lundi 28 mai 2012 Dernière mise à jour 01h13
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

La réplique › La science en anglais - Une langue commune pour se comprendre

Robert Emery Prud'homme - Professeur de chimie à l'Université de Montréal  26 janvier 2012  Québec
Notes au tableau d’un scientifique pour appuyer sa présentation lors d’un colloque international. «Quel que soit le lieu de la conférence, quand il s’agit d’une conférence internationale où les francophones forment une minorité, en compagnie de minorités, pour que la rencontre ait un sens, il faut se comprendre. Et pour se comprendre, il faut une langue commune. Aujourd’hui, c’est l’anglais», fait valoir le professeur Emery Prud’homme.<br />
Photo : Agence France-Presse Spencer Platt
Notes au tableau d’un scientifique pour appuyer sa présentation lors d’un colloque international. «Quel que soit le lieu de la conférence, quand il s’agit d’une conférence internationale où les francophones forment une minorité, en compagnie de minorités, pour que la rencontre ait un sens, il faut se comprendre. Et pour se comprendre, il faut une langue commune. Aujourd’hui, c’est l’anglais», fait valoir le professeur Emery Prud’homme.
Pour qui pratique la science au Québec depuis plusieurs années, avec les échanges canadiens et internationaux que cela implique, l'article du Devoir du 20 janvier intitulé «Hydro chapeaute un congrès uniquement en anglais» étonne.

Si on se reporte aux années 1970, dans des disciplines comme la chimie, la physique et le génie, il y avait encore un certain nombre de colloques au Québec et en France où une partie des présentations étaient faites en français (celles, évidemment, provenant de chercheurs de ces deux pays); les chercheurs étrangers présentaient, sauf exception, en anglais. De la même façon, une partie des publications de ces mêmes chercheurs étaient encore écrites en français, mais probablement moins de 10 %, même si elles étaient beaucoup moins citées que celles écrites en anglais.

Puis, rapidement, au cours des années 1980, l'anglais s'est imposé sur toute la planète, non seulement dans les colloques, mais aussi dans les publications. Ainsi, plusieurs périodiques qui acceptaient des articles en français ont cessé de le faire. Par exemple, dans mon domaine, le périodique Die Makromoleculare Chemie, d'origine allemande, qui publiait nombre d'articles en français et en allemand, a cessé de le faire. Sans faire d'enquête approfondie, je peux affirmer qu'au moins 95 % — et vraisemblablement 99 % — des articles scientifiques publiés par des chercheurs québécois en chimie, en physique et en génie, travaillant dans des établissements francophones, le sont en anglais. C'est pareil en France et en Belgique wallonne.

En anglais

Dans les colloques, conférences et symposiums, s'il va de soi qu'une conférence prononcée par un chercheur québécois dans un forum international à Los Angeles ou à Kyoto soit en anglais, elle sera également en anglais, sauf exception, au Québec, en France et en Belgique wallonne. Quel que soit le lieu de la conférence, quand il s'agit d'une conférence internationale où les francophones forment une minorité, en compagnie de minorités allemande, italienne, espagnole, portugaise, japonaise, chinoise, coréenne, etc., pour que la rencontre ait un sens, pour pouvoir travailler ensemble, il faut se comprendre. Et pour se comprendre, il faut une langue commune. Aujourd'hui, c'est l'anglais. Autrefois, c'était le latin. Demain, ce sera peut-être le chinois.

Mais tous les colloques ne sont pas internationaux. Il y a aussi des colloques canadiens, qui se tiennent régulièrement au Québec ou, en France, des colloques nationaux. En France, on entend de moins en moins de français dans ces colloques scientifiques. Au Québec, un grand nombre de ces colloques sont parrainés par un organisme canadien soi-disant bilingue comme le CIGRE (Conseil international des grands réseaux électriques) dont nous parle Le Devoir. Ces organismes n'ont souvent de français que le nom et, conséquemment, leur site Web ne comporte pas toujours de version en français; quand il y en a une, si on s'y promène, on finit par tomber sur une section non traduite ou, pire, écrite dans un français approximatif.

L'Acfas

Dans les colloques scientifiques «canadiens» tenus au Québec, les scientifiques francophones du Québec font généralement leurs interventions en anglais et, quand le français est accepté, ils le font devant une salle à moitié vide. Deux remarques s'imposent ici. D'abord, même dans un colloque «canadien» tenu au Québec, il y a une proportion — 10, 20 ou 30 % suivant les cas — de chercheurs étrangers non francophones (en plus, évidemment, des Canadiens anglais majoritaires). Ensuite, une exception: le colloque de l'Acfas (Association francophone pour le savoir), qui réunit des francophones. Il est d'ailleurs assez déplorable que les chercheurs des universités McGill et Concordia s'y présentent rarement dans les domaines de la chimie, de la physique et du génie sauf, à l'occasion, un chercheur d'origine francophone.

Pour revenir à l'article du Devoir du 20 janvier, la situation décrite par les organisateurs est celle qui prévaut généralement. Dans un deuxième article du Devoir, paru le lendemain, on annonce que «les chercheurs de l'IREQ devront livrer leurs communications scientifiques en français, que ce soit oralement ou par écrit», une réponse politique à la manchette de la journée précédente. Je suis franchement désolé pour ces chercheurs qui se retrouvent soumis à des pressions politiques, avec un résultat qui n'a rien à voir avec la réalité scientifique internationale.

On nous annonce aussi qu'«Hydro-Québec accordera une commandite à CIGRE-Canada afin que les organisateurs assurent la traduction simultanée de tous les échanges dans les deux langues». C'est très vertueux. Je suis prêt à parier que ces mêmes chercheurs ont présenté la majorité de leurs travaux en anglais dans des colloques scientifiques ayant lieu au Québec au cours des 10, 15 ou 20 dernières années, sauf à l'Acfas... et qu'ils continueront à le faire à l'avenir, sauf s'il y a une manchette dans les journaux et une intervention politique.

