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Avions de chasse F-35 - Harper optera-t-il pour les drones de combat?

Roseline Lemire-Cadieux - Doctorante en science politique et chercheuse à l'Observatoire sur les missions de paix et opérations humanitaires à la Chaire Raoul-Dandurand de l'UQAM  21 février 2012  Canada
À l’instar des États-Unis, le gouvernement canadien songerait à entrer dans la course à la robotisation en optant pour des drones MQ-9 Reaper Hunter/Killer plutôt que pour des avions de chasse F-35. <br />
Photo : Agence France-Presse
À l’instar des États-Unis, le gouvernement canadien songerait à entrer dans la course à la robotisation en optant pour des drones MQ-9 Reaper Hunter/Killer plutôt que pour des avions de chasse F-35.
Le gouvernement canadien envisagerait de remplacer l'achat des avions de chasse F-35 par celui de drones armés. Le ministre associé de la Défense nationale, Julian Fantino, a pourtant réagi en affirmant qu'il s'agissait là de «spéculation», mais l'annonce récente du Pentagone concernant une augmentation des coûts de l'appareil laisse croire que le gouvernement Harper cherche peut-être effectivement une porte de sortie pour un programme militaire impopulaire.

L'industrie du drone connaît une croissance exceptionnelle. L'armée américaine, qui possédait une cinquantaine de drones en 2001, en dénombre aujourd'hui plus de 7000. On estime qu'en 2020, la flotte comptera plus de 30 000 appareils. Dans le plus grand secret, la CIA dirige elle aussi un important programme de drones. Bref, les Américains sont déjà bien engagés dans la voie de la robotisation de leur force aérienne.

Le gouvernement canadien songerait ainsi à entrer à son tour dans la course à la robotisation en remplaçant ses F-35 par le MQ-9 Reaper Hunter/Killer. Chargé au maximum, il peut voler pendant 14 heures sans toucher le sol. Il est outillé non seulement pour attaquer, mais aussi pour trouver et espionner ses cibles. On peut l'armer de 14 missiles alors que le Predator n'en portait que 2. Son coût d'acquisition varie entre 30 et 40 millions de dollars. S'il prenait cette décision rapidement, le Canada serait le cinquième pays dans le monde (après Israël, les États-Unis, la Grande-Bretagne et l'Italie) à posséder officiellement une flotte de drones d'attaque.

Pour Harper, une issue alléchante...

La polémique entourant l'achat des F-35 fait régulièrement la manchette. Les nombreuses annonces de retard dans la livraison des appareils, l'augmentation de leur coût, les doutes exprimés concernant l'éventuelle fiabilité des avions ainsi qu'un processus décisionnel vivement critiqué mettent continuellement le gouvernement conservateur dans l'embarras.

Les critiques signalent également que l'émergence des drones de combat laisse croire que le F-35, largement perçu comme appartenant à la dernière génération d'appareils pilotés à même le cockpit, sera désuet dès son entrée en fonction en 2016. L'avenir des forces armées se trouverait décidément dans les avions pilotés à distance et, en ce sens, le gouvernement canadien projette une image d'autant plus irresponsable.

Les arguments présentés en faveur de l'usage des drones semblent sans équivoque. Ces appareils seraient à la fois moins coûteux que des avions de chasse traditionnels et extraordinairement efficaces. De plus, ils épargneraient la vie des soldats canadiens puisque ceux-ci pourraient bombarder l'ennemi depuis, par exemple, la base aérienne de Bagotville, située à un jet de pierre de Chicoutimi. On ne saurait se surprendre si Harper décidait d'aller de l'avant immédiatement.

En plus de placer son armée à la fine pointe de la technologie, le chef du gouvernement voit peut-être dans l'acquisition de drones armés la possibilité de populariser un programme militaire fusillé de toutes parts. Les drones ont un succès incroyable auprès de la population américaine. Dans un sondage récent mené aux États-Unis, le public a affirmé appuyer l'usage des drones à environ 83 %.

