Libre-opinion - Le beurre et l'argent du beurre
Le Plan Nord est au cœur de tous les débats cet automne. Est-ce que le Québec reçoit suffisamment pour l'exploitation de ses ressources non renouvelables? Est-on en train de donner le Nord sur un plateau d'argent aux compagnies avec en prime de l'électricité à bas prix et des routes aux frais de la princesse? Dans cette controverse, il ne faudrait surtout pas perdre de vue l'enjeu de la transformation des ressources naturelles au Québec.
Le plan gouvernemental est muet à ce sujet: Québec ne formule pas d'exigences précises aux multinationales qui exploitent notre sol afin qu'elles transforment les ressources ici.
ArcelorMittal offre ces temps-ci un exemple désolant. Alors que la minière accroît sa production de minerai de fer sur la Côte-Nord de 14 à 24 millions de tonnes par année, elle met sur la glace les projets de modernisation de son aciérie de Contrecoeur en Montérégie. Le laminoir à poutrelles d'acier promis en 2008 a été stoppé dans la foulée de la crise. Le projet de modernisation du fil machine pour laminer des billettes, annoncé cet été, a lui aussi été mis en veilleuse cet automne.
Contrairement à son habitude, l'aciérie fermera pendant la période des Fêtes, mettant en congé forcé 400 travailleurs. La production reprendra en janvier à un rythme réduit, alors que seulement deux équipes travailleront à la coulée à brame plutôt que trois (et même quatre à certaines périodes). On ne parle pas de mises à pied définitives pour le moment, le personnel étant affecté à des activités de formation ou d'entretien.
Mais nous ne sommes pas dupes. Une multinationale qui ne modernise pas une usine ne lui réserve de toute évidence pas de grands projets d'avenir.
Pourtant, l'aciérie de Contrecoeur, l'ancienne Sidbec-Dosco qui appartenait au gouvernement du Québec jusqu'en 1994, a déjà employé jusqu'à 1600 personnes dans les années 1980. Elle en comptait encore 1200 lorsque Lakshmi Mittal l'a rachetée pour une bouchée de pain du gouvernement en 1994. ArcelorMittal a engrangé des milliards de dollars de profits avec cette usine, qui lui a servi de porte d'entrée sur le marché nord-américain.
Mais aujourd'hui, Mittal pense se sauver avec le beurre et l'argent du beurre. Si cette multinationale veut continuer d'exploiter nos gisements de fer d'une grande qualité sur la Côte-Nord, sa première source d'approvisionnement sur la planète, elle doit en transformer une partie significative au Québec.
Nous ne nous faisons pas d'illusion sur le raisonnement de la grande multinationale, qui a de toute évidence choisi de concentrer ses nouveaux investissements en sidérurgie ailleurs qu'au Québec. C'est là que le gouvernement doit entrer en scène et exiger que des produits à valeur ajoutée soient fabriqués ici.
Cette logique vaut autant pour le fer, l'or, le diamant, le nickel, le zinc ou encore le cuivre. Le Québec ne peut baser son développement sur l'exploitation de ressources minérales aussitôt chargées sur des bateaux pour être transformées ailleurs sur la planète. Ayons un peu de fierté! Les multinationales doivent nous respecter en créant de bons emplois dans l'industrie de la deuxième et de la troisième transformation. On ne veut pas d'un développement de colonisés!
***
Daniel Roy - Directeur québécois du Syndicat des Métallos (FTQ)
Le plan gouvernemental est muet à ce sujet: Québec ne formule pas d'exigences précises aux multinationales qui exploitent notre sol afin qu'elles transforment les ressources ici.
ArcelorMittal offre ces temps-ci un exemple désolant. Alors que la minière accroît sa production de minerai de fer sur la Côte-Nord de 14 à 24 millions de tonnes par année, elle met sur la glace les projets de modernisation de son aciérie de Contrecoeur en Montérégie. Le laminoir à poutrelles d'acier promis en 2008 a été stoppé dans la foulée de la crise. Le projet de modernisation du fil machine pour laminer des billettes, annoncé cet été, a lui aussi été mis en veilleuse cet automne.
Contrairement à son habitude, l'aciérie fermera pendant la période des Fêtes, mettant en congé forcé 400 travailleurs. La production reprendra en janvier à un rythme réduit, alors que seulement deux équipes travailleront à la coulée à brame plutôt que trois (et même quatre à certaines périodes). On ne parle pas de mises à pied définitives pour le moment, le personnel étant affecté à des activités de formation ou d'entretien.
Mais nous ne sommes pas dupes. Une multinationale qui ne modernise pas une usine ne lui réserve de toute évidence pas de grands projets d'avenir.
Pourtant, l'aciérie de Contrecoeur, l'ancienne Sidbec-Dosco qui appartenait au gouvernement du Québec jusqu'en 1994, a déjà employé jusqu'à 1600 personnes dans les années 1980. Elle en comptait encore 1200 lorsque Lakshmi Mittal l'a rachetée pour une bouchée de pain du gouvernement en 1994. ArcelorMittal a engrangé des milliards de dollars de profits avec cette usine, qui lui a servi de porte d'entrée sur le marché nord-américain.
Mais aujourd'hui, Mittal pense se sauver avec le beurre et l'argent du beurre. Si cette multinationale veut continuer d'exploiter nos gisements de fer d'une grande qualité sur la Côte-Nord, sa première source d'approvisionnement sur la planète, elle doit en transformer une partie significative au Québec.
Nous ne nous faisons pas d'illusion sur le raisonnement de la grande multinationale, qui a de toute évidence choisi de concentrer ses nouveaux investissements en sidérurgie ailleurs qu'au Québec. C'est là que le gouvernement doit entrer en scène et exiger que des produits à valeur ajoutée soient fabriqués ici.
Cette logique vaut autant pour le fer, l'or, le diamant, le nickel, le zinc ou encore le cuivre. Le Québec ne peut baser son développement sur l'exploitation de ressources minérales aussitôt chargées sur des bateaux pour être transformées ailleurs sur la planète. Ayons un peu de fierté! Les multinationales doivent nous respecter en créant de bons emplois dans l'industrie de la deuxième et de la troisième transformation. On ne veut pas d'un développement de colonisés!
***
Daniel Roy - Directeur québécois du Syndicat des Métallos (FTQ)
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

