujet. Il est difficile de croire qu'il ne prend pas note des revers, retards et ratés qui affectent le programme de développement du F-35.

Pas plus tard que lundi, le Pentagone annonçait qu'il achèterait 13 avions de combat de moins, pour une économie de 1,6 milliard de dollars. Il confirmait aussi qu'il repoussait de cinq ans la livraison de 179 chasseurs F-35 afin d'économiser 15,1 milliards de dollars. Il s'agissait du troisième report du genre de la part du Pentagone, le plus gros client de Lockheed Martin pour le fameux chasseur.

Hier, c'était l'Italie qui annonçait la réduction de ses dépenses militaires, ce qui signifierait, selon le quotidien Il Sole 24 Ore, l'achat d'une quarantaine de chasseurs de moins. Et l'Italie n'est que le dernier pays en date à avoir revu à la baisse sa commande de chasseurs depuis un an. La Grande-Bretagne, l'Australie, la Turquie l'ont fait. Les Pays-Bas et la Norvège, eux, ont reporté à plus tard des décisions concernant leur plan d'achat.

Cela n'est pas sans effet, au dire même du dirigeant du programme F-35 de Lockheed Martin, Tom Burbage. Il confirmait hier, à Oslo, que le ralentissement des livraisons à l'aviation américaine entraînerait une hausse du coût moyen de tous les appareils, rapportait l'agence Reuters.

Tous les pays qui contribuent financièrement au développement du F-35 — les États-Unis, le Canada, la Grande-Bretagne, le Danemark, la Norvège, l'Italie, l'Australie, la Turquie et les Pays-Bas — se retrouveront d'ici la fin de mars en Australie pour faire le point avec Lockheed Martin. Et d'ici là, le Canada a prévu une rencontre des partenaires à son ambassade à Washington pour faire le point. Ces réunions ne sont sûrement pas conviées parce que tout baigne dans l'huile.

***

Le Canada joue gros. Il calculait au départ que la production du F-35 atteindrait sa vitesse de croisière en 2016-2023, au même moment où il comptait faire l'achat des appareils. Si tel était le cas, cela lui assurerait un meilleur prix par appareil. Mais le programme a pris du retard et la mise au point de l'appareil connaît des ratés. Ajoutez à cela les reports du Pentagone et la diminution des commandes de certains pays et tout est chamboulé, y compris le prix, que plus personne n'est capable de déterminer.

Le Canada compte sur ce chasseur pour remplacer ses CF-18 vieillissants. Ces derniers ne pourront continuer à voler encore longtemps sans subir une coûteuse mise à niveau. S'il ne veut pas les remettre à neuf et si aucune solution de rechange au F-35 n'est envisagée, le Canada pourrait se retrouver à devoir acheter à très fort prix un avion qui n'aura pas encore fait ses preuves.

Malgré cela, le gouvernement refuse de faire le point publiquement, au Parlement ou ailleurs. On parle pourtant d'un des plus gros contrats militaires de l'histoire canadienne, qui pourrait être accordé par ailleurs sans appel d'offres et coûter entre 16 milliards de dollars, selon le gouvernement, et près de 30 milliards de dollars, selon le directeur parlementaire du budget.

Aucun contrat n'a encore été signé entre le Canada et Lockheed Martin, malgré l'impression inverse que le gouvernement aime créer. Tout ce qui les lie est une lettre d'intention. Rien n'empêcherait le Canada de reculer pour lancer un appel d'offres et trouver un autre avion, si nécessaire. Le fameux plan B que lui demandent en vain depuis des mois l'opposition et un nombre croissant d'experts.
 
 
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  • François Gagnon - Inscrit
    15 février 2012 05 h 39
    Autre époque, autres critères
    Intéressant que pour les F-18 il était important à l'époque que ce soit un bi-moteurs en raison de l'hostilité de notre territoire Canadien.

    Aujourd'hui un F-35 Mono-moteur est adéquat...Qu'est-ce qui a changé sur notre territoire pour le rendre moins hostile ? L'extraction réussie de pilotes qui se sont éjectés est toujours aussi difficile dans notre Nord Canadien.

    Au fond les mêmes pattern que pour le Arrow des années '50 avec encore les conservateurs un peu trop à l'écoute des ordres venant du Sud.

    Les coupes annoncés sur les pensions de TOUS les Canadiens sont probablement en prévision de la couverture des dépassements garanties de ce programme.
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  • Jean Tremble - Inscrit
    15 février 2012 07 h 30
    << (…) Le Arrow des années 50…>>

    .
    Si le gouvernement conservateur de Diefenbaker n’avait pas mis fin abruptement au projet du Avro CF-105 Arrow en détruisant les plans ainsi que les prototypes de cet avion prometteur, peut-être qu’aujourd’hui ce serait les USA qui achèteraient des chasseurs d’avant-garde au Canada…
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  • François Dugal - Abonné
    15 février 2012 08 h 12
    Plan D
    Solution de rechange: le F-18 D (et le E biplace) fabriqués par Boeing.
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  • oracle - Abonné
    15 février 2012 08 h 54
    Que faisait -on au temps chaud ?
    La question des F35 s'est posée dans toute son acuité bien avant cette journée électorale fatale qui a ramené Mr Harper au pouvoir avec dans les mains une "bate" majoritaire. À cette époque-là même le Bloc Québécois n'en avait d'yeux que pour "la part du Québec" de ce "fabuleux contrat" de 39 milliards. Serait-ce par hasard la raison qui aurait porté la presse québécoise dans sa grande majorité à considérer Mr Duceppe plus dangereux que son vis-à-vis conservateur, avec toutes les conséquences que certains Canadiens déplorent si amèrement aujourd'hui ?