... ou une boîte de Pandore?

Des voix s'élèvent cependant pour souligner les différents problèmes associés aux guerres à distance, problèmes que les élus omettent souvent de mentionner.

David Petraeus, à la tête de la CIA depuis septembre 2011, affirmait en juin dernier qu'il ne privilégie pas les bombardements à l'aide de drones: capturer et interroger l'ennemi est préférable. De plus, l'attentat raté à Times Square a été revendiqué par les talibans comme des représailles pour la mort d'individus qui auraient été abattus par les drones. Ainsi, la frustration émanant de ce type d'attaque provoquerait peut-être davantage d'insécurité en Occident.

Plus les drones survoleront le ciel, plus les risques de voir la technologie passer entre les mains de ceux que l'on considère comme nos ennemis augmenteront eux aussi. Le Pentagone a admis que plus du tiers des drones s'écrasent à la suite de différents problèmes techniques. Non seulement ce fait vient miner partiellement l'argument économique en faveur des drones, mais, qui plus est, ces nombreux écrasements, qui ont souvent lieu en Irak et au Pakistan, agissent comme autant d'occasions de copier et développer les technologies à l'étranger. Le cas du drone RQ-170 qui s'est écrasé en Iran en décembre 2011 est évocateur à cet égard.

Puisque les bombardements ont souvent lieu dans des régions difficiles d'accès et dangereuses, nous ne disposons que de très peu d'informations sur les déploiements et bombardements. L'information à laquelle nous avons accès est généralement filtrée et formatée par des gouvernements qui souhaitent défendre leurs politiques. La culture du secret qui entoure toutes les opérations menées par les drones empêche donc le public d'avoir une opinion éclairée sur le programme militaire de leur pays.

Le peu d'information qui nous parvient des territoires bombardés démontre toutefois que les attaques de drones ne sont peut-être pas aussi efficaces et précises que l'on veut nous laisser le croire. L'Institution Brookings affirmait en 2009 que le taux de victimes civiles atteint presque les 90 %. Si ces chiffres sont exacts, il s'agit évidemment d'une entorse majeure au droit international. Aussi, les bombardements qui ont lieu dans des territoires où les États-Unis ne sont pas en guerre posent de sérieuses questions quant aux privilèges que s'accorde l'Occident.

Un changement de cap majeur

Si le Canada va de l'avant avec le Reaper, le gouvernement justifiera sans doute sa décision en soutenant qu'il s'agit d'une solution de rechange pour contrer tous les problèmes rencontrés par l'achat des F-35. Or, il ne faut pas se méprendre. Opter pour les drones est une décision politique et militaire capitale qui, ultimement, en dit long sur les velléités à long terme des gouvernements qui choisissent cette voix.

La promesse des drones est certes très séduisante, mais il est encore tôt pour décider si les robots-combattants peuvent se montrer à la hauteur des attentes. D'ici à ce qu'ils aient fait leurs preuves, les gouvernements qui succomberont au chant des sirènes de la technologie risqueront inévitablement d'être entraînés directement sur les récifs.

***

Roseline Lemire-Cadieux - Doctorante en science politique et chercheuse à l'Observatoire sur les missions de paix et opérations humanitaires à la Chaire Raoul-Dandurand de l'UQAM
 
 
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  • jean francois briand - Inscrit
    21 février 2012 05 h 18
    les drones ne sont pas des robots
    Les drones comme le Reaper ne sont pas des robots mais des avions pilotés à distance avec les mêmes règles d'engagement que les avions de combat pilotés.ils ne posent donc pas des problèmes d'éthique plus spécifiques que les avions de combat mis en oeuvre dans toutes les arméées de l'air du monde.
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  • D.Lafrenière - Abonné
    21 février 2012 07 h 13
    Les deux?
    Ça ne me surprendrait pas du tout que le gouvernement fédéral adopte le F-35 et les drones
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  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit
    21 février 2012 07 h 35
    Drones
    Pilotés à distance et démunis d'un cerveau autonome, les députés conservateurs répondent manifestement à la définition du drone. Ça, c'est faire de la politique autrement.

