Effondrement au tunnel Viger - Et le ministère, lui?
Il y a des façons élégantes de se laver les mains de ses responsabilités. Ainsi le mandat confié à des experts pour enquêter sur l'effondrement survenu l'été dernier sur l'autoroute Ville-Marie: il «se limite à établir les causes techniques de l'effondrement». Comme si l'organisation du travail au ministère des Transports n'avait pas quelque chose à voir.
Le ministre des Transports Pierre Moreau a bien contrôlé son message hier. Il a divulgué le rapport d'enquête sur l'écrasement d'un paralume dans le tunnel Viger, convoquant même une conférence de presse pour ce faire — ce qui vaut mieux que ce que faisait son prédécesseur Sam Hamad, qui cachait les rapports d'inspection.
Mais pas question pour les journalistes (qui, à une exception près, ne s'en sont même pas plaints!) d'avoir accès au rapport tant que la conférence de presse n'était pas terminée. Comme il est question de poursuites à lancer sur la base de ce rapport, le ministre ne voulait pas être interrogé sur son contenu. C'est une question de respect du tribunal, a dit M. Moreau.
Les poursuites contre le consortium chargé des travaux au tunnel Viger, dont les plans et devis, selon le rapport, ne répondaient pas aux normes de sécurité, ont donc pris le devant de la scène, au détriment du rôle du MTQ. C'est aux ingénieurs et non au ministère qu'incombe la responsabilité du respect des normes, a assuré M. Moreau. Le rapport des experts («indépendants», insistait le ministre) est très clair quant aux fautes observées. C'est comme un propriétaire qui fait rénover sa maison: il n'est pas responsable des fautes de l'architecte.
Drôle de comparaison! Le ministère a au contraire une responsabilité première et collective, qui dépasse celle d'un individu: celle de s'assurer de la qualité et de la sécurité de nos infrastructures routières, dont il est redevable envers la population. S'il décide de sous-traiter le travail à accomplir, il a encore le devoir de s'assurer, par la voie d'inspections et de vérifications par ses propres employés, que celui-ci est adéquat.
Mais au MTQ, depuis longtemps déjà, on confond les rôles. L'été dernier, un de ses porte-parole indiquait: «Le but du ministère, c'est de réaliser des travaux. Que le travail soit fait par son personnel ou par une firme privée, ce n'est pas important.» Comme si la responsabilité professionnelle d'une personne, celle d'un ingénieur, par exemple, pouvait remplacer le garde-fou collectif que se doit d'être l'État! Mais l'idéologie du moins d'État a mis en péril cette mission. Le MTQ, au fil des ans, a réduit de façon considérable son personnel, il n'a donc personne pour se livrer à de la supervision, ce qui lui fait perdre de l'expertise, donc le rend toujours plus dépendant du privé — qui lui est là pour le profit, pas pour le bien-être collectif.
En août dernier, face au tollé soulevé par le manque d'inspection, le ministre Sam Hamad avait affirmé que le MTQ reverrait ses manières de faire. Hier, le ministre Moreau considérait plutôt qu'une supervision par le MTQ est redondante.
Mais le privé n'est pas un partenaire de l'État: il est un exécutant. C'est au ministère d'avoir le dernier mot sur les plans et les manières de faire, pour éviter des erreurs, mais aussi pour poser des questions. Pourquoi, par exemple, choisir une méthode comme l'hydrodémolition, comme on l'a fait dans le tunnel Viger, moins précise, nous dit le rapport d'hier, mais qui a «l'avantage de la rapidité d'exécution»? Toujours la même chose: plus vite, moins de «troubles», moins de personnel. N'y a-t-il là vraiment rien, au-delà des poursuites, à revoir?
Le ministre des Transports Pierre Moreau a bien contrôlé son message hier. Il a divulgué le rapport d'enquête sur l'écrasement d'un paralume dans le tunnel Viger, convoquant même une conférence de presse pour ce faire — ce qui vaut mieux que ce que faisait son prédécesseur Sam Hamad, qui cachait les rapports d'inspection.
Mais pas question pour les journalistes (qui, à une exception près, ne s'en sont même pas plaints!) d'avoir accès au rapport tant que la conférence de presse n'était pas terminée. Comme il est question de poursuites à lancer sur la base de ce rapport, le ministre ne voulait pas être interrogé sur son contenu. C'est une question de respect du tribunal, a dit M. Moreau.
Les poursuites contre le consortium chargé des travaux au tunnel Viger, dont les plans et devis, selon le rapport, ne répondaient pas aux normes de sécurité, ont donc pris le devant de la scène, au détriment du rôle du MTQ. C'est aux ingénieurs et non au ministère qu'incombe la responsabilité du respect des normes, a assuré M. Moreau. Le rapport des experts («indépendants», insistait le ministre) est très clair quant aux fautes observées. C'est comme un propriétaire qui fait rénover sa maison: il n'est pas responsable des fautes de l'architecte.
Drôle de comparaison! Le ministère a au contraire une responsabilité première et collective, qui dépasse celle d'un individu: celle de s'assurer de la qualité et de la sécurité de nos infrastructures routières, dont il est redevable envers la population. S'il décide de sous-traiter le travail à accomplir, il a encore le devoir de s'assurer, par la voie d'inspections et de vérifications par ses propres employés, que celui-ci est adéquat.
Mais au MTQ, depuis longtemps déjà, on confond les rôles. L'été dernier, un de ses porte-parole indiquait: «Le but du ministère, c'est de réaliser des travaux. Que le travail soit fait par son personnel ou par une firme privée, ce n'est pas important.» Comme si la responsabilité professionnelle d'une personne, celle d'un ingénieur, par exemple, pouvait remplacer le garde-fou collectif que se doit d'être l'État! Mais l'idéologie du moins d'État a mis en péril cette mission. Le MTQ, au fil des ans, a réduit de façon considérable son personnel, il n'a donc personne pour se livrer à de la supervision, ce qui lui fait perdre de l'expertise, donc le rend toujours plus dépendant du privé — qui lui est là pour le profit, pas pour le bien-être collectif.
En août dernier, face au tollé soulevé par le manque d'inspection, le ministre Sam Hamad avait affirmé que le MTQ reverrait ses manières de faire. Hier, le ministre Moreau considérait plutôt qu'une supervision par le MTQ est redondante.
Mais le privé n'est pas un partenaire de l'État: il est un exécutant. C'est au ministère d'avoir le dernier mot sur les plans et les manières de faire, pour éviter des erreurs, mais aussi pour poser des questions. Pourquoi, par exemple, choisir une méthode comme l'hydrodémolition, comme on l'a fait dans le tunnel Viger, moins précise, nous dit le rapport d'hier, mais qui a «l'avantage de la rapidité d'exécution»? Toujours la même chose: plus vite, moins de «troubles», moins de personnel. N'y a-t-il là vraiment rien, au-delà des poursuites, à revoir?
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