Turbulences pour un F-35
Accuser ses critiques d'être contre la veuve, l'orphelin, les victimes de crime, les militaires et j'en passe est devenu une habitude du gouvernement Harper. Une manie qui évacue tout débat sérieux sur des enjeux pourtant cruciaux.
Ainsi, peu importe qu'à peu près tous les pays qui envisagent d'acheter des chasseurs F-35 manifestent aujourd'hui des doutes, le gouvernement Harper attribue ceux de l'opposition à une aversion générale pour tout ce qui est achat militaire. Au député néodémocrate Peter Julian qui demandait si «le premier ministre [allait] enfin réévaluer la participation du Canada au fiasco des F-35», l'invitant à «faire marche arrière», le ministre du Patrimoine, James Moore, lui répondait au nom du premier ministre lundi que «le NPD ne croit tout simplement pas qu'il est nécessaire de s'assurer que les Forces canadiennes disposent de l'équipement dont elles ont besoin pour mener à bien les missions qui leur sont confiées par le Parlement».
De retour de la Chine, Stephen Harper a évité de s'aventurer sur ce terrain hier quand la chef intérimaire du NPD, Nycole Turmel, l'a interrogé sur la flambée possible des coûts: «Il y a un budget pour cela. Le gouvernement a été clair. Il opérera à l'intérieur de ces limites budgétaires et nous allons nous assurer que nos hommes et nos femmes en uniforme aient le meilleur équipement lorsque nos avions actuels atteindront la fin de leur vie utile.»
***
Voilà qui n'avance guère le débat. Tous les partis aux Communes veulent que les forces armées aient l'équipement approprié à leurs missions, mais à un prix acceptable. Ils ne sont pas convaincus que le F-35 répond à ces deux conditions.
Et dans le contexte actuel, il faut se demander si le gouvernement est une véritable autruche ou s'il refuse tout simplement de faire preuve de transparence et de partager avec les Canadiens et le Parlement sa réflexion sur le sujet. Il est difficile de croire qu'il ne prend pas note des revers, retards et ratés qui affectent le programme de développement du F-35.
Pas plus tard que lundi, le Pentagone annonçait qu'il achèterait 13 avions de combat de moins, pour une économie de 1,6 milliard de dollars. Il confirmait aussi qu'il repoussait de cinq ans la livraison de 179 chasseurs F-35 afin d'économiser 15,1 milliards de dollars. Il s'agissait du troisième report du genre de la part du Pentagone, le plus gros client de Lockheed Martin pour le fameux chasseur.
Hier, c'était l'Italie qui annonçait la réduction de ses dépenses militaires, ce qui signifierait, selon le quotidien Il Sole 24 Ore, l'achat d'une quarantaine de chasseurs de moins. Et l'Italie n'est que le dernier pays en date à avoir revu à la baisse sa commande de chasseurs depuis un an. La Grande-Bretagne, l'Australie, la Turquie l'ont fait. Les Pays-Bas et la Norvège, eux, ont reporté à plus tard des décisions concernant leur plan d'achat.
Cela n'est pas sans effet, au dire même du dirigeant du programme F-35 de Lockheed Martin, Tom Burbage. Il confirmait hier, à Oslo, que le ralentissement des livraisons à l'aviation américaine entraînerait une hausse du coût moyen de tous les appareils, rapportait l'agence Reuters.
Tous les pays qui contribuent financièrement au développement du F-35 — les États-Unis, le Canada, la Grande-Bretagne, le Danemark, la Norvège, l'Italie, l'Australie, la Turquie et les Pays-Bas — se retrouveront d'ici la fin de mars en Australie pour faire le point avec Lockheed Martin. Et d'ici là, le Canada a prévu une rencontre des partenaires à son ambassade à Washington pour faire le point. Ces réunions ne sont sûrement pas conviées parce que tout baigne dans l'huile.
***
Le Canada joue gros. Il calculait au départ que la production du F-35 atteindrait sa vitesse de croisière en 2016-2023, au même moment où il comptait faire l'achat des appareils. Si tel était le cas, cela lui assurerait un meilleur prix par appareil. Mais le programme a pris du retard et la mise au point de l'appareil connaît des ratés. Ajoutez à cela les reports du Pentagone et la diminution des commandes de certains pays et tout est chamboulé, y compris le prix, que plus personne n'est capable de déterminer.
Le Canada compte sur ce chasseur pour remplacer ses CF-18 vieillissants. Ces derniers ne pourront continuer à voler encore longtemps sans subir une coûteuse mise à niveau. S'il ne veut pas les remettre à neuf et si aucune solution de rechange au F-35 n'est envisagée, le Canada pourrait se retrouver à devoir acheter à très fort prix un avion qui n'aura pas encore fait ses preuves.
Malgré cela, le gouvernement refuse de faire le point publiquement, au Parlement ou ailleurs. On parle pourtant d'un des plus gros contrats militaires de l'histoire canadienne, qui pourrait être accordé par ailleurs sans appel d'offres et coûter entre 16 milliards de dollars, selon le gouvernement, et près de 30 milliards de dollars, selon le directeur parlementaire du budget.
Aucun contrat n'a encore été signé entre le Canada et Lockheed Martin, malgré l'impression inverse que le gouvernement aime créer. Tout ce qui les lie est une lettre d'intention. Rien n'empêcherait le Canada de reculer pour lancer un appel d'offres et trouver un autre avion, si nécessaire. Le fameux plan B que lui demandent en vain depuis des mois l'opposition et un nombre croissant d'experts.
