L'art d'être chef
À l'époque où il était ministre dans le gouvernement de Lucien Bouchard, François Legault avait avoué bien candidement qu'il considérait la période de questions à l'Assemblée nationale comme une perte de temps. Il n'est sûrement pas le seul à le penser, mais c'est le genre de réflexion qu'il vaut mieux garder pour soi.
Quand le PQ s'est retrouvé sur les banquettes de l'opposition, il est rapidement devenu un des députés les plus efficaces. Le ministre des Finances, Raymond Bachand, a dû être le plus soulagé de le voir prendre sa retraite. Malgré son indéniable succès, M. Legault ne voyait toujours aucun intérêt à la joute parlementaire.
Mardi, le chef de la CAQ a fait un effort louable pour paraître indigné de voir les «vieux partis» chercher à limiter la visibilité de son parti à l'Assemblée nationale en s'opposant à sa reconnaissance comme groupe parlementaire, mais il n'était pas très convaincant. En optant pour une fusion qui permettait d'éliminer toute trace de l'ADQ, plutôt qu'une simple alliance, il en connaissait parfaitement les conséquences.
S'il ne voulait d'aucune façon être associé à l'ancien parti de Mario Dumont, M. Legault ne souhaite certainement pas davantage laisser un petit groupe d'ex-adéquistes, additionné de transfuges péquistes, façonner l'image de son parti.
En attendant l'arrivée des jeunes cadres dynamiques à la Dominique Anglade qu'il souhaite recruter, il préfère monopoliser lui-même l'attention des médias et envoyer ses députés «sur le terrain», autrement dit loin des caméras.
À l'époque où il était au PQ, il n'avait pas la réputation d'être un homme d'équipe. Au contraire, il faisait plutôt figure de loup solitaire. L'occasion fait parfois le larron, mais M. Legault n'a pas démontré qu'il avait les qualités d'un chef. L'art de diriger consiste à faire valoir les membres d'une équipe, pas à en disposer après usage.
***
Dans les sondages, M. Legault est perçu comme le plus apte à occuper le poste de premier ministre. Il lui reste cependant à passer le très exigeant test d'une campagne électorale. Maintenant qu'il doit se prononcer sur tous les dossiers, son flair politique commence à soulever des doutes. Proposer d'assujettir les CPE aux dispositions de la Loi sur les services essentiels n'est pas la trouvaille du siècle.
En principe, il ne faut jamais sous-estimer un adversaire, mais le premier ministre Charest n'est pas très impressionné par sa performance. Il semble d'ailleurs disposé à lui laisser tout le temps dont il a besoin pour montrer ses limites.
M. Charest, qui avait pourtant fait ses classes au Parti conservateur, a pu constater en 1998 que le métier de chef nécessite un certain apprentissage. Bien plus que la nouveauté de M. Legault, c'est l'expérience de Pauline Marois que redoute M. Charest.
Comme disent les analystes de hockey, le résultat final n'indique pas nécessairement l'allure de la partie. Aux élections de décembre 2008, les libéraux ont retrouvé leur majorité à l'Assemblée nationale, mais Mme Marois avait mené une meilleure campagne. Lors du débat télévisé entre les trois chefs de parti, elle avait nettement eu le dessus.
Forte de l'expérience d'une première campagne en qualité de chef, aguerrie par la crise interne qu'elle a traversée au cours des derniers mois, elle sera encore plus coriace, plus confiante aussi, qu'en 2008.
***
Ses réflexes semblent également s'affiner. Dans le dossier de l'amphithéâtre de Québec, elle s'était entêtée dans l'erreur. Cette fois-ci, elle a rapidement compris la nécessité de rectifier le tir sur la question du référendum d'initiative populaire.
À l'issue du dernier conseil national du PQ, elle avait indiqué qu'il faudrait attendre après les prochaines élections avant de déterminer les balises qui en encadreront l'exercice, permettant à ses adversaires de brandir le spectre des référendums à répétition. Sa mise au point d'hier en rassurera plusieurs.
Elle a profité de l'occasion pour évacuer le projet d'abaisser le droit de vote à 16 ans, décrié de toutes parts. Il faudra que l'idée fasse consensus, voire l'unanimité, a-t-elle dit. Fin de la discussion.
Son objectif des prochains mois semble bien arrêté. Depuis deux ans, entreprendre la session parlementaire en réclamant la création d'une commission d'enquête sur l'industrie de la construction était presque une figure imposée. Mardi, elle s'est attaquée d'entrée de jeu au «Plan marketing du Nord».
Pour une fois, M. Charest veut se lancer en campagne en présentant un projet susceptible de frapper l'imagination. Prétendre tourner la page de la Révolution tranquille, comme en 2003, avait quelque chose de triste. D'ailleurs, la «réingénierie» a immédiatement été perçue comme un exercice de compression budgétaire.
En 2007, M. Charest a commis l'erreur de faire campagne sur un bilan dont la grande majorité des électeurs étaient insatisfaits. En 2008, il voulait avoir «les deux mains sur le volant» pour lutter contre la récession. Malgré ses lacunes, le Plan Nord a un indéniable potentiel de séduction. Il n'est pas trop tôt pour commencer à le démythifier.
