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Libre opinion - L'autoroute, Henri IV et la bravoure

Michel De Waele et Martin Pâquet - Professeurs au Département d'histoire de l'Université Laval  20 janvier 2012  Actualités en société
La Commission de toponymie du Québec doit bientôt décider si l'autoroute Henri IV, une des principales voies de circulation de la ville de Québec, sera bientôt connue sous le nom d'«autoroute de la Bravoure». Le changement d'appellation est soutenu par des personnalités publiques d'envergure, entre autres le premier ministre du Québec, Jean Charest, et le maire de la ville de Québec, Régis Labeaume.

Une telle décision implique évidemment deux choses: premièrement, rendre hommage à des individus qui ont fait ou qui font preuve de bravoure; deuxièmement, enlever la plus importante référence toponymique à la personne sans qui Samuel de Champlain n'aurait pas fondé Québec en 1608.

Débaptiser une rue ou un lieu ne constitue pas un geste banal. Dans le cas qui nous occupe, nous pouvons nous demander ce qu'a fait Henri IV pour mériter un tel déshonneur.

Si la Commission de toponymie du Québec va de l'avant avec ce projet, il ne restera, selon les banques de données même de la Commission, que deux municipalités à la grandeur du Québec à rendre hommage à celui qui a relancé les explorations maritimes françaises à la fin du XVIe et au début du XVIIe siècle: Sherbrooke et Montréal. Il existe bien une rue Henri IV à Bromont, mais elle fait référence au roi qui a régné sur l'Angleterre de 1367 à 1413.

Quiconque connaît la rue Henri IV de Montréal devra bien constater qu'il s'agit là d'une piètre façon de souligner l'apport incontournable de ce souverain à l'histoire de la Nouvelle-France. Il s'agit en effet pratiquement d'une ruelle. Quant à la rue Henri IV de Sherbrooke, il s'agit d'une petite artère anonyme dans un quartier résidentiel de Rock Forest.

Henri IV devient roi de France en 1589, à la suite de l'assassinat de son prédécesseur. Depuis 1562, la France était secouée par une série de sanglantes guerres civiles, connues généralement sous le nom «guerres de religion». Henri IV parvint à y mettre un terme en développant des politiques visant à réconcilier les Français entre eux et avec la monarchie et à restaurer la grandeur d'antan du royaume. Afin de redonner son lustre à la France, Henri IV mit de l'avant des politiques visant particulièrement à en restaurer les finances, l'agriculture et l'économie. C'est dans cette optique qu'il chercha à développer des colonies outre-Atlantique. Il encouragea ainsi des marins à prendre la mer et finança de nombreuses expéditions qui menèrent, en 1608, à la fondation de Québec.

Jamais Samuel de Champlain n'aurait pu fonder cette ville sans l'appui et le financement royal. Débaptiser l'autoroute Henri IV équivaudrait à nier ce fait fondamental, ce geste fondateur de la présence française en Amérique du Nord.

Les partisans de ce changement de nom veulent rendre hommage à la bravoure, ce qui est en soi très louable. Toutefois, Henri IV n'a de leçon à recevoir de personne en matière de bravoure. Il pourrait même servir d'exemple à ceux que l'on veut honorer en le rayant un peu plus de l'espace public québécois.

Henri IV fut le dernier roi de France à charger l'ennemi à la tête de ses armées. Sa fougue était légendaire, il était considéré comme l'un des plus grands capitaines de son temps. Il fut blessé à maintes reprises sur les champs de bataille, au point que ses principaux collaborateurs essayèrent en vain de le tenir loin de l'action par crainte qu'il n'y laisse sa vie. Il dut de plus faire face à de multiples tentatives d'assassinat, une vingtaine en tout de 1589 à 1610. Il mourut d'ailleurs sous les coups de couteau d'un illuminé en mai 1610. Il n'y aurait donc pas de honte à célébrer la bravoure en maintenant le nom de l'autoroute Henri IV, cette décision serait même logique et historiquement fondée.

Henri IV peut être considéré comme le père fondateur de la Nouvelle-France et, par extension, de la présence française en Amérique. C'est lui qui a soutenu Champlain dans ses explorations. Sans son aide, l'explorateur de Brouage n'aurait pu fonder Québec en 1608. Henri IV fut aussi un militaire de premier plan qui galvanisait par sa fougue et son courage les soldats qui se battaient sous ses ordres. Ce fut également un homme politique modèle qui sut taire ses passions afin de présider à la réconciliation des Français qui avaient été divisés par 35 années de guerres civiles. Ce fut finalement un homme politique visionnaire qui chercha à restaurer la grandeur de son royaume en mettant de l'avant des politiques économiques, financières et religieuses devant assurer la paix et la prospérité nationales.

