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Libre-opinion - Le beurre et l'argent du beurre

Daniel Roy - Directeur québécois du Syndicat des Métallos (FTQ)  2 décembre 2011  Québec
Le Plan Nord est au cœur de tous les débats cet automne. Est-ce que le Québec reçoit suffisamment pour l'exploitation de ses ressources non renouvelables? Est-on en train de donner le Nord sur un plateau d'argent aux compagnies avec en prime de l'électricité à bas prix et des routes aux frais de la princesse? Dans cette controverse, il ne faudrait surtout pas perdre de vue l'enjeu de la transformation des ressources naturelles au Québec.

Le plan gouvernemental est muet à ce sujet: Québec ne formule pas d'exigences précises aux multinationales qui exploitent notre sol afin qu'elles transforment les ressources ici.

ArcelorMittal offre ces temps-ci un exemple désolant. Alors que la minière accroît sa production de minerai de fer sur la Côte-Nord de 14 à 24 millions de tonnes par année, elle met sur la glace les projets de modernisation de son aciérie de Contrecoeur en Montérégie. Le laminoir à poutrelles d'acier promis en 2008 a été stoppé dans la foulée de la crise. Le projet de modernisation du fil machine pour laminer des billettes, annoncé cet été, a lui aussi été mis en veilleuse cet automne.

Contrairement à son habitude, l'aciérie fermera pendant la période des Fêtes, mettant en congé forcé 400 travailleurs. La production reprendra en janvier à un rythme réduit, alors que seulement deux équipes travailleront à la coulée à brame plutôt que trois (et même quatre à certaines périodes). On ne parle pas de mises à pied définitives pour le moment, le personnel étant affecté à des activités de formation ou d'entretien.

Mais nous ne sommes pas dupes. Une multinationale qui ne modernise pas une usine ne lui réserve de toute évidence pas de grands projets d'avenir.

Pourtant, l'aciérie de Contrecoeur, l'ancienne Sidbec-Dosco qui appartenait au gouvernement du Québec jusqu'en 1994, a déjà employé jusqu'à 1600 personnes dans les années 1980. Elle en comptait encore 1200 lorsque Lakshmi Mittal l'a rachetée pour une bouchée de pain du gouvernement en 1994. ArcelorMittal a engrangé des milliards de dollars de profits avec cette usine, qui lui a servi de porte d'entrée sur le marché nord-américain.

Mais aujourd'hui, Mittal pense se sauver avec le beurre et l'argent du beurre. Si cette multinationale veut continuer d'exploiter nos gisements de fer d'une grande qualité sur la Côte-Nord, sa première source d'approvisionnement sur la planète, elle doit en transformer une partie significative au Québec.

Nous ne nous faisons pas d'illusion sur le raisonnement de la grande multinationale, qui a de toute évidence choisi de concentrer ses nouveaux investissements en sidérurgie ailleurs qu'au Québec. C'est là que le gouvernement doit entrer en scène et exiger que des produits à valeur ajoutée soient fabriqués ici.

Cette logique vaut autant pour le fer, l'or, le diamant, le nickel, le zinc ou encore le cuivre. Le Québec ne peut baser son développement sur l'exploitation de ressources minérales aussitôt chargées sur des bateaux pour être transformées ailleurs sur la planète. Ayons un peu de fierté! Les multinationales doivent nous respecter en créant de bons emplois dans l'industrie de la deuxième et de la troisième transformation. On ne veut pas d'un développement de colonisés!

***

Daniel Roy - Directeur québécois du Syndicat des Métallos (FTQ)
 
 
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  • Jean Tremble - Inscrit
    2 décembre 2011 05 h 53
    Porteur d'eau
    <<On ne veut pas d'un développement de colonisés!>>

    Depuis une cinquantaine d'années que l'on chante la même chanson, en vain... J'aurais donc passé ma vie à entendre le même refrain... en vain !