    Desrosiers
    Val David
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  • jean-claude Vincent - Abonné
    21 février 2012 07 h 53
    Des drones éthiques !!!!
    Les drones ne posent pas de problème d'éthique , vous n'estes pas sérieux ? Le programme d'assassinat ciblé à l'aide de drones mis en place par le président Obama pose au contraire de sérieux problèmes d'éthiques.

    Sur la foi d'informations difficilement vérifiables sur la présence de présumés terroristes le terrain, un drone est dépêché guidé à partir des installations de la CIA en Virginie et lâche ses missiles sur le présumé coupable souvent au milieu d'une population civile, entrainant des dizaines de morts dont des enfants.

    Comble de la cruauté , alors qu'on porte secours aux blessés un deuxième drone est dépêché pour "finir la job".

    Si le but de la guerre est de multiplier les dommages collatéraux et la haine contre celui qui s'en sert , alors oui, les drones sont efficaces.
    Ils seraient même les meilleurs agents recruteurs d'Al-Quaida au Pakistan et en Afghanistan.

    En fait des juristes s'interrogent présentement sur les assassinats extra-judiciaires opérés par ces drones et sur la possibilité d'accuser leurs "pilotes nintendo" de crimes de guerre.

    http://ecolonews.blog.fr/2011/05/03/la-diplomatie-
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  • Michaël Lessard (micles.biz) - Abonné
    21 février 2012 08 h 42
    Re: Des drones éthiques !!!!
    @jean-claude Vincent : Je veux d'abord vous assurez que je partage vos valeurs et votre analyse critique (ex: « Si le but de la guerre est de multiplier les dommages collatéraux et la haine contre celui qui s'en sert , alors oui, les drones sont efficaces.»).

    Sauf que je crois que le point de «jean francois briand» était surtout que tuer des gens ou bombarder avec un F-35 ou un drones, c'est comparable. Les règles d'engagement et les décisions de l'armée étasunienne ne changent pas qu'il s'agisse d'artillerie, de bombardements classiques ou par drones. Le problème n'est donc pas technologique, mais plutôt honteusement «humain».

    Solidairement
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  • gilbert troutet - Inscrit
    21 février 2012 09 h 24
    L'esprit chevaleresque
    Les drones sont devenus une façon de faire la guerre sans courir aucun risque. Quoi de plus chevaleresque? Pendant ce temps, on bombarde aveuglément et l'on fait des milliers de morts parmi les civils. Il y a là, en effet, un sérieux problème d'éthique, dont ne s'embarrassent pas les militaires ni les politiciens qui devraient pourtant les encadrer. Pierre Desrosiers a raison : nos ministres et députés conservateurs sont des drones en mission, pilotés à distance et dépourvus d'un cerveau autonome.
    Jacques Prévert écrivait : «La guerre serait un bienfait des dieux si elle ne tuait que des professionnels». Avec de nouveaux moyens comme les drones, les «professionnels» sont à l'abri et ce sont les populations civiles qui écopent.
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  • jean-claude Vincent - Abonné
    21 février 2012 11 h 41
    @Michael Lessard
    e problème n'est donc pas technologique, mais plutôt honteusement «humain».
    ****
    En effet et on pourrait discuter longuement de l'hypocrisie de nos dirigeants et de la supériorité des valeurs de démocratie et de droits humains qu'ils opposent prétendument à la barbarie qu'ils disent combattre..
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  • Bernard Gadoua - Inscrit
    21 février 2012 22 h 08
    Des drones et des sables bitumineux éthiques! Et la pizza est un légume!
    Le moins que l'on puisse est que l'argument des «drones éthiques» sort tout droit d'officines gouvernementales, comme les think thank d'Alberta sur les «sables bitumineux éthiques» puisque de provenance d'un pays démocratique contrairement au pétrole des monarchies absolues du Golfe. Cela n'empêche d'ailleurs pas ce pays «éthique» de s'associer à ces même monarchies «non éthiques» lorsqu'il s'agit de bombarder «éthiquement» la Libye (en passant sous silence l'usage abusif et la violation de l'esprit de la résolution de l'ONU qui leur donnaient le «feu vert» en se lançant à l'assaut d'un État).
    Quant aux «drones éthiques», le moindrement que l'on suit l'actualité internationale de près, on sait à quel point il semble que la vie des civils pakistanais compte peu en regard des ambitions de puissance de l'Occident et de l'OTAN en Afghanistan et, tout cela, en pure perte au bout du compte...
    En somme, les lobbys de l'armement sont au garde-à-vous pour nous vendre des «bébelles» dont l'efficacité est invérifiable et les dégâts fort nombreux parmi les populations... Mais ça, qui s'en soucie dans ce merveilleux monde du «militarisme éthique» et de la «guerre humanitaire»? Comme de ces entreprises américaines de l'alimentation qui, soucieuse de l'alimentation des enfants et de la lutte contre l'obésité, on fait adopter par les autorités réglementaires américaines que la pizza soit considérée comme un légume pour être mentionnée sur tous les guides alimentaires américains prônant une saine alimentation!!!