L'émotion dans le débat

De façon plus globale, j'ai pu constater à plusieurs reprises que le débat sur l'utilisation de l'anglais en sciences devient rapidement émotif. Une des raisons à cela est la confusion entre deux choses: la présence de l'anglais au Canada — sphère politique — et la domination de l'anglais en sciences — sphère scientifique. Autant je ne puis accepter qu'un ministre, un député ou un fonctionnaire m'adresse la parole en anglais dans le cadre de ses fonctions, autant je ne peux qu'espérer que le professeur coréen que je rencontre en Corée, au Québec ou en Europe s'exprime en anglais et non pas en coréen! Je suppose que les états d'âme que certains Québécois entretiennent quant à l'utilisation de l'anglais en sciences au Québec proviennent, en grande partie, de la confusion entre les sphères politique et scientifique.

À mon avis, la question de l'utilisation de l'anglais en sciences dans les colloques scientifiques, même au Québec, est réglée depuis plusieurs années, les scientifiques ayant de facto choisi l'anglais. La problématique actuelle se situe ailleurs. J'ai observé au cours des années une tendance des jeunes professeurs des universités francophones québécoises à écrire leurs demandes de subvention en anglais. Cela a d'abord débuté avec les subventions de groupe parce qu'un ou plusieurs membres de l'équipe ne s'exprimaient pas en français. Puis, cela a dérivé vers les demandes de subventions individuelles, celles présentées, par exemple, au Conseil de recherche en sciences naturelles et en génie du Canada, situation qu'on justifie du fait que les dossiers sont évalués par des experts internationaux qui, souvent, ne lisent pas le français.

Plus récemment, j'observe que certaines demandes au Fonds québécois sur la nature et les technologies, écrites par des francophones oeuvrant dans des universités québécoises, sont rédigées en anglais. Cette situation est plus problématique qu'une conférence prononcée en anglais puisque cette dernière doit servir à amorcer un échange, une discussion avec les auditeurs, y compris ceux qui n'entendent pas le français, alors que la demande de subvention s'adresse seulement à quelques personnes.

Protester au bon moment


De façon générale, il faut se demander où situer la ligne de démarcation sur la question de l'utilisation de l'anglais en sciences. Plusieurs de ma génération ont régulièrement protesté et, dans certains cas, continuent à le faire auprès des organismes professionnels canadiens dont la correspondance, le mensuel, le site Web et le personnel sont souvent unilingues anglophones. Les jeunes professeurs francophones sont-ils sensibles à ces questions?

Dans ce contexte, la question ultime est celle de notre capacité future à discuter de science en français: serons-nous encore capables de le faire dans 20 ans? Même si, à mon avis, pour échanger nos résultats et nos méthodes, nous devons utiliser la langue internationale commune dans nos conférences et articles scientifiques, il faut conserver des tribunes où le français est dynamiquement utilisé. Sinon, dans quelques années, nos cours devront être donnés en anglais ou en charabia, c'est-à-dire dans un mélange de français et d'anglais.

***

Robert Emery Prud'homme - Professeur de chimie à l'Université de Montréal

 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires  Chargement ...
  • Yvan Dutil - Inscrit
    26 janvier 2012 07 h 40
    Bien dit!
    Félicitation monsieur Prud'homme d'avoir pris le risque de prendre position et d'expliquer la situation. Je l'ai moi-même tenté et de le faire et me suit fait abimé de bêtise par des gens qui ne comprennent absolument pas les contraintes auxquelles un chercheur fait face.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • FERNAND - Inscrit
    26 janvier 2012 07 h 43
    Quand on veut, on peut.
    Il y a un petit bidule qui s'appelle la traduction instantanée et qu'on voit fonctionner de temps en temps sur la planète.
    Peut-être que ça pourrait fonctionner, ici, de temps en temps.
    Accepter que tout se fasse en anglais de façon automatique c'est un peu bébête.
    Un jour tout se fera en chinois. Cela veut dire que les chinois et le reste du monde auront arrêter de communiquer en anglais exclusivement et que le petit bidule fonctionnera en chinois!
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Nimporte quoi - Inscrit
    26 janvier 2012 08 h 31
    L'anglais un « standing »!
    Bonjour,

    Outre le fait Canada, bien sûr, si la communauté s'autocensure. Si elle rédige en anglais pour PARLER aux Anglais au détriment du français. C'est ce qui arrive! À mon avis cette communauté a une responsabilité! Sinon c'est des pop star à la recherche de gratification suprême et donc en anglais!

    Et pourquoi Le Monde diplomatique est diffusé en 76 Éditions, en 27 langues, dont l'Arménien? (Turc, Tchèque, Slovène, Slovaque, Russe, Portugais, Polonais, Persan, Norvégien, Kurde, Japonais, Italien, Hongrois, Grec, Français, Finlandais, Espéranto, Espagnol, Croate, Coréen, Chinois, Biélorusse, Bulgare, Arménien, Arabe, Anglais, Allemand)

    Pourquoi? Un peuple, ça ne se tient pas sous respirateur longtemps!

    Et s'il y avait une découverte majeure faite en français, profiteriez-vous de l'occasion pour les forcer à nous traduire ou le prestige draine toute l'intension?

    Le Web permet de se rassembler par communauté d'intérêts. « Entre deux joints tu pourrais faire quelque chose! » Dans mon domaine (informatique) c'est pareil. L'anglais prédomine, c'est carrément un standing (surtout pour un français de France). Et en français c'est souvent médiocre. D'ailleurs de plus en plus médiocre en anglais aussi! Mais je m’obstine à écrire en français et au diable le Canada!

