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Libre opinion - Le clivage générationnel et culturel

Zabi Naim-Zadeh - Afghan québécois, Montréal  3 février 2012  Actualités en société
J'ai suivi avec intérêt le dossier Shafia depuis plusieurs mois. S'impose à moi le besoin de dénoncer certaines opinions émises à la fois par certains médias canadiens et québécois, mais aussi par quelques membres de la communauté afghane.

Le fait de présenter les «crimes d'honneur» comme étant des pratiques généralisées chez les Afghans est une erreur. Par contre, on peut facilement dire que oui, le traitement réservé à la grande majorité des femmes afghanes est inacceptable.

Je comprends que pour certains Québécois d'origine afghane, le fait que des membres de leur communauté soient mis à l'avant-scène pour des raisons aussi horribles que les meurtres Shafia soit particulièrement honteux et troublant. Personne, en raison de son origine, ne peut être fier d'être associé à une telle histoire.

Oui, de sérieux problèmes persistent relativement aux relations homme-femme et père-fille en Afghanistan et pour certains Afghans immigrants n'ayant pas su s'intégrer — ou n'ayant pas reçu l'accompagnement nécessaire pour s'intégrer à la société québécoise.

Le moment actuel est tout désigné — malgré la souffrance impliquée — pour que les Afghans du Québec et du Canada osent nommer la problématique telle qu'elle est et prendre les mesures nécessaires afin de prémunir notre société contre des crimes tels que ceux perpétrés par les Shafia.

Ceci sera possible si les Afghans acceptent d'aborder ces problèmes de front, en discutant ouvertement entre eux et avec des représentants d'autres communautés plutôt que, sous l'effet de l'humiliation, continuer, comme certains, à nier le problème.

Cette problématique homme-femme/père-fille n'est pas unique aux Afghans, elle s'applique aussi à d'autres communautés et pays musulmans, juifs et même (encore) chrétiens.

En plus d'être culturelle, la situation est générationnelle. Les plus vieux ont des idées arrêtées et leur intégration sociale au Québec est plus difficile que pour les jeunes, qui, grâce au système scolaire d'ici, s'intègrent mieux.

Ce clivage générationnel et culturel est donc aussi un facteur majeur. Ayant été proche des relations entre mon père et mes soeurs, je peux en témoigner. Celui-ci avait des attentes précises les concernant, et elles, nées ici et étant de «vraies Québécoises» sont restées libres et autonomes dans leurs choix, ce qui suscita des tensions.

J'aimerais dire à quel point je suis attristé de voir ce qui fait la marque de commerce des Afghans: talibans, femmes en burqa, crimes d'honneur, etc.

L'Afghanistan a tellement changé! J'y ai vécu le premier tiers de ma vie, ces années si marquantes pour nous tous. L'enchaînement des guerres qui se sont multipliées a mutilé ce pays et ses habitants non seulement matériellement, mais dans leurs âmes propres. La souffrance s'accroissant depuis tant d'années, il n'est pas surprenant qu'elle aboutisse chez ceux qui, par manque de culture et d'éducation, commettent des crimes ignobles, au non du bien ou de l'honneur.

Les Afghans peuvent être tellement plus que ça! Ils ont, à travers les siècles incarné, entre autres choses, l'accueil, l'hospitalité, le raffinement et la bienveillance envers les invités (on veillait à ce que tout soit fait pour assurer un séjour agréable).

En terminant, je veux reconnaître le Québec, cette terre qui m'a accueilli et qui m'a tant appris, entre autres choses, qu'il est possible d'être à la fois musulman tout en appréciant les parentés de valeurs qui existent avec le christianisme; à la fois parler et penser en dari (persan) et en français; enfin: être un Afghan québécois.

***

Zabi Naim-Zadeh - Afghan québécois, Montréal
 
 
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  • Dmarquis - Abonné
    3 février 2012 06 h 03
    Poursuivre le dialogue
    J'ai bien apprécié votre lettre qui démontre la nécessité de maintenir le dialogue et de surtout porter un regard nuancé sur cette question.
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  • Fabien Nadeau - Inscrit
    3 février 2012 06 h 26
    Merci!
    Merci de votre témoignage, Monsieur. Il permet de faire la part des choses, il permet l'espoir.
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  • Minona Minona - Inscrite
    3 février 2012 08 h 11
    Quand la "tradition" est récente.
    Il y a plusieurs années, j'ai emprunté à la bibliothèque un album de photographies prises en Afghanistan et datant de différentes époques. Les femmes en burqa étaient certes fort nombreuses sur les photos récentes mais je fus frappée de voir sur les plus anciennes photos, des femmes marcher tête nue, en chandail ajusté et en jupe coupés sous le genoux. Elles avaient été photographiées en train de marcher ou de discuter dans des lieux public. Sans doute photographiées à leur insu, elles ne posaient pas, elles ne faisaient qu'occuper un espace qui leur appartenait aussi, détendues et libres.