Les accomplissements d'Henri IV ne sont guère reconnus au Québec: une autoroute, deux rues. Il apparaît inconcevable qu'on le pousse davantage vers l'oubli en débaptisant l'autoroute qui porte son nom à Québec.

***

Michel De Waele et Martin Pâquet - Professeurs au Département d'histoire de l'Université Laval
 
 
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  • Michel Lessard - Abonné
    20 janvier 2012 04 h 54
    L'autoroute henri 4
    Le Devoir devrait sortir de sa torpeur sur cette question fondamentale touchant notre fierté identitaire et nos liens avec la France foondatrice.
    L'attitude de Jean Charest et de Régis Labeaume en est une d'ignorants et d'opportunistes politiques fondée sur la complaisance politque. La toponymie doit demeurer libre.
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  • D.Lafrenière - Abonné
    20 janvier 2012 07 h 24
    Débaptiser
    J'ai toujours de la difficulté à accepter un changement de nom. Si nos prédécesseurs ont nommé une rue, un parc, un édificie d'un tel nom, c'est parce qu'il leur était important, et devrait l'être pour nous aussi. Je suis d'accord pour honorer la bravoure de certaines personnes qui risque leur vie pour celle des autres, mais pas en débaptisant l'autoroute Henri IV.
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  • Rodrigue Tremblay - Inscrit
    20 janvier 2012 08 h 03
    Encore la radio poubelle
    L'autoroute de la Bravoure est un des sujets préférés de la radio-poubelle (CHOI et FM933) de Québec.

    Dans ce sujet, comme dans tous les sujets relatifs à l'Armée, le PQ a toujours été complètement muet. Agnes s'occupe de son Colisée...
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  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit
    20 janvier 2012 08 h 35
    Vertus post modernes
    Nous pourrions nommer nos autres autoroutes: La précaution (zéro risque); La Trouille (de l'anglais, du néo-libéralisme); La Bêtise (l'amphithéâtre).
    Ainsi, de retour à la maison après un morceau de bravoure, le citoyen de Québec passerait par toutes ses émotions.
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  • Rodrigue Guimont - Abonné
    20 janvier 2012 08 h 39
    L'autoroute de l'armée canadienne?
    En 2009, une première tentative avait été tentée par l’adéquiste Gérard Deltell (on connaît l’amour de Deltell pour le Canada), tentative qui fut heureusement rejetée.

    Il faut souligner que c’est à la demande de la gente militaire canadienne qui voulait souligner la bravoure des militaires morts pour le Canada (cette autoroute mène à la base militaire de Valcartier) que l’on tente à rebaptiser l’autoroute Henri IV par l’autoroute de la Bravoure.

    Espérons que la Commission de Toponymie rejettera, et pour longtemps, cette deuxième tentative des révisionnistes qui cherchent à envoyer aux oubliettes de l’histoire notre patrimoine français.
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  • Airdutemps - Inscrite
    20 janvier 2012 08 h 44
    Trahison et Histoire
    Jean Charest est d'origine irlandaise et Régis Labeaume est un Français débarqué ici après le Traité de Paris. C'est la même chose pour Deltell qui a proposé cette trahison.

    Notre Histoire ne les intéresse pas ou si peu...
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  • Robert Beauchamp - Abonné
    20 janvier 2012 09 h 30
    Le populisme toponymique
    Jean Charest a lui-même débaptisé son prénom d'origine: John James. C'est dire du peu de cas qu'il fait de ses propres sources, ajoutez à cela son ignorance de la culture historique. Quant au populisme de Régis Labeaume qui guident ses interventions...
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  • Thibaud - Inscrit
    20 janvier 2012 09 h 32
    Devoir de mémoire
    Outre que de tous les rois de France Henri IV fut l'un des plus sympathiques, outre qu'il n'est pas pour rien dans l'existence de la Nouvelle-France, outre que l'inculture nous menace, je trouve particulièrement malsain cet acharnement à oblitérer tout ce qui rappelle la France et les Français, en attendant d'abolir le français. On veut contraindre les Canadiens à renier leur citoyenneté française quand ils l'ont, on veut oublier les racines comme si elles n'étaient pas indispensables pour se tenir debout, on veut défranciser le Québec. C'est aller encore dans le sens de la négation de soi.

    Célébrer la bravoure et des braves anonymes c'est bien, ça n'engage à rien, on peut bien baptiser une nouvelle route sans en débaptiser une autre, on en aura besoin, de routes. Mais sans amnésie.
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  • Martin Godon - Inscrit
    20 janvier 2012 10 h 37
    Propagandes
    Je trouve l'armée royale canadienne bien culottée de vouloir oblitérer notre passé pour sa propre propagande. Les ressources dont elle dispose à cette fin devraient l'affranchir de cette forme de révisionnisme inqualifiable. Si nos militaires veulent se payer de mots, qu'ils trouvent mieux.
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  • Robert Martel - Inscrit
    20 janvier 2012 11 h 05
    Henri IV vaut bien un boulevard!