    Ceci dit, pour l'intérêt personnel et pour le nombrilisme, vaut mieux éduquer nos enfants en anglais pour augmenter leurs chances de succès! Et au diable l'histoire, notre peuple et l'insignifiance qu'elle représente pour le commun des mortels!

    Merci.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Denis Bussières - Abonné
    26 janvier 2012 08 h 53
    Réalisme scientifique
    D'accord pour que les échanges scientifiques se fassent dans une langue commune. Cependant, il faut rester vigilent et pro-actif pour ce qui est des échanges "entre nous" comme la langue d'enseignement. Si on veut, non seulement "être à la page", mais être au courant des derniers développements dans notre secteur (scientifique), nous n'avons pas le choix que d'utiliser l'anglais (toujours comme langue commune). La seule idée de penser au mandarin (langue la plus utilisée en Chine) me donne des frissons car c'est une langue symbolique, donc très loin de la pensée scientifique.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Notsag - Abonné
    26 janvier 2012 09 h 30
    Langue officielle n'est pas synonyme d'unilinguisme
    Excellente mise au point M. Prudhomme.

    Même si la langue officielle au Québec est le français, cela ne devrait pas nous empêcher de reconnaître que la langue des communications internationales est l'anglais, et d'agir en conséquence.

    Même si la langue de l'éducation est le français, souvent les manuels sont en anglais, surtout dans le domaine scientifique. Et c'est bien ainsi. C'est une forme de bilinguisme où la français conserve quand même une place importante, tout en développant une certaine compétence en anglais.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Denis Poussart - Inscrit
    26 janvier 2012 09 h 32
    La loi de Metcalfe
    Ce texte est fort bien nuancé.
    La science, sauf pour certains sujets dont la portée est spécifiquement locale ou intimement empreinte d’une spécificité culturelle, est une activité sans frontière territoriale. Un chercheur contemporain évolue en interaction avec des collaborateurs de plus en plus souvent localisés au quatre coins de la planète. Le besoin de compréhension mutuelle est évident et exige un encodage cohérent (la traduction n’est qu’une pénible béquille). La prépondérance de l’anglais s’explique bien dès que l’on saisit la conséquence - inéluctable - de la “Loi de Metcalfe” (en voir une (trop) brève explication sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_de_metcalfe) : la puissance d’un réseau (ici la capacité de recherche) augmente avec (en première analyse) le carré du nombre d’adhérents. Il s’ensuit un effet de recrutement régénératif majeur, chaque participant étant alors à même de bénéficier d’interactions bien plus nombreuses que la simple taille (linéaire) du réseau ne le suggèrerait. Ce phénomène explique, pour une large part, la croissance explosive du savoir scientifique collectif. Le même phénomène joue dans toute forme d’association collaborative.
    Il fut un temps lointain où le français, puis l’allemand furent partiellement cette “lingua franca” scientifique. L’anglais pris le relais après la seconde guerre mondiale, et l’avènement de l’internet (que bouda longtemps la France et qui en paye encore le prix pour ne pas avoir occupé le terrain) accéléra son emprise. C’est ainsi qu’aujourd’hui un chercheur russe, français, chinois, … ou québécois dont le champ est de portée mondiale ne peut exercer sa recherche sans être en résonance avec sa communauté : il publiera le plus souvent en anglais. Croire qu’il puisse en être autrement relève d’une naïveté déconcertante. S'assurer d'un impact international dans l'immense domaine de la science et d
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Sylvain Auclair - Abonné
    26 janvier 2012 09 h 51
    Deux remarques
    Premièrement, la suprématie d'une langue est discriminatoire. Pour réussir en sciences, il faut lire, écrire et parler anglais, ce qui élimine d'emblée des scientifiques qui ont de la difficulté avec cette langue, qui est loin d'être aussi simple qu'on le claironne toujours.

    Par ailleurs, je trouve ironique que M. Émery-Prud'homme s'inquiète des conséquences probables (la perte de la capacité de faire ou d'enseigner les sciences dans d'autres langues que l'anglais, ce qui est déjà le cas dans les pays scandinaves ou aux Pays-Bas) d'une situation qu'il défend (la nécessité de l'anglais pour diffuser la science). Quand on accepte ou qu'on défend une situation, il faut en accepter les conséquences, non?
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit
    26 janvier 2012 10 h 00
    Bravo M.Prud'homme
    Votre exposé est fidèle à la réalité et vos suggestions fort pertinentes. Mais vous savez bien que certains ne voudront rien entendre, voyant là l'ouverture d'une nouvelle brèche dans une forteresse québéco-gauloise assiégée de toutes parts. Il n'existe pas de vaccin contre les fièvres obsidionales.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • S. Arcand - Inscrit
    26 janvier 2012 10 h 17
    Belle mise au point
    Très bon texte M. Prud'homme! L'anglais lors de conférences scientifiques est une sorte de Langua Franca, rien de plus, rien de moins, et il faut le voir ainsi. Évidemment que la pratique d'une langue est l'expression d'une culture, mais dans ce cas le pragmatisme doit régner. Comme étudiant je me souviens avoir participé à une conférence internationale organisée par un organisme canadien. Ce dernier a insisté pour que je présente en français. Une seule personne dans une salle d'une trentaine de personnes a saisi un tant soit peu ce que j'ai présenté. Pas une bonne idée. Le journal Le Monde diplomatique, M. N'importe quoi, s'il publie dans 27 langues c'est pour vendre de la copie et rejoindre le plus de monde. Les scientifiques, s'ils veulent 'vendre' leurs idées, doivent les communiquer pour que tout le monde puisse comprendre. Et je vous en prie, lâchez-nous avec le chinois (d'ailleurs ce serait plutôt le mandarin ou le cantonnais n'est-ce pas). C'est pas demain la veille que cette langue va devenir la nouvelle Langua Franca. Ni en science ni ailleurs. Les Chinois eux-mêmes se sont mis à l'anglais. Et ils apprennent vite les Chinois vous savez.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit
    26 janvier 2012 10 h 22
    La langue identitaire
    Juste pour rire un peu, je vous soumets un extrait d'un encart publicitaire dans le Figaro la semaine dernière: la langue de la mère-patrie s'adapte pour "faire chic":
    -Envie de changer ou de booster le décor ? On adopte les nouveaux codes déco et on s'inspire de nos trois relookings. Arty, vintage ou nature, on choisit. À l'appui, une sélection shopping online et une idée à réaliser.-
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Pierre Demers - Abonné
    26 janvier 2012 10 h 27
    Bravo M.Prud'homme? Le français, ça s'impose.
    Bravo M.Prud'homme, comme letitre Javques Saint-Cyr, mais dans un sens tout firréeçrem
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Pierre Demers - Abonné
    26 janvier 2012 10 h 31
    Bravo M.Prud'homme? Le français offoc
    Bravo M.Prud'homme, Bravo M.Prud'homme
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Jean Richard - Abonné
    26 janvier 2012 10 h 35
    Des sphères étanches ?
    Qui adopte la langue adopte aussi la culture. Et qui adopte la culture adopte aussi la politique. Et qui adopte la politique adopte aussi la société, le savoir - et même la religion.