Quand le PQ s'est retrouvé sur les banquettes de l'opposition, il est rapidement devenu un des députés les plus efficaces. Le ministre des Finances, Raymond Bachand, a dû être le plus soulagé de le voir prendre sa retraite. Malgré son indéniable succès, M. Legault ne voyait toujours aucun intérêt à la joute parlementaire.
Mardi, le chef de la CAQ a fait un effort louable pour paraître indigné de voir les «vieux partis» chercher à limiter la visibilité de son parti à l'Assemblée nationale en s'opposant à sa reconnaissance comme groupe parlementaire, mais il n'était pas très convaincant. En optant pour une fusion qui permettait d'éliminer toute trace de l'ADQ, plutôt qu'une simple alliance, il en connaissait parfaitement les conséquences.
S'il ne voulait d'aucune façon être associé à l'ancien parti de Mario Dumont, M. Legault ne souhaite certainement pas davantage laisser un petit groupe d'ex-adéquistes, additionné de transfuges péquistes, façonner l'image de son parti.
En attendant l'arrivée des jeunes cadres dynamiques à la Dominique Anglade qu'il souhaite recruter, il préfère monopoliser lui-même l'attention des médias et envoyer ses députés «sur le terrain», autrement dit loin des caméras.
À l'époque où il était au PQ, il n'avait pas la réputation d'être un homme d'équipe. Au contraire, il faisait plutôt figure de loup solitaire. L'occasion fait parfois le larron, mais M. Legault n'a pas démontré qu'il avait les qualités d'un chef. L'art de diriger consiste à faire valoir les membres d'une équipe, pas à en disposer après usage.
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Dans les sondages, M. Legault est perçu comme le plus apte à occuper le poste de premier ministre. Il lui reste cependant à passer le très exigeant test d'une campagne électorale. Maintenant qu'il doit se prononcer sur tous les dossiers, son flair politique commence à soulever des doutes. Proposer d'assujettir les CPE aux dispositions de la Loi sur les services essentiels n'est pas la trouvaille du siècle.
En principe, il ne faut jamais sous-estimer un adversaire, mais le premier ministre Charest n'est pas très impressionné par sa performance. Il semble d'ailleurs disposé à lui laisser tout le temps dont il a besoin pour montrer ses limites.
M. Charest, qui avait pourtant fait ses classes au Parti conservateur, a pu constater en 1998 que le métier de chef nécessite un certain apprentissage. Bien plus que la nouveauté de M. Legault, c'est l'expérience de Pauline Marois que redoute M. Charest.
Comme disent les analystes de hockey, le résultat final n'indique pas nécessairement l'allure de la partie. Aux élections de décembre 2008, les libéraux ont retrouvé leur majorité à l'Assemblée nationale, mais Mme Marois avait mené une meilleure campagne. Lors du débat télévisé entre les trois chefs de parti, elle avait nettement eu le dessus.
Forte de l'expérience d'une première campagne en qualité de chef, aguerrie par la crise interne qu'elle a traversée au cours des derniers mois, elle sera encore plus coriace, plus confiante aussi, qu'en 2008.
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Ses réflexes semblent également s'affiner. Dans le dossier de l'amphithéâtre de Québec, elle s'était entêtée dans l'erreur. Cette fois-ci, elle a rapidement compris la nécessité de rectifier le tir sur la question du référendum d'initiative populaire.
À l'issue du dernier conseil national du PQ, elle avait indiqué qu'il faudrait attendre après les prochaines élections avant de déterminer les balises qui en encadreront l'exercice, permettant à ses adversaires de brandir le spectre des référendums à répétition. Sa mise au point d'hier en rassurera plusieurs.
Elle a profité de l'occasion pour évacuer le projet d'abaisser le droit de vote à 16 ans, décrié de toutes parts. Il faudra que l'idée fasse consensus, voire l'unanimité, a-t-elle dit. Fin de la discussion.
Son objectif des prochains mois semble bien arrêté. Depuis deux ans, entreprendre la session parlementaire en réclamant la création d'une commission d'enquête sur l'industrie de la construction était presque une figure imposée. Mardi, elle s'est attaquée d'entrée de jeu au «Plan marketing du Nord».
Pour une fois, M. Charest veut se lancer en campagne en présentant un projet susceptible de frapper l'imagination. Prétendre tourner la page de la Révolution tranquille, comme en 2003, avait quelque chose de triste. D'ailleurs, la «réingénierie» a immédiatement été perçue comme un exercice de compression budgétaire.
En 2007, M. Charest a commis l'erreur de faire campagne sur un bilan dont la grande majorité des électeurs étaient insatisfaits. En 2008, il voulait avoir «les deux mains sur le volant» pour lutter contre la récession. Malgré ses lacunes, le Plan Nord a un indéniable potentiel de séduction. Il n'est pas trop tôt pour commencer à le démythifier.
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