    Je savais que la burqa avait été imposée aux femmes par le régime Taliban mais comme beaucoup de gens, je croyais que la tenue islamique avait toujours fait partie de la vie des femmes afghanes (du moins depuis que le bouddhisme y est disparu). Je ne réalisais pas qu'en certains pays musulmans, la montée de l'intégrisme religieux qui jette un tabou sur le corps des femmes est un phénomène récent qui n'a rien de traditionnel.
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  • Charles F. Labrecque - Abonné
    3 février 2012 09 h 08
    Grand témoignage,
    Votre témoignage m'a touché profondément et je suis certain qu'il touchera aussi beaucoup de québécois. Sachez que l’incompréhension s'applique autant chez les québécois que les nouveaux arrivants et que votre excellant témoignage devrait inciter d'autres québécois en devenir à nous faire connaître aussi leurs sentiments afin que tous puissent se comprendre et s,aimer. Un grand merci
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  • Marc Lemieux - Inscrit
    3 février 2012 11 h 42
    Aujourd'hui
    Beau témoignage mais l'Afghanistan d'aujourd'hui ce n'est plus ça, et c'est bien le problème, du moins assez souvent. Les pays occidentaux ont accueilli des gens du monde entier pour des raisons d'écart de richesse, soyons réalistes, et qu'ici c'est riche et qu'ils veulent vivre avec un niveau de vie équivalent pour faire une traduction.

    J'en parle au passé et ce n'est pas sans raison, car tous les pays occidentaux prennent des mesures législatives pour limiter les flux d'immigrants. Et si on limite quelle est la raison sous jasante?

    Les immigrants n'ont pas amené que le raffinement culinaire, l"Islam est à la France ce que l'Espagnol est aux États Unis, venant de pays, amis journalistes qui êtes renseignés vous devez le savoir, de pays où on ne sort pas la nuit, rien que le Mexique, et qui ont importé cela ici, aussi, comment dire le contraire?

    Vous savez la raison des gangs et autres, ce n'est peut-être pas ici qu'il faut la chercher, mais par contre les moyens de résoudre les problèmes oui, pour vivre tous ensembles dans une société meilleure, qui s'offre le luxe de faire un meeting pot en fabriquant des citoyens de deuxième catégorie, peut on réellement dire le contraire?
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  • Monsieur Brodeur - Inscrit
    3 février 2012 11 h 50
    Fier d'être Afghan et Québécois?
    Et moi je suis fier que vous ayez compris et fait vôtres les valeurs québécoises. Que vous sachiez garder le meilleur de vos origines, et prendre le meilleur de ce que notre pseudo-nation a à vous offrir. Fier de vous compter parmi nous, comme un éveilleur de conscience supplémentaire. Il n'y a jamais trop de gens comme vous.

    J'accroche sur: «...n'ayant pas reçu l'accompagnement nécessaire pour s'intégrer à la société québécoise.»

    Sachez, mon bon monsieur, qu'il y a ici au québec et au canada, des forces pour qui ça les arranges que vous soyez laissé à vous-même sans accompagnement. Ne comprenant rien de nous, vous devenez un instrument pour nous aliéner, sans mentionner que les tensions sont souvent exascerbés par certain médias de droite...

    Une chose que vous devez savoir: Les libéraux de Jean Charest ont tout fait depuis 10 ans pour ralentir votre intégration et créer des tensions entre immigrants et québécois de souche... C'est ainsi qu'il garde captif son électorat, qui est également l'électorat qui nous manque pour être un pays indépendant. Avec vous, nous pourrions gagner notre siège à l'O.N.U.. Sans vous, nous restons dans le Canada conservateur.. Au Québec, le PLQ c'est le parti qui fait le moins pour l'intégration des immigrants, mais celui qui récolte tout les fruits de l'ignorance. Vous votez à plus de 80% pour ce parti.. et c'est grâce à vous s'il se maintient au pouvoir. Ce n'est pas dans leur intérêts que vous deveniez rapidement un québécois partageant nos valeurs!

    Si on pousse cette théorie, des dirigeants comme Jean Charest sont complices indirectement du drame Shafia.

    Stéphane Brodeur, montréal.
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  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné
    3 février 2012 17 h 44
    M Brodeur et M Zabi
    Monsieur Brodeur frappe dans le mille! Le multiculturalisme à la Trudeau n'est pas cette grande ouverture à la diversité, mais plutôt la voie qui mène à des ghettos non-intégrés.

    Il nous faudrait plus de M Zabi.
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  • Nelson - Inscrit
    3 février 2012 18 h 22
    Plus de femicides et infanticides parmi les québécois que parmi les immigrants.

    Attention de cracher dans l'air, vers le haut....il peut nous tomber dans notre propre oeil.

    Tout en étant plus présent le machisme dans des sociétés patriarcales, arcaiques, (préserver la femme mère de sa progéniture et la survie de la famille, dans des sociétés plus dangereuses), de là à faire des amalgames arbitraires avec de ''crimes d'honneur'', il y a un marge, et relève plus de la maladie mentale; (tous les hommes que tuent leur femmes et filles adolescentes se sentent quelque part ''déshonnorés'' , trahis et blessés ).

