Construction - Dialogue de sourds
La FTQ-Construction met sa menace à exécution et refuse de participer au comité de transition patronal-syndical qui doit précéder l'entrée en vigueur du nouveau mécanisme de placement prévu pour décembre prochain. Tant pis, rétorque la ministre du Travail, Lise Thériault, les membres pourront changer d'allégeance si la FTQ les représente mal. Une partie de bras de fer aussi inutile qu'improductive.
La loi 33 adoptée en décembre dernier met fin au placement des travailleurs sur les chantiers construction par leurs syndicats de métiers respectifs. Désormais, tous les ouvriers disponibles dans une région devront s'inscrire auprès de la Commission de la construction du Québec (CCQ), qui les dirigera vers les emplois disponibles.
Les syndicats pourront toujours «référer» leurs membres à la CCQ, mais pour ce faire, ils devront détenir un permis de la CCQ et l'intervention se résumera à faire valoir l'expérience et les compétences de chacun. Plus question de négocier directement avec les entrepreneurs, encore moins d'imposer les membres de leur choix.
Pour préparer cette transition, les syndicats sont invités à participer à un comité présidé par le sous-ministre de Travail et formé d'un nombre égal de représentants patronaux et syndicaux. Or, depuis la présentation du projet de loi, l'automne dernier, les deux regroupements de syndicats de métiers qui représentent à eux seuls 70 % des travailleurs de l'industrie, la FTQ-Construction et le Conseil provincial (International), rejettent catégoriquement cette approche, de même qu'ils rejettent la représentation égalitaire des syndicats minoritaires à la CCQ.
De son côté, la ministre Lise Thériault, qui profite d'un fort appui populaire depuis sa performance en commission parlementaire, est tout aussi catégorique: la loi s'appliquera telle quelle, point à la ligne.
Mais voilà: sans la collaboration des syndicats de métiers qui ont assuré le placement depuis des décennies, il est difficile d'imaginer que tout se passera bien. Contrairement à une usine, la construction est une industrie très décentralisée dont les besoins en main-d'oeuvre spécialisée varient d'un chantier à l'autre et d'un jour à l'autre. De même pour les ouvriers, dont la disponibilité varie d'un jour à l'autre.
Pour répondre efficacement aux demandes souvent pointues des entrepreneurs, il faudra une armée de fonctionnaires accessibles en tout temps au bout du fil, chacun étant au fait des compétences particulières et de la disponibilité des gens de métier de la région. Le contraire en somme de la culture bureaucratique qu'on trouve dans toutes les grandes organisations, qu'elles soient publiques ou privées.
Avec la nouvelle loi, on attend beaucoup de la CCQ, sans doute trop. Il faudra des mois, voire des années avant d'atteindre une vitesse de croisière satisfaisante. Entre-temps, l'industrie de la construction est menacée d'instabilité.
Inutile de rappeler les motifs qui ont conduit le gouvernement à apporter des changements. D'ailleurs, personne d'autre que les deux syndicats les plus touchés ne demande à Mme Thériault de revenir en arrière. Mais entre le statu quo et la bureaucratisation, il existe certainement des formules plus souples et surtout non partisanes qui profiteraient de la collaboration des syndicats de métiers au placement de leurs membres. Encore faut-il, bien sûr, qu'on en discute, et que du côté syndical, on abandonne l'idée d'utiliser le placement professionnel comme principal argument de vente auprès des membres.
La loi 33 adoptée en décembre dernier met fin au placement des travailleurs sur les chantiers construction par leurs syndicats de métiers respectifs. Désormais, tous les ouvriers disponibles dans une région devront s'inscrire auprès de la Commission de la construction du Québec (CCQ), qui les dirigera vers les emplois disponibles.
Les syndicats pourront toujours «référer» leurs membres à la CCQ, mais pour ce faire, ils devront détenir un permis de la CCQ et l'intervention se résumera à faire valoir l'expérience et les compétences de chacun. Plus question de négocier directement avec les entrepreneurs, encore moins d'imposer les membres de leur choix.
Pour préparer cette transition, les syndicats sont invités à participer à un comité présidé par le sous-ministre de Travail et formé d'un nombre égal de représentants patronaux et syndicaux. Or, depuis la présentation du projet de loi, l'automne dernier, les deux regroupements de syndicats de métiers qui représentent à eux seuls 70 % des travailleurs de l'industrie, la FTQ-Construction et le Conseil provincial (International), rejettent catégoriquement cette approche, de même qu'ils rejettent la représentation égalitaire des syndicats minoritaires à la CCQ.
De son côté, la ministre Lise Thériault, qui profite d'un fort appui populaire depuis sa performance en commission parlementaire, est tout aussi catégorique: la loi s'appliquera telle quelle, point à la ligne.
Mais voilà: sans la collaboration des syndicats de métiers qui ont assuré le placement depuis des décennies, il est difficile d'imaginer que tout se passera bien. Contrairement à une usine, la construction est une industrie très décentralisée dont les besoins en main-d'oeuvre spécialisée varient d'un chantier à l'autre et d'un jour à l'autre. De même pour les ouvriers, dont la disponibilité varie d'un jour à l'autre.
Pour répondre efficacement aux demandes souvent pointues des entrepreneurs, il faudra une armée de fonctionnaires accessibles en tout temps au bout du fil, chacun étant au fait des compétences particulières et de la disponibilité des gens de métier de la région. Le contraire en somme de la culture bureaucratique qu'on trouve dans toutes les grandes organisations, qu'elles soient publiques ou privées.
Avec la nouvelle loi, on attend beaucoup de la CCQ, sans doute trop. Il faudra des mois, voire des années avant d'atteindre une vitesse de croisière satisfaisante. Entre-temps, l'industrie de la construction est menacée d'instabilité.
Inutile de rappeler les motifs qui ont conduit le gouvernement à apporter des changements. D'ailleurs, personne d'autre que les deux syndicats les plus touchés ne demande à Mme Thériault de revenir en arrière. Mais entre le statu quo et la bureaucratisation, il existe certainement des formules plus souples et surtout non partisanes qui profiteraient de la collaboration des syndicats de métiers au placement de leurs membres. Encore faut-il, bien sûr, qu'on en discute, et que du côté syndical, on abandonne l'idée d'utiliser le placement professionnel comme principal argument de vente auprès des membres.
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