    Quelle misère...
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  • François Ricard - Abonné
    2 décembre 2011 06 h 26
    Les richesses naturelles nous appartiennent
    Ces richesses sont à nous.
    Pourtant nous nous comportons comme si les multinationales nous faisaient des faveurs en les exploitant.
    Ces richesses sont essentielles dans bien des domaines. Le monde en a besoin. Nous avons le gros bout du bâton et nous nous en rendons même pas compte ou nous nous comportons comme si nous ne le savions pas...ou serait-ce, par complicité, que nous ne voulons pas user de notre position de force?
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  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit
    2 décembre 2011 08 h 29
    Questions
    Le coût de revient moyen de cette usine se compare-t-il favorablement à celui des usines concurrentes du Nord-Est?
    Les parts de marché ressemblent à quoi?
    La concurrence et la compétitivité sont des questions importantes, qu'en pense le syndicat?
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  • Notsag - Abonné
    2 décembre 2011 08 h 40
    Mondialisation oblige!
    M. Roy, votre lettre s'attaque au dogme de la mondialisation. Vous risquez d'être excommunié.

    La transformation se fait maintenant là où c'est le moins cher. Point, à la ligne!

    Si vous acceptez de travailler pour $1. de l'heure, et de n'avoir que très peu d'avantages sociaux (surtout pas un fond de pension), alors, peut-être que l'on considérera votre offre.
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  • Peter Kavanagh - Inscrit
    2 décembre 2011 08 h 47
    Suivre le marché.
    C'est bien beau d'exiger que la transfortion se fassent ici, mais si ça ne se vend pas, ça donne quoi. Peut importe le secteur d'activité, la compétition mondiale est la et va y rester. Produire a Contrecoeur des produits qui resteront a terre a cause des couts ne mene a rien. L'asie et l'amérique du sud produisent a faible cout et tant que ça sera comme ça, on verras des compagnies disparaitres et ce n'est pas une exigence du gouvernement ou des syndicats qui y changeras quelque chose......
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  • Robert Henri - Inscrit
    2 décembre 2011 13 h 04
    Il est possible que nous ayions le beurre et l'argent du beurre.
    Il suffit de nationaliser toutes nos ressources minières, gazière et pétrolière et demander aux entreprises nationales, multinationales ou supranationales de soumissionner pour extraire ces ressources selon les conditions que nous aurons décidé pour une première, une deuxième, une troisième transformation. Rien n'empêcherait la Caisse de Dépôt et de Placement du Québec d'acheter des parts dans ces entreprises. On pourrait inclure dans les conditions la formation et l'emploi de travailleurs locaux. Il suffit d'être maîtres chez nous et d'agir comme tel.
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  • Michel Leclaire - Abonné
    2 décembre 2011 13 h 11
    À Jacques Saint-Cyr
    On n'a pas à servir les marchés, mais nous-mêmes, propriétaires de ces ressources. Vous pensez surement faire partie des 1% !

    Michel Leclaire, B.A. ès économie, LL.L.
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  • René Pigeon - Abonné
    2 décembre 2011 14 h 35
    L’industrie de l’acier est en surcapacité chronique (en Chine, Ontario…). Le gouvernement peut tout de même tenter d’exiger que des produits à valeur ajoutée soient fabriqués ici."
    Le directeur québécois du Syndicat des Métallos écrit "la grande multinationale (…) a de toute évidence choisi de concentrer ses nouveaux investissements en sidérurgie ailleurs qu'au Québec." La principale raison est connue des décideurs et de certains lecteurs de ce journal. Le Monde et Le Devoir du 24 octobre 2009 rapportaient que "les industries telles que l'acier et le ciment (…) souffrent de surcapacités productives chroniques et poursuivent toujours une expansion aveugle», pouvait-on lire sur le site du Conseil d'État central il y a quelques jours. Celui-ci estime ainsi que 58 millions de tonnes de capacité de production d'acier sont en construction de manière illégitime, c'est-à-dire sans avoir été dûment autorisées. Les directives centrales sont bien là, mais rien ne dit que les gouvernements locaux, habitués à faire la sourde oreille, vont les appliquer." Rien n’a changé depuis ce reportage. Il y a donc une grande demande pour alimenter en minerai les usines hors Québec – en Chine, aux É-U et en Ontario également – avant d’en construire de nouvelles. Cette surcapacité chronique rend le défi d’obliger les multinationales à investir dans la transformation du minerai en acier sur la côte Nord plus difficile que dans d’autres industries, comme l’aluminium notamment. Mais M. Roy (et Richard Desjardins) a tout de même raison de dire : "C'est là que le gouvernement doit entrer en scène et exiger que des produits à valeur ajoutée soient fabriqués ici." Mais il faut les personnes qui ont la compétence pour relever ce défi. Avons-nous les bonnes personnes aux commandes pour le faire ? Dans le cas de la valorisation de l’hydroélectricité en produits manufacturés, nous savons que la réponse est non.
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  • P. T.Simard - Inscrit
    2 décembre 2011 14 h 40
    De la vallée de l'aluminium, à la vallée du beurre ...
    Oui ! Merci M. Roy, c'est exactement là où nous devons nous rendre !