    Je crois que le cas Shafia est plus maladie mentale qu'autre chose...il faut être fou pour aller volontairement en prison à vie, non ???
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  • Leproff - Inscrit
    3 février 2012 21 h 54
    Les valeurs québécoises
    «Cette problématique homme-femme/père-fille n'est pas unique aux Afghans, elle s'applique aussi à d'autres communautés et pays musulmans, juifs et même (encore) chrétiens.»

    C'est sûr que cette problématique n'a pas de frontière de race ou de culture, mais c'est un ressortissant d'origine afghane qui nous rappelle qu'il ne connait pas les lois du Québec, ou sa culture, ou ses us et coutumes. Aucun Québécois de souche, si ma mémoire est fidèle, a décidé de tuer sa progéniture parce qu'elle refusait de lui obéir. La dérive n'a rien à voir avec le multiculturalisme, mais avec la capacité de s'intégrer de cet homme: il n'a su intégrer à sa nouvelle vie notre culture, nos valeurs, auxquelles ses filles s'identifiaient.

    Si les nouveaux arrivants étaient bien intégrés à notre société, ils ne vivraient pas dans des ghettos et les formations reçues permettraient de mieux s'intégrer.
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  • Jihad Nasr - Inscrit
    3 février 2012 22 h 21
    Assimilation des clichés
    Le clivage générationnal entre les parents et leurs enfants n'est pas spécifique à la communauté afghane. On le trouve à tous les niveaux de la société.

    Quant à l'intégration, elle ne veut aucunement dire l'effacement de certains traits culturels. Elle ne veut non plus dire d'assimiler les clichés et les répéter en écrivant: "J'aimerais dire à quel point je suis attristé de voir ce qui fait la marque de commerce des Afghans: talibans, femmes en burqa, crimes d'honneur, etc.". Les talibans ont été créés par les États-Unis avec l'aide du Pakistan. On voulait les utiliser pour sécuriser le transfert du pétrole de l'Asie centrale à travers le territoire afghan. Quand les choses ont mal tourné, les talibans sont devenus des démons à abattre.

    Dans un pays comme l'Inde par exemple, qu'on présente comme un modèle de démocratie et de développement économique, l'infanticide des filles est pratiqué à grande échelle, des milliers de femmes sont tuées par leurs maris ou des proches du mari puisqu'elles ne rapportent pas assez d'argent de leurs familles, des milliers sont aussi brulées ou disfigurées à l'acide. Suivez les nouvelles de la communauté indienne à Vancouver, et vous trouverez des choses horribles.

    Par ailleurs, la communauté musulmane (dont celle originaire de l'Afghanistan) est parmi celles qui sont les plus respectueuses de la loi au Canada, et dont les membres sont les moins portés à former des organisations criminelles à la canadienne ou à la québécoise avec les Hells Angels, ou la mafia italienne, russe, etc. À ce sujet, je ne lis pas sur les pages des journaux des articles écrits par des membres de la communanté italienne dénonçant la mafia en leur sein. Pour eux, ce n'est pas un sport national, comme l'est pour d'autres! On laisse le soin à la police de faire son travail.

    C'est ce que je suggère à tous ces musulmans qui ont la peau un peu sensible. Dans l'affaire Shafia, la justice s'est prononcée.
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  • d.lauzon - Inscrit
    23 février 2012 09 h 18
    La vie de bien des femmes musulmanes se résume à de l'exclavage
    Il y aurait tant de choses à dénoncer par rapport aux injustices faites à l'égard des femmes dans les pays musulmans dirigés souvent par des fanatiques religieux que l'on se demande pendant combien de décennies ces femmes auront-elles à endurer une telle misère. On pense bien sûr aux crimes d'honneur qui représentent des milliers de femmes tuées ou torturées à chaque année, à l'excision, à l'interdiction pour les filles d'avoir accès à l'éducation, à l'interdiction de conduire en Arabie Saoudite, à l'obligation de porter des tenues vestimentaires restrictives, etc. etc. C'est décourageant de penser que, malgré les révolutions arabes entreprises depuis le printemps dernier, que les droits et libertés des femmes n'ont pas été portés à l'ordre du jour. En Égypte par exemple, une fois que les Frères musulmans seront au pouvoir de façon officielle, je ne crois pas que leur priorité sera de faire passer des lois qui donneraient aux femmes les mêmes droits qu'aux hommes.

    Suite à l'affaire Shafia, un Iman de Winnipeg a dénoncé très fortement les crimes d'honneur et cette dénonciation lui a valu plusieurs menaces de mort. Cela nous indique clairement que bien des musulmans ayant immigré dans d'autres pays transportent avec eux les valeurs reçues dans leurs pays d'origine.

    Le fanatisme religieux est source de beaucoup de malheurs.
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