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Projet de loi C-30 - Vic Toews comprend-il sa loi?

Le ministre semble sous-estimer les pouvoirs d'enquête des policiers

Hélène Buzzetti   20 février 2012  Canada
En entrevue avec Evan Solomon du réseau CBC, samedi, le ministre Vic Toews a été appelé à répondre aux craintes exprimées par deux commissaires à la vie privée du pays à propos de son projet de loi.
Photo : Agence Reuters Patrick Doyle
En entrevue avec Evan Solomon du réseau CBC, samedi, le ministre Vic Toews a été appelé à répondre aux craintes exprimées par deux commissaires à la vie privée du pays à propos de son projet de loi.
Ottawa — Le ministre de la Sécurité publique, Vic Toews, ne semble pas comprendre les ramifications de sa propre loi C-30 accordant de nouveaux pouvoirs d'enquête relatifs à Internet. Il a semblé ignorer que les pouvoirs pourraient être utilisés par les policiers, qu'une enquête criminelle soit en cours ou non.

En entrevue avec Evan Solomon du réseau CBC, samedi, le ministre a été appelé à répondre aux craintes exprimées par deux commissaires à la vie privée du pays à propos de son projet de loi. Les commissaires, lui a rappelé le journaliste, déplorent que les policiers aient le pouvoir d'exiger des informations personnelles sur les internautes, qu'un acte criminel ait été commis ou pas. Le ministre Toews a soutenu que tel n'était pas le cas.

«Ce que nous avons fait, c'est mettre en place un cadre légal qui exige, je crois, de l'imputabilité de la part des policiers et qui [les oblige] à se concentrer sur des enquêtes criminelles», a répondu M. Toews. Lorsque le journaliste est revenu à la charge sur le risque que des citoyens respectueux des lois se fassent prendre dans les mailles de ce nouveau filet policier, Vic Toews a réitéré: «Cette demande [d'informations] est spécifiquement reliée à une enquête concernant un acte criminel précis.»

Or, le projet de loi C-30 dit tout autre chose. L'article 16 obligera tout fournisseur de services Internet à transmettre aux agents qui le leur demandent les informations personnelles sur un client (nom, adresse, adresse courriel, etc.), et ce, sans mandat d'un juge. Nulle part cet article ne précise que cette demande doit être reliée à une enquête à propos d'un acte criminel commis ou sur le point de l'être. Bref, les policiers pourront utiliser ce pouvoir pour retracer un internaute ayant diffusé de la pornographie juvénile, mais ils pourraient aussi l'utiliser, craignent les détracteurs de C-30, pour identifier par exemple un internaute ayant visité un site environnemental légal, mais très critique du gouvernement.

Si un doute subsistait encore à la lecture de l'article 16 du projet de loi, l'article suivant démontre par déduction que ces balises n'existent pas. En effet, C-30 accorde seulement à des «personnes désignées» (cinq par corps policier) le droit de demander ces informations aux fournisseurs Internet, mais l'article 17 étend ce pouvoir à n'importe quel policier dans des «circonstances exceptionnelles», c'est-à-dire si un crime est sur le point d'être commis. C'est donc dire que les personnes désignées, elles, peuvent les demander en toutes circonstances.

L'adjoint du ministre Toews, Michael Patton, a évité de clarifier la position de son ministre. Il s'est contenté de rappeler que le projet de loi ne permet pas d'intercepter des courriels sans mandat.

À l'heure actuelle, il arrive déjà que les fournisseurs Internet transmettent des informations sur leurs clients sans que les forces policières aient un mandat, mais les pratiques ne sont pas uniformes d'un fournisseur à l'autre. Ottawa veut rendre obligatoire leur coopération.

Policiers, agents du Service canadien du renseignement de sécurité et ceux du Bureau de la concurrence jouiront du nouveau pouvoir. Toutes les demandes de renseignements sans mandat devront être consignées et justifiées dans un registre. Les organismes devront procéder «régulièrement» à une vérification de ce registre qui sera ensuite transmise aux commissaires à la vie privée les régissant. Le gouvernement estime qu'il s'agit du meilleur rempart contre le zèle policier.