    Il n'y a pas de sphères étanches qui puissent isoler la culture de la langue, et il n'y a pas de sphère étanche qui puisse isoler la science de la politique. En choisissant l'anglais comme langue de communication, le milieu scientifique choisit le savoir anglo-saxon, rien de moins. Et qu'on cesse de nous parler d'internationalisation en sous-entendant l'universalisation. Il vaudrait peut-être mieux s'interroger sur l'uniformisation, qui sous-entend un acte de foi inconscient en une monoculture. Or, il n'y a rien de plus vulnérable qu'une monoculture.

    « La seule idée de penser au mandarin (langue la plus utilisée en Chine) me donne des frissons car c'est une langue symbolique, donc très loin de la pensée scientifique. » Quand je lis une telle chose (écrite ci-haut), c'est plutôt moi qui frissonne. Affirmer avec une telle conviction que le mandarin (que l'auteur de la citation ne connaît probablement pas) est très loin de la pensée scientifique, ça s'approche beaucoup plus du fanatisme religieux que de... la pensée scientifique. Croire que le mandarin ne puisse pas servir à véhiculer le savoir comme peut le faire l'anglais (pourtant une langue à la syntaxe beaucoup moins rationnelle que celle des langues latines - et les scientifiques se targuent d'être rationnels), c'est une aberration.

    Si nos scientifiques se préoccupaient de la diversité, politique, sociale, culturelle, linguistique, politique, il est possible que leur vision du monde serait un peu différente. Et ils seraient moins exposés à ce qu'on les compare à des petites vedettes qui chantent en anglais pour se faire voir.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Johanne Lavallée Bernard Dupuis - Abonné
    26 janvier 2012 10 h 46
    Une distinction catégorique
    Il arrive parfois que certains scientifiques se voient au-dessus de la société dans laquelle ils vivent. Ils considèrent les autres citoyens comme peu informés, même sujet à la bêtise. M. Emety Prud'homme suppose ici «que les états d'âme que certains Québécois entretiennent quant à l'utilisation de l'anglais en sciences au Québec proviennent, en grande partie, de la confusion entre les sphères politique et scientifique». Pourtant, ce n'est pas parce que l'on fait de la science qu'on existe dans une sorte de tour d'ivoire. Faudrait-il faire le même genre de distinction entre les «sphères» culturelle et politique, industrielle et politique, économique et politique, etc. Pas plus qu'en d'autres domaines, la science ne peut se considérer comme une «sphère» à part et indépendante.

    Ce que M. Emery Prud'homme sait très bien pourtant, c'est que les études, les salaires et les subventions dont lui et ses collègues bénéficient sont payés à même les deniers publics provenant des poches des contribuables québécois. Comment peut-on se dire en dehors de la sphère politique?

    La prise de position en faveur de l'utilisation de l'anglais en science n'a pas comme seule motivation les contraintes auxquelles les chercheurs font face. Elle a aussi une cause politique en ce sens que certains scientifiques participent à une entreprise aveugle de mondialisation où l'on assiste à une tentative de destruction de la diversité culturelle et de la collaboration entre les diverses formes de culture.

    Cette distinction catégorique entre les «sphères» est à sa face même non seulement incompréhensible, mais fausse. Une question en terminant. N'est-ce pas parce que le latin fut considéré pendant des siècles comme la seule langue commune que la science fut mise en veilleuse pendant tout le moyen-âge?

    Bernard Dupuis, Berthierville
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Pierre Demers - Abonné
    26 janvier 2012 10 h 52
    BRAVO M. PRUD'OMME? LE FRANÇAIS, ÇA S'IMPOSE.!
    BRAVO M. PRUD'OMME? LE FRANÇAIS, ÇA S'IMPOSE.!
    Bravo M.Prud'homme? Comme le titre Jacques Saint-Cyr, mais dans un sens tout différent.

    Le français ça s'impose, au Québec!. Notre Gouvernement est là pour l'imposer partout, le franççais uniquement.

