Le mal de mer
La politique est un monde où il faut savoir vivre d'espoir, et elle est suffisamment imprévisible pour l'entretenir. Ainsi, après la descente aux enfers des derniers mois, certains au PQ commencent à penser qu'une victoire aux prochaines élections, sans être probable, n'est plus totalement inimaginable.
La mise hors de combat de Gilles Duceppe et l'harmonie inhabituelle qui régnait au dernier conseil national, qui ont réglé pour un temps la question du leadership, ne sont pas étrangères à ce nouvel optimisme, mais c'est surtout la performance erratique de François Legault qui le nourrit.
Même s'il a finalement concrétisé son projet de créer un nouveau parti politique, comme Lucien Bouchard le lui conseillait depuis des années, plusieurs de ses anciens collègues continuent à voir en lui un choker incapable de supporter la pression.
Le cafouillage très gênant sur le financement de la Coalition avenir Québec n'a fait que renforcer cette perception. Quand le navire s'est soudainement retrouvé sur une mer houleuse, le capitaine est resté enfermé dans sa cabine, au lieu de monter sur le pont, comme s'il avait le mal de mer. Qu'est-ce que ce sera en campagne électorale, si les éléments se déchaînent réellement?
Il est grand temps que M. Legault démontre qu'il est en mesure de recruter mieux qu'une bande de transfuges mus par l'ambition, mais les grosses pointures qui justifieraient sa prétention de former une nouvelle équipe du tonnerre aimeraient sans doute sentir qu'une main ferme tient la barre.
Le chef de la CAQ a eu la bonne idée d'annoncer son intention de se présenter dans L'Assomption avant la démission de David Whissell, mais il a tout intérêt à trouver rapidement un fédéraliste de renom, de préférence libéral, pour défendre ses couleurs à l'éventuelle élection partielle dans Argenteuil.
***
M. Legault doit aussi espérer que l'appui étonnant qu'il a reçu de l'ancien et très controversé président d'Alliance-Québec William Johnson ne sera pas trop dommageable. Alors que la CAQ promet d'appliquer la Charte de la langue française de façon plus vigoureuse et d'utiliser la «clause nonobstant» pour éliminer les écoles passerelles, voilà qu'un des plus féroces détracteurs de la loi 101 dit lui faire confiance.
Il semble douteux que son ralliement ait un effet d'entraînement significatif dans l'électorat anglophone. En revanche, le PQ n'a pas tardé à s'interroger sur la signification de l'appui de «ce farouche ennemi du français au Québec», qui se dit même prêt à organiser un ralliement caquiste chez lui durant la prochaine campagne électorale.
«Soit William Johnson a renié ses convictions, ce dont il se défend bien, soit on lui a dit à la CAQ qu'il n'avait rien à craindre. Que jamais la CAQ n'essaiera de réaliser ses propres engagements», a commenté le porte-parole péquiste en matière de langue, Yves-François Blanchet.
Il faut croire que M. Johnson ne s'inquiète pas outre mesure du sort des commissions scolaires, si chères à la communauté anglophone et que la CAQ a promis d'abolir. L'aurait-on également rassuré à cet égard?
Il serait peu de dire que M. Johnson est un ardent fédéraliste. À ses yeux, libéraux et péquistes défendent des positions «subversives» en refusant de signer la Constitution de 1982. Certes, M. Legault n'a manifesté aucune intention de le faire, mais son immobilisme dans le dossier constitutionnel semble très bien convenir aux admirateurs de Pierre Elliott Trudeau.
***
Samedi, Françoise David a dit croire que la baisse des intentions de vote dont la CAQ est créditée pourrait inciter le premier ministre Charest à déclencher des élections dès le printemps.
Même si le taux d'insatisfaction à l'endroit de son gouvernement demeure chronique, M. Charest, qui n'a jamais douté de ses propres talents de campaigner, pourrait être tenté de précipiter les choses s'il sent que son principal adversaire est déstabilisé.
Sans l'enchanter, la perspective de diriger encore une fois un gouvernement minoritaire ne doit pas effrayer M. Charest. Après avoir été déclaré politiquement mort, il pourrait même trouver que cela constitue un véritable exploit.
Pauline Marois rêve de devenir première ministre depuis si longtemps qu'elle ne bouderait certainement pas son plaisir, même si elle devait se passer d'une majorité à l'Assemblée nationale.
Elle devrait cependant se satisfaire de diriger un «bon gouvernement» provincial. Un référendum sur la souveraineté serait évidemment hors de question, mais il faudrait aussi renoncer à la «gouvernance souverainiste».
Un gouvernement péquiste minoritaire serait incapable de faire adopter la «nouvelle loi 101». Ni le PLQ ni la CAQ n'accepteraient d'étendre les dispositions de la Charte de la langue française aux cégeps et aux petites entreprises. Il lui faudrait également oublier la constitution québécoise, la citoyenneté québécoise, la charte de la laïcité, le référendum d'initiative populaire, la limite des contributions à 100 $, etc.