La police appelée

Par ailleurs, le ministre Toews a demandé à la police d'enquêter sur des menaces de nature criminelle qu'il aurait reçues. Notons qu'un nouveau groupe contestant le projet de loi C-30 a fait son apparition sur YouTube cette fin de semaine: Anonymous. Les deux vidéos qui lui sont attribuées donnent la chair de poule. Sur une musique de fin du monde, on entend une voix féminine robotisée reprocher au ministre de ne pas avoir écouté les avertissements passés concernant son projet de loi.

«L'hypocrite que vous êtes sera démasqué: un homme qui croit qu'enregistrer une arme létale est un accroc à la vie privée, mais qui demande que les informations du public soient fournies aux autorités pour utilisation. Un homme qui déclare que le mariage et la famille sont sacrés, mais qui commet l'adultère et met enceinte sa maîtresse et abandonne ensuite son enfant. Un homme qui demande que le pays espionne les activités privées des Canadiens, mais qui requiert une enquête parlementaire lorsque des informations de nature publique à propos de sa propre vie privée sont diffusées. M. Toews, vous êtes la risée non seulement d'Internet, mais du public canadien et du monde.»

Le message se termine par cet avertissement: «Nous sommes Anonymous. Nous sommes Légion. Nous ne pardonnons pas. Nous n'oublions pas. Préparez-vous à nous.»

Plus tôt cette semaine, un internaute anonyme avait utilisé Twitter pour disséminer les détails (déjà publics) croustillants du divorce de M. Toews. Le compte, qui a depuis été relié à une adresse IP émanant de la Chambre des communes, a cessé ses activités vendredi soir. Le gouvernement conservateur a demandé au président de la Chambre de faire enquête pour trouver qui se trouve derrière, tout en se disant persuadé que c'est quelqu'un du NPD.
 
 
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  • Pierre Sabourin - Abonné
    20 février 2012 00 h 57
    Vic Toews n'a pas lu le projet de loi et utilisent le sophisme du faux dilemme.
    Incroyable mais vrai, Vic Toews a rester bete en apprenant le contenut du bill qu'il ose essayer de nous vendre avec le sophisme du faux dilemme.

    http://en.m.wikipedia.org/wiki/False_dilemma

    Il n'y a pas de si tu n'est pas avec moi tu est un pedophile… il y a d'autre solutions pour prendre action contre les prédateurs sexuelle et de dire des parole répugnante comme ca tient de l'erreur du faux dilemme. De prendre le probleme des abuseurs en ligne comme excuse pour ce justifier derriere une brèche extremement grave de notre vie privé est incensé. Heureusement qu'il y a quelqu'un qui a lu le projet de loi pour que tu te rend compte ce que ca voulais dire.

    A ce niveau d'incompetence, c'est a ce demander quels autres projets de loi on t'il pas lu….kyoto? (Interjection!)
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  •  
  • Daniel Hémond - Inscrit
    20 février 2012 04 h 17
    Tip Toews
    Les hypocrites seront confondus...dus...dus.
    Mdr... Le ministre doit se mordre la moustache...
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  •  
  • Fabien Nadeau - Inscrit
    20 février 2012 06 h 35
    Cynisme
    Quand un gouvernement pense que les groupes environnementalistes sont de dangereux radicaux téléguidés de l'étranger, on peut comprendre qu'il veuille se donner les moyens de les contrer...

    Je ne crois pas qu'il s'agisse d'inconscience de la part du ministre. Il s'agit de cynisme. La police deviendra de plus en plus politique et les opposants aux politiques conservatrices deviendront des criminels.

    Le ministre n'en a cure du respect de la vie privée des opposants, puisque ce sont des ennemis à abattre. C'est la même chose pour la torture. Ce gouvernement est prêt à tout.

