«J'ai voulu réveiller les gens», dit Justin Trudeau
Le député libéral a provoqué des vagues en déclarant dimanche qu'un Canada trop à droite pourrait l'inciter à «vouloir faire du Québec un pays»
Photo : Fred Chartrand The Canadian Press
Justin Trudeau s’adressant à des journalistes à l’extérieur de la Chambre des communes le 8 février dernier. Hier, il a été forcé de défendre son attachement au Canada après avoir laissé entendre, dimanche, que la souveraineté du Québec pourrait être une solution si le Canada devenait trop à droite.
Justin Trudeau serait-il un «closet separatist»? Pas exactement, mais le député libéral a provoqué bien des vagues, hier, après avoir soutenu qu'il pourrait «songer à vouloir faire du Québec un pays» si jamais le Canada s'éloigne trop de l'héritage trudeauiste pour embrasser la voie de droite dessinée par Stephen Harper.
«Je dis toujours que si, un moment donné, je croyais que le Canada, c'était vraiment le Canada de Stephen Harper, et qu'on s'en allait contre l'avortement, contre le mariage gai, qu'on retourne en arrière de 10 000 façons différentes, peut-être que je songerais à vouloir faire du Québec un pays. Oh oui. Absolument», a lancé M. Trudeau au cours d'une entrevue d'une quinzaine de minutes diffusée à l'émission Dessine-moi un dimanche, à la radio de Radio-Canada.
Le fils de l'ancien premier ministre estime que le Canada «s'en va trop vers la droite», et cette situation «l'attriste énormément». Dans ce contexte, M. Trudeau a vanté les valeurs québécoises, où il y a une «façon de voir la responsabilité sociale, l'ouverture envers l'autre, une fierté culturelle, qui est nécessaire pour le Canada» et qui pourrait «remettre le Canada sur le droit chemin», pense-t-il.
Sur le réseau social Twitter — où le sujet a été abondamment discuté tout au long de la journée d'hier —, M. Trudeau a ajouté que le «Canada a besoin du Québec pour contrebalancer la vision de Stephen Harper que moi et plusieurs autres ne supportons pas».
Ces déclarations ont valu au fils de l'ancien premier ministre des réactions cinglantes qui l'ont forcé à défendre son attachement au Canada en fin de journée. Il est ainsi apparu excédé après la période de questions, jugeant «ridicule» l'interprétation que plusieurs ont faite de ses paroles.
Sur un ton dramatique et émotif, il a de nouveau soutenu que les valeurs communes du Canada ne sont pas celles des conservateurs. «Ce pays est un pays d'ouverture, de respect, de compassion, un État de droit et de liberté», a-t-il martelé. Or, il perçoit un «Canada qui devient mesquin, petit d'esprit, fermé, anti-intellectuel, qui prône la division. Excusez, mais je ne reconnais pas ce pays. Et des millions de Canadiens ne reconnaissent pas ce pays.»
Avant de partir précipitamment, il a lancé que «les Canadiens ne devraient pas se demander si Justin Trudeau veut [la séparation du Québec]. Bien sûr que non! Mais est-ce que Justin Trudeau va se battre jusqu'à son dernier souffle pour s'assurer que le Canada demeure le Canada que nous savons qu'il peut être? Absolument!»
Plus tard, sur les ondes de la CBC, M. Trudeau a expliqué avoir voulu «dire les choses de la manière la plus provocante pour réveiller les gens».
Séparatiste ou pas?
En Chambre, les conservateurs l'avaient piqué au vif en soutenant que «le député de Papineau a grandi en entendant parler d'un Canada uni et fort, mais qu'il est maintenant en faveur de l'indépendance du Québec», selon les mots du député manitobain Merv Tweed, qui l'a sommé de clarifier sa pensée.
Au NPD, le député Alexandre Boulerice — voisin de circonscription de M. Trudeau — s'est amusé de la situation. «C'est tellement trop ironique d'avoir le nom de famille Trudeau et [le mot] souverainiste dans la même phrase», a-t-il dit.
Mais «sur le fond», M. Boulerice est d'accord avec son collègue pour dire que le chemin pris par le gouvernement «est très inquiétant. En une semaine, ils ont justifié la torture, ils ont ouvert le débat sur l'avortement, ils ont ouvert le débat sur la peine de mort, ils ont incité des prisonniers à se suicider. Ce gouvernement-là est rétrograde et il va dans le mauvais sens. Alors, c'est sûr que ça donne un message qui est inquiétant pour tout le monde», estime-t-il.
Le chef du Bloc québécois, Daniel Paillé, a quant à lui affirmé «ne pas en avoir cru [ses] oreilles» quand il a entendu M. Trudeau faire ses commentaires dimanche matin. L'interprétation du député libéral rejoint en partie celle mise de l'avant par M. Paillé durant sa campagne à la chefferie.
«Depuis le 2 mai, nous ne sommes plus seuls à ne pas nous reconnaître dans ce Canada du Reform Party, disait-il le 11 décembre. Même les fédéralistes les plus ardents, comme Jean-Marc Fournier, n'en reviennent pas de se faire traiter comme des moins que rien par Ottawa.» Un mois plus tôt, il soutenait qu'en «2015, bon nombre de Québécois ne se retrouveront plus dans le Canada, et l'indépendance sera alors plus que jamais nécessaire».
Mais ce qui est un souhait chez M. Paillé est plutôt présenté comme une crainte par Justin Trudeau, et le chef du Bloc l'a bien noté. «Mais quand il dit qu'il pourrait songer à un Québec souverain, ça veut dire qu'il croit que c'est possible et probable. Je veux maintenant l'aider à convenir que ce serait préférable...»