    Le français officiel s'impose partout, et pas seulement chez le marchand du coin, en bilingue a à côté de la version en anglais, mû par la crainte de déplaire à quelqu'un.
    Le français uniquement, pour que les parlants français, nous sachions que nous somme chez nous au Québec.
    Que le Québec exige du français officiel des scientifiques comme de ses autres citpyens. Qu'il l'exige dans les demandes du subventions et dans les trravaux soumis pour l'obtentipn des Prix de Québec scientifiques et autres.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Thomas Dean Nordlum - Abonné
    26 janvier 2012 11 h 23
    l'anglais n'est pas une simple lingua franca
    L'anglais n'est pas une simple lingua-franca. L'anglais n'est pas mauvais en soi, mais sa position actuelle est en train de détruire toutes les autres langues - dans tous les domaines de la vie. J'étais récemment en Argentine et j'étais frappé de la présence de l'anglais dans la vie quotidienne. Ils disent «living room», «locker», l'expression «what the fuck?», mais je n'y vois pas une «communauté historique anglophone» à la Montréal. J'avais beaucoup de la misère à parler espagnol/castellano là-bas à cause de l'envie de leur part de parler l'anglais. (Pourtant, je leur ai dit que je suis francophone pour éviter l’anglais et l’attitude était ainsi : sans pouvoir parler l’anglais = la stupidité)

    Mais on vit dans un monde qui favorise la science (la nouvelle religion). Et si c'est comme cela que ça se passe au niveau de sa sainteté, la science, c'est normal que cette tendance se propagera en tout domaine de la vie. Et les gens se concernent trop de leurs réputations (i.e. leurs jobs) pour agir autrement.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit
    26 janvier 2012 11 h 25
    Universalité des sciences et culture locale
    On dit ici que les sciences font partie de la culture, soit. Mais celles-ci sont de portée universelle et ne connaissent pas de frontières. Le sujet ici est la communication d'un savoir scientifique au sein d'une communauté mondiale.
    L'idée d'embrigader le travail scientifique à des fins d'affirmation nationale est pernicieux, même si le motif est aussi innocent que celui de favoriser le rayonnement culturel.
    Le plus important pour notre communauté, c'est que les connaissances scientifiques de base soient bien comprises ici, dans notre langue, afin d'enrichir les débats de société comme ceux portant sur le gaz de schiste, les ondes électromagnétiques ou la vaccination par exemple. Si l'on veut que la science fasse partie de notre culture, c'est là qu'il faut agir, d'autant plus que celle-ci est singulièrement absente.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Pierre Demers - Abonné
    26 janvier 2012 11 h 39
    BRAVO M.PRUDHOMME CAR LE FRANÇAIS ÇA S'IMPOSE!
    BRAVO M. PRUDH'OMME
    Comme le propose Jacques Saint-Cyr AAVEC sa forteresse québéco-gauloise oui, mais dans un sens tout différent.
    Le français officiel au Québec, ça s’impose, et notre Gouvernement est là pour ça.
    Le français uniquement et non pas cette sorte de langage bilingue qui sévit dans nos commerces, le français étant accompagné inexorablement de l’anglais, par peur de déplaire à quelque étranger chez nous.
    Le français officiel au Québec, ça s’impose aux citoyens scientifiques comme aux autres, et notre Gouvernement est là pour ça.
    Qu’il refuse les demandes de subvention en anglais.
    Qu’il refuse les candidatures aux Prix du Québec scientifiques ou autres appuyées par des publications non en français uniquement.
    Que le Gouvernement du Québec, qui soutient l’ACFAS, demande à cette vénérable instituition de renforcer énergiquement son secteur physique, chimie, biologie, mathématique, y compris ses archives prestigieuses de ces catégories (sans renier ses secteurs sciences humaines et appliquées).
    Ce n’est pas tout, mais ce serait un début. Pour en savoir davantage, référez-vous à la LISULF et à sa publication Science et Francophonie, cherchez ces entrées sur la toile informatique
    … et un début un peu réconfortant.
    Sinon? Relisons la perspective qu’évoque le Prof. Prud’homme : « , il faut conserver des tribunes où le français est dynamiquement utilisé. Sinon, dans quelques années, nos cours devront être donnés en anglais ou en charabia, c'est-à-dire dans un mélange de français et d'anglais. »

    Pierre Demers physicien, LISULF 26I2012, 11h40
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Thomas Dean Nordlum - Abonné
    26 janvier 2012 11 h 45
    L'anglais n'est pas une sorte de lingua-franca.
    L'anglais n'est pas une simple lingua-franca. L'anglais n'est pas mauvais en soi, mais sa position actuelle est en train de détruire toutes les autres langues - dans tous les domaines de la vie. J'étais récemment en Argentine et j'étais frappé de la présence de l'anglais dans la vie quotidienne. Ils disent «living room», «locker», l'expression «what the f***?», mais je n'y vois pas une «communauté historique anglophone» à la Montréal. J'avais beaucoup de la misère à parler espagnol/castellano là-bas à cause de l'envie de leur part de parler l'anglais. (Pourtant, je leur ai dit que je suis francophone pour éviter l’anglais et l’attitude était ainsi : sans pouvoir parler l’anglais = la stupidité)

    Mais on vit dans un monde qui favorise la science (la nouvelle religion). Et si c'est comme cela que ça se passe au niveau de sa sainteté, la science, c'est normal que cette tendance se propagera en tout domaine de la vie. Et les gens se concernent trop de leurs réputations (i.e. leurs jobs) pour agir autrement.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Thomas Dean Nordlum - Abonné
    26 janvier 2012 11 h 45
    L'anglais n'est pas une sorte de lingua-franca.
    L'anglais n'est pas une simple lingua-franca. L'anglais n'est pas mauvais en soi, mais sa position actuelle est en train de détruire toutes les autres langues - dans tous les domaines de la vie. J'étais récemment en Argentine et j'étais frappé de la présence de l'anglais dans la vie quotidienne. Ils disent «living room», «locker», l'expression «what the f***?», mais je n'y vois pas une «communauté historique anglophone» à la Montréal. J'avais beaucoup de la misère à parler espagnol/castellano là-bas à cause de l'envie de leur part de parler l'anglais. (Pourtant, je leur ai dit que je suis francophone pour éviter l’anglais et l’attitude était ainsi : sans pouvoir parler l’anglais = la stupidité)

    Mais on vit dans un monde qui favorise la science (la nouvelle religion). Et si c'est comme cela que ça se passe au niveau de sa sainteté, la science, c'est normal que cette tendance se propagera en tout domaine de la vie. Et les gens se concernent trop de leurs réputations (i.e. leurs jobs) pour agir autrement.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Charles DURAND - Inscrit
    26 janvier 2012 12 h 19
    La mise en place des monopoles du savoir
    Les lecteurs semblent ignorer que mon ouvrage intitulé: "La mise en place des monopoles du savoir" (Auteur: Charles DURAND. Editeur: L'Harmattan) traite de ce sujet à fond. Il s'agit d'un opuscule de 110 pages qui démontre et illustre les effets pervers de l'usage de l'anglais en science et en technologie.