En revanche, il n'échapperait ni aux compressions budgétaires ni aux nouvelles charges financières imposées par les politiques du gouvernement Harper, qui le priveraient de toute marge de manoeuvre. Pour les souverainistes, ce serait un véritable cauchemar. De quoi donner le mal de mer.
La mise hors de combat de Gilles Duceppe et l'harmonie inhabituelle qui régnait au dernier conseil national, qui ont réglé pour un temps la question du leadership, ne sont pas étrangères à ce nouvel optimisme, mais c'est surtout la performance erratique de François Legault qui le nourrit.
Même s'il a finalement concrétisé son projet de créer un nouveau parti politique, comme Lucien Bouchard le lui conseillait depuis des années, plusieurs de ses anciens collègues continuent à voir en lui un choker incapable de supporter la pression.
Le cafouillage très gênant sur le financement de la Coalition avenir Québec n'a fait que renforcer cette perception. Quand le navire s'est soudainement retrouvé sur une mer houleuse, le capitaine est resté enfermé dans sa cabine, au lieu de monter sur le pont, comme s'il avait le mal de mer. Qu'est-ce que ce sera en campagne électorale, si les éléments se déchaînent réellement?
Il est grand temps que M. Legault démontre qu'il est en mesure de recruter mieux qu'une bande de transfuges mus par l'ambition, mais les grosses pointures qui justifieraient sa prétention de former une nouvelle équipe du tonnerre aimeraient sans doute sentir qu'une main ferme tient la barre.
Le chef de la CAQ a eu la bonne idée d'annoncer son intention de se présenter dans L'Assomption avant la démission de David Whissell, mais il a tout intérêt à trouver rapidement un fédéraliste de renom, de préférence libéral, pour défendre ses couleurs à l'éventuelle élection partielle dans Argenteuil.
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M. Legault doit aussi espérer que l'appui étonnant qu'il a reçu de l'ancien et très controversé président d'Alliance-Québec William Johnson ne sera pas trop dommageable. Alors que la CAQ promet d'appliquer la Charte de la langue française de façon plus vigoureuse et d'utiliser la «clause nonobstant» pour éliminer les écoles passerelles, voilà qu'un des plus féroces détracteurs de la loi 101 dit lui faire confiance.
Il semble douteux que son ralliement ait un effet d'entraînement significatif dans l'électorat anglophone. En revanche, le PQ n'a pas tardé à s'interroger sur la signification de l'appui de «ce farouche ennemi du français au Québec», qui se dit même prêt à organiser un ralliement caquiste chez lui durant la prochaine campagne électorale.
«Soit William Johnson a renié ses convictions, ce dont il se défend bien, soit on lui a dit à la CAQ qu'il n'avait rien à craindre. Que jamais la CAQ n'essaiera de réaliser ses propres engagements», a commenté le porte-parole péquiste en matière de langue, Yves-François Blanchet.
Il faut croire que M. Johnson ne s'inquiète pas outre mesure du sort des commissions scolaires, si chères à la communauté anglophone et que la CAQ a promis d'abolir. L'aurait-on également rassuré à cet égard?
Il serait peu de dire que M. Johnson est un ardent fédéraliste. À ses yeux, libéraux et péquistes défendent des positions «subversives» en refusant de signer la Constitution de 1982. Certes, M. Legault n'a manifesté aucune intention de le faire, mais son immobilisme dans le dossier constitutionnel semble très bien convenir aux admirateurs de Pierre Elliott Trudeau.
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Samedi, Françoise David a dit croire que la baisse des intentions de vote dont la CAQ est créditée pourrait inciter le premier ministre Charest à déclencher des élections dès le printemps.
Même si le taux d'insatisfaction à l'endroit de son gouvernement demeure chronique, M. Charest, qui n'a jamais douté de ses propres talents de campaigner, pourrait être tenté de précipiter les choses s'il sent que son principal adversaire est déstabilisé.
Sans l'enchanter, la perspective de diriger encore une fois un gouvernement minoritaire ne doit pas effrayer M. Charest. Après avoir été déclaré politiquement mort, il pourrait même trouver que cela constitue un véritable exploit.
Pauline Marois rêve de devenir première ministre depuis si longtemps qu'elle ne bouderait certainement pas son plaisir, même si elle devait se passer d'une majorité à l'Assemblée nationale.
Elle devrait cependant se satisfaire de diriger un «bon gouvernement» provincial. Un référendum sur la souveraineté serait évidemment hors de question, mais il faudrait aussi renoncer à la «gouvernance souverainiste».
Un gouvernement péquiste minoritaire serait incapable de faire adopter la «nouvelle loi 101». Ni le PLQ ni la CAQ n'accepteraient d'étendre les dispositions de la Charte de la langue française aux cégeps et aux petites entreprises. Il lui faudrait également oublier la constitution québécoise, la citoyenneté québécoise, la charte de la laïcité, le référendum d'initiative populaire, la limite des contributions à 100 $, etc.
En revanche, il n'échapperait ni aux compressions budgétaires ni aux nouvelles charges financières imposées par les politiques du gouvernement Harper, qui le priveraient de toute marge de manoeuvre. Pour les souverainistes, ce serait un véritable cauchemar. De quoi donner le mal de mer.
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