    @BGadoua
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  • JimGray - Inscrit
    21 février 2012 23 h 14
    Question hors contexte.
    Madame Lemire-Cadieux,
    Pourquoi avoir pris la peine de mentionner "Situé à quelques jets de pierre de Chicoutimi". Ici les élus de Saguenay nous disent que les anciens noms de villes n'existent plus pour éviter la confusion. C'est aéroport de Bagotville à Saguenay, ville située sur les bords de Saguenay, au Saguenay-Lac-Saint-Jean.
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  • Alain Vaillancourt - Inscrit
    22 février 2012 01 h 39
    Les drones sont des petits avions lents et les F-35 des chasseurs supersoniques
    Vous répétez des rumeurs absurdes. Les drones sont des petits avions lents, qui évoluent en dessous de la vitesse du son. Les F-35 sont des gros chasseurs bombardiers supersoniques avec une vitesse de pointe deux fois supérieure à celle du son. Idem pour les CF-18 supersoniques que les F-35 devaient remplacer. On ne remplace pas un camion de déneigement par des employés avec des pelles, montés sur des trottinettes.

    Si vous voulez adopter un discours plus sérieux alors parlez du Rafale ou du Eurofighter Typhoon comme alternative possible au F-35.

    Si vous tenez absolument à prendre une position pacifiste alors parlez d'avions de reconnaissance sans armement comme le Raytheon Sentinel (ex-ASTOR), qui est un réacté de bonne taille, capable d'assumer la plupart des fonctions pacifiques de surveillance du territoire qui auraient été confiés au F-35 et qui sont présentement une des responsabilités des CF-18. Avec quelques modifications le Raytheon Sentinel pourrait assumer toutes ces taches pacifiques de surveillance de notre très grand territoire. Notez que le Sentinel est basé sur un Global Express de Bombardier.
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  • Philippe CAUCHI - Inscrit
    22 février 2012 22 h 29
    LES DRONES NE SONT PAS BONS A TOUT.
    Je crois que certaines personnes aiment véhiculer des idées toutes faites plaisant a la population.

    Je ne discuterai du bien fondé des drones pour certains types de mission.

    neanmoins, il est loin le moment ou les chasseurs de superirotié aérienne et d'attaque a long rayon d'action seront remplacés par des drones.

    Résonnons par l'exemple: Israël, l'inventeur du drone qui a montrer le chemin aux États-Unis et qui en fait un très bon usage, voulait aussi le F-22 Raptor réservé exclusivement a l'US Air Force.
    Néanmoins, il a passé commande avec intérêt du F-35.

    Cela veut tout dire.

    Le reste est de la placottage d'intellectuels.
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