    Pour pouvoir évaluer, apprécier et juger, encore fait-il bénéficier des informations clés. Il est impossible de pouvoir penser correctement à partir d’une base factuelle défectueuse ou insuffisante. Or, le système politico-médiatique actuel fait l’impasse sur un grand nombre de questions et tient soigneusement le public à l’écart des informations qui l’amènerait naturellement à remettre en question la prééminence affirmée urbi et orbi de la langue anglaise et de son rôle essentiel comme vecteur et comme relais de la volonté impériale. On n’informe pas les moutons qu’ils vont à l’abattoir. On ne donne pas les éléments qui permettraient à ceux qui sont en servitude de se révolter. La première tâche essentielle à accomplir est de rassembler de manière aussi complète que possible l’information que l’on nous cache, de la diffuser au maximum, d’engager une réflexion sur ce qu’elle implique. Possédant ainsi les informations pertinentes, l’homme peut ainsi réagir. Alors, son affranchissement n’est plus qu’une question de temps…
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Michel Richard - Inscrit
    26 janvier 2012 12 h 54
    @ Jean Richard
    Et à d'autres.
    C'est bien beau, tout devrait être fait en Français.
    Mais dans la vraie vie, si quelqu'un présente en Français, et que la salle est vide, qu'est-ce qu'on fait ? Est-ce que ça nous avance ? Je comprend les grandes idées, les idéaux. Mais est-ce qu'on doit forcer nos scientifiques à présenter devant des salles vides ? Ok, les salles devraient pas être vides, mais si elles le sont ?
    Vous répondrez: traduction simultanée. Alors on dépensera une fortune pour permettre à tout le monde de comprendre (et ne vous trompez pas, ça coûte une fortune la traduction simultanée). L'interprète aura devant lui un texte traduit dont il se servira autant que ce qu'il entend dans ses oreillettes. Si l'orateur dévie du texte en Français, l'interprète devra dévier de la version écrite en Anglais qu'il a sous les yeux, et y'aura peut-être des hésitations. Fait que la salle sera seulement à moitié vide. Et ce ne seront que des simulâcres, et tout le monde se demandera pourquoi la personne qui présente ne s'exprime pas directement en Anglais, alors qu'elle maitrise peut-être parfaitement cette langue. Et on aura dépensé une fortune pour faire compliqué et avoir de moins bons résultats que si on avait fait simple.
    Encore une fois, dans un monde idéal, ce serait pas comme ça, mais que suggéréz vous qu'on fasse, demain matin, ou la semaine prochaine, pour aider au rayonnement de la science Québecoise ?
    Nous sommes dans un pays libre, si un scientifique Québecois francophone choisit de livrer une conférence en Anglais, pourquoi ne pas le laisser faire.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit
    26 janvier 2012 13 h 42
    @PierreDemers: l'imposition du français, une brimade inutile
    Un regroupement comme l'ACFAS c'est très bien, mais pour rejoindre mon propos précédent, c'est encore mieux si les dignes membres de cette association vont à l'encontre du grand public et prennent la peine d'expliquer les progrès réalisés, dans des termes clairs et justes. C'est cela, participer d'une culture nationale.
    Par contre, freiner la diffusion d'un savoir universel à des fins de politique linguistique en exigeant des chercheurs qu'ils ne parlent que la langue nationale lors de rencontres internationales, c'est faire preuve d'un esprit de clocher qui brime la liberté d'expression.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Bernard Terreault - Abonné
    26 janvier 2012 13 h 55
    Lingua franca - bémols
    Ayant fait une carrière scientifique moi aussi, mon opinion ne peut pas différer beaucoup de celle du respecté Prof. Prud'homme. L'anglais dans les échanges VÉRITABLEMENT internationaux, c'est une question pratique, comme le latin à une époque très ancienne. Mais comme le latin, l'anglais a ses limites. Tous mes collègues savent comment nombre de locuteurs français, japonais, chinois, et même indiens ou australiens (cockney) sont à peine compréhensibles. Dans les conférences, ils doivent transcrire par écrit sur leurs présentaions powerpoint presque tout leur texte. (Il y a aussi les proverbiaux chercherurs japonais endormis, assomés par le décalage horaire!). En fait, ce sont les écrits qui comptent. Et là, il y a de temps en temps intérêt à éviter l'anglais : si on veut, tout en établissant sa priorité sur une idée qui a des applications pratiques, ne pas l'éventer trop vite pour prendre de l'avance sur les concurrents, vaut mieux publier dans un périodique en langue nationale!
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Albert Descôteaux - Abonné
    26 janvier 2012 14 h 58
    Et si la langue de communication scientifique était l'espagnol...
    ...je suis certain que plusieurs ici ne s'offusqueraient pas du fait que les cherhceurs québécois communiquent leurs travaux en espagnol.