    Pierre-Michel Sajous
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  • Sebas124 - Abonné
    15 février 2012 09 h 50
    @Francois Dugal
    Exactement, les conservateurs se servent du manque de connaissance des gens pour faire avaler que les F18 sont de vieux avions sans spécifier que c'est une ligne de produit qui continue d'évoluer...Et c'est le Plan A du US Marine Corps en passant...

    J'ai aussi entendu que la furtivité de ces appariels n'est pas très fonctionelle contre les radars Russe et envers qui on va en avoir besoin potentiellement dans l'actique? Enfin, pourquoi avoir autant d'apparels furtifs si l'objectif premier est de défendre notre territoire. Les appareils furtifs sont des instruments de premières frappes pour détruite les instruments radars des adversaires...

    Les seules raisons d'avoir ces appareils est politique.

    Sébastien
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  • Bernard Terreault - Abonné
    15 février 2012 10 h 32
    Etes-vous sérieux ?
    Pensez-vous réellement que quelque grande puissance va de sitôt envahir le Canada, et que, même si c'était vrai, que le Canada ferait le poids devant les USA, la Russie ou la Chine ? Ils n'ont pas besoin de nous envahir, ils nous ont déjà achetés ! (nos mines et notre bitume). Tout ça c'est des joujoux pour des militaires qui s'ennuient. Pourquoi pas leur acheter des Ferrari plutôt, elle coûtent moins d'un million chaque, et ils peuvent s'en servir pour aller faire leur épicerie.
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  • Jean Tremble - Inscrit
    15 février 2012 13 h 27
    Breguet 270 A2
    Si dans ce concours l’esthétisme était en lice…
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  • northernbud - Inscrit
    15 février 2012 17 h 47
    Par pitié...
    ... Mr Terreault ne leur en donnez pas l'idée : ils vont le faire !

    Blague à part, bien triste constat encore une fois d'un gouvernement idiotement idéologique. Pendant ce temps, ils coupent dans les programmes sociaux pour faire plaisir à leur base de "libère t'as rien" sans aucune analyse, compassion ou quelconque bon sens.

    Ils vont sauver une piastre ici et là mais en flamber 10 ailleurs.
    C'est long en maudit 4 ans à regarder une bande de vadales massacrer le pays !
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  • Patrick Bougrelle - Inscrit
    16 février 2012 10 h 00
    Léser le Québec plutôt que de soutenir les conservateurs
    Quiconque nie qu'il existe au NPD "une aversion générale pour tout ce qui est achat militaire" est hypocrite ou n'a jamais échangé avec un électeur de ce parti (ni lu les forums du Devoir...)
    Je peux attester que tous les électeurs du NPD que je connais sont résolument pacifistes, antimilitaristes, et s'opposent à l'achat de F-35 non pour consacrer l'argent non pas à un meilleur programme, mais à des programmes "sociaux" (car chacun sait que les États qui irriguent leur population de programmes sociaux deviennent des paradis terrestres...)

    Par ailleurs il ne faut pas confondre l'achat d'avions de combat avec celui d'autobus, ni le Canada avec l'Inde.
    - Il y a un enjeu technologique majeur à fabriquer des avions de combat, et
    - le Canada est un pays avancé.
    Il ne peut pas se contenter de transferts de technologie comme l'Inde avec le Rafale, avion développé voici 20 ans (et pour bien moins cher que l'EFA, car les coopérations internationales entraînent toujours des surcoûts majeurs, voir aussi l'A400M ou, bien sûr, le F-35).
    Bref le Canada paie plus cher pour participer, et donc obtenir des retombées industrielles et technologiques, dont le Québec serait le principal bénéficiaire.
    Les socialistes préfèrent arroser leurs obligés et leur électorat; et les conservateurs, équiper notre armée en investissant dans nos compétences.
    Investissements qui consolideront notre indépendance, notre industrie, et notre économie: Des emplois bien rémunérés plutôt que de l'assistanat stérile. Le long terme plutôt que l'immédiat.

    En comme à chaque fois que les idées conservatrices coïncident avec l'intérêt du Québec (je dirais même intérêt supérieur), on voit les indépendantistes de gauche (pléonasme ?) choisir comme un seul homme de léser le QUébec plutôt que de s'allier aux conservateurs...
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