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Îlot Irving - Un premier référendum «symbolique» à Québec

Isabelle Porter   26 janvier 2012  Ville de Québec
Le promoteur souhaite construire un immeuble de neuf étages sur le dernier terrain vacant de la rue Saint-Jean, où le zonage limite les constructions à quatre étages.<br />
Photo : Source: GM développement
Le promoteur souhaite construire un immeuble de neuf étages sur le dernier terrain vacant de la rue Saint-Jean, où le zonage limite les constructions à quatre étages.
Québec — Le maire de Québec, Régis Labeaume, est intervenu avec force hier pour favoriser le camp du oui dans un référendum local. Au cœur du débat: les réticences de citoyens du centre-ville à l'égard de la construction en hauteur.

Le promoteur GM Développement souhaite construire un immeuble de neuf étages sur le dernier terrain vacant de la rue Saint-Jean, où le zonage limite les constructions à quatre étages. Début novembre, les résidants du quartier ont signé le registre en assez grand nombre pour que la question soit tranchée en référendum le 5 février (dimanche pour le vote par anticipation).

Le maire Labeaume, qui s'est souvent attaqué aux opposants au projet, a de nouveau voulu se faire entendre hier à ce propos en convoquant une conférence de presse. «On veut insister, a-t-il dit, parce que [le référendum] a une grande valeur de symbole.»

Pas dans ma cour


À ses yeux, la grogne des résidants relève du «pas dans ma cour» et l'opposition est poussée par des citoyens qui craignent avant tout de «perdre leur vue» sur les montagnes. Surtout, elle menace sa stratégie de densification et de lutte contre l'étalement urbain.

Une situation d'autant plus paradoxale que le quartier est réputé pour son militantisme. «Ce qu'ils disent, c'est: "Allez densifier ailleurs!" Les exigences sur le développement durable, ça vient généralement des gens qui sont dans ce quartier-là.»

Des opposants ont fait valoir récemment dans le journal Droit de parole que «la densité moyenne du faubourg est vingt fois plus élevée que celle de la ville de Québec» et que le faubourg a davantage besoin d'espaces verts que d'édifices en hauteur.

Interpellé à ce sujet hier, le maire s'est indigné. «Ça, c'est parfait! On densifie, mais pas chez nous. Quand tu vis dans [le quartier] Saint-Jean-Baptiste, c'est sûr que tu vis dans le quartier le plus densifié!»

Pour l'un des opposants, Yves Lacouture, il ne s'agit «absolument pas» d'une réaction du type «pas dans ma cour». «On est d'accord pour que l'îlot Irving se développe, mais dans le respect du quartier, dit-il. On trouve que la dérogation permettrait une construction disproportionnée.»

Le promoteur prend visiblement l'opposition et le référendum très au sérieux. Au cours de la fin de semaine, ses représentants faisaient du porte-à-porte dans le secteur et une roulotte d'information a été dépêchée sur le site de l'îlot Irving.

Le maire a quant à lui passé une partie de la journée de dimanche à se promener dans la rue Saint-Jean pour défendre le projet. Il ne répétera toutefois pas l'expérience cette fin de semaine puisqu'il sera en mission à Calgary.

Hier, la conseillère de l'opposition Anne Guérette lui a reproché d'en faire trop. «Actuellement, la décision dans ce dossier appartient aux citoyens du quartier. Si le maire avait le moindre respect du processus en cours, jamais il ne s'immiscerait à cette étape-ci.»

La conseillère du district, Chantale Gilbert, et le promoteur ont été surpris par l'ampleur du mouvement d'opposition ces derniers mois puisque l'insertion d'une vingtaine de logements sociaux dans le projet leur avait permis d'obtenir l'appui du principal groupe militant du quartier, le Comité populaire Saint-Jean-Baptiste.

Le référendum sur l'îlot Irving est le premier à survenir depuis l'élection de Régis Labeaume en 2007. D'autres projets immobiliers ont suscité la controverse depuis, comme Cité verte et le projet domiciliaire du quartier Sainte-Maria-Goretti. Or, dans ces deux cas, les projets étaient plus imposants et la Ville avait pu se prévaloir de l'article 74,4 de sa Charte qui lui permet de soustraire un développement résidentiel au processus référendaire si la superficie du projet est supérieure à 25 000 m2.
 
 
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  • Léonce Naud - Inscrit
    26 janvier 2012 08 h 54
    Une accusation pernicieuse
    Nonobstant ce qu'affirme le maire de Québec, jamais la question de « perdre leur vue sur les montagnes » à partir de leur résidence n'a été évoquée par quiconque dans le quartier Saint-Jean Baptiste à Québec.

    Par ailleurs, j'ai personnellement souligné que l'avenue Turnbull offre une remarquable percée visuelle d'intérêt public, d'où le regard porte au loin jusqu'aux contreforts des Laurentides. Cette perspective visuelle sera irrémédiablement obstruée. À lui seul, un tel panorama aurait pourtant dû suffire pour que soit déclaré «non aedificandi» le champ visuel en question.

    «Le Maître, celui qui a droit de regard» (Augustin Berque)

    Rappelons ici l'observation du géographe français Augustin Berque: «Le Maître, n'est-ce pas celui qui a droit de regard, celui dont le regard commande une plus grande étendue que le regard des autres...».

    Si les braves gens de Québec se percevaient eux-mêmes comme maîtres de leur cité, tous estimeraient répréhensible de renoncer à ce «droit de regard qui commande une vaste étendue», attribut nécessaire de toute domination. En témoigne d'ailleurs éloquemment la Citadelle juchée sur ses hauteurs.

    Bref, pourquoi la Ville se comporte-elle dans le Faubourg Saint-Jean Baptiste d'une manière qui serait impensable à l'intérieur du « périmètre UNESCO » du Vieux-Québec ?

    Léonce Naud, géographe
    Québec
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  • Nicole Moreau - Inscrite
    26 janvier 2012 10 h 20
    Je m'interroge
    Je ne sais pas si les élus ont le droit ou non de se mêler du débat entre les citoyens du quartier St-Jean Baptiste et le promoteur; cette intervention me semble tout à fait inéquitable. Le promoteur bénéficie là d'un appui sur lequel il ne devait pas compter puisque la conseillère Gilbert avait affirmé qu'elle ne s'en mêlerait pas. Est-ce là un signe que la Ville privilégie les promoteurs immobiliers au détriment de la voix citoyenne? En tous cas, c'est ce qu'il me semble quand on lit les articles sur le sujet, aussi bien dans ce cas que dans celui du développement de Ste-Maria-Goretti.
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