    En 2006 ou 2007, j'assistais à une conférence du regroupement des chercheurs en aluminium (le REGAL) à l'UQAC. À l'époque, nous parlions d'Alcan, et non de Rio Tinto. Les gens de Jonquière, d'Alma, de Chicoutimi et de La Baie s'entendaient tous pour dire que malgré le fait que la Chine produise beaucoup, le Québec produit un aluminium de meilleure qualité. Les investissements sont en effet en grande partie dédiés à l'amélioration des procédés (coût énergétique, pollution, recyclage des rejets, contrôle qualité post-production, etc). Une fois développées, ces technologies brevetées peuvent être vendues aux grands producteurs.

    La valorisation de la vallée de l'aluminium aura en outre permis à plusieurs villes de se développer; au niveau industriel pour les usines de transformation mais aussi pour les sous-contractants et autres fournisseurs industriels; au niveau économique, en gardant les emplois sur place; mais aussi au niveau social en permettant à l'université publique d'établir un secteur de recherche distinct (on pense au nouveau Centre des Transformations de l'Aluminium de l'UQAC). La différence ici, c'est que l'aluminium est produite à partir de bauxite qui doit être importée au Québec.

    "Cette logique vaut autant pour le fer, l'or, le diamant, le nickel, le zinc ou encore le cuivre." Dixit M. Roy. Pour ces ressources en sol québécois, je me permets d'ajouter à la liste l'eau, la foresterie, l'agriculture, l'élevage, l'air (et oui !), le gel (pour de vrai), le soleil (plus de 180 jours d'ensoleillement par année, quand même !), les hydrocarbures (AUSSI), finalement, toute ressource renouvelable ou non. J'"beurre" peut-être épais me direz-vous, mais notre richesse à nous les Québécois, ce sont nos cerveaux. Cerveaux-nous-en !

    P. T.Simard, Doctorant en Sciences la Terre
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  • Patrice Lemay - Inscrit
    2 décembre 2011 15 h 11
    Faisons profiter ici nos ressources d'ici
    Nous avons le savoir et les outils pour transformer le minerai sorti de notre sol. Nous avons de précieux avantages à transformer le minerais ici. La 2eme et 3eme transformation rapporte plus que les maigres redevances que ces multinationales peuvent nous verser. Même si ces compagnies refusent de creuser notre sol à des conditions plus profitable pour la société québécoise, d'autres seront là. Soyons vigilants et surtout pas dupe.
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  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit
    2 décembre 2011 17 h 29
    Il n'y a qu'une logique dans l'industrie, la rentabilité optimum, et c'est très bien
    Si la transformation des richesses minérales doit se faire dans le pays d'origine, que vient faire ici la production d'aluminium? Elle devrait se trouver tout près de la bauxite!
    La rentabilité optimale peut se trouver à bien des endroits, en tenant compte du prix des matières premières, de la distance des marchés, des prix de revient etc... Il existe plusieurs réponses possibles. Cessons de pondre des philosophies de développement ("nos" richesses, "nos mines") qui appartiennent à un autre temps. Adam Smith est passé par là et la mondialisation en cours lui donne parfaitement raison.
    Cherchons plutôt collectivement à enrichir nos facteurs d'attraction: énergie, productivité, formation, stabilité fiscale, qualité de la main d'oeuvre, paix sociale, mobilité, qualité de la gestion...
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  • Notsag - Abonné
    4 décembre 2011 10 h 04
    Pas trop fort comme exemple...
    "... que vient faire ici la production d'aluminium? Elle devrait se trouver tout près de la bauxite! "

    Peut-être que cela coûte tout simplement moins cher d'importer le bauxite ici, que pour eux, d'importer ou de produire l'électricité là-bas.
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