    Excellent texte Prof Prud'homme, qui remet bien les choses en perspective.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Réal Rodrigue - Abonné
    26 janvier 2012 15 h 43
    Les sciences et la culture
    Depuis Galilée, les sciences se constituent comme des savoirs objetifs qui excluent d'entrée de jeu la vie subjective, et donc la culture. Si par culture nous entendons en effet la culture de la vie, son exhaussement par des activités au moyen desquelles l'individu se perfectionne lui-même comme c'est le cas dans les arts, alors bien entendu, il faut reconnaître que les sciences comme telles n'en font pas partie. Ce sont des savoirs abstraits qui usent de symboles ayant valeur universelle, mais qui par ailleurs peuvent se transmettre dans toutes les langues parlées de la terre. Actuellement, l'Anglais domine alors qu'il fut un temps où c'était le Grec qui dominait, et c'est pourquoi les scientifiques communiquent à l'intérieur de la langue qui aujourd'hui s'impose.

    Certes, la culture ne se réduit pas au domaine de l'art. L'éthique et la religion en font partie intégralement. Ce sont là en effet des activités par lesquelles l'individu répond à des aspirations immanentes à sa vie, l'aspiration au bien et à la justice n'étant pas moins impérative que l'aspiration à la beauté, ou encore l'aspiration à la compassion ou à la charité. Évidemment, en tant qu'individus, les scientifiques peuvent jouer du violon et de la guitare, mais alors ils répondent à un tout autre impératif que celui qui est à l'origine des sciences modernes.

    Tout se passe en anglais dans les sciences, d'accord. Mais j'espère que M.Prud'homme comprend que les individus sont aussi, et d'abord et avant tout, des êtres qui aspirent à autre chose qu'à ce que les sciences et les techniques peuvent leur offrir. Pour finir, je dirais que la langue ne se réduit pas à un instrument de communication, mais qu'elle est aussi moyen de culture. Notre attachement au français vient de là sans aucun doute. Bref, le problème soulevé est moins facile à résoude qu'il n'y paraît.

    Réal Rodrigue
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Yvan Dutil - Inscrit
    26 janvier 2012 19 h 25
    Des contraintes à prendre en compte
    Personnellement, je trouve qu'il est essentiel de pouvoir faire des demande de subvention en français. Le problème est que parfois on a pas le choix. Les règles demandent que l'évaluateur n'aie pas collaboré avec nous au cours de 5 dernières années et il y a des restrictions sur les collaborations en dedans d'un an. Tout cela pour éviter les conflits d'intérêt. L'arbitre se doit d'être un expert dans son domaine ce qui limite le nombre de candidats potentiel. De plus, il doit avoir un poste quasi-permanent pour ne pas subir d'influence externe indue. Avec les champs de recherche pointus d'aujourd'hui trouver 5 arbitres répondants à ces conditions n'est pas toujours simple. Alors, rajouter une contrainte supplémentaire en exigeant qu'ils puissent lire le français complique singulièrement les choses.

    Si je le pouvais, je ferais tout en français. Cependant, en pratique c'est impossible.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Dominique Beaulieu - Inscrit
    12 février 2012 17 h 48
    vaut mieux publier dans un périodique en langue nationale
    @Bernard Terreault
    Le problème, c'est que certaines revues anglophones imposent l'exclusivité et la primeur afin de maintenir l'hégémonie de l'anglais. Donc, une fois publié dans la langue nationale, la découverte est brûlée à bien des endroits.
    Il faudrait casser ça.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Dominique Beaulieu - Inscrit
    18 février 2012 20 h 01
    Ma réplique non publiée
    Servitude scientifique

    Certains scientifiques créent une séparation artificielle entre le politique et le scientifique. Croient-ils que la conquête de l’espace n’avait pour but que la beauté de la science, l’avancement du savoir et le progrès de l’humanité? Il n'y a qu'une seule sphère : la sphère des intérêts. La recherche scientifique sert les bases économique, politique, militaire et industrielle des nations. Que cela vous plaise ou non, la recherche scientifique, tout comme la langue, est un outil géopolitique et hégémonique.

    Au début du 20e siècle, les congrès scientifiques internationaux se déroulaient en allemand, en anglais et en français. Un chercheur devait présenter dans une de ces 3 langues et comprendre les 2 autres. Selon la logique de l’auteur, toute transition pour remplacer une langue de communication par une autre ou pour en ajouter une est impossible. Or, si les Anglo-Saxons avaient respecté le principe à l'époque du « 3 langues pour se comprendre », il y aurait encore l'allemand, l'anglais et le français. Ils ont plutôt imposé la leur profitant de la faiblesse de l’Europe d’après-guerre, de l’angélisme et de la naïveté de certaines élites. Pourquoi tout le monde devrait se soumettre à des principes sauf les Anglo-Saxons qui imposent les leurs.

    Le dérapage d’Hydro-Québec vient du fait que les chercheurs (et la société) ont intériorisé la propagande voulant que l’anglais soit la seule langue de la science. Croyez vous que les Chinois vont accepter longtemps l'humiliation de publier en anglais avec leur milliard et demie de locuteurs? Le temps approche où ces deux espaces linguistiques vont s’affronter, l'occasion sera belle pour la Francophonie pour s'imposer.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Dominique Beaulieu - Inscrit
    18 février 2012 20 h 02
    Servitude sicnetifique (suite)
    Est-ce que la Francophonie est si restreinte pour qu’il faille collaborer avec un chercheur coréen? La France la première puissance d’Europe si l'on considère les vestiges de son empire colonial, son centre spatial, son droit de veto au Conseil de Sécurité et la seule force de frappe nucléaire occidentale qui soit indépendante des États-Unis.

    Dire que l'on s'isole en publiant en français est un argument tordu avec plus de 200 millions de locuteurs dans le monde, 700 millions en 2050, d'autant plus que rien n'empêche de continuer à lire les travaux des autres en anglais ou autres langues et à participer à leurs congrès. Et même s'ils ne sont pas parfaits, il y a les traducteurs automatiques qui s’améliorent toujours.