Ainsi, peu importe qu'à peu près tous les pays qui envisagent d'acheter des chasseurs F-35 manifestent aujourd'hui des doutes, le gouvernement Harper attribue ceux de l'opposition à une aversion générale pour tout ce qui est achat militaire. Au député néodémocrate Peter Julian qui demandait si «le premier ministre [allait] enfin réévaluer la participation du Canada au fiasco des F-35», l'invitant à «faire marche arrière», le ministre du Patrimoine, James Moore, lui répondait au nom du premier ministre lundi que «le NPD ne croit tout simplement pas qu'il est nécessaire de s'assurer que les Forces canadiennes disposent de l'équipement dont elles ont besoin pour mener à bien les missions qui leur sont confiées par le Parlement».
De retour de la Chine, Stephen Harper a évité de s'aventurer sur ce terrain hier quand la chef intérimaire du NPD, Nycole Turmel, l'a interrogé sur la flambée possible des coûts: «Il y a un budget pour cela. Le gouvernement a été clair. Il opérera à l'intérieur de ces limites budgétaires et nous allons nous assurer que nos hommes et nos femmes en uniforme aient le meilleur équipement lorsque nos avions actuels atteindront la fin de leur vie utile.»
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Voilà qui n'avance guère le débat. Tous les partis aux Communes veulent que les forces armées aient l'équipement approprié à leurs missions, mais à un prix acceptable. Ils ne sont pas convaincus que le F-35 répond à ces deux conditions.
Et dans le contexte actuel, il faut se demander si le gouvernement est une véritable autruche ou s'il refuse tout simplement de faire preuve de transparence et de partager avec les Canadiens et le Parlement sa réflexion sur le sujet. Il est difficile de croire qu'il ne prend pas note des revers, retards et ratés qui affectent le programme de développement du F-35.
Pas plus tard que lundi, le Pentagone annonçait qu'il achèterait 13 avions de combat de moins, pour une économie de 1,6 milliard de dollars. Il confirmait aussi qu'il repoussait de cinq ans la livraison de 179 chasseurs F-35 afin d'économiser 15,1 milliards de dollars. Il s'agissait du troisième report du genre de la part du Pentagone, le plus gros client de Lockheed Martin pour le fameux chasseur.
Hier, c'était l'Italie qui annonçait la réduction de ses dépenses militaires, ce qui signifierait, selon le quotidien Il Sole 24 Ore, l'achat d'une quarantaine de chasseurs de moins. Et l'Italie n'est que le dernier pays en date à avoir revu à la baisse sa commande de chasseurs depuis un an. La Grande-Bretagne, l'Australie, la Turquie l'ont fait. Les Pays-Bas et la Norvège, eux, ont reporté à plus tard des décisions concernant leur plan d'achat.
Cela n'est pas sans effet, au dire même du dirigeant du programme F-35 de Lockheed Martin, Tom Burbage. Il confirmait hier, à Oslo, que le ralentissement des livraisons à l'aviation américaine entraînerait une hausse du coût moyen de tous les appareils, rapportait l'agence Reuters.
Tous les pays qui contribuent financièrement au développement du F-35 — les États-Unis, le Canada, la Grande-Bretagne, le Danemark, la Norvège, l'Italie, l'Australie, la Turquie et les Pays-Bas — se retrouveront d'ici la fin de mars en Australie pour faire le point avec Lockheed Martin. Et d'ici là, le Canada a prévu une rencontre des partenaires à son ambassade à Washington pour faire le point. Ces réunions ne sont sûrement pas conviées parce que tout baigne dans l'huile.
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Le Canada joue gros. Il calculait au départ que la production du F-35 atteindrait sa vitesse de croisière en 2016-2023, au même moment où il comptait faire l'achat des appareils. Si tel était le cas, cela lui assurerait un meilleur prix par appareil. Mais le programme a pris du retard et la mise au point de l'appareil connaît des ratés. Ajoutez à cela les reports du Pentagone et la diminution des commandes de certains pays et tout est chamboulé, y compris le prix, que plus personne n'est capable de déterminer.
Le Canada compte sur ce chasseur pour remplacer ses CF-18 vieillissants. Ces derniers ne pourront continuer à voler encore longtemps sans subir une coûteuse mise à niveau. S'il ne veut pas les remettre à neuf et si aucune solution de rechange au F-35 n'est envisagée, le Canada pourrait se retrouver à devoir acheter à très fort prix un avion qui n'aura pas encore fait ses preuves.
Malgré cela, le gouvernement refuse de faire le point publiquement, au Parlement ou ailleurs. On parle pourtant d'un des plus gros contrats militaires de l'histoire canadienne, qui pourrait être accordé par ailleurs sans appel d'offres et coûter entre 16 milliards de dollars, selon le gouvernement, et près de 30 milliards de dollars, selon le directeur parlementaire du budget.
Aucun contrat n'a encore été signé entre le Canada et Lockheed Martin, malgré l'impression inverse que le gouvernement aime créer. Tout ce qui les lie est une lettre d'intention. Rien n'empêcherait le Canada de reculer pour lancer un appel d'offres et trouver un autre avion, si nécessaire. Le fameux plan B que lui demandent en vain depuis des mois l'opposition et un nombre croissant d'experts.
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