    On a peur d'Anonymous? Moi, j'espère qu'il y en aura plus.
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  •  
  • Oues81 - Abonné
    20 février 2012 07 h 42
    En effet, sophismes et fausse représentation
    "La fausse représentation existera tant et aussi longtemps que les concentrations de pouvoir créeront une sorte de classe des commissaires destinée à les défendre. Puisqu’en général les gens au pouvoir ne sont pas très intelligents, ou plutôt juste assez perspicaces pour comprendre qu’il leur est préférable d’éviter l’arène de l’information et de la discussion, ils ont recours à la fausse représentation, au dénigrement et aux divers mécanismes accessibles à ceux qui savent qu’ils pourront toujours se protéger à l’aide des multiples moyens qui relèvent du pouvoir. Il nous faut comprendre pourquoi tout cela se produit et l’analyser du mieux que nous le pouvons; cela fait partie du projet de libération de nous-mêmes et des autres, ou plus précisément, de tous ceux qui travaillent ensemble pour parvenir à ces fins.

    Tout cela peut sembler naïf, et ça l’est ; mais je n’ai encore entendu aucun commentaire sur la vie humaine et la société qui ne le soit pas, une fois dépouillé d’absurdité et d’égoïsme." Chomsky
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  •  
  • Etienne Groleau - Inscrit
    20 février 2012 07 h 43
    Qui se cache dans l'ombre?
    Qui tire réellement les ficelles de nos politiciens?
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  •  
  • Discret - Inscrit
    20 février 2012 07 h 49
    C'est très grave
    Si le ministre ne sait même pas ce que contient son propre projet de loi, et l'étendue des pouvoirs qu'il entend remettre entre les mains de la police, imaginez comment cette loi et se décrets risquent d'être appliqués.

    L'heue est très grave. Les libertés indivduelles sont en grand danger ici. Nous devons nous battre de toutes nos forces contre le totalitarisme conservateur.

    ABH! À Bas Harper! Anybody Bur Harper!
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  • jean-claude Vincent - Abonné
    20 février 2012 08 h 09
    Le registre de Big Brother !
    Policiers, agents du Service canadien du renseignement de sécurité et ceux du Bureau de la concurrence jouiront du nouveau pouvoir. Toutes les demandes de renseignements sans mandat devront être consignées et justifiées dans un registre.
    ******

    Ah bon , ces grands libertariens ont aboli le recensement sous prétexte qu'il criminalisait ceux qui refusait d'y répondre et le registre des armes à feu sous prétexte qu'il faisait des criminels des chasseurs et des fermiers.

    Ils en créent maintenant un qui s'immisce dans la vie privé et criminalise l'ensemble des Canadiens.

    Difficile de suivre la logique d'un tel gouvernement !
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  • Jean-Guy Nadeau - Abonné
    20 février 2012 08 h 34
    Pourquoi lier son propre projet de loi?
    Comme c'est la coutume chez les Républicains des USA et les Conservateurs Canadiens, les croyances sont plus fortes que les faits. Pourquoi le ministre lirait-il attentivement son projet de loi? De toute façon, il pense ce qu'il pense!

    Quant au clip, on ne voit pas pourquoi il donnerait la chair de poule. Les élections ne sont-elles pas basées en bonne partie sur la mémoire ? Certes la voix est robotisée. Et le gouvernement Harper?
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  • Mariette Payeur - Inscrite
    20 février 2012 09 h 15
    Méconnaissance?
    Parce que c'est nécessaire qu'il la comprenne?
    Je pensais que l'acceptation de M. Harper était le seul critère nécessaire pour qu'un projet de loi passe sous ce gouvernement.

    Ne soyons pas surpris si d'autres projets aussi saugrenus sont proposés d'ici la fin de ce mandat.
    Se servir de ces ministres mal dégrossis voilà une des méthodes de M. Harper pour tester la validité de ses idées sans subir de reproches personnellement.
    En nommant de tels ministres, sauf pour un ou deux ministères clés, M. Harper conserve toute sa capacité de manipulation.
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  •  
  • Maco - Abonné
    20 février 2012 09 h 52
    Et quoi encore ...
    «Préparez-vous à nous» = Peur, terreur et attentat possible!