    Nous avons évidemment une dette de reconnaissance à l'égard de nos militaires qui, avec courage, risquent leur vie pour la défense de leurs semblables. Mais je m'étonne toujours de cette demande, voire cette insistance, vraisemblablement inspirée par ce qui s'est fait chez nos voisins du Sud. La bravoure est celle de ceux qui ont défendu ou défendent la patrie, incluant donc «les formes de sacrifices de tous ces gens qui ont payé de leur vie la défense de nos valeurs qui nous sont propres et chères au Québec», comme le disait justement M. Gérard Deltell à l'appui de sa demande. Mais n'avons-nous pas déjà à Québec deux lieux consacrés à ceux qui ont sacrifié leur vie pour de telles causes : le parc des Braves et la prestigieuse rue des Braves qui le relie au parc des Champs-de-bataille? Sans oublier, à deux pas de l’Assemblée nationale, le monument du Souvenir, Voilà, à mon avis, un rappel éloquent, mais plus que suffisant pour englober tout autant le présent que le passé.

    Quant à l'argument selon lequel «ça rappellerait la présence des militaires à Québec», doit-on préciser que Québec, ville fortifiée, est dominée par une citadelle, possède un manège militaire (à reconstruire ou à relocaliser), qu'une cérémonie militaire se déroule à chaque anniversaire de la ville, sans compter, tant qu’à y être, qu’on y présente annuellement un festival de fanfares militaires? Gardons-nous de tomber dans la démesure.

    Une fois encore, le nez collé sur le présent, on s'apprête à sacrifier et à gommer un élément de notre passé, alors qu’on ne laisse plus à l'enseignement de l'histoire qu'une place congrue dans la formation de nos jeunes. Se rappeler d’où l’on vient n’est-il pas nécessaire pour savoir qui l’on est afin de mieux orienter notre devenir ? À ce compte-là, pour nous qui aimons faire table rase, à quand une demande de révision de notre devise nationale «Je me souviens»?
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  • Michel Simard - Abonné
    20 janvier 2012 12 h 05
    L'inculture de nos "élites"
    Les propositions toponymiques de nos élus sont toujours pittoresques et montrent surtout le vide abyssal de la culture générale de notre "élite" politique et économique. Heureusement, parfois les dégâts sont empêchés par les spécialistes en la matière.

    Le lobbysime des partisans de l'Armée canadienne s'intensifie. L'A-20 ouest est devenue l'autoroute du Souvenir quand elle aurait pu continuer de s'appeler Macdonald-Cartier, les Britanocanadians oubliant tout à coup le couple "fondateur" de leur dominion.

    Les élus sont beaucoup trop proches des chambres de commerce, elles-mêmes dotées d'une culture limités aux hommes d'affaires (il reste encore peu de femmes dans ces milieux). Les élus oublient qu'il y a bien d'autres choses que des chambres de commerce. La toponymie n'est pas un catalogue de noms d'entreprises, les noms de pavillons universitaires non plus.

    Enfin, les dépendantistes, dans leur haine de la nation québécoise, veulent effacer toutes souvenance de la Nouvelle-France et de la francité de notre nation. M. Saint-Cyr pourrait ainsi circuler sur le boulevard de La Trouille (du Québec, du français, de la vie en société, de la culture); l'avenue de la Bêtise (l'amphithéâtre, le train de l'Est, les écoles juives, les écoles passerelles, la multiplication des agences, la gestion des travaux) et surtout l'autoroute de la Magouille (institutionnalisée au QLP).

    Il serait très à l'aise sur l'esplanade des Nègres-Blancs, la rue de la Vénération-de-sa-Majesté-Élisabeth-II-sur-son-beau-Portrait, la place du Fédéralisme-de-la-Reddition, le passage des Carpettes, le croissant des Petits-Amis-Contributeurs-en-échange-de-Retour-d'Ascenseurs et la route du Retour-aux-Années-Quarante.
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  • camelot - Inscrit
    20 janvier 2012 13 h 01
    Ignorance crasse ou retour d'ascenseur ?
    Ils me font vraiment suer ces politiciens de poche. Faut-il être assez ignorant et inconscient pour proposer une telle ineptie. Que l'on veuille honorer les braves soit, mais pas au détriment de notre histoire et héritage.

    Comme punition, pas de poule dans le pot de Charest et Lebeaume.
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