    De plus, est-ce que l’auteur est en train de nous dire que des titulaires de doctorats seraient incapables d'apprendre à devenir fonctionnels dans 2 langues et d’avoir une connaissance passive de 2 ou 3 autres? Il m'a fallu seulement deux fois 45 heures de cours d'espagnol pour être fonctionnel et participer à un échange au Mexique. Le vocabulaire scientifique se limite peut-être à 1000 mots, ce n'est pas la mer à boire pour des gens qui se targuent d'être brillants. Bien sûr, une réforme de l’apprentissage des langues étrangères au Québec s’impose.

    Pourquoi les francophones devraient se soucier d'être compris à n’importe quel prix alors que le Japon impose la publication des travaux financés par l'État en japonais avec un embargo d'un certain temps pour les autres langues afin de donner l'avantage concurrentiel aux entreprises japonaises, selon l’informaticien Charles Durand?

    Le multilinguisme est à la science ce que le multipartisme est à la politique. Qu'est-ce qui est le plus démocratique entre un système au parti unique ou un système avec un petit nombre de partis? Est-ce les partisans d’une seule langue scientifique pensent la même chose des grandes organisations internationales qui act
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Dominique Beaulieu - Inscrit
    18 février 2012 20 h 03
    Servitude scientifique (suite)
    Si vous publiez en français et que ceux qui ne connaissent pas cette langue ne peuvent pas vous lire, qui est perdant? Vous ou bien ceux qui ne peuvent s'enrichir de vos découvertes? Et que dire de ceux qui sont payés à faire de la recherche militaire dans le secret et qui ne publieront jamais? Est-ce que les scientifiques du projet Manhattan ont publié en allemand et en russe afin d'être lus et compris?

    Publier en français aurait plusieurs avantages. Ça obligerait les chercheurs du monde entier à avoir des notions de français pour maintenir leur niveau en ayant accès à nos découvertes, en plus d’augmenter la demande pour des professeurs de français, des traducteurs francophones et des produits culturels francophones. Bref, tout ce que le rayonnement international peut apporter, rayonnement qui bénéficie aujourd’hui de façon disproportionnée aux Anglo-Saxons.

    Il est clair qu'une politique de publication en français exigera de l'État une politique du bâton et de la carotte, tous les organismes financés par l'État devront y contribuer : centres de recherches, universités et collèges. Elle sera d'autant plus efficace si la France et la Francophonie emboîtent le pas ou qu’une alliance avec la Chine et la Russie se concrétise. Moi je dis que même si l'espace francophone ne représente que 10% du monde industrialisé, si ce 10% de découvertes manque aux autres, ils feront tout pour y avoir accès. Ce pourcentage augmentera avec la progression de la communauté scientifique africaine locale. En attendant, je ne suis pas déconnecté de la réalité, je sais très bien que moi aussi je devrai à court terme publier en anglais. Cependant, il faut à un moment donné cesser de se voir plus petits que nous ne le sommes en réalité.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Dominique Beaulieu - Inscrit
    18 février 2012 20 h 03
    Servitude scientifique (suite)
    À ceux qui seraient tentés de résister à une éventuelle politique en invoquant que publier en français nuirait à leur notoriété et n’a rien à voir avec la réalité scientifique internationale, je leur réponds que les contribuables québécois ne les paient pas pour leur gloire personnelle mais pour défendre et promouvoir nos intérêts nationaux. S'ils ont une notoriété dans l'espace francophone, qui est très grand, ils auront des belles opportunités. Nous attendons de nos chercheurs un sens de l'État digne de leur position.

    Dominique Beaulieu, B. Ing. (Sherbrooke), M. Sc. (Saarbrücken)
    Étudiant au doctorat en génie électrique à l'Université Laval
    Ancien président d’IEEE, section de Montréal (2003)
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Dominique Beaulieu - Inscrit
    24 février 2012 13 h 15
    vaut mieux publier dans un périodique en langue nationale
    @Bernard Terreault
    Rectification : on m'a informé cette semaine que la raison pour exiger que la contribution soit originale et non publiée antérieurement est une question de droit d'auteur des revues entre elles. Si une revue reprend intégralement le texte d'une autre revue parce que l'auteur a soumis le même texte 2 fois, est-ce que cette dernière revue pourrait poursuivre la première opur plagiat?
    On me dit que l'originalité doit être au niveau du texte et non au niveau du contenu. À VALIDER
    Si jamais l'originalité devait être au niveau du contenu, on pourrait inciter, fortement inciter ou obliger à publier en français immédiatement après la parution de la version anglaise.
    Si jamais l'originalité devait être au niveau du contenu ET qu'on exige de publier en exclusivité en français, il faudra donner un contrepartie substentielle aux chercheurs, de très bonne condition et une sécurité au niveau du financement pour compenser la perte de notoriété. J'ai beau avoir écrit que des gens payés en partie ou en totalité par les contribuables doivent faire passer nos intérêts nationaux en premier, on ne peut pas en vouloir à un chercheur qui aimerait s'expatrier quelques années et aller voir ce qui se fait ailleurs, ce qui selon moi doit être encouragé, ce que j'ai moi-même fait avec mon stage au Japon, mon échange au Mexique et ma maîtrise en Allemagne. Oui l'espace francophone est grand, mais il faut s'enrichir des façons de faire de tous les espaces, d'où la nécessité de réformer en profondeur notre apprentissage des langues.
    Suggestions :
    1) Abolir les langues étrangères au primaire
    2) Les bases dans 4 langues étrangères au secondaires dans 3 ou 4 familles (juste les bases) :
    i) anglais (évidemment)
    ii) chinois ou japonais
    iii) russe (ouvrant la voie à l'ukrainien, polonais, etc.)
    iv) arabe
    v) allemand (ouvrant la voie au néerlandais, suédois)
    vi) scandinaves
    vii ) latines ==> trop faciles, même si elles sont utiles, on
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
33 réactions
12 votes Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Pour en savoir plus
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012