***
Trudeau père, nationaliste
Les propos de Justin Trudeau ont rappelé que son père a déjà été un ardent nationaliste québécois, comme l'indiquent deux biographies de Pierre Elliott Trudeau publiées ces dernières années (par Max et Monique Nemni, et par John English). Dans les années 40, le futur premier ministre a ainsi été «très, très nationaliste, même séparatiste, un peu antisémite, un peu de droite», soutiennent notamment les Nemni.
«Je dis toujours que si, un moment donné, je croyais que le Canada, c'était vraiment le Canada de Stephen Harper, et qu'on s'en allait contre l'avortement, contre le mariage gai, qu'on retourne en arrière de 10 000 façons différentes, peut-être que je songerais à vouloir faire du Québec un pays. Oh oui. Absolument», a lancé M. Trudeau au cours d'une entrevue d'une quinzaine de minutes diffusée à l'émission Dessine-moi un dimanche, à la radio de Radio-Canada.
Le fils de l'ancien premier ministre estime que le Canada «s'en va trop vers la droite», et cette situation «l'attriste énormément». Dans ce contexte, M. Trudeau a vanté les valeurs québécoises, où il y a une «façon de voir la responsabilité sociale, l'ouverture envers l'autre, une fierté culturelle, qui est nécessaire pour le Canada» et qui pourrait «remettre le Canada sur le droit chemin», pense-t-il.
Sur le réseau social Twitter — où le sujet a été abondamment discuté tout au long de la journée d'hier —, M. Trudeau a ajouté que le «Canada a besoin du Québec pour contrebalancer la vision de Stephen Harper que moi et plusieurs autres ne supportons pas».
Ces déclarations ont valu au fils de l'ancien premier ministre des réactions cinglantes qui l'ont forcé à défendre son attachement au Canada en fin de journée. Il est ainsi apparu excédé après la période de questions, jugeant «ridicule» l'interprétation que plusieurs ont faite de ses paroles.
Sur un ton dramatique et émotif, il a de nouveau soutenu que les valeurs communes du Canada ne sont pas celles des conservateurs. «Ce pays est un pays d'ouverture, de respect, de compassion, un État de droit et de liberté», a-t-il martelé. Or, il perçoit un «Canada qui devient mesquin, petit d'esprit, fermé, anti-intellectuel, qui prône la division. Excusez, mais je ne reconnais pas ce pays. Et des millions de Canadiens ne reconnaissent pas ce pays.»
Avant de partir précipitamment, il a lancé que «les Canadiens ne devraient pas se demander si Justin Trudeau veut [la séparation du Québec]. Bien sûr que non! Mais est-ce que Justin Trudeau va se battre jusqu'à son dernier souffle pour s'assurer que le Canada demeure le Canada que nous savons qu'il peut être? Absolument!»
Plus tard, sur les ondes de la CBC, M. Trudeau a expliqué avoir voulu «dire les choses de la manière la plus provocante pour réveiller les gens».
Séparatiste ou pas?
En Chambre, les conservateurs l'avaient piqué au vif en soutenant que «le député de Papineau a grandi en entendant parler d'un Canada uni et fort, mais qu'il est maintenant en faveur de l'indépendance du Québec», selon les mots du député manitobain Merv Tweed, qui l'a sommé de clarifier sa pensée.
Au NPD, le député Alexandre Boulerice — voisin de circonscription de M. Trudeau — s'est amusé de la situation. «C'est tellement trop ironique d'avoir le nom de famille Trudeau et [le mot] souverainiste dans la même phrase», a-t-il dit.
Mais «sur le fond», M. Boulerice est d'accord avec son collègue pour dire que le chemin pris par le gouvernement «est très inquiétant. En une semaine, ils ont justifié la torture, ils ont ouvert le débat sur l'avortement, ils ont ouvert le débat sur la peine de mort, ils ont incité des prisonniers à se suicider. Ce gouvernement-là est rétrograde et il va dans le mauvais sens. Alors, c'est sûr que ça donne un message qui est inquiétant pour tout le monde», estime-t-il.
Le chef du Bloc québécois, Daniel Paillé, a quant à lui affirmé «ne pas en avoir cru [ses] oreilles» quand il a entendu M. Trudeau faire ses commentaires dimanche matin. L'interprétation du député libéral rejoint en partie celle mise de l'avant par M. Paillé durant sa campagne à la chefferie.
«Depuis le 2 mai, nous ne sommes plus seuls à ne pas nous reconnaître dans ce Canada du Reform Party, disait-il le 11 décembre. Même les fédéralistes les plus ardents, comme Jean-Marc Fournier, n'en reviennent pas de se faire traiter comme des moins que rien par Ottawa.» Un mois plus tôt, il soutenait qu'en «2015, bon nombre de Québécois ne se retrouveront plus dans le Canada, et l'indépendance sera alors plus que jamais nécessaire».
Mais ce qui est un souhait chez M. Paillé est plutôt présenté comme une crainte par Justin Trudeau, et le chef du Bloc l'a bien noté. «Mais quand il dit qu'il pourrait songer à un Québec souverain, ça veut dire qu'il croit que c'est possible et probable. Je veux maintenant l'aider à convenir que ce serait préférable...»
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Trudeau père, nationaliste
Les propos de Justin Trudeau ont rappelé que son père a déjà été un ardent nationaliste québécois, comme l'indiquent deux biographies de Pierre Elliott Trudeau publiées ces dernières années (par Max et Monique Nemni, et par John English). Dans les années 40, le futur premier ministre a ainsi été «très, très nationaliste, même séparatiste, un peu antisémite, un peu de droite», soutiennent notamment les Nemni.
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