    «Préparez- vous à la venus de Dieu» = Paix dans le monde et tous nous vivrons heureux!

    Ou se cache le sens de tout ceci ! Les mots ainsi employés ne sont que cela, des mots. Le sens caché est enfoui dans vos cerveaux qui décodent autre chose qui ne s'y trouve peut-être pas. Ceci s'appelle agir à partir de sa croyance et non de sa connaissance.

    Le mot avertissement est fallacieux. Il induit le sentiment d'une chose grave. On avertit pour éviter un danger (comme les avertissements sur les paquets de cigarettes). Il s'agit d'une description de ce qu'ils sont, avec un message : «Préparez-vous à nous». Un autre parti politique, peut-être!
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  •  
  • jeanclro - Abonné
    20 février 2012 10 h 08
    C-30
    Es-ce que c'est la dernière fois que nous pouvons discuter librement?
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  •  
  • Roland Berger - Abonné
    20 février 2012 11 h 50
    Question non pertinente
    Madame Buzetti se demande si Vic Toews comprend la loi C-30 qu'il a voulu faire voter par le Parlement. Il s'agit d'un conservateur, un pur et dur. À ses yeux, il ne s'agit pas de comprendre sa loi mais de l'imposer. Point à la ligne. Agir d'abord, penser ensuite. Plus conservateur que ça, tu meurs.
    Roland Berger
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  •  
  • Ben Gagnon - Inscrit
    20 février 2012 15 h 46
    @ jean-claude Vincent
    Merci de l'avoir souligné. Je n'avais pas fait attention. Voilà bien qui discrédite totalement les arguments des Rétrogradistes qui étaient pour l'abolition du registre des armes à feu. Vous venez de me donner des munitions pour bien boucher ceux qui étaient pour.

    Vont-ils aussi fêter et danser lorsque les libertés individuelles auront disparu de la fausse fédération? Aura-t-on droit à un décompte? J'espère que oui!
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  •  
  • Bethune - Inscrit
    20 février 2012 16 h 23
    Un pas de plus vers le totalitarisme
    On prend souvent pour acquis la démocratie.
    Les changements de régime ne se font pas en un jour.
    Petit pas par petit pas l'État empiète et souvent on en demande encore.
    Retenir les propos d'une personne torturée dans des cas exceptionnels.
    Miser sur la répression au lieu de la réhabilitation malgré l'échec flagrant des États-Unis en ce domaine.
    La liste est trop longue.
    Même le Québec réglemente à outrance.
    Il y a des accidents de ski - on pense à obliger le port du casque.
    On veut bientôt réglementer la consommation du sucre.

    Certains maltraitent les animaux, particulièrement ceux qui possèdent les usines à chiots, au lieu de régler le problème, on soumet toute la population à une série de règles infantilisantes. On déresponsabilise, on se déresponsabilise et on descend rapidement vers le bas d'une pente où se trouve l'étau bien serré dirigé pas l'État.
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  •  
  • grannith - Inscrit
    20 février 2012 16 h 33
    ce qui se dit ici
    Dans quelque temps,ces commentaires ici sera du passé.La moindre critique sera vérifiée. J,ai quand meme écris à mon député et à openmédia.Nous n,avons rien à perdre.
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  •  
  • Nicole Moreau - Inscrite
    20 février 2012 18 h 00
    Quelle est la responsabilité d'un ministre?
    Un ministre est responsable d'un projet de loi qu'il dépose à la Chambre des Communes ou à l'Assemblée nationale. S'il avance qu'il n'a pas saisi toutes les implications de son projet de loi, comment se fait-il que ses collègues, ministres ne lui ont pas passé la remarque, que les députés n'aient pas fait de même ou que les hauts fonctionnaires n'aient pas avisé le ministre de ce que son projet de loi signifiait.

    Un ministre doit comprendre tous les impacts des grandes orientations des projets de loi qu'il présente. C'est inacceptable que ce ne soit pas le cas dans un sujet aussi important que les libertés de ses compatriotes.
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